ISSN 2271-1813

   

Voltaire, Le Siècle de Louis XIV, l'édition de 1751
Préparée et présentée par Ulla Kölving

 

[p. 344] ECRIVAINS,
dont plusieurs ont illustré le siécle.

Abadie (jacques) né en béarn en 1658. célébre par son traité de la religion chrétienne; mais qui fit tort ensuite à cet ouvrage par celui de l'ouverture des sept sceaux. m. en irlande en 1727.

Abadie ou l'Abadie (jean) né en guienne en 1610. jésuite, puis janséniste, puis protestant, voulut enfin faire une secte, & s'unir avec la bourignon, qui lui répondit que chacun avait son saint esprit, & que le sien était fort supérieur à celui d'abadie. on a de lui trente & un volume [sic] [p. 345] de fanatisme. on n'en parle ici que pour montrer l'aveuglement de l'esprit humain. il ne laissa pas d'avoir des disciples. m. à altena en 1674.

Ablancourt (nicolas perrot d') d'une ancienne famille du parlement de paris, né à vitri en 1606. traducteur élégant, & dont on appela chaque traduction la belle infidelle. m. pauvre en 1664.

Achéri (luc d') bénédictin, grand compilateur, né en 1609. m. en 1685.

Aléxandre (noël) né à rouen en 1639, dominicain. il a fait beaucoup d'ouvrages de théologie, & a disputé beaucoup sur les usages de la chine contre les jésuites qui en revenaient. m. en 1724.

Amelot de la houssaie (nicolas) né à orléans en 1634. ses traductions avec des notes politiques & ses histoires sont fort recherchées; mais ses mémoires par ordre alphabétique sont très fautifs. m. en 1706.

Amelotte (denis) né en saintonge en 1606. de l'oratoire. il est principalement connu par une très bonne vèrsion du nouveau testament. m. en 1678.

[p. 346] Amontons (guillaume) né à paris en 1663. excellent mécanicien. m. en 1699.

Ancillon (david) né à metz en 1617. calviniste, & son fils charles mort à berlin en 1715, ont eu quelque réputation dans la littérature.

Anselme, moine augustin, le premier qui ait fait une histoire généalogique des grands officiers de la couronne, continuée & augmentée par du fourni auditeur des comptes. on a une notion très vague de ce qui constituë les grands officiers. on s'imagine que ce sont ceux à qui leur charge donne le titre de grand, comme grand écuïer, grand échanson. mais le connétable, les maréchaux, le chancelier, sont grands officiers & n'ont point ce titre de grand, & d'autres qui l'ont ne sont point réputés grands officiers. les capitaines des gardes, les premiers gentilshommes de la chambre, sont devenus réellement de grands officiers & ne sont pas comptés par le pére anselme. rien n'est décidé sur cette matiére, & il y a autant de confusion & d'incertitude sur tous les droits & sur tous les titres en france, qu'il y a d'ordre dans l'administration. m. en 1694.

[p. 347] Arnauld (antoine) vingtiéme fils de celui qui plaida contre les jésuites, docteur de sorbonne, né en 1612. rien n'est plus connu que son éloquence, son érudition & ses disputes, qui le rendirent si célébre & en même tems si malheureux, selon les idées ordinaires qui mettent le malheur dans l'éxil & dans la pauvreté, sans considérer la gloire, les amis & une vieillesse saine, qui furent le partage de cet homme fameux. m. en 1694.

Arnauld-d'andilly (robert) frére aîné du précédent, né en 1588. l'un des grands écrivains de port-roial. il présenta à louis XIV, à l'âge de 85 ans, sa traduction de josephe, qui de tous ses ouvrages est le plus recherché. il fut pére de simon arnauld, marquis de pompone, ministre d'état; & ce ministre ne put empécher ni les disputes, ni les disgraces de son oncle le docteur de sorbonne. m. en 1674.

Aubignac (françois d') né en 1604. il n'eut jamais de maître que lui-même. attaché au cardinal de richelieu, il était l'ennemi de corneille. sa pratique des théatres est encor luë; mais il prouva par sa tragédie de zénobie, que les connaissances ne donnent pas les talens. m. en 1676.

[p. 348] Aubri (antoine) né en 1616. on a de lui les vies des cardinaux de richelieu & de mazarin, ouvrages médiocres. m. en 1695.

La comtesse d'Aunoi. son voiage & ses mémoires d'espagne & quelques romans écrits avec legéreté lui firent quelque réputation. m. en 1705.

Baillet (adrien) né près de beauvais en 1649. critique célébre. m. en 1706.

Baluze (étienne) d'auvergne, né en 1631. c'est lui qui a formé le recueil des manuscrits de la bibliothéque de colbert. il a travaillé jusqu'à l'âge de quatre-vingt-huit ans. on lui doit sept volumes d'anciens monumens. éxilé pour avoir soûtenu les prétentions du cardinal de bouillon, qui se croiait indépendant du roi. m. en 1718.

Balzac (jean louis) né en 1594. homme éloquent, & le premier qui fonda un prix d'éloquence. il eut le brévet d'historiographe de france & de conseiller d'état, qu'il appelait de magnifiques bagatelles. m. en 1654.

Barbeirac (jean) né à béziers en 1674. [p. 349] calviniste, professeur en droit & en histoire à lausane, traducteur & commentateur de puffendorf & de grotius. il semble que ces traités du droit des gens, de la guerre & de la paix, qui n'ont jamais servi ni à aucun traité de paix, ni à aucune déclaration de guerre, ni à assûrer le droit d'aucun homme, soient une consolation pour les peuples, des maux qu'ont fait la politique & la force. ils donnent l'idée de la justice, comme on a les portraits des personnes célébres qu'on ne peut voir. m. en 1729.

Barbier daucourt (jean) connu chez les jésuites sous le nom de l'avocat sacrus, & dans le monde par sa critique des entretiens du pére bouhours, & par l'excellent plaidoïer pour un homme innocent appliqué à la question. il fut longtems protégé par colbert, qui le fit controleur des bâtimens du roi; mais aiant perdu son protecteur, il mourut dans la misére en 1694.

Barbier (mademoiselle) a fait quelques tragédies.

Basnage (jacques) né à rouen en 1653. calviniste, pasteur à la haie, plus propre à être ministre d'état que d'une paroisse. [p. 350] de tous ses livres, son histoire des juifs, des provinces unies & de l'église sont les plus estimés. les livres sur les affaires du tems meurent avec les affaires; les ouvrages d'une utilité générale subsistent. m. en 1723.

Basnage de beauval (henri) de rouen, ministre en hollande, mais ministre philosophe, qui a écrit de la tolérance des religions. il était laborieux; & nous avons de lui le dictionnaire de furetiére augmenté. m. en 1710.

Baudran (michel) né à paris en 1633. géographe, mais moins estimé que sanson. m. en 1700.

Bayle (pierre) né au carlat dans le comté de foix en 1647. retiré en hollande plustôt comme philosophe que comme calviniste, persécuté pendant sa vie par jurieux, & après sa mort par les ennemis de la philosophie. s'il avait prévu combien son dictionnaire serait recherché, il l'aurait rendu encor plus utile, en retranchant les noms obscurs, & en y ajoûtant plus de noms illustres. il a vécu & il est mort en sage. des-maiseaux a écrit sa vie en un gros volume. elle ne devait pas contenir six pages. la [p. 351] vie d'un écrivain sédentaire est dans ses écrits. m. en 1706.

Beaumont de péréfixe (hardouin) précepteur de louis XIV, archévêque de paris. son histoire de henri quatre, qui n'est qu'un abrégé, fait aimer ce grand prince, & est propre à formèr un bon roi. il la composa pour son éléve. on crut que mézerai y avait eu part: en effet il s'y trouve beaucoup de ses maniéres de parler; mais mézerai n'avait pas ce stile touchant & digne en plusieurs endroits du prince dont péréfixe écrivait la vie, & de celui à qui il l'adressait. les excellens conseils qui s'y trouvent pour gouverner par soi-même, ne furent insérés que dans la seconde édition après la mort du cardinal mazarin. on apprend d'ailleurs à connaître henri quatre beaucoup plus dans cette histoire que dans celle de daniel, écrite un peu séchement, & où il est trop parlé du pére coton, & trop peu des grandes qualités de henri quatre, & des particularités de la vie de ce bon roi. péréfixe émeut tout cœur né sensible, & fait adorer la mémoire de ce prince, dont les faiblesses n'étaient que celles d'un homme aimable, & dont les vertus étaient celles d'un grand homme. m. en 1670.

[p. 352] Benserade (isaac de) né en normandie en 1612. sa petite maison de gentilli, où il se retira sur la fin de sa vie, était remplie d'inscriptions en vèrs, qui valaient bien ses autres ouvrages. c'est dommage qu'on ne les ait pas recueillies. m. en 1691.

Bergier (nicolas) a eu le titre d'historiographe de france, mais il est plus connu par sa curieuse histoire des grands chemins de l'empire romain, surpassés aujourd'hui par les nôtres en beauté, & non pas en solidité. son fils mit la derniére main à cet ouvrage utile. & le fit imprimer sous louis XIV. m. en 1623.

Bernard (mademoiselle) a fait quelques piéces de théatre, conjointement avec le célébre bernard de fontenelle.

Bernard (jacques) de dauphiné, né en 1658. savant littérateur; ses journaux ont été estimés. m. en hollande en 1718.

Bernier (françois) surnommé le mogol, né à angers vèrs l'an 1625. il fut huit ans médecin de l'empereur des indes. ses voiages sont curieux. m. en 1688.

[p. 353] Bignon (jérome) né en 1590. il a laissé un plus grand nom que de grands ouvrages. il n'était pas encor du bon tems de la littérature. le parlement, dont il fut avocat-général, chérit avec raison sa mémoire. m. en 1656.

Bochart (samuel) né à rouen en 1599. calviniste, un des plus savans hommes de l'europe dans les langues & dans l'histoire. il fut un de ceux qui allérent en suéde instruire & admirer la reine christine. m. en 1667.

Boileau despréaux (nicolas) né à paris en 1636. le plus correct de nos poëtes. on a tant commenté ses ouvrages, qu'un éloge est ici superflu. m. en 1711.

Boileau (gilles) né à paris en 1631. frére aîné du fameux boileau. il a fait quelques traductions qui valent mieux que ses vèrs. m. en 1669.

Boivin (jean) né en normandie en 1633. frére de louis boivin, & utile comme lui pour l'intelligence des beautés des auteurs grecs. m. en 1726.

l'abbé du Bos. son histoire de la ligue de cambrai est profonde, politique, intéressante; [p. 354] elle fait connaître les usages & les mœurs du tems, & est un modéle en ce genre. tous les artistes lisent avec fruit ses réfléxions sur la poësie, la peinture & la musique. il ne savait pourtant pas la musique, il n'avait jamais pu faire de vèrs, & n'avait pas un tableau. mais il avait beaucoup lu, vu, entendu & réfléchi.

Bossu (rené le) né à paris en 1631. chanoine régulier de sainte géneviéve. il voulut concilièr aristote avec descartes; il ne savait pas qu'il falait les abandonner l'un & l'autre. son traité sur le poëme épique a beaucoup de réputation, mais il ne fera jamais de poëtes. m. en 1680.

Bossuet (jacques bénigne) de dijon, né en 1627, évêque de condom & ensuite de meaux. on a de lui 51 ouvrages; mais ce sont ses oraisons funébres & son discours sur l'histoire univèrselle, qui l'ont conduit à l'immoralité. m. en 1704.

