ISSN 2271-1813

 

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Dictionnaire de la presse française pendant la Révolution 1789-1799

C O M M A N D E R

   

Dictionnaire des journaux 1600-1789, sous la direction de Jean Sgard, Paris, Universitas, 1991: notice 1072

L'OBSERVATEUR ANGLAIS (1777-1784)

1Titres L'Observateur anglois, ou Correspondance secrete entre Milord All'Eye et Milord All'Ear.

«Milord All'Ar», sur la page de titre de l'édition originale, est corrigé en «Milord All'Ear» dès le t. II. Le titre change en 1783 à partir du t. V et devient L'Espion anglais ou Correspondance secrete entre Milord All'Eye et Milord All'Ear.

L'auteur présente son journal, dans la 1re lettre, comme une continuation du Journal historique de la révolution opérée dans la constitution (Londres, 1774-1776)  qui n'est pas un périodique.

2Dates 1777 - 1784, avec une interruption entre le t. IV (1778) et le t. V (1783). 10 volumes. Les quatre premiers volumes rassemblent des lettres datées du 1er décembre 1775 au 28 décembre 1776; les six derniers, des lettres datées du 15 janvier 1777 au 22 février 1779. L'éditeur publie à une cadence assez rapide des nouvelles relativement anciennes, et qui forment une sorte de chronique historique; la périodicité des lettres est donc fictive. T. I-II: 1777; III-IV: 1778; V-VI: 1783; VIII-X: 1784.

3Description Composition des volumes:

T. I: 6 lettres de L'Observateur hollandais (1er oct. 1773 - 2 janv. 1774) et Lettres 1-2 de l'Observateur anglais (6 juin, 6 juil. 1775), 362 p. T. II: Lettres 3-17 (20 juil. - 19 déc. 1775), 316 p. T. III: Lettres 1-21 (3 janv. - 30 juin 1774), 387 p. T. IV: Lettres 1-22 (4 juil. - 28 déc. 1776), 360 p. T. V: Lettres 1-12 (15 janv. - 21 avril 1777), 318 p. T. VI: Lettres 1-15 (6 mai - 4 sept. 1777), 334 p. T. VII: Lettres 1-8 (24 sept. - 29 déc. 1777), 275 p. T. VIII: Lettres 1-12 (4 janv. - 19 avril 1778), 393 p. T. IX: Lettres 1-14 (13 mai - 24 sept. 1778), 362 p. T. X: Lettres 1-15 (nov. 1778 - 22 févr. 1779), 346 p.

Cahiers de 24 p., 95 x 175, in-12.

Devise: Singula quaeque notando. Hor.

4Publication A Londres, chez John Adamson.

5Collaborateurs Mathieu François PIDANSAT DE MAIROBERT, qui semble avoir été le seul auteur de l'Observateur anglais. En ce qui concerne l'Espion anglais, le doute est permis: les nouvelles s'arrêtent au 22 février 1779, un mois avant son suicide; mais les six volumes ont paru, après sa mort, avec un retard notable, et les éditeurs se défendent mal contre le soupçon d'un changement d'auteur (voir t. V, Avertissement des libraires, et t. VIII, Avertissement, p. VIII). Tout en utilisant le journal manuscrit et de nombreux mémoires de Mairobert, comme ceux qui concernent la marine, ils ont certainement recouru, comme pour les Mémoires secrets, à un rédacteur, mais celui-ci nous reste inconnu.

6Contenu La première lettre de l'Observateur annonce une «gazette française» destinée aux Anglais et «regardant uniquement la France» (p. 7); cette gazette rétrospective commence là où s'arrêtait le Journal historique de la révolution..., c'est-à-dire avec les émeutes de la Guerre des Farines et le «nouveau système concernant la législation des grains». Il comportera des chroniques («J'écrirai jour par jour ce que j'aurai vu, lu ou entendu de mémorable») mais aussi des réflexions «concernant la politique, la finance et la magistrature», des «anecdotes, aventures, historiettes de la Cour et de la Ville» et des «notices concernant les arts, les sciences et la littérature». Ce programme est d'autant mieux suivi que Mairobert connaît à l'avance la matière dont il dispose. Dans sa rédaction, il s'efforce de regrouper les éléments d'un journal en exposés généraux, et il fait précéder ses «observations» d'un tableau politique de la France emprunté à l'Observateur hollandais, tableau qui met en lumière ses ambitions d'historien. Mairobert parvient ainsi à élargir la forme traditionnelle des «spectateurs» et des «espions» voyageurs; au caractère vivant et impertinent de la narration épistolaire ou des «mémoires secrets», il ajoute l'intérêt d'une analyse politique et sociale fondée sur une information précise.

