ISSN 2271-1813

    

   

Voltaire

Collini, Cosimo Alessandro (1727-1806)

 

Statut

Copiste et secrétaire de Voltaire entre avril 1752 et juin 1756 – de 24 à 28 ans.

«J’ay deux gens de lettres auprès de moy qui sont mes lecteurs, mes copistes, et qui m’amusent» (D4907, à Richelieu, 10 juin 1752).

«Je reste paisible dans le palais de Potsdam, avec deux gens de lettres que j’ai pris pour me tenir compagnie» (D4916, à Mme de Fontaine, 17 juin 1752).

«Soyez très persuadé que ny ma nièce ny monsieur Colini ny moy nous ne sortirons que quand il plaira à sa majesté» (D5335, au baron Franz von Freytag, 21 juin 1753).

«Mon [secrétaire] Colini écrit très lisiblement. Son écritu[re est] agréable» (D6364, à d’Argental, 30 juillet 1755).

«Ce secrétaire par parenthèse est un Florentin très aimable, très bien né, et qui mérite mieux que moi d’être de l’académie de la Crusca» (D6875, à Thieriot, 27 mai 1756).

«Il alla donc à Genève avec sa nièce et M. Coligni, son ami, qui lui servait de secrétaire, et qui a été depuis celui de monseigneur l’électeur Palatin et son bibliothécaire» (Commentaire historique sur les œuvres de l’auteur de la Henriade, 1776 – rédigé par Voltaire à la troisième personne).

Dates et activités

Collini entra au service de Voltaire le 10 avril 1752 à Potsdam (Collini 1807, p. 30).

Il fut renvoyé des Délices au début de juin 1756 (Collini 1807, p. 170-177). La dernière lettre connue de sa main est D6881, du 4 juin 1756, écrite au nom de Voltaire; il quitta Genève le 12 juin (Collini 1807, p. 185). Le 9, Voltaire cherche «un domestique intelligent et qui même sût un peu écrire» (D6884).

Devenu «secrétaire intime» de l’électeur palatin Charles-Théodore en janvier 1760, Collini a pu être amené à copier des écrits communiqués par Voltaire au prince: on ne peut pas exclure a priori que des documents se retrouvent qui seraient de sa main et postérieurs à juin 1756 – mais aucun cas n’en a été signalé à ce jour.

Collini aurait succédé à Tinois (Collini 1807, p. 26-28) – mais les dates ne concordent pas exactement.

Francheville étant déjà en place, il lui fut d’abord associé (p. 26, 30-34 et 51-52): ce sont eux, les «deux gens de lettres» des citations ci-dessus. Il eut aussi des «fonctions de lecteur»: il précise qu’il lisait à Voltaire le soir Boccace et l’Arioste (p. 32).

Peu avant le départ de Prusse, au plus tard en mars 1753, Francheville devant rester à Berlin, Collini se vit adjoindre un copiste recruté sur place, dont il parle trois fois sans le nommer (Collini 1807, p. 72, 130 et 142): il s’agit de Villaume, l’un des moins connus des copistes de Voltaire, dont l’écriture a toujours été confondue avec celle de Collini (voir ci-dessous).

Enfin, Wagnière à ses débuts assistera Collini, en 1754, mais surtout après juin 1755, Villaume ayant alors été rappelé à Berlin. Wagnière n’est pas mentionné par Collini – lequel reçut pourtant plusieurs lettres dictées à son successeur.

Collini dit avoir eu comme «premier travail» la copie d’un manuscrit intitulé «Campagnes de Louis XV» – il s’agit de l’Histoire de la guerre de 1741, refondue en 1769 dans le Précis du siècle de Louis XV. C’était, précise-t-il, «un fonds de travail» à reprendre et continuer dans les intervalles de la copie ordinaire (Collini 1807, p. 30). Il décrit «[s]a tâche de tous les jours» en ces termes: «Des pièces fugitives, des ouvrages commencés et des lettres à écrire sous [l]a dictée» (p. 30-31).

Il indique avoir réalisé avec Francheville plusieurs copies du Poème sur la religion naturelle, de L’Orphelin de la Chine et de La Pucelle (Collini 1807, p. 31). Pour le premier de ces titres, il mentionne une copie faite à Gotha au printemps 1753, avec nouvelle dédicace transférée du roi de Prusse à la duchesse de Saxe-Gotha – manuscrit qu’il a conservé, dit-il, et qui avait pour seul titre «La Religion naturelle» (p. 66).

