ISSN 2271-1813

 

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Dictionnaire de la presse française pendant la Révolution 1789-1799

C O M M A N D E R

   

Dictionnaire des journaux 1600-1789, sous la direction de Jean Sgard, Paris, Universitas, 1991: notice 100

AMUSEMENTS LITTÉRAIRES 2 (1738-1739)

1Titres Amusemens litteraires: ou Correspondance Politique, Historique, Philosophique, Critique, & Galante. Par Monsieur De La Barre de Beaumarchais.

Le titre développé apparaît dans les éditions données par Varrentrapp en 1738-1739 et par Van Duren en 1740; le titre court en tête de la livraison, donne seulement: Amusemens litteraires. Pour l'année MDCCXXXVIII [MDCCXXXIX].

Continuation des Lettres sérieuses et badines.

2Dates Trois volumes publiés séparément à Francfort en 1738 - 1739, ou simultanément en 1740, comme t. IX, X, XI des Lettres sérieuses et badines, avec nouvelle page de titre. Dans l'édition de Francfort (Varrentrapp), le t. I groupe 55 lettres, avec simple indication de semaine: 26 semaines, qui suggèrent une périodicité bihebdomadaire; les deux dernières lettres portent l'indication de «juin 1738». Le t. II comporte 49 lettres sur 26 semaines; la dernière lettre est datée du 10 décembre [1738]. Le t. III comporte 35 lettres sur 27 semaines, la plupart sont datées; la dernière est du 25 juin 1739.

Dans l'édition Van Duren, le t. I rassemble 51 lettres, datées du 16 décembre 1737 (lettre première) à juin 1738 (lettre 51e); le t. II, des lettres datées du 20 juin 1738 (lettre première) au 10 décembre 1738 (lettre 49e); le t. III s'achève au 25 juin 1739. La publication des Amusemens litteraires en volumes est annoncée par la Gazette d'Utrecht le 18 mai 1739; elle est reprise par Van Duren un an plus tard (G.U., 14 avril 1740), soit séparément sous le titre développé, soit comme complément des Lettres sérieuses et badines, mais ces éditions donnent toutes le même texte.

3Description Edition Varrentrapp. T. I: «A Très-Haut et Très-Puissant Prince le Public», p. 2-4; Préface et table des matières non pag.; Amusemens litteraires pour l'année MDCCXXXVIII, lettre première (seconde, etc.), p. [1]-416. T. II: p. [1]-419, Avertissement et table des matières non pag. en fin de volume. T. III: 4 p. de préface non pag. et sommaire; p. [1]-432.

Edition Van Duren. T. I: p. [1]-IV, «A Très-Haut et Très-Puissant Prince le Public»; V-VIII, Préface; Amusemens litteraires pour l'année MDCCXXXVIII, lettre première (seconde, etc.), p. [1]-359, table des matières, p. 359-363. T. II: p. [1]-354 + 6 p. de tables non pag. T. III: 4 p. de Préface non pag., p. [7]-374 + 2 p. de tables non pag.

Cahiers de 16 p., in-8º, 96 x 160. Le frontispice publié par Van Duren comporte une Minerve lisant, entourée de cinq angelots et d'une chouette, sur un fond de bibliothèque et d'orangers, avec phylactère «Sic semper».

4Publication A Francfort, chez Varrentrapp (cette mention demeure parfois en tête du tome XII des Lettres sérieuses et badines), puis à La Haye, chez Van Duren.

5Collaborateurs Antoine LA BARRE DE BEAUMARCHAIS (1698?-1750?).

6Contenu «Nouvelles choisies; Raisonnements politiques; Idées & Extraits de Livres; Articles Généalogiques; Phénomènes extraordinaires; petits Contes; Avantures singulières; Vers choisis; Chansons ingénieuses; Observations sur les Sujets de Littérature & de Philosophie: Voilà des choses qu'on a bien voulu me fournir, & c'est ainsi que j'ai vû se former sous mes mains le premier Volume des Amusemens» (Préface du t. I, p. VI).