7Exemplaires B.L., 1441 b 8; B.M. Lyon, 326-443, 390-075 (rééd.); B.N., 1441 b 8.

8Bibliographie B.H.C.; DP2, art. «Mairobert».

L'Observateur anglais et l'Espion anglais ont sans doute connu plusieurs réimpressions et des rééditions partielles. Dès juillet 1778, les Mémoires secrets signalent une réédition des t. I et II; nous possédons un exemplaire du t. I, daté de 1777 et comportant 468 p., sorti des presses de John Adamson. Au moment où paraissent, avec cinq ans de retard, les t. V et suivants, Adamson procède à des retirages des premiers volumes. Dès 1779, il a publié une «Nouvelle édition, revue, corrigée et considérablement augmentée», qu'il complète par la suite avec les t. V-X de l'Espion anglais. Cette nouvelle édition comporte donc quatre volumes de pagination nouvelle (417, 376, 422 et 409 p.); les volumes suivants semblent de simples réimpressions; mais le titre d'Espion anglais est étendu à toute la collection. Des extraits de l'Espion anglais ont été publiés en 1809 en deux volumes (Paris, L. Collin).

Historique L'Observateur anglais est certainement l'œuvre la plus ambitieuse de Mairobert, qui avait collaboré avec Moufle d'Angerville au Journal historique de la révolution... (1774-1776) et aux Mémoires secrets de Bachaumont depuis 1771, mais sans accéder au rôle de rédacteur principal. Son projet d'Observateur hollandais, si l'on en croit la première lettre de l'Observateur anglais, fut arrêté dès la fin de 1773 par «le Ministère inquiet et soupçonneux d'alors». L'avènement de Louis XVI lui permit de croire à la possibilité de lancer un nouveau journal, dans lequel il pourrait exprimer son opposition aux réformes de la magistrature, aux encyclopédistes et aux physiocrates. Il fut rapidement déçu. Les Mémoires secrets signalent l'apparition de l'Observateur le 15 juillet 1777, mais soulignent, le 14 septembre, que sa diffusion reste clandestine. Les t. II et IV ne paraissent qu'un an plus tard: «Depuis longtemps, écrit Mairobert, on parlait dans ce pays-ci, de deux nouveaux volumes servant de suite à l'Observateur anglais, ou Correspondance secrète de Milors All'Eye et Milors All'Ear. On n'en pouvait savoir davantage, parce qu'on assurait que le Ministère avait donné les ordres les plus sévères pour empêcher leur introduction» (M.S., 31 août 1778, p. 98). Jusqu'à la fin, et même après la mort de Mairobert, l'Espion anglais restera suspect, et de nombreux ballots des t. VIII-X seront saisis à la douane (M.S., 10 oct. 1785). Les milieux philosophiques ne pouvaient guère lui être plus favorables. Meister écrit en septembre 1780: «Cette espèce de gazette-anecdote, quoique en général assez mal digérée, contient plus de vérités qu'on n'en trouve ordinairement dans les livres de ce genre. On assure aujourd'hui que c'est l'ouvrage du feu sieur Mairobert, censeur royal, qui s'ouvrit les veines l'année dernière dans un bain public pour se consoler d'avoir été impliqué de la manière la plus déshonorante dans le procès de Brunoy» (C.L., t. XII, p. 438). Mairobert a poursuivi dans l'ombre ce journal où il a réussi à s'exprimer totalement. Alors que les Mémoires secrets devenaient de plus en plus impersonnels, l'Observateur abonde en lettres d'information précises et originales, en reportages vivants (voir dans le t. VIII, Lettres 9-10, les derniers mois de Voltaire, ou dans le t. IX, Lettre 10, le récit des derniers jours de Rousseau), en synthèses convaincantes (sur la presse, t. IV et V), en vastes tableaux de politique étrangère (sur la guerre d'Indépendance). Si l'Observateur anglais peut apparaître comme une sorte de supplément aux Mémoires secrets (voir R.S. Tate Jr, Petit de Bachaumont, his circle and the Mémoires secrets, Studies on Voltaire, t. LXV, 1968, p. 177), c'est néanmoins dans l'Observateur que Mairobert a donné sa mesure comme journaliste, et l'éditeur n'a pu faire mieux que de rassembler soigneusement tous ses dossiers et d'imiter scrupuleusement son style et sa méthode dans l'Espion anglais.

Jean SGARD

 


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