Autour des deux éditions du Siècle de Louis XIV faites à Berlin et Dresde en 1751-1752, il fait état d’une intense activité de l’auteur et de «ses deux secrétaires» (Collini 1807, p. 31-32) – les manuscrits conservés en font foi.

Il relate la genèse du Dictionnaire philosophique, fruit d’une idée lancée à la table du roi à Potsdam le 28 septembre 1752, aussitôt prise au sérieux par Voltaire (p. 32): Collini en aurait par la suite «mis en ordre [l]es brouillons» (p. 33) – mais ce passage n’est pas clair. Un état ancien de l’article «Âme» est de la main de Villaume, donc plus tardif: voir ma présentation de ce manuscrit dans l’édition du Dictionnaire philosophique de Gerhardt Stenger (GF, 2010), p. 593-598.

Collini mentionne encore, à la fin de 1752, les écrits polémiques autour de l’Akakia (p. 33-34 et 45); et pour les premiers mois de 1753, le Supplément au Siècle de Louis XIV (p. 58-59), le quinzième chant de la Pucelle (p. 59-60), «les Voyages de Scarmentado» et «des additions considérables au roman de Zadig» (p. 61).

Il explique avoir travaillé de bout en bout aux Annales de l’Empire, du recueil des matériaux réunis à Gotha (p. 66) à la première impression réalisée en Alsace en 1754, dont il supervisa l’achèvement (p. 130-139).

Ses derniers chantiers de copie et de mise au net furent, en 1754-1755, les «Campagnes de Louis XV», reprises pour contrer une édition subreptice (p. 139, 150-152 et 161-162), et la première édition collective des Cramer (Œ56G), qui allait paraître en 1756 (p. 163-164).

En 1754-1755, il a également prêté la main aux travaux littéraires de Mme Denis, comme «confident et copiste de ses ouvrages dramatiques», écrit-il, dont «une tragédie d’Alceste» (p. 171) – ces écrits sont attestés.

Informations personnelles

Né le 14 octobre 1727 à Florence; mort le 21 mars 1806 à Mannheim.

Florentin lettré, de très bonne famille, il a interrompu ses études de droit après la mort de son père sans prendre ses degrés de docteur et quitté la Toscane sans l’accord de ses parents, avec deux amis de son âge, pour voir le monde. Il a séjourné en Suisse et voyagé en Allemagne. Arrivé à Berlin au printemps de 1750 avec des lettres de présentation pour l’illustre danseuse Barberina, il se fait apprécier d’elle et de son époux secret Karl Ludwig von Cocceji, fils du chancelier de Frédéric II – lequel avait consenti à ce mariage. Il renoue avec sa famille et en reçoit une pension. Introduit dans la bonne société de la capitale, il fréquente le médecin Dalichamp et les Italiens de Berlin: Algarotti, le chanteur Salimbeni et l’Astrua, la cantatrice préférée du roi de Prusse, qui sera sa seconde protectrice (p. 13-19).

Il se présenta de lui-même à Voltaire à la fin d’août 1750 – son récit de l’entrevue est plein de détails avérés ou plausibles (p. 22-23). Puis il fit le siège de la place de secrétaire, libérée, dit-il, par le renvoi de Tinois, place qu’il finit par obtenir après plusieurs relances: «J’arrivai à Potsdam le 10 avril 1752» (p. 30). Moins d’un an plus tard, le 26 mars 1753, Voltaire quittera Potsdam, emmenant avec lui ce nouveau secrétaire et le copiste Villaume.

Collini resta un peu plus de quatre ans au service de Voltaire. Il l’accompagna dans sa retraite de Prusse, du printemps 1753 à l’hiver 1754, à Leipzig, Gotha, Cassel, Francfort, Mayence, Mannheim, Strasbourg, Colmar. Il ne fut pas du voyage de l’été 1754 à Senones et Plombières – ce qui permet d’identifier très sûrement l’écriture de l’unique lettre dictée par Voltaire à Senones comme celle de Villaume. Collini passera ensuite par Lyon, Genève et Prangins, avant de se poser aux Délices en mars 1755 – mais pour un an seulement, jusqu’à son renvoi. Il fut le plus itinérant des secrétaires de Voltaire: il est le seul à avoir décrit en détail son «carrosse coupé», attelé à quatre ou six chevaux pour courir les grands chemins, et son art de voyager (p. 71-74).