Les Amusemens se composent d'une correspondance suivie entre un auteur parisien, qui fournit des nouvelles de la capitale, et un Allemand de Francfort, qui lui envoie des nouvelles de l'Allemagne savante. A cet échange s'ajoutent des lettres plus ou moins fictives de correspondants de Londres (t. I, p. 102, lettre 15e), d'Yverdon (p. 145) et de lecteurs divers. Des lettres «badines» s'opposent à des lettres «sérieuses», comme dans le journal du même titre, publié par La Barre de Beaumarchais de 1729 à 1733. La matière des Amusemens est donc constamment renouvelée: comptes rendus, réflexions morales ou politiques, anecdotes et nouvelles, extraits d'ouvrages récents en vers ou en prose, etc. Notons entre autres pour le t. I: Situation générale de l'Europe (lettre 2), Histoire de Ripperda (3), Histoire de Mlle de Moras (4), de Neuhoff (11), de Saurin (13), extraits de journaux anglais (17, 20), portrait de Voltaire (43); pour le t. II, lettre sur la religion (7), compte rendu de Moncrif, Essai sur la nécessité et les moyens de plaire (9), de Romagnesi, Les Fées (11), lettre sur le commerce (18), lettres «persannes» (26, 27), lettre de Voltaire sur l'immortalité de l'âme (26, 27) et réponse (38, 43), compte rendu de Boissy, Le Français à Londres (48); pour le t. III, histoire d'Osman Pacha (2), comptes rendus de La Grange, Le Rajeunissement inutile (5), de Marivaux, Les Sincères (16), de La Noue, Mahomet II (18), relation d'un voyage en Grèce (23), etc.

Les deux premiers tomes comportent des tables en fin de volume; le t. III n'a pas de tables mais comporte un sommaire en fin de volume.

7Exemplaires B.N., Z 15645-15647; une autre collection, Z 15183-15185, donne le même texte avec une page de titre supplémentaire empruntée aux Lettres sérieuses et badines; Ste G., AEj 8º sup 84. Toutes ces éditions ou réimpressions datent de 1740; Grenoble, coll. J. Sgard, l'édition Varrentrapp de 1739.

Historique En 1735, La Barre de Beaumarchais s'était réfugié à Francfort et avait entrepris, pour le compte du libraire Varrentrapp (ou Varentrapp), divers ouvrages, dont Le Hollandais, ou Lettres sur la Hollande, publié en 1737-1738. Il entreprend en 1738 un nouveau périodique, destiné à continuer les Lettres sérieuses et badines; Varrentrapp travaillait en collaboration avec les libraires hollandais, et peut-être déjà avec Van Duren. Beaumarchais exploite la forme de la correspondance cosmopolite, illustrée par le marquis d'Argens; comme lui, il semble qu'il tire de son imagination l'essentiel de ses lettres: même s'il use avec beaucoup de brio de la forme épistolaire à correspondants multiples, même s'il joue constamment du procédé des réponses de lecteurs de tous pays, il semble que ce soit pure fiction. Il n'existe apparemment aucune édition de lettres séparées; les Amusemens ont sans doute paru en trois volumes, publiés coup sur coup en 1739 et repris l'année suivante par Van Duren sous des pages de titre différentes. Plutôt qu'à des correspondances de lecteurs, dont on voit mal comment il aurait pu les attirer, Beaumarchais a surtout recouru aux périodiques contemporains, qu'il lui arrive d'exploiter sans vergogne; c'est le cas pour le Pour et Contre de Prévost, le Glaneur de La Varenne, le Common sense et le Craftsman. Toute l'adresse de Beaumarchais consiste à donner à ces comptes rendus, extraits, nouvelles et informations compilées, l'apparence d'une narration de première main, spontanée, dialoguée, improvisée. Incontestablement, il a le sens du public (comme l'affirme d'ailleurs son Epître liminaire) et une grande maîtrise du style journalistique; et il est le seul qui soit parvenu à égaler d'Argens sur son propre terrain. Les Amusemens rappelaient aussi le style des Lettres sérieuses et badines, auquel l'opposition entre un ton français et un ton allemand donnait un agrément supplémentaire. Il est possible qu'ils aient été conçus au départ comme une suite des Lettres; Van Duren et Varrentrapp ont en effet agi comme des co-éditeurs; Van Duren, qui s'était engagé pour une édition en douze volumes des Lettres sérieuses et badines, n'a pas hésité, après avoir donné les Amusemens comme tomes IX, X et XI de la collection, à y joindre le Hollandais, avec adresse de Francfort, comme tome XII. Mais à la fin de 1739, Beaumarchais semble envisager d'autres moyens d'existence; il déclare, en préface du tome III des Amusemens: «... j'abandonne les Amusemens afin d'avoir le loisir de bien digérer certaines idées qui me sont venues dans l'esprit & que je crois devoir être beaucoup plus goûtées». Le catalogue de ses œuvres montre qu'en fait, il allait se tourner vers l'histoire. Réduit à la misère au moment où il achevait les Amusemens (cf. la lettre de La Martinière du 6 mai 1739, citée dans DP2, art. «Beaumarchais»), il cherchait sans doute un emploi plus stable, en Hollande ou en France. La remarquable animation des Amusemens cache peut-être une solitude qu'il ne supportait plus.

Jean SGARD

 


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© Universitas 1991-2017, ISBN 978-2-84559-070-0 (édition électronique)