Bouchenu de valbonnai (jean pierre) né à grenoble en 1651. il voiagea dans sa jeunesse, & se trouva sur la flote d'angleterre à la bataille de solbaye. il fut depuis premier président de la chambre [p. 355] des comptes du dauphiné. sa mémoire est chére à grenoble pour le bien qu'il y fit, & aux gens de lettres par ses grandes recherches. ses mémoires sur le dauphiné furent composés dans le tems qu'il était aveugle, & sur les lectures qu'on lui faisait. m. en 1730.

Boudier, auteur de quelques vèrs naturels. il fit en mourant à 86 ans son épitaphe:

J'étais poëte, historien;
Et maintenant je ne suis rien.

Bouhier, président du parlement de dijon. son érudition l'a rendu célébre. il a traduit en vèrs français quelques morceaux d'anciens poëtes latins. il pensait qu'on ne doit pas les traduire autrement; mais il prouva combien c'est une entreprise difficile.

Bouhours (dominique) jésuite, né à paris en 1628. la langue & le bon goût lui ont beaucoup d'obligations. il a fait de bons ouvrages, dont on a fait de bonnes critiques: ex privatis odiis respublica crescit. m. en 1702.

Bouillaud (ismaël) de loudun, né [p. 356] en 1605. savant dans l'histoire & dans les mathématiques. m. en 1694.

le comte de Boulainvilliers de la maison de crouy. le plus savant gentilhomme du roiaume dans l'histoire, & le plus capable d'écrire celle de france, s'il n'avait pas été trop sistématique. il appelle le gouvernement féodal le chef-d'œuvre de l'esprit humain. il regrette les tems, où les peuples esclaves de petits tyrans ignorans & barbares, n'avaient ni industrie, ni commerce, ni propriété; & il croit qu'une centaine de seigneurs, oppresseurs de la terre & ennemis d'un roi, composaient le plus parfait des gouvernemens. malgré ce sistême, il était excellent citoien; comme malgré son faible pour l'astrologie judiciaire, il était philosophe, de cette philosophie qui compte la vie pour peu de chose, & qui méprise la mort. ses écrits, qu'il faut lire avec précaution, sont profonds & utiles. on a imprimé à la fin de ses ouvrages un gros mémoire pour rendre le roi de france plus riche que tous les autres monarques ensemble. il est évident que cet ouvrage n'est pas du comte de boulainvilliers. m. vers l'an 1720.

Bourdalouë, né à bourges en 1632. [p. 357] jésuite. le premier modéle des bons prédicateurs en europe. m. en 1704.

Bourseis (amable) né en auvergne en 1606. auteur de plusieurs ouvrages de politique & de controverse. silhon & lui sont soupçonnés d'avoir composé le testament politique attribué au cardinal de richelieu. m. en 1672.

Boursaut (edmond) né en bourgogne en 1638. ses lettres à babet estimées de son tems sont devenuës, comme toutes les lettres dans ce goût, l'amusement des jeunes provinciaux. on jouë encor sa comédie d'ésope. m. en 1701.

Brebeuf (guillaume) né en normandie en 1638. il est connu par sa traduction de la pharsale; mais on ignore communément qu'il a fait le lucain travesti. m. en 1661.

Breteuil, marquise du chastelet (gabriele émilie) née en 1706. elle a éclairci leibnitz, traduit & commenté newton, mérite fort inutile à la cour, mais révéré chez toutes les nations qui se piquent de savoir, & qui ont admiré la profondeur de son génie & son éloquence. de toutes les femmes qui ont illustré la france, c'est celle qui a eu le plus de véritable [p. 358] esprit, & qui a moins affecté le bel esprit. m. en 1749.

Brienne (henri auguste de loménie de) sécretaire d'état. il a laissé des mémoires. il serait utile que les ministres en écrivissent, mais tels que ceux qui sont rédigés depuis peu sous le nom du duc de sully. est m. en 1666.

la Bruiére (jean) né à dourdan en 1644. il est certain, qu'il peignit dans ses caractéres des personnes connuës & considérables. son livre a fait beaucoup de mauvais imitateurs. m. en 1696.

Brumoi, jésuite. son théatre des grecs passe pour le meilleur ouvrage qu'on ait en ce genre. il a prouvé qu'il est bien plus aisé de traduire & de louer les anciens, que d'égaler par ses propres productions les grands modernes.

Brun (pierre le) né à aix en 1661. de l'oratoire. son livre critique des pratiques superstitieuses a été recherché; mais c'est un médecin qui ne parle que de très peu de maladies. m. en 1729.

Buffier (claude) jésuite. sa mémoire artificielle est d'un grand secours pour [p. 359] ceux, qui veulent avoir les principaux faits de l'histoire toûjours présens à l'esprit. il a fait servir les vèrs (je ne dis pas la poësie) à leur premièr usage, qui était d'imprimer dans la mémoire des hommes les événemens dont on voulait garder le souvenir.

Bussy rabutin (roger comte de) né dans le nivernois en 1618. il écrivit avec pureté. on connait ses malheurs & ses ouvrages. m. à autun en 1693.

Calprenéde (gautier de la) né à cahors vèrs l'an 1612. gentilhomme ordinaire du roi. ce fut lui, qui mit les longs romans à la mode. m. en 1663.

Campistron (jean) né à toulouse en 1656, éléve & imitateur de racine. le duc de vendôme dont il fut sécretaire fit sa fortune, & le comédien baron une partie de sa réputation. il y a des choses touchantes dans ses piéces: elles sont faiblement écrites; mais au moins le langage est assez pur, & après lui on a tellement négligé la langue dans les piéces de théatre, qu'on a fini par écrire d'un stile entiérement barbare. c'est ce que boileau déplorait en mourant. m. en 1723.

[p. 360] du Cange (charles du fresne) né à amiens en 1610. on sait combien ses deux glossaires sont utiles pour l'intelligence de tous les usages du bas empire & des siécles suivans. il fut un de ceux que louis XIV récompensa. m. en 1688.

Cassini (jean dominique) né dans le comté de nice en 1625, appelé par colbert en 1666. il a été le premier des astronomes de son tems, mais il commença comme les autres par l'astrologie. m. en 1712.

Catrou, né en 1659, jésuite. il a fait avec le pére rouillé vingt tomes de l'histoire romaine. ils ont cherché l'éloquence, & n'ont pas trouvé la précision. m. en 1737.

du Cerceau, jésuite, a fait quelques poësies naturelles dans le genre médiocre. il s'y trouve des vers heureux. m. en 1730.

la Chambre (marin cureau de) né au mans en 1594. l'un des premiers académiciens. m. en 1669. lui & son fils ont eû de la réputation.

Chantereau (louis le févre) né en 1588. [p. 361] très savant homme, l'un des premiers qui ont débrouillé l'histoire de france; mais il a accrédité une grande erreur, c'est que les fiéfs héréditaires n'ont commencé qu'après hugues capet. quand il n'y aurait que l'éxemple de la normandie, donnée ou plustôt extorquée à tître de fiéf héréditaire en 912, cela suffirait pour détruire l'opinion de chantereau, que plusieurs historiens ont adoptée. il est d'ailleurs certain, que charlemagne institua en france des fiéfs avec proprieté, & que cette forme de gouvernement était connuë avant lui dans la lombardie & dans la germanie. m. en 1658.

Chapelain (jean) né en 1595. sans la pucelle il aurait eu de la réputation parmi les gens de lettres. ce mauvais poëme lui valut beaucoup plus que l'iliade à homére. chapelain fut pourtant utile par sa littérature. m. en 1674.

la Chapelle, receveur-général des finances, auteur de quelques tragédies qui eurent du succès en leur tems. il était un de ceux qui tâchaient d'imiter racine, car racine forma sans le vouloir une école comme les grands peintres. ce fut un raphaël qui ne fit point de jules [p. 362] romain: mais au moins ses premiers disciples écrivirent avec quelque pureté de langage; & dans la décadence qui a suivi, on a vu de nos jours des tragédies entiéres, où il n'y a pas quatre vèrs de suite dans lesquels il n'y ait des fautes grossiéres. voilà d'où l'on est tombé, & à quels excès on est parvenu, après avoir eu de si grands modéles.

Chapelle (claude l'huillier) fils naturel de l'huillier maître-des-comptes. il n'est pas vrai qu'il fut le premier qui se servit des rimes redoublées; d'assouci s'en servait avant lui & même avec quelque succès.

Pourquoi donc, sexe au teint de rose,
Quand la charité vous impose
La loi d'aimer votre prochain,
Pouvez-vous me haïr sans cause,
Moi qui ne vous fis jamais rien?
Ah! pour mon honneur je vois bien
Qu'il faut vous faire quelque chose. &c.

Chapelle réussit mieux que les autres dans ce genre qui a de l'harmonie & de la grace, mais dans lequel il a préféré quelquefois une abondance stérile de rimes [p. 363] à la pensée & au tour. sa vie voluptueuse & son peu de prétention contribua encor à la célébrité de ses petits ouvrages. on sait qu'il y a dans son voiage de montpellier beaucoup de traits de bachaumont, fils du président le coigneux, l'un des plus aimables hommes de son tems. chapelle était d'ailleurs un des meilleurs éléves de gassendi. m. en 1686.

Charleval (charles faucon de ris) l'un de ceux qui acquirent de la célébrité par la délicatesse de leur esprit sans se livrer trop au public. la fameuse conversation du maréchal d'hocquincourt & du pére canaye, imprimée dans les œuvres de saint-évremont, est de charleval, jusqu'à la petite dissertation sur le jansénisme & sur le molinisme que saint-évremont y a ajoûtée. le stile de cette fin est très différent de celui du commencement. feu monsieur de caumartin le conseiller d'état avait l'écrit de charleval de la main de l'auteur. on trouve dans le moréri, que le président de ris, neveu de charleval, ne voulut pas faire imprimer les ouvrages de son oncle, de peur que le nom d'auteur peut-être ne fut une tâche dans sa famille. il faut être d'un état & d'un esprit bien abject pour avancèr une telle idée dans le siécle où nous sommes; [p. 364] & c'eût été dans un homme de robe un orgueil digne des tems militaires & barbares, où l'on abandonnait l'étude purement à la robe par mépris pour la robe & pour l'étude.

Chardin (jean) né à paris en 1643. nul voïageur n'a laissé des mémoires plus curieux. m. à londres en 1713.

Charpentier (françois) né à paris en 1620, académicien utile. on a de lui la traduction de la cyropédie. il soûtint vivement l'opinion, que les inscriptions des monumens publics de france doivent être en français. en effet c'est dégradèr une langue qu'on parle dans toute l'europe, que de ne pas oser s'en servir; & c'est aller contre son but, que de parlèr à tout le public dans une langue que les trois quarts au moins de ce public n'entendent pas. m. en 1702.

la Châtre (edme marquis de) a laissé des mémoires. m. en 1645.

Chaulieu (guillaume) né en normandie en 1639. connu par ses poësies négligées, & par les beautés hardies & voluptueuses qui s'y trouvent. m. en 1720.

[p. 365] Chéminais, jésuite. on l'appelait le racine des prédicateurs, & bourdalouë le corneille.

Cherron (élisabeth) née à paris en 1648. fille célébre par la musique, la peinture & les vèrs. m. en 1711.

Chévreau (urbain) né à loudun en 1613. savant & bel esprit qui eut beaucoup de réputation. m. en 1701.

Chifflet (jean jacques) né à besançon en 1588. on a de lui plusieurs recherches. m. en 1660. il y a eu sept écrivains de ce nom.

Choisi (françois de) né à rouen en 1644. envoié à siam. on a sa relation. il a composé plusieurs histoires, une traduction de l'imitation de Jesus-Christ, dédiée à madame de maintenon avec cette épigraphe: concupiscet rex decorem tuum; & des mémoires de la comtesse des barres, aiant été lui-même cette comtesse.