En août-septembre 1755, Collini fut envoyé à Paris pour y suivre diverses affaires de librairie (Collini 1807, p. 150-153): voir les lettres que lui écrivirent alors Voltaire et Mme Denis et ses propres lettres à Lambert à son retour aux Délices. A partir de décembre 1755, pendant les premiers séjours à Monrion, puis lors d’un voyage de Voltaire et de Mme Denis à Berne, on voit ses fonctions évoluer vers des responsabilités d’intendance – qui annoncent déjà celles que remplira Wagnière. Voir D6625, D6864, D6868, D6870 et D6874.

Collini fut renvoyé au début de juin 1756 pour des faits graves d’inconduite et de galanterie domestique, qu’il a lui-même évoqués avec assez bonne grâce (Collini 1807, p. 170-177). Sur le moment, la sévérité de Voltaire paraît extrême (D6920, à Sébastien Dupont, 6 juillet 1756); une version ultérieure de «l’aventure de Coliny» est plus distanciée (D8731, Mme Denis à Sébastien Dupont, 26 janvier 1760). Le bruit courut un temps que Collini allait régler ses comptes au moyen d’une «Vie de Voltaire» (D7060, commentary) – le même bruit avait couru après le renvoi de Tinois.

Voltaire conserva à Collini son estime et son affection: il le soutiendra dans toutes les étapes d’une carrière brillante. Après avoir été gouverneur du fils d’un comte de Sauer, seigneur autrichien installé à Strasbourg, Collini entra au service du prince électeur palatin Charles-Théodore (1733-1799), à la fin de l’année 1759, sur la recommandation expresse de son ancien maître. Ils s’étaient revus à Strasbourg en août 1758, à l’occasion d’une visite d’hommage de Voltaire au prince – qui était son débiteur depuis le séjour à Schwetzingen de 1753 (Collini 1807, p. 185-201). Pensionné par l’électeur, Collini se fixa à Mannheim, s’y maria et y vécut le reste de sa vie. Il ne s’en éloigna qu’à deux reprises, à la fin de 1766 pour un voyage qui le conduisit en Hollande et à Paris (Collini 1807, p. 289; D13869 et D14009) et en octobre 1775 pour revoir sa ville natale – en renonçant à passer par Ferney (p. 333). D’abord secrétaire intime du prince, il devint son bibliothécaire et son historiographe (1763), puis directeur de son cabinet d’histoire naturelle (1766). Voltaire soutint cette ascension qui lui faisait honneur. Collini composa une quinzaine d’ouvrages savants d’histoire et de minéralogie, publiés entre 1761 et 1790: voir Kreutz. En 1763, il donna l’édition originale d’Olympie, dont Voltaire lui avait confié le soin. L’Académie des sciences de Mannheim, fondée à la même date, les réunit comme confrères: Collini en fut l’un des premiers membres et Voltaire un membre honoraire (p. 259-260 et 274-275).

En 1759, profitant d’une conjoncture favorable de la guerre de Sept ans, Voltaire pressa Collini de requérir contre les exactions subies à Francfort six ans plus tôt: Francfort venait de passer sous autorité française. Collini précise qu’insatisfait d’une première version, Voltaire lui envoya un modèle écrit «de sa propre main», dont il ne fit pas usage, en trouvant les termes excessifs: l’original autographe de la requête s’est conservé (D.app.168). En 1760, Voltaire renouvellera ces pressions, sans plus de succès (Collini 1807, p. 94-97, 190-191, 208-211, 215-217, 346). Ayant su déceler, en bon connaisseur des écritures, les affects de représailles investis dans «cet empressement [de Voltaire] à écrire de sa propre main», Collini a défini mieux que personne les enjeux profonds de l’affaire: «Ce qu’il avait essuyé de plus cruel à Francfort était l’avilissement et le mépris, deux injures qui ne s’oublient jamais» (p. 95). Ils restèrent en rapports étroits, comme en témoigne une correspondance intermittente pleine d’attentions, d’amitié et de respect. Collini inclura dans ses mémoires une vingtaine de lettres datant de son temps de service et donnera à la suite un recueil de quelque quatre-vingts lettres des années 1758-1778, toutes de Voltaire sauf deux de lui, choisies pour illustrer le ton de leur relation, l’une érudite, l’autre familière (p. 304-310 et 327-328) – plusieurs autres lettres ont été retrouvées depuis.

