ISSN 2271-1813

    

   

Additions et corrections aux Œuvres complètes de Voltaire

 

Liste des additions et corrections

 

La Femme qui a raison

Œuvres complètes de Voltaire, Oxford, Voltaire Foundation, t. 30A, 2003, p. 255-367

 

Fiche établie par Andrew Brown

Version 1, 14 juin 2007

 

3. Éditions

Deux éditions datées de 1759 sont indiquées par les éditeurs, qui attribuent la première (59A, 71 pages) à Cramer et la seconde (59B, 48 pages) à Lambert. En fait, la première doit être le fruit du travail de Lambert et la seconde n’en est qu’une banale contrefaçon provinciale. Cramer n’a jamais imprimé d’édition séparée de La Femme qui a raison.

Une lettre sans date de Voltaire à Cramer (D8236) semble être à l’origine de cette méprise: «Mr Caro ne m’envoie point les épreuves de la femme qui a raison. Il peut être sûr qu’on ne le fera pas attendre un moment pour le reste, et qu’il aura des choses plus curieuses que ce fatras détestable imprimé par ce polisson de Granger.»

Besterman a placé cette lettre en mars ou avril 1759, mais la référence au «reste» indique que le volume en question ne contiendra pas uniquement La Femme qui a raison et par ailleurs le «fatras» de Grangé ne peut être que la Troisième suite de mélanges sortie en 1761. La lettre concerne donc la préparation du tome III des Nouveaux mélanges paru en 1765, qui contient La Femme qui a raison, et non pas une hypothétique édition séparée de la pièce. (Rappelons que c’est ce même volume de Grangé, présenté abusivement au faux-titre comme le tome 19 de l’édition des œuvres complètes publiée par Cramer à partir de 1756, qui «cassa» la tomaison de l’édition de Cramer, obligeant l’éditeur genevois à redémarrer sa collection, sous le titre de Nouveaux mélanges.)

Il était facile aux éditeurs d’éviter cette double erreur en consultant le catalogue Voltaire de la BnF qui identifie, sans ambages et avec son autorité habituelle, 59A comme ayant été publié par Lambert et 59B comme une édition provinciale. Il est particulièrement regrettable qu’ils se soient permis de critiquer sur ce point une de leurs prédécesseurs, Lilian Willens, qui, elle, ne s’était pas trompée sur les circonstances de publication de la comédie: «some of her comments on La Femme qui a raison in particular throw the reliability of her work into doubt», allèguent-ils (p. 284); et ils ajoutent en note, pour illustrer leur propos: «Willens wrongly suggests that Voltaire did not want to publish La Femme qui a raison». En l’absence d’une édition Cramer, qui n’a jamais existé, tout indique pourtant que La Femme qui a raison a été imprimée à l’insu de son auteur et que le récit fourni par Mme Willens est nettement plus fiable que celui de ses détracteurs.

Plusieurs erreurs et anachronismes défigurent la partie bibliographique de l’introduction, révélant une préparation technique hâtive et insuffisamment informée. Il n’est nullement impossible d’identifier les éditions de Cramer (p. 280), elles sont au contraire toutes facilement reconnaissables; il n’est pas vrai que les éditeurs de Kehl aient choisi «arbitrarily» (p. 279) de ne pas imprimer la version en un acte: ils ont motivé leur décision (p. 295n); les descriptions bibliographiques (p. 285-292) ne respectent pas les normes de l’édition; la copie manuscrite de la pièce mentionnée en note (p. 289n) aurait dû figurer dans une section consacrée aux manuscrits; l’exemplaire corrigé de l’édition encadrée n’a absolument pas été «deposited» à Saint-Pétersbourg: il fut acquis par Catherine II en 1778 (p. 290); «Leningrad» (p. 290) est anachronique et la «Leningrad State Public Library» devrait être nommée «National Library of Russia» (p. 290n); deux volumes seulement de la version in-quarto de l’édition de Kehl furent publiés et ni l’un ni l’autre ne contient La Femme qui a raison (p. 291); il est question (p. 293 et 293n) de deux erreurs dans le texte de base, dont il n’y a pas trace dans les variantes; W75GL devrait être W75G* (p. 293)...

Deux éditions séparées manquent: Avignon, Chambeau, 1760, 40 p. (Biblioteca nazionale centrale, Firenze); et Genève et Paris, Duchesne, 1774 (Herzog-August Bibliothek, Wolfenbüttel). Selon Kayser, une édition aurait été publiée par Walther à Dresde en 1770: nous n’en connaissons pas d’exemplaire. Les éditeurs ne tiennent pas compte de plusieurs éditions du théâtre de Voltaire dans lesquelles est parue La Femme qui a raison.

Une carence majeure enfin: l’oubli dans l’apparat critique des corrections que porte l’exemplaire de l’édition Lambert de la bibliothèque de Voltaire (BV 3598), exemplaire pourtant mentionné par les éditeurs (p. 285).

 

© 2007 Andrew Brown et le Centre international d’étude du XVIIIe siècle