Claude (jean) né en agenois en 1619. ministre calviniste en hollande. il fut l'oracle de son parti, & eut l'honneur de combattre les arnauld, les nicole & les bossuet. m. en 1687.

le Cointe (charles) né à troies en 1611. de l'oratoire. ses annales ecclésiastiques imprimées au louvre par ordre du roi, sont un monument utile. m. en 1681.

[p. 366] Collet (philibert) né à dombes en 1643. jurisconsulte & homme libre. excommunié par l'archévêque de lion pour une querelle de paroisse, il écrivit contre l'excommunication; il combattit la clôture des religieuses, & dans son traité de l'usure il soûtint vivement l'usage autorisé en bresse de stipuler les intérêts avec le capital, usage approuvé dans plus de la moitié de l'europe, & reçu dans l'autre par tous les négocians, malgré les loix qu'on élude. il prétendit aussi que les dîmes, qu'on païe aux ecclésiastiques, ne sont pas de droit divin. m. en 1718.

Colomiez (paul) le tems de sa naissance est inconnu: la pluspart de ses ouvrages commencent à l'être; mais ils sont utiles à ceux qui aiment les recherches littéraires. m. à londres en 1692.

Commire, jésuite. il réussit parmi ceux qui croient qu'on peut faire de bons vèrs latins, & qui pensent que des étrangers peuvent ressusciter le siécle d'auguste dans une langue qu'ils ne peuvent pas même prononcer.

Cordemoi (géraud) né à paris. on lui doit le débrouillement du cahos des deux premiéres races des rois de france; & on doit cette utile entreprise au duc de montausier, qui chargea cordemoi de [p. 367] faire l'histoire de charlemagne, pour l'éducation de monseigneur. il ne trouva guéres dans les anciens auteurs que des absurdités & des contradictions. la difficulté l'encouragea, & il débrouilla les deux premiéres races. m. en 1684.

Corneille (pierre) né à rouen en 1606. quoiqu'on ne représente plus que quatre ou cinq piéces de trente-trois qu'il a composées, il sera toûjours le pére du théatre. il est le premier qui ait élevé le génie de la nation. on dit que sa traduction de l'imitation de Jésus-Christ a été imprimée 32 fois: il est aussi difficile de le croire, que de la lire une seule. il reçut une gratification du roi dans sa derniére maladie. m. en 1684.

Corneille (thomas) né à rouen en 1625. homme qui aurait eû une grande réputation, s'il n'avait point eû de frére. on a de lui 34 piéces de théatre. m. en 1709.

Cousin (louis) né à paris en 1627. président à la cour des monoies. on lui doit beaucoup de traductions d'historiens grecs, que lui seul a fait connaître. m. en 1707.

Dacier (andré) né à castres en 1651. [p. 368] calviniste comme sa femme, & devenu catholique comme elle. garde des livres du cabinet du roi à paris, charge qui ne subsiste plus. homme plus savant qu'écrivain élégant, mais à jamais utile par ses traductions & par ses notes. m. au louvre en 1722.

Danchet (antoine) a réussi à l'aide du musicien dans quelques opéra qui sont moins mauvais que ses tragédies.

Danet (pierre) l'un de ces hommes qui ont été plus utiles qu'ils n'ont eû de réputation. ses dictionnaires de la langue latine & des antiquités furent au nombre de ces livres mémorables faits pour l'éducation du dauphin monseigneur, & qui s'ils ne firent pas de ce prince un savant homme, contribuérent beaucoup à éclairer la france. m. en 1709.

Dangeau (louis abbé de) né en 1643. excellent académicien. m. en 1723.

Daniel (gabriel) jésuite. historiographe de france, a rectifié les fautes de mézerai sur la premiére & la seconde race. on lui a reproché, que sa diction n'est pas toûjours assez pure, que son stile est trop faible, qu'il n'intéresse pas, qu'il n'est pas peintre, qu'il [p. 369] n'a pas assez approfondi les loix, les usages & les mœurs. mais d'ailleurs il est instruit, éxact, sage & vrai; & s'il n'est pas au rang des grands écrivains, il est dans celui des meilleurs historiens: & l'on n'a point d'histoire de france préférable à la sienne. c'est en vain que le pére daniel prétend, que les premiers tems de l'histoire de france sont plus intéressans que ceux de rome, parce que clovis & dagobert avaient plus de terrain que romulus & tarquin. il ne s'est pas apperçu, que les faibles commencemens de tout ce qui est grand intéressent toûjours les hommes; on aime à voir la petite origine d'un peuple dont la france n'est qu'une province, & qui étendit son empire jusqu'à l'elbe, l'euphrate & le nigèr. il faut avouër, que notre histoire & celle des autres peuples, depuis le cinquiéme siécle de l'ére vulgaire jusqu'au quinziéme, n'est qu'un cahos d'aventures barbares, sous des noms barbares.

Dargonne (noël) né à paris en 1634. chartreux à gaillon. c'est le seul chartreux qui ait cultivé la littérature. ses mélanges, sous le nom de vigneul de marville, sont remplis d'anecdotes curieuses & hazardées. m. en 1704.

[p. 370] Descartes (rené) né en touraine en 1596. fils d'un conseiller au parlement de bretagne. le plus grand mathématicien de son tems, mais le philosophe qui connut le moins la nature, si on le compare à ceux qui l'ont suivi. il passa presque toute sa vie hors de france pour philosopher en liberté, à l'éxemple de saumaise qui avait pris ce parti. accusé d'athéisme comme tant d'autres philosophes, après avoir prouvé mieux qu'eux l'éxistence d'un dieu. m. à stockholm en 1650.

Desmarets de saint-sorlin (jean) né à paris en 1595. il travailla beaucoup à la tragédie de mirame du cardinal de richelieu. sa comédie des visionnaires passa pour un chéf-d'œuvre, mais c'est que moliére n'avait pas encor paru. il fut controleur-général de l'extraordinaire des guerres & secretaire de la marine du levant. sur la fin de sa vie il fut plus connu par son fanatisme que par ses ouvrages. m. en 1676.

Domat, célébre jurisconsulte. son livre des loix civiles a eu beaucoup d'approbation.

Doujat (jean) né à toulouse en 1639. [p. 371] jurisconsulte & homme de lettres. il faisait tous les ans un enfant à sa femme & un livre. le journal des savans l'appelle grand-homme; il ne faut pas prodiguer ce titre. m. en 1688.

Dubois (gerard) né à orléans en 1629, de l'oratoire. il a fait l'histoire de l'église de paris. m. en 1696.

Duché, valet de chambre de louis XIV, fit pour la cour quelques tragédies tirées de l'écriture à l'éxemple de Racine, non avec le même succès.

Duchesne (andré) né en tourraine en 1584. historiographe du roi, auteur de beaucoup d'histoires & de recherches généalogiques. on l'appelait le pére de l'histoire de france. m. en 1640.

Dufrênoi (charles) né à paris en 1611. peintre & poëte. son poëme de la peinture a réussi auprès de ceux qui peuvent lire d'autres vèrs latins que ceux du siécle d'auguste. m. en 1665.

Dufréni (charles) né à paris en 1648. il passait pour petit-fils de henri IV, & lui ressemblait. son pére avait été valet de garderobe de louis XIII, & le fils l'était [p. 372] de louis XIV, qui lui fit toûjours du bien malgré son dérangement, mais qui ne put l'empécher de mourir pauvre. avec beaucoup d'esprit & plus d'un talent, il ne put jamais rien faire de régulier. on a de lui beaucoup de comédies, & il n'y en a guères où l'on ne trouve des scénes jolies & singuliéres. m. en 1724.

Dupleix (scipion) de condom. quoique né en 1559, peut être compté dans le siécle de louis XIV, aiant encor vécu sous son régne. il est le premier historien qui ait cité en marge ses autorités, précaution absolument nécessaire quand on n'écrit pas l'histoire de son tems. on ne lit plus son histoire de france, parce que depuis lui on a mieux fait & mieux écrit. m. en 1661.

Esprit (jacques) né à béziers en 1611. auteur du livre de la fausseté des vertus humaines, qui n'est qu'un commentaire du duc de la rochefoucault. le chancelier séguier, qui goûta sa littérature, lui fit avoir un brévet de conseiller d'état. m. en 1678.

le marquis de la Fare, connu par ses mémoires & par quelques vèrs agréables. son talent pour la poësie ne se dévelopa [p. 373] qu'à l'âge de près de soixante ans. ce fut madame de cailus, l'une des plus aimables personnes de ce siécle par sa beauté & par son esprit, pour laquelle il fit ses premiers vèrs, & peut-être les plus délicats qu'on ait de lui.

M'abandonnant un jour à la tristesse
Sans espérance & même sans désirs,
Je regrettais les sensibles plaisirs
Dont la douceur enchanta ma jeunesse.
Sont-ils perdus, disais-je, sans retour,
Et n'es-tu pas cruel, amour!
Toi que j'ai fait dès mon enfance,
Le maître de mes plus beaux jours,
D'en laisser terminer le cours
A l'ennuïeuse indifférence?
Alors j'apperçus dans les airs
L'enfant maître de l'univèrs,
Qui plein d'une joie inhumaine
Me dit en souriant, tircis, ne te plains plus,
Je vais mettre fin à ta peine,
Je te promets un regard de cailus.

mort en 1713.

la Faiette (marie madelaine de la vergne [p. 374] comtesse de) sa princesse de cléves & sa zaïde furent les premiers romans, où l'on vit les mœurs des honnêtes gens & des avantures naturelles décrites avec grace. avant elle on écrivait d'un stile empoulé des choses incroiables. m. en 1693.

Félibien (andré) né à chartres en 1619. il est le premier qui dans les inscriptions de l'hôtel de ville ait donné à louis quatorze le nom de grand. ses entretiens sur la vie des peintres sont l'ouvrage qui lui a fait le plus d'honneur. il est élégant, profond, & il respire le goût. mais il dit trop peu de choses en trop de paroles, & est absolument sans méthode. m. en 1695.

Fénelon (françois de salignac) archévêque de cambrai, né en périgord en 1651. on a de lui cinquante-cinq ouvrages différens. tous partent d'un cœur plein de vertu, mais son télémaque l'inspire. il a été vainement blamé par gueudeville & par l'abbé faidit. m. à cambrai en 1715.

Ferrand, conseiller de la cour des aides. on a [de] lui de très jolis vèrs.

Feuquiéres de pas (le marquis de) né [p. 375] à paris en 1648. officier consommé dans l'art de la guerre, & excellent guide s'il est critique trop sévére, m. en 1711.

le Févre (tannegui) né à caën en 1615. calviniste, professeur à saumur, méprisant ceux de la secte & demeurant parmi eux, plus philosophe que huguenot, écrivant aussi bien en latin qu'on puisse écrire dans une langue morte, faisant des vèrs grecs qui doivent avoir eû peu de lecteurs. la plus grande obligation que lui aïent les lettres, est d'avoir produit madame dacier. m. en 1678.

le Févre (anne) madame dacier. née calviniste à saumur en 1651. illustre par sa science. le duc de montausier la fit travaillèr à l'un de ces livres qu'on nomme dauphins, pour l'éducation de monseigneur. le florus avec des notes latines est d'elle. ses traductions de terence & d'homére lui font un honneur immortel. on ne pouvait lui reprocher que trop d'admiration pour tout ce qu'elle avait traduit. la motte ne l'attaqua qu'avec de l'esprit, & elle ne combattit qu'avec de l'éruditon. m. en 1720 au louvre.

Fléchier (esprit) du comtat d'avignon, né en 1632. évêque de lavaur [p. 376] & puis de nîmes. poëte français & latin, historien, prédicateur, mais connu surtout par ses belles oraisons funébres. son histoire de théodose a été faite pour l'éducation de monseigneur. le duc de montausier avait engagé les meilleurs esprits de france, à travailler par de bons ouvrages à cette éducation. m. en 1710.

