ISSN 2271-1813

 

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Dictionnaire de la presse française pendant la Révolution 1789-1799

C O M M A N D E R

   

Dictionnaire des journaux 1600-1789, sous la direction de Jean Sgard, Paris, Universitas, 1991: notice 105

ANECDOTES HISTORIQUES ET GALANTES (1737)

1Titres Anecdotes historiques, galantes et littéraires du tems présent, en forme de lettres.

2Dates Les Anecdotes ne sont pas à proprement parler un périodique, les deux parties ayant été publiées simultanément en un volume, mais la forme choisie rappelle les Lettres juives, et l'auteur se proposait d'en donner «un volume tous les mois»; le libraire Paupie aurait préféré la publication immédiate des deux parties «pour pouvoir donner une idée plus claire et plus étendue du corps de l'ouvrage» (Le Libraire au Lecteur, en tête de la 1e Partie).

3Description Un volume en deux parties de 224 et 226 pages. Deux correspondants, l'un en Hollande et l'autre à Paris, échangent des informations privées, par «lettres» et «réponses» alternées, soit au total 18 lettres et 18 réponses en numérotation continue pour l'ensemble de l'ouvrage.

Cahiers de 24 p., 80 x 130, in-12.

4Publication A La Haye, chez Pierre Paupie.

5Collaborateurs Yves-Joseph de LA MOTTE, dit de LA HODE.

6Contenu L'auteur, exilé en Hollande, communique à un ami de Paris les fragments d'une «histoire de sa vie» (Préface), mêlés à des réflexions sur la Hollande, à des satires anticléricales et à des anecdotes littéraires. Cette histoire se situe entre 1711 et 1715 et devait se continuer sous la Régence. Elle se limite à la jeunesse de l'auteur, mais malgré son caractère précis et concret, elle est composée d'un tissu de petites anecdotes dont l'authenticité est impossible à prouver.

7Exemplaires B.N., Z 20698-20699; B.M. Grenoble, E 13960; Ars., 8º BL 31923 (1-2).

8Bibliographie D'Argens, Lettres juives, nouv. éd., La Haye, Paupie, 1738, t. I, p. 168 et préface du t. VI; Lettres cabalistiques, 3e éd., La Haye, Paupie, 1741, t. I, préface du traducteur et p. 228-230, t. IV, p. 339. Bibliothèque raisonnée, t. XIX, juil.-sept. 1737, p. 204-210; d'Artigny, Nouveaux mémoires..., t. VII, 1756, p. 9-10. – Larkin S., Correspondance entre Prosper Marchand et le marquis d'Argens, Studies on Voltaire, t. CCXXII, 1984, p. 156-157, 160, 168, 170, 250.

Historique L'attribution des Anecdotes historiques à Yves-Joseph de La Motte, jésuite défroqué qui fit une brève carrière de journaliste en Hollande de 1726 à 1738 (voir DP2, art. «La Motte»), ne fait guère de doute. D'Argens a dénoncé dès 1738 dans une édition augmentée des Lettres juives celui qu'il considérait comme un dangereux plagiaire, doublé d'un espion catholique. L'abbé d'Artigny, bien informé sur les polémiques de 1737-1738, n'a fait que confirmer cette attribution. Collaborateur de La Martinière et de La Barre de Beaumarchais au Journal littéraire de La Haye en 1736, La Motte s'inspire ouvertement des Lettres juives pour lancer l'année suivante (les Anecdotes sont annoncées par la Gazette d'Amsterdam du 28 juin 1737) ce petit journal épistolaire dont le projet était assurément original. La Motte se proposait en effet de donner l'histoire de sa vie à travers une chronique anecdotique. Le premier volume porte sur la jeunesse de l'auteur, dans le Sud-Ouest de la France, sur ses relations avec les premiers académiciens de Bordeaux, sur sa rencontre avec Grécourt. En guise de second volume, La Motte se préparait à rééditer la Vie de Philippe d'Orléans, publiée à Londres en 1736 (par L.M.D.M.); cette histoire, elle-même très anecdotique, accorde une grande place au père La Motte et au sermon scandaleux de 1715, qui fut cause de sa disgrâce et de son exil. Cette formule de journal autobiographique a visiblement échoué: la jeunesse de La Motte était trop obscure pour que les faits allégués puissent avoir de l'intérêt, ou même être crédibles; ses positions doctrinales sont de plus très flottantes: quoique catholique, il attaque tour à tour les «molinistes» et les jansénistes, aussi bien que les protestants, à la façon de Prévost dans les Aventures de Pomponius (1724), ouvrage qu'il cite longuement (1e partie, p. 138-142). Il est probable enfin que Paupie, éditeur du marquis d'Argens, se souciait peu de publier un journal rival et de s'attirer des querelles dont il aurait fait les frais; ses réticences sont visibles dans l'Avis du libraire au lecteur en tête de la première partie; elles s'accrurent certainement quand d'Argens eut pris parti contre son rival. Vigoureusement contré, La Motte dut se replier sur le petit groupe de La Martinière, avec qui il publia la Correspondance historique, philosophique et critique (1737-1738). Le projet de renouveler le journal en forme de lettres par des éléments autobiographiques était certainement original, et les Anecdotes témoignent d'ailleurs de beaucoup de verve et de personnalité; mais pressé par le temps, l'auteur passe continuellement du pamphlet au récit romancé, tout en prenant son bien à droite et à gauche, et son témoignage sur les années 1711-1715 reste difficilement utilisable.

Robert GRANDEROUTE et Jean SGARD

 


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© Universitas 1991-2017, ISBN 978-2-84559-070-0 (édition électronique)