En 1784, Collini réagira par un démenti public à la divulgation posthume des Mémoires de Voltaire: il y dénonce un texte forgé par des éditeurs frauduleux, une «mauvaise rapsodie», qu’il croit brodée sur des «lettres» encore inconnues de son ancien maître. On inséra dans la livraison du 15 mars 1785 du Journal encyclopédique ces «Remarques adressées aux auteurs de ce Journal sur un ouvrage publié l’année dernière» (p. 506-512), texte signé et daté «A Mannheim, ce 15 décembre 1784». Collini n’en dit pas plus, mais il est clair qu’il a dû penser à des lettres à Mme Denis alors inédites dont il avait sûrement gardé le souvenir: une copie au moins s’en était faite de son temps, sous ses yeux, en partie de sa main (voir ci-dessous). La parenté des deux textes, les Mémoires et la pseudo-Paméla alias «Lettres de Berlin», est aujourd’hui prouvée et reconnue. Revenu de ses premiers doutes, Collini allait se convaincre par la suite de l’authenticité des Mémoires et y étayer ses propres souvenirs (Collini 1807, p. 56 et 87): effet probable d’une relecture tardive qui lui avait permis de retrouver, disséminées dans la correspondance générale de l’édition de Kehl (t. 54-55), ces mythiques «lettres» à Mme Denis – il en citera deux, dont in extenso la célèbre «Lettre de Mayence», matrice des «Lettres de Berlin» (Collini 1807, p. 93-94 et 99-103).

Mon séjour auprès de Voltaire parut un an après la mort de Collini, publié à Paris par son fils, avec une notice liminaire signée A. C. (p. i-xii) et des notes complémentaires (p. 339-372). Le texte a probablement été rédigé ou revu tardivement: la Vie de Voltaire de Duvernet (1786) est contestée sur plusieurs points et l’édition de Kehl, terminée en 1789-1790, y fait l’objet de renvois. Il s’agit d’une chronique très vivante du séjour en Prusse, du voyage de retour et de l’établissement aux Délices, qui livre des indications précieuses sur les habitudes de travail de Voltaire et sur l’atelier des secrétaires, des observations personnelles sur le caractère de Voltaire (p. 178-185) et maints détails sur les circonstances des lettres échangées (p. 205-335). Cette édition originale de 1807 est consultable en ligne. Une édition critique en a été publiée en 2009, présentée et annotée par Raymond Trousson (Collini 2009). Voir le compte rendu de cette réédition par André Magnan dans CV 13, 2014, p. 307-308.

Spécimens

1. Lettre autographe de Collini à Voltaire du 8 octobre 1752 (D5038)

2-3-4. Liste d’archives personnelles, dictée à Collini en 1753-1754 (NAF 24342)

5-6. Lettre de Voltaire à Thieriot du 23 janvier 1755 (D6095), dictée à Collini

7. Lettre autographe de Collini à Sébastien Dupont du 4 février 1755 (D6134)

8. Lettre de Voltaire à Cramer du 18 décembre 1755 (D6636), dictée à Collini

Description graphologique et principaux signes distinctifs

Ecriture arrondie, inclinée à droite; main très régulière, agréable et lisible.

Hastes hautes, jambages profonds.

Les queues de fin de mot remontent peu, et rarement au-dessus des lettres.

f: double boucle, plus étroite en haut, touchant à peine la haste, la croisant rarement

g: boucle large, croisant haut

i, l, t: souvent pincés au bas

n: remonte souvent du fût en biais, par un angle aigu

q: droit, simple, sans queue

r: forme typographique [r] en toutes positions

v: apparence de u, base ronde, souvent élargie.

Evolutions graphiques observées

Rien de particulièrement remarquable durant les quatre années de service.

Références matérielles

Autographes Collini

D5038 à Voltaire, 8 octobre 1752 (BHVP Rés. Ms 57 (1), pièce 1) Image

D5487, à von Fichard, 21 août 1753 (Francfort, no 53, f. 124)

D6000, à J. H. Schœpflin, 27 novembre 1754 (NAF 24338, f. 334-335) Image

D6134, à Dupont, 4 février 1755 (Fr 12900, f. 280-281)

D6511, à Lambert, 22 septembre 1755 (NAF 24338, f. 337-338) Image

D6549, à Lambert, 24 octobre 1755 (NAF 24338, f. 340-341) Image

D7594, à Dupont, 19 janvier 1758 (BHVP, Rés. Ms 57(1), pièce 23), etc. Image

Lettres dictées ou copies conservées

D5229, D5290, D5342, D5374, D5405, D5416, D5428, etc.

