ISSN 2271-1813

 

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Dictionnaire de la presse française pendant la Révolution 1789-1799

C O M M A N D E R

   

Dictionnaire des journaux 1600-1789, sous la direction de Jean Sgard, Paris, Universitas, 1991: notice 1076

L'OBSERVATEUR FRANÇAIS À LONDRES (1769-1773)

1Titres L'Observateur français à Londres ou Lettres sur l'Etat présent de l'Angleterre relativement à ses forces, à son commerce et à ses mœurs, «avec des notes et des remarques historiques, critiques et politiques de l'auteur».

Devient à partir de 1773: Observateur français à Londres ou Lettres sur l'Angleterre et les autres pays de l'Europe relativement à leur politique, leurs forces, leur commerce, leur littérature et leurs mœurs.

2Dates 1769 - 1773. 28 volumes (coll. de l'Ars.), plus 20 livraisons de 144 p. pour la cinquième année (coll. B.N.). Périodicité bimensuelle, 24 numéros par an. Ils sont numérotés dans l'année mais non datés.

3Description Chaque volume comporte 3 livraisons de 144 p., c'est-à-dire environ 430 p. Il y a huit volumes pour la première année, la deuxième et la quatrième, mais seulement quatre pour la troisième. Chaque volume comporte un nombre inégal de lettres (285 pour le premier) car une livraison est formée de lettres de longueur variable.

Dimensions: 100 x 165, in-8º et 150 x 180 pour la 5e année.

Devise: Felix qui potuit rerum cognoscere causas. Virgile.

Quelques dépliants, donnant des tableaux de prix de denrées ou des airs de musique.

4Publication Lieu de publication: à Londres, et se trouve à Paris chez Merlin, rue de la Harpe, puis Gueffier, rue de la Harpe. Nantes, chez Brun et Bordeaux, Labottière et Chapuis. A partir de 1771, Lacombe, rue Christine et Didot l'aîné, rue Pavée (voir Avis, t. XVIII, lettre 31 bis). Enfin en 1773, le format change et le journal s'imprime à l'Imprimerie ducale des Deux-Ponts, mais on souscrit chez Lacombe.

30 # pour Paris par année. Le Journal de la librairie de 1769, nº 34, annonce L'Observateur: «il en paraîtra tous les 15 jours un cahier à Londres et à Paris».

5Collaborateurs DAMIENS DE GOMICOURT. Associé à Dubois-Fontanelle pour la 5e année quand le journal est transféré à Deux-Ponts.

6Contenu Le journal annonce qu'il contiendra les lettres d'un Français qui «depuis plusieurs années réside en Angleterre. Il est impartial, il observe en philosophe, critique sans humeur et loue sans engouement». Le journal traitera de politique, de littérature, de commerce, de mœurs et de philosophie. Il donnera des extraits de journaux anglais (Evening Post, London Chronicle, Morning Chronicle, Universal Gazette, London Magazine) et quelques-uns de la Gazette of Virginia. Le contenu concerne le gouvernement et les lois britanniques, la société anglaise (faits divers, anecdotes) les Lettres (analyses de livres), le théâtre (spectacles, extraits de pièces). A partir du t. IX l'auteur suit plus l'actualité. Il s'intéresse aux colonies, aux Antilles et à la Jamaïque, aux nègres, à l'agriculture, à la marine et au commerce, aux diverses confessions, aux Juifs. Il suit l'affaire Wilkes. A partir du t. XVII, il s'intéresse de plus en plus aux pays du Nord de l'Europe, à la Russie, mais surtout à la Pologne où il doit avoir un correspondant qualifié car il publie de longues et fréquentes nouvelles de ce pays.

Les auteurs cités sont Blackstone, Goldsmith, Ben Johnson, Hobbes, Dryden, Foote, Lillo, pour les Anglais et Montesquieu et Rousseau pour les Français.

Première table à la fin du t. VIII, puis une table à la fin de chaque volume.

7Exemplaires Ars., 8º H 2675-2676 (28 vol. de 1769 à 1772); B.N., Nd 84, 1769 à 1773 (pour la 5e année, manquent 7 et 18).

8Bibliographie DP2, art. «Damiens de Gomicourt» et «Dubois-Fontanelle».

Dans la presse du temps: Année littéraire, 1770, t. II, p. 73 et suiv.; Avant-Coureur, 9 sept. 1771, p. 514-516. Daire, Histoire littéraire de la ville d'Amiens, 1782.

Historique L'historique de ce périodique et des trois suivants du même auteur, L'Observateur français à Amsterdam (1779), Lettres hollandaises (1779) et Nouvelles Lettres hollandaises (1781-1783), restera mystérieux tant que ne seront pas éclaircis certains points encore obscurs de la biographie de Damiens de Gomicourt. Comment et pourquoi cet avocat de province, qui semble avoir mené à Amiens une vie fort sédentaire jusqu'à 45 ans, est-il devenu journaliste en 1769, commençant une seconde carrière? La lecture de ses journaux révèle qu'il devait disposer d'un important réseau d'informateurs et avoir accès à des nouvelles diplomatiques nombreuses, régulières et précises. Il s'est mis à écrire en spécialiste, en «observateur», de l'Angleterre et de la Hollande, alors qu'il semble vraiment qu'il n'y ait jamais mis les pieds et qu'il n'ait exercé aucun office, ni dans les ministères, ni aux Affaires étrangères.