Fleury (claude) né en 1640. sous-précepteur du duc de bourgogne, & confesseur de louis XV son fils, vécut à la cour dans la solitude & dans le travail. son histoire de l'église est la meilleure qu'on ait jamais faite, & les discours préliminaires encor au dessus de l'histoire. m. en 1723.

la Fontaine (jean) né à château-thiéri en 1621. le plus simple des hommes, mais admirable dans son genre quoique négligé & inégal. il fut le seul des grands hommes de son tems qui n'eut point de part aux bienfaits de louis XIV. il y avait droit par son mérite & par sa pauvreté. m. en 1695.

Forbin (claude chevalier de) chef d'escadre en france, grand-amiral du roi de siam. il a laissé des mémoires curieux qu'on a rédigés, & on peut jugèr entre lui & du gué-trouin.

[p. 377] la Fosse (antoine) né en 1658. manlius est sa meilleure piéce de théatre. m. en 1708.

Fraguier (claude) né à paris en 1666. bon littérateur & plein de goût. il n'a écrit que des vèrs latins & quelques dissertations. m. en 1728.

Furetiére (antoine) né en 1620. fameux par son dictionnaire & par sa querelle. m. en 1688.

Galant (antoine) né en picardie en 1646. il apprit à constantinople les langues orientales, & traduisit une partie des contes arabes, qu'on connait sous le titre des mille & une nuit. m. en 1715.

Gacon (françois) né à lyon en 1667. mis par le pére nicéron dans le catalogue des hommes illustres, & qui n'a été fameux que par de mauvaises satires. il a eû grande part à ce recueil de grossiéres plaisanteries qu'on appelle brévets de la calotte. ces turpitudes ont pris leur source dans je ne sai quelle association qu'on appelait le régiment des fous & de la calotte. ce n'est pas là assurément du bon goût. les honnêtes gens ne voient qu'avec mépris de tels ouvrages & leurs auteurs [p. 378] qui ne peuvent être cités que pour faire abhorrer leur éxemple. m. en 1725.

l'abbé Gallois (jean) né à paris en 1632. savant universel, fut le premier qui travailla au journal des savans avec le conseiller clerc sallo, qui avait conçu l'idée de ce travail. il enseigna depuis un peu de latin au ministre d'état colbert, qui malgré ses occupations crut avoir assez de tems pour apprendre cette langue; il prenait surtout ses leçons en carosse dans ses voiages de versailles à paris. on disait avec vraisemblance, que c'était en vuë d'être chancelier. on peut observer, que les deux hommes qui ont le plus protégé les lettres, ne savaient pas le latin, louis XIV & monsieur colbert. m. en 1707.

Gassendi (pierre) né en provence en 1592. restaurateur d'une partie de la physique d'épicure. il sentit la nécessité des atomes & du vuide. newton & d'autres ont démontré depuis ce que gassendi avait affirmé. il eut moins de réputation que descartes, parce qu'il était plus raisonnable, & qu'il n'était pas inventeur; mais on l'accusa comme descartes d'athéisme. quelques-uns crurent, que celui qui admettait le vuide comme épicure [p. 379] niait un dieu comme lui. c'est ainsi que raisonnent les calomniateurs. gassendi en provence, où l'on n'était point jaloux de lui, était appelé le saint prêtre; à paris quelques envieux l'appelaient l'incrédule. m. en 1656.

Gédouin, chanoine de la sainte-chapelle à paris. auteur d'une excellente traduction de quintilien, &c.

l'abbé Genest, né en 1635. prêtre, aumonier de la duchesse d'orléans femme du régent. il a fait plusieurs tragédies. sa pénélope eut beaucoup de succès. m. en 1719.

le Gendre (louis) né à rouen en 1655. a fait une histoire de france. pour bien faire cette histoire, il faudrait la plume & la liberté du président de thou; & il serait encor très difficile de rendre les premiers siécles intéressans. m. en 1733.

l'abbé Girard. son livre des synonimes est très utile.

Godeau (antoine) l'un de ceux qui servirent à l'établissement de l'académie française. poëte, orateur & historien. on sait que pour faire un jeu de mots le [p. 380] cardinal de richelieu lui donna l'évéché de grasse, pour le bénédicite mis en vèrs. son histoire ecclésiastique en prose fut plus estimée que son poëme sur les fastes de l'église. il se trompa en croiant égaler les fastes d'ovide; ni son sujet ni son génie n'y pouvaient suffire. c'est une grande erreur de penser, que les sujets chrétiens puissent convenir à la poësie comme ceux du paganisme, dont la mythologie aussi agréable que fausse animait toute la nature. m. en 1672.

Godefroi (théodore) fils de denys godefroi parisien. homme savant, né à genéve en 1580. historiographe de france sous louis XIII, & louis XIV. il s'appliqua surtout aux titres & au cérémonial. m. en 1649.

Godefroi (denys) son fils, né à paris en 1615. historiographe de france comme son pére. m. en 1681.

Gomberville (marin) né à paris en 1600, l'un des premiers académiciens. il écrivit de grands romans avant le tems du bon goût. m. en 1674.

Gondi (jean françois) cardinal de retz, né en 1613, qui vécut en catilina dans sa [p. 381] jeunesse, & en atticus dans sa vieillesse. plusieurs endroits de ses mémoires sont dignes de saluste; mais tout n'est pas égal. m. en 1679.

Gourville, valet de chambre du duc de la rochefoucault, devenu son ami, & même celui du grand condé. dans le même tems pendu à paris en effigie, & envoié du roi en allemagne; ensuite proposé pour succédèr au grand colbert dans le ministére. nous avons de lui des mémoires de sa vie, écrits avec naïveté, dans lesquels il parle de sa naissance & de sa fortune avec indifférence.

le Grand (joachim) né en normandie en 1653. éléve du pére le cointe. il a été l'un des hommes les plus profonds dans l'histoire. m. en 1732.

Guerret (gabriel) né à paris en 1641. connu dans son tems par son parnasse réformé & par la guerre des auteurs. il avait du goût; mais son discours, si l'empire de l'éloquence est plus grand que celui de l'amour, ne prouverait pas qu'il en eût. il a fait le journal du palais conjointement avec blondeau: ce journal du palais est un recueil des arrêts des parlemens de france, jugemens souvent différens [p. 382] dans des causes semblables. rien ne fait mieux voir combien la jurisprudence a besoin d'être réformée, que ce besoin qu'on a de recueillir des arrêts. m. en 1688.

du Guet (jacques joseph) né en forez en 1649. l'une des meilleures plumes du parti janséniste. son livre de l'éducation d'un roi n'a point été fait pour le roi de sardaigne, comme on l'a dit. m. en 1733.

du Gué-trouin, d'armateur devenu lieutenant-général des armées navales. l'un des plus grands hommes en son genre, a donné des mémoires écrits du stile d'un soldat, & propres à exciter l'émulation chez ses compatriotes.

du Hamel (jean baptiste) de normandie, né en 1624. sécretaire de l'académie des sciences. quoique philosophe il était théologien. la philosophie, qui s'est perfectionnée depuis lui, a nui à ses ouvrages; mais son nom a subsisté. m. en 1706.

le comte de Hamilton (antoine) né à caën. on a de lui quelques jolies poësies; & il est le premier, qui ait fait des romans dans un goût plaisant, qui n'est pas le burlesque de scarron.

[p. 383] Hardouin (jean) jésuite, profond dans l'histoire & chimérique dans les sentimens.

Hénaut, connu par le sonnet de l'avorton, par d'autres piéces, & qui aurait une très grande réputation si les trois premiers chants de sa traduction de lucréce, qui furent perdus, avaient paru & avaient été écrits comme ce qui nous est resté du commencement de cet ouvrage. au reste la postérité ne le confondra pas avec un homme du même nom & d'un mérite supérieur, à qui nous devons la plus courte & la meilleure histoire de france, & peut-être la seule maniére dont il faudra désormais écrire toutes les grandes histoires. car la multiplicité des faits & des écrits devient si grande, qu'il faudra bientôt tout réduire au[x] extraits & aux dictionnaires. mais il sera difficile d'imiter l'auteur de l'abrégé chronologique, d'approfondir tant de choses en paraissant les effleurer.

d'Herbelot (barthelemi) né à paris en 1625. le premier parmi les français, qui connut bien les langues & les histoires orientales. peu célébre d'abord dans sa patrie. reçu par le grand duc de toscane ferdinand second avec une distinction qui [p. 384] apprit à la france à connaître son mérite. rappelé ensuite & encouragé par colbert qui encourageait tout. sa bibliothéque orientale est aussi curieuse que profonde. m. en 1695.

Hermant (godefroi) né à beauvais en 1617. il n'a fait que des ouvrages polémiques, qui s'anéantissent avec la dispute. m. en 1690.

la Hire (philippe) né à paris en 1640. fils d'un bon peintre. il a été grand mathématicien, & a beaucoup contribué à la fameuse méridienne de france. m. en 1718.

l'Hôpital (françois marquis de) né en 1662. le premier qui ait écrit en france sur le calcul inventé par newton, qu'il appela les infiniment petits: c'était alors un prodige. m. en 1704.

d'Hosier (pierre) né à marseille en 1592. fils d'un avocat. il fut le premier qui débrouilla les généalogies, & qui en fit une science. louis XIII le fit gentilhomme servant, maître d'hôtel & gentilhomme ordinaire de sa chambre. louis XIV lui donna un brévet de conseiller d'état. de véritablement grands hommes ont été [p. 385] bien moins récompensés. leurs travaux n'étaient pas si nécessaires à la vanité humaine. m. en 1660.

des Houliéres (antoinette de la garde) de toutes les dames françaises qui ont cultivé la poësie, c'est celle qui a le plus réussi, puisque c'est celle dont on a retenu le plus de vers. m. en 1694.

Huet (pierre daniel) né à caën en 1630. savant univèrsel, & qui conserva la même ardeur pour l'étude jusqu'à l'âge de quatre-vingt-onze ans. appelé auprès de la reine christine à stockolm, il fut ensuite un des hommes illustres qui contribuérent à l'éducation du dauphin. jamais prince n'eut de pareils maîtres. huet se fit prêtre à quarante ans; il l'eut l'évéché d'avranche, qu'il abdiqua ensuite, pour se livrer tout entier à l'étude dans la retraite. de tous ses livres le commerce & la navigation des anciens, & l'origine des romans, sont le plus d'usage. son traité sur la faiblesse de l'esprit humain a fait beaucoup de bruit, & a paru à quelques uns démentir sa démonstration évangélique. m. en 1721.

Jacquelot (isaac) né en champagne en 1647. calviniste, pasteur à la haie & à [p. 386] berlin. il a fait quelques ouvrages sur la religion. m. en 1708.

Joli, (gui) conseiller au châtelet, sécretaire du cardinal de rètz, a laissé des mémoires, qui sont à ceux du cardinal ce qu'est le domestique au maître; mais il y a des particularités curieuses.

de l'Isle (guillaume) né à paris en 1675. il a réformé la géographie, qui aura longtems besoin d'être perfectionnée. c'est lui qui a changé toute la position de notre hémisphére en longitude. il a enseigné à louis XV la géographie, & n'a point fait de meilleur éléve. ce monarque a composé, après la mort de son maître, un traité du cours de tous les fleuves. guillaume de l'isle est le premier qui ait eû le titre de premier géographe du roi. m. en 1726.

Labbe (philippe) né à bourges en 1607. jésuite. il a rendu de grands services à l'histoire. on a de lui soixante & seize ouvrages. m. en 1667.

le Laboureur (jean) né à montmorenci en 1623. il a beaucoup éclairci l'histoire. c'est dommage qu'il ait fait le poëme de charlemagne. m. en 1675.