D5408 (PgS-I-HA-Rep.H-Varia-Publica nr 8, f. 4-5)

D6142, D6154, D6158, D6160, D6162, D6166, D6168, etc.

D6240, à Dupont, 9 avril 1755 (NAF 24334, p. 202), etc.

D6506, à Lambert, 20 septembre 1755, lettre dictée par Voltaire à Collini, avec un élément rajouté de Collini lui-même (BHVP, Rés. Ms 55, f. 194-195) Image.

Écrits de Voltaire

Le «Calendar of manuscripts other than correspondence» de Brown (SVEC 77, p. 13-42) décrit trois documents de la main de Collini: le no 103A, copie de Mahomet, avec corrections holographes (Royal Library, Windsor Castle); le no 140A, copie du Poème sur le désastre de Lisbonne (Clarke, MS12-1961, no 2); le no 143G, copie d’un chapitre du Précis du siècle de Louis XV, avec corrections holographes (Bm, Egerton 42, f. 77-80). Sont également de la main de Collini le no 80A, copie composite de la Diatribe du docteur Akakia, pour les f. 1-6 (les f. 7-15 étant de la main de Francheville) et le no 139A: La Religion naturelle (GPB, II, f. 123-131), copie de l’exorde et de trois parties du poème.

D’après l’édition en cours des OCV, Collini aurait d’autre part transcrit L’Art de la guerre de Frédéric II (t. 32B, p. 100, localisation erronée, lire Geheimes Staatsarchiv Preußischer Kulturbesitz, Berlin, I. HA Rep. 96 C, Nr. 1) et l’Epître de M. de Voltaire en arrivant dans sa terre (t. 45A, p. 246; Brown, no 68A, Genève, Archives Tronchin, 168/9, f. 77-80); les deux manuscrits de L’Orphelin de la Chine signalés à Munich (Brown, no 131A-B) devraient être probablement aussi de sa main (t. 45A, p. 64).

On peut y ajouter une pièce conservée dans les Papiers Bentinck des Archives de Gueldre à Arnhem: [Akakia] Décret de l’Inquisition de Rome, GA-AB 190 (8 ff).

La trace la plus remarquable de l’activité de Collini est une copie de lettre réalisée en 1753-1754 (NAF 24337, f. 258). Le document se présente comme un bandeau étroit (60x160) découpé de son feuillet d’origine pour servir probablement de signet. Dix lignes de texte subsistent, cinq au recto, cinq au verso, sans continuité. On lit au verso: «malgré les funestes conditions aux quelles j’ai reçu la vie, / je croirai pourtant si je finis avec vous ma carriere,/ qu’il y a plus de bien encor que de mal dans le monde; sinon/ je serai de l’avis de ceux qui pensent qu’un génie/ malfaisant a fagotté ce bas monde./» Il s’agit de la fin de la dernière des Lettres de M. de Voltaire à Mme Denis de Berlin dans la version OCV, t. 45C, p. 231. Voltaire a apporté à ce texte une correction autographe: les trois mots «dans le monde» ont été rayés et remplacés au-dessus par «sur la terre» – pour éviter la répétition du mot «monde», réservé pour la clausule «ce bas monde». Cette copie est la preuve la plus évidente et la plus sûre du travail littéraire des Lettres de Berlin. Heureusement conservé, le document a échappé à l’attention des deux éditeurs des Lettres de Berlin: c’est ici son premier signalement. Besterman, qui plaçait encore cette lettre dans la correspondance (D5595, ms 3), n’y avait pas reconnu l’écriture de Collini: c’est justement cette attribution qui fait tout l’intérêt de cette pièce pour la genèse et la datation des Lettres de Berlin. L’histoire du texte et les dates d’activité de Collini concordant exactement, d’autres traces analogues de la pseudo-Paméla pourraient ressurgir à l’avenir – et d’autres peut-être aussi de la main de Villaume, qui servit Voltaire durant la même période.