Ce que nous savons déjà, c'est que Gomicourt doit quitter la France en 1769, et qu'on le trouve en Belgique, à Bruxelles, travaillant pour le libraire Boubers. C'est précisément à cette date qu'il commence L'Observateur français à Londres qui s'annonce imprimé à Londres, mais donne aux souscripteurs une adresse à Paris.

On trouve à la B.N., ms. f. fr. 22165 en date du 24 août 1769, la mention du privilège du journal de Gomicourt, annoncé aussi par le Journal de la librairie. L'auteur, quoique semblant proscrit, a donc un soutien officiel du gouvernement français. Plus tard, on trouvera dans la Correspondance des ministres de France accrédités à Bruxelles de 1780 à 1790, une lettre de Garnier à Vergennes qui parle de Gomicourt comme d'un «agent français», ce que souligne aussi, à la même date (1782), un journal édité à Amsterdam, la Correspondance politique sur les affaires présentes. Il est donc fort possible que dès 1769, et pour se faire pardonner, Gomicourt ait été recruté par le secrétariat des Affaires étrangères pour éditer un périodique.

Le titre, ou sous-titre, et le contenu ne sont pas sans rappeler les journaux de Genet: Etat politique actuel de l'Angleterre, etc., de 1757 à 1782, et sa manière, on peut même dire son système (voir DP2, art. «Genet»): citer abondamment la presse anglaise, se proclamer impartial, mais, à petites touches légères, insister sur les contradictions politiques du gouvernement britannique, ses erreurs et ses faiblesses, et ne jamais manquer l'occasion de souligner, en contraste, la cohérence et la forte organisation de la politique française. Mais Gomicourt est un écrivain et un homme de grande culture, tandis que Genet est un fonctionnaire modèle du secrétariat des Affaires étrangères, et les périodiques qui émanent de son bureau, particulièrement les Affaires de l'Angleterre et de l'Amérique, qu'il va commencer à lancer en 1776, sont moins bien composés et rédigés que les textes de Gomicourt qui sait, lui, écrire et intéresser. Mais ce seul talent aurait été insuffisant à donner à l'Observateur son intérêt et son poids qui sont indéniables, s'il n'avait pas bénéficié d'un accès aux nouvelles et d'un réseau européen d'informations, et ceci dès son arrivée à Bruxelles.

Il resterait à expliquer pourquoi le journal, dans sa dernière année, s'édita à l'Imprimerie ducale de Deux-Ponts, et comment s'établit la collaboration de Gomicourt avec Dubois, puis la suspension du périodique, semble-t-il, avant la fin de l'année 1773. On se demande où Gomicourt a pu rencontrer Dubois. Celui-ci avait eu en 1767, lui aussi, de graves ennuis avec la censure, pour sa pièce Ericie qui fut condamnée et lui-même fut obligé de se réfugier auprès du duc de Deux-Ponts. Donc de 1769 à 1772, les deux journalistes sont tous deux en disgrâce et à l'étranger, Gomicourt à Bruxelles et Dubois à Deux-Ponts. Leur collaboration ne semble concerner que L'Observateur français à Londres de l'année 1773, la dernière de son existence. Or, depuis l'année précédente, 1772, Gomicourt est revenu en France et s'est installé à Paris comme avocat. La rencontre entre les deux hommes reste donc aussi à éclaircir.

D'après ce que dit le journal, elle coïncide avec un déplacement des intérêts de l'Observateur. Depuis plus d'une année, chaque livraison comporte une ou plutôt deux lettres sur la Pologne (l'auteur dit qu'il tient ses nouvelles d'un Polonais). Les «royaumes du Nord» (Russie, Prusse, Suède) font aussi souvent le sujet d'un développement. L'Avis qui paraît dans le premier numéro de la cinquième année déclare: «L'accueil favorable du public, surtout aux lettres sur la Pologne, la Russie et quelques parties de l'Allemagne et d'Italie a confirmé l'auteur dans l'intention où il était de traiter tout ce qui avait rapport au gouvernement et à la politique, commerce, agriculture, arts et sciences des différents pays d'Europe, sans pour cela perdre de vue l'Angleterre. En 1773, il s'efforcera de faire connaître à ses lecteurs l'Allemagne et les pays du Nord. Mais pas la France, car elle dispose de toutes sortes de bons journaux: Année littéraire, Mercure Français, Journal encyclopédique, Journal des Savants, Journal ecclésiastique, Ephémérides du citoyen».

Le privilège de Christian, Prince Palatin, paraît dans ce numéro en français et en allemand, suivi d'une lettre à Mgr le Prince Palatin signée Fontanelle et Gomicourt. Vingt numéros vont paraître, avec une table tous les trois numéros. Mais le nº 20 est le dernier et il ne comporte pas de table, donc le 21 était prévu et même les trois suivants, pour terminer l'année et honorer la souscription. Au nº 10 on trouve un avis disant que «la cinquième année de l'Observateur commencée le 1er janvier 1773 a été interrompue quelque temps. Les 8 numéros parus seront suivis de 16 autres pour compléter les 24 numéros qui composent les 8 tomes de l'année. Ces 16 numéros seront mis en vente et envoyés aux souscripteurs d'ici janvier où commencera la sixième année». Mais il n'y eut pas de sixième année.

Madeleine FABRE

 


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© Universitas 1991-2017, ISBN 978-2-84559-070-0 (édition électronique)