[p. 387] Lainé ou Lainez (aléxandre) né dans le haynault en 1650. poëte singulier, dont on a recueilli quelques vèrs très heureux, mais en petit nombre. m. en 1710.

Lambert (anne thérése de marguenat de courcelles, marquise de) née en 1647. dame de beaucoup d'esprit, a laissé quelques écrits d'une morale utile & d'un stile agréable. son traité de l'amitié fait voir qu'elle méritait d'avoir des amis. le nombre des dames, qui ont illustré ce beau siécle, est une des grandes preuves des progrès de l'esprit humain.

Le donne son venute in eccellenza
Di ciascun arte ove hanno posto cura. Ariost.

m. à paris en 1733.

Lami (bernard) né au mans en 1640. de l'oratoire. savant dans plus d'un genre. il composa ses élémens de mathématiques dans un voiage qu'il fit à piéd de grenoble à paris. m. en 1715.

Lancelot (claude) né à paris en 1615. il eut part à des ouvrages très utiles, que firent les solitaires de port-roial pour l'éducation de la jeunesse. m. en 1695.

de Larrey (isaac) né en normandie en 1638. son histoire d'angleterre fut estimée avant celle de rapin de thoiras; & son histoire de louis XIV ne le fut jamais. m. à berlin en 1719.

[p. 388] Launai (françois) né à angers en 1612. jurisconsulte & homme de lettres. il fut le premier qui enseigna le droit français à paris. m. en 1693.

Launoy (jean) né en normandie en 1603. docteur en théologie. savant laborieux & critique intrépide. il détrompa de plusieurs erreurs, & surtout sur des saints, dont il nia l'éxistence. on peut juger s'il eut des ennemis. on sait qu'un curé de saint-roch disait: je lui fais toûjours de profondes révérences, de peur qu'il ne m'ôte mon saint-roch. m. en 1678.

Lauriére (eusebe) né à paris en 1659. avocat. personne n'a plus approfondi la jurisprudence & l'origine des loix. c'est lui, qui dressa le plan du recueil des ordonnances; ouvrage immense, qui signale le régne de louis XV. m. en 1728.

Lémery (nicolas) né à rouen en 1645. fut le premier chimiste raisonnable, & le premier qui ait donné une pharmacopée universelle. m. en 1715.

Lenfant (jacques) né en beausse en 1661. calviniste. son histoire du concile de constance est son meilleur ouvrage. m. à berlin en 1728.

[p. 389] des Lions (jean) né à pontoise en 1615. docteur de sorbonne, homme singulier, auteur de plusieurs ouvrages polémiques. il voulut prouver, que les réjouissances à la fête des rois sont des profanations, & que le monde allait bientôt finir. m. en 1700.

le Long (jacques) né à paris en 1655. de l'oratoire. sa bibliothéque historique de france est d'une grande recherche & d'une grande utilité, à quelques fautes près. m. en 1721.

de Longueruë (louis du four) né à charleville en 1652. abbé du jard. il savait, outre les langues savantes, toutes celles de l'europe & l'histoire universelle. on prétend qu'il composa de mémoire la description historique & géographique de la france ancienne & moderne. mort vers l'an 1724.

Longueval (jacques) né en 1681. jésuite. il a fait huit volumes de l'histoire de l'église gallicane, continuée par le pére fontenay. m. en 1735.

de la Loubére (simon) né à toulouse en 1642, & envoié à siam en 1687. on a de lui des mémoires de ce païs, meilleurs [p. 390] que ses sonnets & ses odes. m. en 1729.

Mabillon (jean) né en champagne en 1632. bénédictin. c'est lui, qui étant chargé de montrer le trésor de saint-denis, demanda à quitter cet emploi, parce qu'il n'aimait pas à méler la fable avec la vérité. il a fait de profondes recherches. colbert l'emploia à rechercher les anciens titres. m. en 1707.

Maignan (émanuël) né à toulouse en 1601. minime. l'un de ceux qui ont appris les mathématiques sans maître. professeur de mathématique à rome, où il y a toûjours eû depuis un professeur minime français. m. à toulouse en 1676.

Malebranche (nicolas) né à paris en 1638. de l'oratoire. l'un des plus profonds méditatifs qui aient jamais écrit. animé de cette imagination forte qui fait plus de disciples que la vérité, il en eut de son tems. il y avait des malebranchistes. il a montré admirablement les erreurs des sens & de l'imagination; & quand il a voulu sonder la nature de l'ame, il s'est perdu dans cet abime comme les autres. il est, ainsi que descartes, un grand homme avec lequel on apprend bien peu de chose. m. en 1715.

[p. 391] Malézieux (nicolas) né à paris en 1650. les élémens de géométrie du duc de bourgogne, sont les leçons qu'il donna à ce prince. il se fit une réputation par sa profonde littérature. madame la duchesse du maine fit sa fortune. m. en 1727.

de Marca (pierre) né en 1594. étant veuf & aiant plusieurs enfans, il entra dans l'église & fut nommé à l'archévéché de paris. son livre de la concorde de l'empire & du sacerdoce est estimé. m. en 1662.

de Maroles (michel) né en touraine en 1600. fils du célébre claude de maroles capitaine des cent-suisses, connu par son combat singulier à la tête de l'armée de henri IV contre marivaux. michel, abbé de villeloin, composa 69 ouvrages, dont plusieurs sont des traductions utiles dans leur tems. m. en 1681.

Marsollier (jacques) né à paris en 1657. chanoine régulier de sainte-geneviéve. connu par plusieurs histoires bien écrites. m. en 1724.

Martignac (étienne) né en 1628. le premier qui donna une traduction supportable [p. 392] en prose de virgile, d'horace, &c. je doute qu'on les traduise jamais heureusement en vèrs. ce ne serait pas assez d'avoir leur génie, la différence des langues est un obstacle presque invincible. m. en 1698.

la Marre (nicolas) né à paris en 1641. commissaire au châtelet. il a fait un ouvrage qui était de son ressort, l'histoire de la police. il n'est bon que pour les parisiens, & meilleur à consulter qu'à lire. il eut pour récompense un[e] part sur le produit de la comédie, dont il ne jouit jamais: il aurait autant valu assignèr aux comédiens une pension sur les gages du guet.

Mascaron (jules) de marseille, né en 1634. évêque de tulles & puis d'agen. ses oraisons funébres balancérent d'abord celles de bossuet, mais aujourd'hui elles ne servent qu'à faire voir combien bossuet était un grand homme. m. en 1703.

Massillon, né en provence en 1663. de l'oratoire, évêque de clermont. le prédicateur qui a le mieux connu le monde. plus fleuri que bourdalouë, plus agréable, & dont l'éloquence sent l'homme de cour, l'académicien, & l'homme d'esprit; d'ailleurs [p. 393] philosophe modéré & tolérant. m. en 1742.

Maucroix (françois) né à noyon en 1619. historien, poëte & littérateur. m. en 1708.

Ménage (gilles) d'angers, né en 1613. il a prouvé, qu'il est plus aisé de faire des vèrs en italien qu'en français. ses vèrs italiens sont estimés même en italie; & notre langue doit beaucoup à ses recherches. il était savant en plus d'un genre. m. 1692.

Ménétrier (claude françois) né en 1631. a beaucoup servi à la science du blazon, des emblêmes & des devises. m. en 1705.

Méri (jean) né en berri en 1645. l'un de ceux qui ont le plus illustré la chirurgie. il a laissé des observations utiles. m. en 1722.

Mézerai (françois) né à argentan en normandie en 1610. son histoire de france est très connuë; ses autres écrits le sont moins. il perdit ses pensions, pour avoir dit ce qu'il croiait la vérité. d'ailleurs plus hardi qu'éxact, & inégal dans son stile. m. en 1683.

[p. 394] le Moine (pierre) jésuite, né en 1602. sa dévotion aisée le rendit ridicule. mais il eût pu se faire un grand nom par sa louïsiade. il avait une prodigieuse imagination. pourquoi donc ne réussit-il pas? c'est qu'il n'avait ni goût ni connaissance du génie de sa langue, ni des amis sévéres. m. en 1671.

Moliére (jean baptiste) né à paris en 1620. le meilleur des poëtes comiques de toutes les nations. la difficulté qu'on fit de l'enterrer, est un reproche à la france. cet article a engagé à relire les poëtes comiques de l'antiquité. il faut avouer, que si on compare l'art & la régularité de notre théatre avec ces scénes décousues des anciens, ces intrigues faibles, cet usage grossier de faire annoncer par des acteurs, dans des monologues froids & sans vraisemblance, ce qu'ils ont fait & ce qu'ils veulent faire; il faut avouer, dis-je, que moliére a tiré la comédie du cahos, ainsi que corneille en a tiré la tragédie; & que les français ont été supérieurs en ce point à tous les peuples la terre. m. en 1673.

Mongaut, précepteur du duc d'orléans fils du régent. sa traduction des lettres de cicéron & ses notes sont très estimées.

[p. 395] la Monnoye (bernard) né en 1641. excellent littérateur. m. en 1732.

Montfaucon (bernard) né en 1655. bénédictin. l'un des plus savans antiquaires de l'europe. m. en 1741.

Montpensier (anne marie louise d'orléans) connuë sous le nom de mademoiselle; fille de gaston d'orléans, née à paris en 1627. ses mémoires sont plus d'une femme occupée d'elle, que d'une princesse témoin de grands événemens; mais il s'y trouve des choses très curieuses. m. en 1693.

Moréri (louis) né en provence en 1643. on ne s'attendait pas que l'auteur du pais d'amour, & le traducteur de rodriguez, entreprît dans sa jeunesse le premier dictionnaire de faits, qu'on eut encor vu. ce grand travail lui coûta la vie. l'ouvrage réformé & très augmenté porte encor son nom, & n'est plus de lui. c'est une ville nouvelle bâtie sur le plan ancien. trop de généalogies suspectes ont fait tort surtout à cet ouvrage si utile. m. en 1680.

Morin (michel jean baptiste) né en beaujolois en 1583. médecin, mathématicien, & par les préjugés du tems astrologue. [p. 396] il tira l'horoscope de louis XIV. malgré cette charlatanerie il était savant. m. en 1656.

Morin (jean) né à blois en 1591. très savant dans les langues orientales & dans la critique. m. à l'oratoire en 1659.

Morin (simon) né en normandie en 1623. on ne parle ici de lui, que pour déplorer sa fatale folie & celle de saint-sorlin-desmarets son accusateur. saint-sorlin fut un fanatique, qui en dénonça un autre. morin, qui ne méritait que les petites-maisons, fut brulé vif en 1663, avant que [la] philosophie eût fait assez de progrès pour empécher les savans de dogmatiser, & les juges d'être si cruels.

la Motte-houdart (antoine) né à paris en 1672. célébre par ses ouvrages, & aimable par ses mœurs. il avait beaucoup d'amis, c'est à dire qu'il y avait beaucoup de gens qui se plaisaient dans sa société. je l'ai vu mourir sans qu'il eût personne auprès de son lit en 1731.

de Motteville (françoise bertaut) née en 1615 en normandie. cette dame a écrit des mémoires, qui regardent particuliérement [p. 397] la reine anne mére de louis XIV[.] on y trouve beaucoup de petits faits, avec un grand air de sincérité. m. en 1689.

le Nain de tillemont (sébastien) fils de jean le nain maître des requêtes, né à paris en 1637. éléve de nicole, & l'un des plus savans écrivains de port-roial. son histoire des empereurs, & ses seize volumes de l'histoire ecclésiastique sont écrits avec autant de vérité que peuvent l'être des compilations d'anciens historiens; car l'histoire, avant l'invention de l'imprimerie étant peu contredite, était peu éxacte. m. en 1698.