Collini / Villaume: pour sortir de la confusion

On a toujours confondu les écritures de Collini et de Villaume, ce qui tient à trois facteurs:

– les deux mains présentent en effet une certaine ressemblance, au moins à première vue;

– les périodes d’activité s’emboitent: 1752-56 pour Collini, 1753-55 pour Villaume, ce qui fait que les deux écritures se rencontrent très fréquemment ensemble, contiguës ou mêlées sur les mêmes documents, sur des pages des Carnets, ou pour une lettre dont la dictée a été interrompue puis reprise avec l’autre secrétaire, ou pour une lettre et son adresse, une lettre et son post-scriptum, etc.;

– mais surtout l’écriture de Villaume n’a jamais été spécifiquement identifiée, distinguée et décrite: elle n’a pas encore trouvé sa place dans le savoir et l’expérience des manuscrits voltairiens.

Les principaux traits distinctifs de ces deux écritures seront indiqués dans la notice consacrée à Villaume: c’est sa main qui doit retrouver son individualité et son autonomie.

Voici trois exemples de cette longue confusion, appelée heureusement à se dissiper:

– Les carnets (Notebooks) issus des années 1752-1756 ont été décrits par Besterman au moyen de démarcations référant à deux mains seulement, celle de Voltaire et celle de Collini; en réalité, les indications notées Collini par l’éditeur sont à redistribuer entre Collini et Villaume: c’est particulièrement le cas pour le précieux carnet dit de Saint-Fargeau (OCV, t. 81, p. 112-168), laboratoire de l’Essai sur les mœurs, dont les notations révèlent un processus de travail à trois mains.

– Deux lettres de la pseudo-Paméla, la 7e et la 9e dans le modèle que j’en ai reconstitué (L’Affaire Paméla, 2004, p. 41 et 44), sont matérialisées dans l’état actuel des sources par deux manuscrits qu’il faut retirer à Collini et rendre à Villaume – alors même que la dernière lettre du recueil, je viens de l’indiquer, fut copiée par Collini. Il n’est pas impossible que Voltaire ait pratiqué pour cet écrit le même cloisonnement d’exécution qu’on a pu observer pour Zadig et pour Il faut prendre un parti. Victime des mêmes apparences de similitude que pour les carnets, Besterman attribua ces deux copies à Collini: voir D4195, ms 2 et D4205, ms 1. J’ai moi-même reconduit la seconde erreur au tout début de mon enquête sur les Lettres de Berlin (SVEC 244, 1986, p. 2), avant d’opérer les corrections nécessaires (L’Affaire Paméla, 2004, p. 184 et 217), mais sans pouvoir identifier Villaume en un premier temps – c’est chose faite. Il faut regretter, en passant, que le dernier éditeur des Lettres de Berlin, faute d’avoir repris d’assez haut la question matérielle de la genèse de l’œuvre, soit retombé dans les deux erreurs de Besterman (OCV, t. 45C, p. 56 et 237-241).

– La préparation de l’Essai sur l’histoire générale pour l’édition Cramer de 1756 ayant nécessité une réécriture complexe du texte déjà revu et augmenté en 1754, Voltaire y travailla selon son usage en insérant des feuillets manuscrits d’additions et corrections dans un exemplaire témoin du tome III de l’édition Walther (1754). Il gratifia peu après Clavel de Brenles de cette pièce de collection (D6171, 18 février 1755), qui fut léguée à la Bibliothèque de la ville de Lausanne, où elle se trouve conservée. Si l’on suit les indications éditoriales fournies par René Pomeau (Essai sur les mœurs, Garnier, 1963, t. I, p. LXX-LXXI), tous les éléments rapportés seraient de la main de Collini. En fait, Villaume fut sûrement associé à l’opération, au moins pour l’addition des cinq paragraphes sur les cruautés du roi Louis XI au chapitre XCIV: le premier feuillet de cette addition, reproduit en regard de la page LXX de l’édition Pomeau de l’Essai, est de sa main, parfaitement reconnaissable. Cet exemplaire interfolié de la BCU de Lausanne appellerait désormais une analyse matérielle plus approfondie.

Bibliographie

Collini 1807: Mon séjour auprès de Voltaire et lettres inédites que m’écrivit cet homme célèbre jusqu’à la dernière année de sa vie, par Côme Alexandre Collini, Paris, Léopold Collin, 374 p.

Collini 2009: Côme Alexandre Collini, Mon séjour auprès de Voltaire, édition présentée et annotée par Raymond Trousson, Paris, Champion, 2009, 266 p.

Kreutz: Jörg Kreutz, Cosimo Alessandro Collini (1727-1806). Ein europäischer Aufklärer am kurpfälzischen Hof, Ubstadt-Weiher, 2009, 682 p.

André Magnan