Naudé (gabriël) né à paris en 1600. médecin, & plus philosophe que médecin. attaché d'abord au cardinal barberin à rome, puis au cardinal de richelieu, au cardinal mazarin & ensuite à la reine christine dont il alla quelquetems grossir la cour savante; retiré enfin à abbeville, où il mourut dès qu'il fut libre. de tous ses livres, son apologie des grands hommes accusés de magie, est presque le seul qui soit demeuré. on ferait un plus gros livre des grands hommes accusés d'impiété depuis socrate.

....Populus nam solos credit habendos
Esse deos quos ipse colit.

m. en 1653.

[p. 398] Nemours (marie de longueville duchesse de) née en 1625. on a d'elle des mémoires, où l'on trouve quelques particularités des tems malheureux de la fronde. m. en 1707.

Nevers (philippe duc de) on a de lui des piéces de poësie d'un goût très singulier. son esprit & ses talens se sont perfectionnés dans son petit-fils. m. en 1707.

Niceron (jean pierre) de l'oratoire, né à paris en 1685. auteur des mémoires sur les hommes illustres dans les lettres. tous ne sont pas illustres; mais il parle de chacun convenablement; il n'appelle point un orfévre grand homme. il mérite d'avoir place parmi les savans utiles. m. en 1738.

Nicole (pierre) né à chartres en 1625. un des meilleurs écrivains de port-roial. ce qu'il a écrit contre les jésuites n'est guéres lu aujourd'hui; & ses essais de morale, qui sont utiles au genre humain, ne périront pas. le chapitre surtout des moiens de conserver la paix dans la société est un chef-d'œuvre, auquel on ne trouve rien d'égal dans l'antiquité en ce genre; mais cette paix est peut-être aussi difficile à établir que celle de l'abbé de saint-pierre. m. en 1695.

[p. 399] d'Orléans (joseph) jésuite. le premier qui ait choisi dans l'histoire les révolutions pour son seul objet. celles d'angleterre qu'il écrivit, sont d'un stile éloquent; mais depuis le régne de henri huit il est plus disert que fidéle. m. en 1698.

Ozanam (jacques) juif d'origine, né près de dombes en 1640. il apprit la géométrie sans maître dès l'âge de quinze ans. il est le premier qui ait fait un dictionnaire de mathématiques. ses récréations mathématiques ont toûjours un grand débit. m. en 1717.

Pagi (antoine) provençal, né en 1624. franciscain. il a corrigé baronius, & a eû pension du clergé pour cet ouvrage. m. en 1699.

Papin (isaac) né à blois en 1657. calviniste. aiant changé de religion il écrivit contre elle. m. en 1709.

Pardies (ignace gaston) jésuite, né à pô en 1638. connu par ses élémens de géométrie, & par son livre sur l'ame des bêtes. m. en 1673.

Parent (antoine) né à paris en 1666. [p. 400] bon mathématicien. il est encor un de ceux qui apprirent la géométrie sans maître. ce qu'il y a de plus singulier de lui, c'est qu'il vécut longtems à paris libre & heureux avec moins de deux-cent livres de rente. m. en 1716.

Pascal (blaise) fils du premier intendant qu'il y eut à rouen, né en 1623. génie prématuré. il voulut se servir de la supériorité de ce génie, comme le[s] rois de leur puissance; il crut tout soumettre & tout abaisser par sa force. la langue & l'éloquence lui doivent beaucoup. m. en 1662.

Patin (gui) né à houdan en 1601. médecin, plus fameux par ses lettres médisantes que par sa médecine. son recueil de lettres a été lu avec avidité, parce qu'elles contiennent des nouvelles anecdotes que tout le monde aime, & des satires qu'on aime davantage. il sert à faire voir, combien les auteurs contemporains, qui écrivent précipitamment les nouvelles du jour, sont des guides infidéles pour l'histoire. ces nouvelles se trouvent souvent fausses ou défigurées par la malignité; d'ailleurs cette multitude de petits faits n'est guéres prétieuse qu'aux petits esprits. m. en 1672.

[p. 401] Patin (charles) né à paris en 1633. fils de gui patin. ses ouvrages sont lus des savans, & les lettres de son pére le sont des gens oisifs. charles patin très savant antiquaire quitta la france, & mourut professeur en médecine à padouë en 1693.

Patru (olivier) né à paris en 1604. le premier qui ait introduit la pureté de la langue dans le barreau. il reçut dans sa derniére maladie une gratification de louis XIV, à qui on dit qu'il n'était pas riche. m. en 1681.

Pavillon (étienne) né à paris en 1632. avocat-général au parlement de metz, connu par quelques poësies écrites naturellement. m. en 1705.

Pélisson-fontanier (paul), né à bésiers en 1624. poëte médiocre, & homme très éloquent & très savant, premier commis du surintendant fouquet, maître des comptes, puis maître des requêtes & chargé d'emploier le revenu des œconomats à faire quittèr aux huguenots leur religion, qu'il avait quittée lui-même. on a de lui beaucoup d'ouvrages, des priéres pendant la messe, un traité sur l'eucharistie, un recueil de piéces galantes, mais ce qui lui a fait le plus d'honneur, [p. 402] ce sont ses discours pour monsieur fouquet, & son histoire de la conquête de la franche-comté. les protestans ont prétendu qu'il était mort avec indifférence; les catholiques ont soûtenu le contraire. m. en 1693.

Perrault (claude) né à paris en 1613. il fut médecin; mais il n'éxerça la médecine que pour ses amis. il devint, sans aucun maître, habile dans tous les arts qui ont du rapport au dessein & dans les mécaniques. bon physicien, grand architecte. il encouragea les arts sous la protection de colbert, & eut de la réputation malgré boileau. m. en 1688.

Perrault (charles) né en 1626. frére de claude. contrôleur-général des bâtimens sous colbert, donna la forme aux académies de peinture, de sculpture & d'architecture. utile aux gens de lettres, qui le recherchérent pendant la vie de son protecteur, & qui l'abandonnérent ensuite. on lui a reproché d'avoir trouvé trop de défauts dans les anciens; mais sa grande faute est de les avoir critiqués maladroitement. m. en 1703.

Pétau (denis) né à orléans en 1583. jésuite. il a réformé la chronologie. on [p. 403] a de lui soixante & dix ouvrages. m. en 1652.

Pétis de la croix (françois) l'un de ceux, dont le grand ministre colbert encouragea & récompensa le mérite. louis XIV l'envoia en turquie & en perse à l'âge de seize ans, pour apprendre les langues orientales. qui croirait qu'il a composé une partie de la vie de louis XIV en arabe, & que ce livre est estimé dans l'orient? on a de lui l'histoire de gengiskam & de tamerlan, tirée des anciens auteurs arabes, & plusieurs livres utiles; mais sa traduction des mille & un jour, est ce qu'on lit le plus.

L'homme est de glace aux vérités,
Il est de feu pour le mensonge.

m. en 1713.

Petit (pierre) né à paris en 1617. philosophe & savant. il n'a écrit qu'en latin. m. en 1687.

Pézron (paul) de l'ordre de citeaux. né en bretagne en 1639. grand antiquaire, qui a travaillé sur l'origine de la langue des goths. m. en 1706.

du Pin (louis) né en 1637. docteur [p. 404] de sorbonne. sa bibliothéque des auteurs ecclésiastiques lui a fait beaucoup de réputation & quelques ennemis. m. en 1719.

la Placette (jean) de béarn, né en 1639. ministre protestant à copenhague & en hollande. estimé pour ses divers ouvrages. m. à utrecht en 1718.

de Polignac (melchior) cardinal, né au vélay en 1662. aussi bon poëte latin qu'on peut l'être dans une langue morte; très éloquent dans la sienne. l'un de ceux qui ont prouvé, qu'il est plus aisé de faire des vèrs latins que des vèrs français. m. en 1741.

Porée (charles) né en normandie en 1675. jésuite. du petit nombre des professeurs qui ont eû de la célébrité chez les gens du monde. éloquent dans le goût de sénéque. poëte très bel esprit. son plus grand mérite fut de faire aimer les lettres & la vertu à ses disciples. m. en 1741.

de Puy-ségur (le maréchal). il nous a laissé l'art de la guerre comme boileau a donné l'art poëtique.

Quênel (pâquier) né en 1634. de l'oratoire. [p. 405] il a été malheureux en ce qu'il s'est vu le sujet d'une grande division parmi ses compatriotes. d'ailleurs il a vécu pauvre & dans l'éxil. ses mœurs étaient sévéres, comme celles de tous ceux qui ne se sont occupés que de disputes. trente pages changées & adoucies dans son livre auraient épargné des querelles à sa patrie; mais il eût été moins célébre. m. en 1719.

le Quien (michel) né en 1661. dominicain. homme très savant. il a beaucoup travaillé sur les églises d'orient & sur celle d'angleterre. il a surtout écrit contre le courayer sur la validité des ordinations des évêques anglicans. mais les anglais ne font pas plus de cas de ces disputes, que les turcs n'en font des dissertations sur l'église grecque. m. en 1703.

Quinaut (philippe) né à paris en 1635. auditeur des comptes, célébre par ses poësies lyriques & par la douceur qu'il opposa aux satires très injustes de boileau. il eut part, comme les autres grands hommes, aux récompenses que donna louis XIV. m. en 1688.

la Quintinie (jean) né à poitiers en [p. 406] 1626. il a créé l'art de la culture des arbres & de la transplantation des arbres. ses préceptes ont été suivis de toute l'europe, & ses talens récompensés magnifiquement par louis XIV. m. en [sic].

le marquis de Quincy, lieutenant-général d'artillerie, auteur de l'histoire militaire de louis XIV. il entre dans de grands détails, utiles pour ceux qui veulent suivre dans leur lecture les opérations d'une campagne. ces détails pourraient fournir des éxemples, s'il y avait des cas pareils; mais il ne s'en trouve jamais, ni dans les affaires, ni dans la guerre. les ressemblances sont toûjours imparfaites, les différences toûjours grandes. la conduite de la guerre est comme les jeux d'adresse, qu'on n'apprend que par l'usage; & les jours d'action sont des jeux de hazard.

Racine (jean) né à la ferté-milon en 1639, élevé à port-roial. il portait encor l'habit ecclésiastique quand il fit la tragédie de théagéne qu'il présenta à moliére, & celle des fréres ennemis, dont moliére lui donna le sujet. il est intitulé prieur de l'épinai dans le privilége de l'andromaque. louis XIV fut sensible à son extrême mérite. il lui donna une charge de [p. 407] gentilhomme ordinaire, le nomma quelquefois des voiages de marly, le fit coucher dans sa chambre dans une de ses maladies, & le combla de gratifications. cependant racine mourut de chagrin ou de crainte de lui avoir déplu. il n'était pas aussi philosophe que grand poëte. on lui a rendu justice fort tard. «nous avons été touchés, dit saint-évremont, de mariamne, de sophonisbe, d'alcionée, d'andromaque.[sic] & de britannicus.» c'est ainsi qu'on mettait non seulement la mauvaise sophonisbe de corneille, mais encor les impertinentes piéces d'alcionée & de mariamne à côté de ces chefs d'œuvre immortels. l'or est confondu avec la bouë pendant la vie des artistes, & la mort les sépare. m. en 1699.

Rancé (jean de bouthillier) né en 1626. commença par traduire anacréon, & institua la réforme effraïante de la trappe en 1664. il se dispensa, comme législateur, de la loi qui force ceux qui vivent dans ce tombeau, à ignorer ce qui se passe sur la terre. il écrivit avec éloquence. m. en 1700.

Rapin (rené) né à tours en 1621. jésuite, connu par le poëme des jardins en latin, & par beaucoup d'ouvrages de littérature. m. en 1687.

[p. 408] Rapin de thoiras (paul) né à castres en 1661. réfugié en angleterre & longtems officier. l'angleterre lui doit la meilleure histoire qu'on ait de ce roiaume, & la seule impartiale dans un païs où l'on n'écrit guères que par esprit de parti. m. à wésel en 1725.

Régis (silvain) né en agénois en 1632. ses livres de philosophie n'ont plus de cours depuis les grandes découvertes qu'on a faites. m. en 1707.

Regnard (françois) né à paris en 1647. il eut été célébre par ses voiages. c'est le premier français qui alla jusqu'en laponie. il grava sur un rocher ce vèrs. Sistimus hic tandem nobis ubi defuit orbis. pris sur la mèr de provence par des corsaires, esclave à algèr, racheté, établi en france dans les charges de trésorier de france & de lieutenant des eaux & forêts. il vécut en voluptueux & en philosophe. né avec un génie vif, gai & vraiment comique. sa comédie du joueur est mise à côté de celles de moliére. il faut se connaître peu aux talens & au génie des auteurs, pour penser qu'il ait dérobé cette piéce à dufréni. il dédia la comédie des ménechmes à despréaux, & ensuite écrivit contre lui, parce que [p. 409] boileau ne lui rendit pas assez de justice. cet homme si gai mourut de chagrin à 52 ans. on prétend même qu'il avança ses jours. m. en 1699.

Régnier desmarêts (séraphin) né à paris en 1632. il a rendu de grands services à la langue; est auteur de quelques poësies françaises & italiennes. il fit passer une de ses piéces italiennes pour être de pétrarque. il n'eut pas fait passer ses vèrs français sous le nom d'un grand poëte. m. en 1713.

Renaudot (théophraste) médecin, très savant en plus d'un genre. le premier auteur des gazettes en france. m. en 1679.

Renaudot (eusébe) né en 1646. très savant dans l'histoire & dans les langues de l'orient. on peut lui reprocher d'avoir empéché que le dictionnaire de bayle ne fût imprimé en france. m. en 1720.

Richelet (césar pierre) le premier qui ait donné un dictionnaire presque tout satirique, éxemple plus dangereux qu'utile.

du Rier (pierre) né à paris en 1605. sécretaire du roi, historiographe de france. pauvre malgré ses charges. il fit [p. 410] dix-neuf piéces de théatre & treize traductions, qui furent toutes bien reçuës de son tems. m. en 1658.

la Rochefoucault (françois duc de) né en 1613. ses mémoires sont lus, & on sait par cœur ses pensées. m. en 1680.

Rohaut (jacques) né à amiens en 1620. il abrégea & il exposa avec clarté & méthode la philosophie de descartes. mais aujourd'hui cette philosophie, erronée presque en tout, n'a d'autre mérite que celui d'avoir été opposée aux erreurs anciennes. m. en 1675.

Rolin (charles) né à paris en 1661. recteur de l'université. le premier de ce corps qui a écrit en français avec pureté & avec noblesse. quoique les derniers tomes de son histoire ancienne faits trop à la hâte ne répondent pas au premier, c'est encor la meilleure compilation qu'on ait en aucune langue, parce que les compilateurs sont rarement éloquens & que rolin l'était. m. en 1741.

Rotrou (jean) né en 1609. le fondateur du théatre. la premiére scéne & une partie du quatriéme acte de venceslas sont des chefs d'œuvre. corneille l'appelait [p. 411] son pére. on sait combien le pére fut surpassé par le fils. venceslas ne fut composé qu'après le cid. m. vèrs 1650.

Rousseau (jean baptiste) né à paris en 1669. de très beaux vèrs, de grandes fautes & de longs malheurs le rendirent très fameux. il faut ou lui imputer les couplets qui le firent bannir, couplets semblables à plusieurs qu'il avait avoués, ou flétrir deux tribunaux qui prononcérent contre lui. ce n'est pas que deux tribunaux, & même des corps plus nombreux ne puissent commettre unanimement de très violentes injustices, quand l'esprit de parti domine. il y avait un parti furieux acharné contre rousseau. peu d'hommes ont autant excité & senti la haine. il mourut très malheureux à bruxelles, en 1740.

de la Ruë (charles) né en 1643. jésuite. poëte latin, poëte français & prédicateur. l'un de ceux qui travaillérent à ces livres nommés dauphins, pour l'éducation de monseigneur. virgile lui tomba en partage. m. en 1725.

de la Sabliére (antoine de rambouillet) ses madrigaux sont écrits avec une finesse qui n'exclut pas le naturel. m. en 1680.

Sacy le maître (louis isaac) né en 1613. [p. 412] l'un des bons écrivains de port-roial. c'est de lui qu'est la bible de royaumont, & une traduction des comédies de térence. m. en 1684.

le Sage, né en 1667. son roman de gilblas est demeuré, parce qu'il y a du naturel. m. en 1747.

Saint-aulaire (françois joseph de beaupoil marquis de) c'est une chose très singuliére, que les plus jolis vèrs qu'on ait de lui, aïent été faits lorsqu'il était plus que nonagénaire. il ne cultiva guères le talent de la poësie qu'à l'âge de plus de soixante ans, comme le marquis de la fare. dans les premiers vèrs qu'on connut de lui, on trouve ceux-ci qu'on attribua à la fare.

O muse legére & facile,
Qui sur le côteau d'hélicon
Vintes offrir au vieil anacréon
Cet art charmant, cet art utile,
Qui sait rendre douce & tranquile
La plus incommode saison;
Vous qui de tant de fleurs sur le parnasse écloses
Orniez à ses côtés les graces & les ris,
Et qui cachiez ses cheveux gris
Sous tant de couronnes de roses, &c.

[p. 413] ce fut sur cette piéce, qu'il fut reçu à l'académie; & boileau alléguait cette même piéce pour lui refuser son suffrage. il est mort en 1742, à près de cent ans, d'autres disent à cent-deux. un jour à l'âge de plus de quatre-vingt-quinze ans, il soupait avec madame la duchesse du maine. elle l'appelait apollon, & lui demandait je ne sais quel secret. il lui répondit:

La divinité qui s'amuse
A me demander mon secret,
Si j'étais apollon ne serait point ma muse:
Elle serait Thétis & le jour finirait.

anacréon moins vieux fit de bien moins jolies choses. si les grecs avaient eu des écrivains tels que nos bons auteurs, ils auraient été encor plus vains, & nous leur applaudirions aujourd'hui avec encor plus de raison.

Sainte-marthe. cette famille a été pendant plus de cent années féconde en savans. le premier gaucher de sainte-marthe, eut charles, qui fut éloquent pour son tems. m. en 1555.

Scevole, neveu de charles, se distingua dans les lettres & dans les affaires. ce fut lui qui réduisit poitiers sous l'obéissance de henri IV. il mourut à loudun en 1623. & le fameux urbain grandier prononça son oraison funébre.

[p. 414] Abel de sainte-marthe son fils cultiva les lettres comme son pére & mourut en 1652. son fils nommé abel comme lui, marcha sur ses traces. m. en 1706.

Scevole & louis de sainte-marthe, fréres jumeaux, fils du premier scevole. enterrés tous deux à paris dans le même tombeau à saint-séverin, furent illustres par leur savoir. ils composérent ensemble le gallia christiana.

Denis de sainte-marthe, leur frére, acheva cet ouvrage. m. à paris en 1725.

Pierre scevole de sainte-marthe, frére ainé du dernier scevole, fut historiographe de france. m. en 1690.

Saint-pierre (l'abbé de) a contribué par ses écrits à faire établir la taille proportionnelle. Ses idées politiques n'ont pas toûjours été des réves.

Saint-évremont (charles) né en normandie en 1613. une morale voluptueuse, des lettres écrites à des gens de cour dans un tems où ce mot de cour était prononcé avec emphase par tout le monde, des vèrs médiocres qu'on appelle des vèrs de société faits dans des sociétés illustres, tout cela avec beaucoup d'esprit, contribua à la réputation de ses ouvrages. un nommé desmaizeaux les a fait imprimer, avec une vie de l'auteur, [p. 415] qui contient seul un gros volume; & dans ce gros volume il n'y a pas quatre pages intéressantes. il n'est grossi que des mêmes choses qu'on trouve dans les œuvres de saint évremont: c'est un artifice de libraire, un abus du métier d'éditeur. c'est par de tels artifices qu'on a trouvé le secret de multiplier les livres à l'infini sans multiplier les connaissances. on connait son éxil, sa philosophie & ses ouvrages. quand on lui demanda à sa mort s'il voulait se réconcilier, il répondit: «je voudrais me réconcilier avec l'appétit.» il est enterré à westminster avec les rois & les hommes illustres d'angleterre. m. en 1703.

Saint-pavin (denis sanguin de) il était au nombre des hommes de mérite, que despréaux confondit dans ses satires avec les mauvais écrivains. le peu qu'on a de lui, passe pour être d'un goût délicat. on peut connaître son mérite personnel par cette épitaphe, que fit pour lui fieubet le maître des requêtes, l'un des esprits les plus polis de ce siécle.

Sous ce tombeau git saint-pavin:
Donne des larmes à sa fin.
Tu fus de ses amis peut-être?
Pleure ton sort & le sien:
[p. 416] Tu n'en fus pas? pleure le tien
Passant, d'avoir manqué d'en être.

m. en 1670.

Sallo (denis) né en 1626. conseiller du parlement de paris. inventeur des journaux. bayle perfectionna ce genre, déshonoré ensuite par quelques journaux, que publiérent à l'envi des libraires avides, & que des écrivains obscurs remplirent d'extraits infidéles, d'inepties & de mensonges. rien n'a plus nui à la littérature, plus répandu le mauvais goût, & plus confondu le vrai avec le faux. m. en 1669.

Sandras de courtils, né à montargis en 1644. on ne place ici son nom, que pour avertir les français & surtout les étrangers combien ils doivent se défier de tous ces faux mémoires imprimés en hollande. courtils fut un des plus coupables écrivains de ce genre. il inonda l'europe de fictions, sous le nom d'histoires. il était bien honteux, qu'un capitaine du régiment de champagne allât en hollande vendre des mensonges aux libraires. lui & ses imitateurs qui ont écrit tant de libelles contre leur propre patrie, contre de bons princes qui dédaignent de se vanger, & contre les citoiens qui ne le peuvent, ont mérité l'éxécration publique. [p. 417] il a composé la conduite de la france depuis la paix de nimégue, & la réponse au même livre. l'état de la france sous louis XIII & sous louis XIV. la conduite de mars dans les guerres de hollande. les conquêtes amoureuses du grand alcandre. les intrigues amoureuses de la france. la vie de turenne. celle de l'amiral coligni. les mémoires de rochefort, d'artagnan, de monbrun, de vordac, de la marquise du frêne. le testament politique de colbert, & beaucoup d'autres ouvrages qui ont amusé & trompé les esprits faibles. m. à paris en 1712.

Sanson (nicolas) né à abbeville en 1600. le pére de la géographie avant guillaume de l'isle. m. en 1667. ses deux fils héritérent de son mérite.

Santeuil (jean bapt.) né à paris 1600. excellent poëte latin, si on peut l'être, & qui ne pouvait faire de vèrs français. ses hymnes sont chantés dans l'église. m. en 1697.

Sarrasin (jean françois) né près de caën en 1605. a écrit agréablement en prose & en vèrs. m. en 1655.

Saumaise (claude) né en bourgogne en 1588. retiré à leide pour être libre. homme d'une érudition connuë. m. en 1653.

Sauveur (joseph) né à la fléche en 1653. [p. 418] il apprit sans maître les élémens de la géométrie. il est un des premiers, qui ait calculé les avantages & les désavantages des jeux de hazard. il disait, que tout ce que peut un homme en mathématique un autre le peut aussi. cela s'entend pour ceux qui se bornent à apprendre, mais non pour les inventeurs. il avait été muet jusqu'à l'âge de sept ans. m. en 1716.

Scarron (paul) fils d'un conseiller de la grand-chambre né en 1598. ses comédies sont plus burlesques que comiques. son virgile travesti n'est pardonnable qu'à un bouffon. son roman comique est presque le seul de ses ouvrages que les gens de goût aiment encore. c'est ce que boileau avait prédit. m. en 1660.

Scudéri (george de) né au havre de grace en 1603. favorisé du cardinal de richelieu, il balança quelque tems la réputation de corneille. son nom est plus connu que ses ouvrages. m. en 1667.

Scudéri (magdelaine) sœur de george, née au havre en 1607. plus connuë aujourd'hui par quelques vèrs agréables qui restent d'elle, que par les énormes romans de la clélie & du cyrus. louis XIV lui donna une pension, & l'accueillit avec distinction. m. en 1701.

[p. 419] Ségrais (jean) né à caën en 1625. mademoiselle l'appelle une maniére de bel esprit; mais c'était en effet un très bel esprit, & un véritable homme de lettres. il fut obligé de quitter le service de cette princesse, pour s'être opposé à son mariage avec le comte de lausun. ses églogues & sa traduction de virgile furent estimées, mais aujourd'hui on ne les lit plus. il est remarquable qu'on a retenu des vèrs de la pharsale de brébœuf, & aucun de l'énéide de ségrais. cependant boileau louë ségrais & dénigre brébœuf. m. en 1701.

Seneçai, premier valet de chambre de marie thérése. poëte d'une imagination singuliére. son conte du kaimac, à quelques endroits près, est un ouvrage distingué. c'est un éxemple qui apprend qu'on peut très bien conter d'une autre maniére que la fontaine. on peut observer que cette piéce, la seule bonne qu'il ait faite, est la seule qui ne se trouve pas dans son recueil.

Sévigné (marie de rabutin) née en 1626. ses lettres remplies d'anecdotes, écrites avec liberté, & d'un stile qui peint & anime tout, sont la meilleure critique des lettres étudiées où l'on cherche l'esprit, & encor plus de ces lettres supposées dans lesquelles on veut imiter [p. 420] le stile épistolaire, en étalant de faux sentimens & de fausses aventures à des correspondans imaginaires. m. en 1696.

Simon (richard) né en 1638. de l'oratoire. excellent critique. son histoire de l'origine & du progrès des revenus ecclésiastiques, son histoire critique du vieux testament &c. sont luës de tous les savans. m. à dieppe en 1712.

Sorbiéres (samuel) né en dauphiné en 1610. l'un de ceux qui ont porté le titre d'historiographe de france. ami du pape clément neuf avant son éxaltation, ne recevant que de faibles marques de la générosité de ce pontife il lui écrivit: «saint pére, vous envoiez des manchettes à celui qui n'a point de chemise.» il effleura beaucoup de genres de science. m. en 1670.

de la Suze (la comtesse henriette de coligni) célébre dans son tems par son esprit & par ses élégies. c'est elle qui se fit catholique parce que son mari était huguenot, & qui s'en sépara afin (disait la reine christine) de ne voir son mari ni dans ce monde-ci, ni dans l'autre. m. en 1673.

Tallemant (françois) né à la rochelle en 1620. second traducteur de plutarque. m. en 1693.

[p. 421] Tallemant (paul) né à paris en 1642. quoiqu'il fut petit-fils du riche montoron, & fils d'un maître de requêtes qui avait eu deux-cent-mille livres de rente de notre monnoie d'aujourd'hui, il se trouva presque sans fortune. colbert lui fit du bien comme aux autres gens de lettres. il a eu la principale part à l'histoire du roi par médailles. m. en 1712.

Talon (omer) avocat-général du parlement de paris, a laissé des mémoires utiles, dignes d'un bon magistrat & d'un bon citoien. m. en 1652.

Tarteron, jésuite. il a traduit les satires d'horace, de perse & de juvenal; & a supprimé les obscénités grossiéres dont il est étrange que juvenal & surtout horace aïent souillé leurs ouvrages. il a ménagé en cela la jeunesse pour laquelle il croiait travailler, mais sa traduction n'est pas assez littérale pour elle; le sens est rendu mais non pas la valeur des mots.

Terrasson (l'abbé) philosophe pendant sa vie & à sa mort. il y a de beaux morceaux dans son setos. sa traduction de diodore est utile, son éxamen d'homére sans aucun goût. m. en 1750.

Thiers (jean baptiste) né à chartres en [p. 422] 1641. on a de lui beaucoup de dissertations. c'est lui qui écrivit contre l'inscription du couvent des cordeliers de rheims, à Dieu & à saint françois tous deux crucifiés. m. en 1703.

Thomassin (louis) de l'oratoire. né en provence en 1619. homme d'une érudition profonde. il fit le premier des conférences sur les péres, sur les conciles & sur l'histoire. il oublia sur la fin de sa vie tout ce qu'il avait sçu, & ne se souvint plus d'avoir écrit. m. en 1695.

Thoynard (nicolas) né à orléans en 1629. on prétend qu'il a eu grande part au traité du cardinal norris sur les époques syriennes. sa concordance des quatre évangélistes en grec passe pour un ouvrage curieux. il n'était que savant, mais il l'était profondément. m. en 1706.

Toureil (jacques) né à toulouse en 1656. célébre par sa traduction de démosthéne. m. en 1715.

Tournefort (joseph pitton de) né en provence en 1656. le plus grand botaniste de son tems. il fut envoié par louis XIV en espagne, en angleterre, en hollande, en gréce & en asie pour perfectionner l'histoire naturelle. il rapporta 1336 nouvelles espéces de plantes, & il nous apprit à connaitre les nôtres. m. en 1708.

[p. 423] le Tourneux, né en 1640. son année chrétienne est dans beaucoup de mains, quoique mise à rome à l'index des livres prohibés, ou plustôt parce qu'elle y est mise. m. en 1686.

Tristan l'ermite, gentilhomme de gaston d'orléans frére de louis XIII. le prodigieux & long succès qu'eut sa tragédie de mariamne fut le fruit de l'ignorance où l'on était alors. on n'avait pas mieux; & quand la réputation de cette piéce fut établie, il fallut plus d'une tragédie de corneille pour la faire oublier. il y a encor des nations chez qui des ouvrages très médiocres passent pour des chefs-d'œuvre, parce qu'il ne s'est pas trouvé de génie qui les ait surpassés. on ignore communément que tristan ait mis en vèrs l'office de la vierge, & il n'est pas étrange qu'on l'ignore. m. en 1655.

Vaillant (jean foy) né à beauvais en 1632. le public lui doit la science des médailles, & le roi la moitié de son cabinet. le ministre colbert le fit voiagèr en italie, en gréce, en égypte, en turquie, en perse. des corsaires d'algèr le prirent en 1674 avec l'architecte desgodets. le roi les racheta tous deux. jamais savant n'essuïa plus de dangers. m. en 1706.

[p. 424] Vaillant (jean françois) né à rome en 1665 pendant les voiages de son pére. antiquaire comme lui. m. en 1708.

Valincourt (jean baptiste henri du trousset de) né en picardie en 1653. une épitre que despréaux lui a adressée fait sa plus grande réputation. on a de lui quelques petits ouvrages. il était bon littérateur. il fit une assez grande fortune qu'il n'eût pas faite s'il n'eût été qu'homme de lettres. m. en 1730.

Varignon (pierre) né à caën en 1654. mathématicien célébre. m. en 1722.

Varillas (antoine) né dans la marche en 1624. historien plus agréable qu'éxact. m. en 1696.

le Vassor (michel) de l'oratoire. réfugié en angleterre. son histoire de louis XIII, diffuse, pesante & satirique, a été recherchée pour beaucoup de faits singuliers qui s'y trouvent. m. en 1718.

Vauban (le maréchal de) né en 1633. sa dixme réelle n'a pu être éxécutée & est en effet impraticable. on a de lui plusieurs mémoires dignes d'un si bon citoien. m. en 1707.

Vaugelas (claude favre de) né à chambéri en 1585. c'est un des premiers qui ont épuré & réglé la langue, & de ceux qui pouvaient faire des vèrs italiens sans [p. 425] en pouvoir faire de français. il retoucha pendant trente ans sa traduction de quinte-curce. tout homme qui veut bien écrire doit corriger ses ouvrages toute sa vie. m. en 1650.

Vavasseur, né dans le charolois en 1605. jésuite, grand littérateur. il fit voir le premier, que les grecs & les romains n'ont jamais connu le stile burlesque qui n'est qu'un reste de barbarie. m. en 1681.

le Vayer (françois) né à paris en 1588. précepteur de monsieur frére de louis XIV, & qui enseigna le roi un an. historiographe de france, conseiller d'état. grand pirrhonien & connu pour tel. son pirrhonisme n'empécha pas qu'on ne lui confiât une éducation si prétieuse. on trouve beaucoup de science & de raison dans ses ouvrages trop diffus. m. en 1672.

Vergier (jacques) né à paris en 1675. il est à l'égard de la fontaine ce que campistron est à racine. imitateur faible mais naturel. mort assassiné à paris par des voleurs en 1720. on laisse entendre dans le moréri, qu'il avait fait une parodie contre un prince puissant qui le fit tuer. ce conte est faux & absurde.

Vertot (rené aubert) né en normandie en 1655. historien agréable & élégant. m. en 1735.

Vichart de saint-réal (césar) né à [p. 426] chamberi, mais élevé en france. son histoire de la conjuration de venise est un chéf-d'œuvre. sa vie de Jésus-Christ est bien différente. m. en 1692.

Villars de monfaucon (l'abbé de) né en 1635. célébre par le comte de gabalis. c'est une partie de l'ancienne mythologie des perses. l'auteur fut tué en 1673 d'un coup de pistolet. on dit que les silphes l'avaient assassiné pour avoir révélé leurs mistéres.

Villars (le maréchal duc de) né en 1652. le premier tome des mémoires qui portent son nom est entiérement de lui. m. en 1734.

Villedieu (madame de) ses romans lui firent de la réputation. au reste on est bien éloigné de vouloir donnèr ici quelque prix à tous ces romans dont la france a été & est encor inondée; ils ont presque tous été, excepté zaïde, des productions d'esprits faibles, qui écrivent avec facilité des choses indignes d'être luës par des esprits solides; ils sont même pour la pluspart dénués d'imagination, & il y en a plus dans quatre pages de l'arioste que dans tous ces insipides écrits qui gâtent le goût des jeunes gens. m. en 1683.

Voiture (vincent) né à amiens en 1598. [p. 427] c'est le premier qui fut en france ce qu'on appelle un bel esprit. il n'eut guères que ce mérite dans ses écrits, sur lesquels on ne peut guères se former le goût, mais ce mérite était alors très rare. on a de lui de très jolis vèrs mais en petit nombre. ceux qu'il fit pour la reine anne d'aûtriche, & qu'on n'imprima pas dans son recueil, sont un monument de cette liberté galante qui régnait à la cour de cette reine, dont les frondeurs lassérent la douceur & la bonté.

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Je pensais si le cardinal,
J'entends celui de la valette,
Pouvait voir l'éclat sans égal
Dans lequel maintenant vous êtes,22
J'entends celui de la beauté,
Car auprès je n'estime guere,
Cela soit dit sans vous déplaire,
Tout l'éclat de la majesté.

il fit aussi des vèrs italiens & espagnols avec succès. m. en 1648.