ISSN 2271-1813

 

Publication disponible:

Dictionnaire de la presse française pendant la Révolution 1789-1799

C O M M A N D E R

   

Dictionnaire des journaux 1600-1789, sous la direction de Jean Sgard, Paris, Universitas, 1991: notice 1129

LE PORTEFEUILLE HEBDOMADAIRE (1769-1771)

1Titres Le Portefeuille hebdomadaire, ouvrage périodique qui paraît toutes les semaines par M. d'Açarq.

2Dates 1er juillet 1769 - 29 juin 1771. 4 volumes. Hebdomadaire, 52 livraisons par an, plus un Supplément, annoncé en 1770, de 4 feuilles chaque trimestre.

T. 1, 1er juil. - 30 déc. 1769; t. 2, 6 janv. - 23 juin 1770; t. 3, 7 juil. - 22 déc. 1770; t. 4, 5 janv. - 29 juin 1771.

3Description Chaque tome est composé de numéros: t. 1, 27 numéros, 422 p., numérotés 1 à 27; t. 2, 25 numéros, 420 p., numérotés 1 à 25; t. 3, 27 numéros, 416 p., numérotés 1, puis 27 à 52; t. 4, 26 numéros, 414 p., numérotés 1 à 26.

Cahiers de 16 p. in-8º, 114 x 187.

Fleuron sur le titre. Une ariette ou chanson, paroles et musique sur dépliant à la fin de chacun des 27 numéros du t. 1 (1769).

4Publication Bruxelles, J.L. de Boubers, au Marché aux Herbes. Paris, Valade, rue Saint-Jacques, vis-à-vis la rue de la Parcheminerie. A partir du Supplément de 1770, en tête: La Haye, Frédéric Staatman.

Souscription chez les libraires cités et chez M. d'Açarq, butte Saint-Roch, rue des Moineaux, maison de Mme Nicard. A partir du 13 avril 1771, Valade est remplacé par Dessaint junior, quai des Augustins.

Abonnement: 15 # à Paris, 18 # ailleurs.

5Collaborateurs Jean-Pierre d'AÇARQ (cf. DP2) des Académies d'Arras et de La Rochelle. Collaborateur: abbé Jean-Joseph Rive (B.Un., t. XXXVI, p. 78).

6Contenu Prospectus de 1769: histoire, géographie, formes de gouvernement, politique, philosophie, littérature, musique.

Avertissement de 1770: «différentes pièces en vers et en prose [...] petites productions littéraires que les particuliers négligent d'imprimer».

Contenu réel: articles d'information d'histoire et de géographie, nouvelles politiques, livres nouveaux, comptes rendus littéraires et dramatiques, nombreux extraits, surtout de pièces de théâtre, pièces fugitives, réfutation d'ouvrages favorables à l'athéisme.

Centres d'intérêt: littérature ancienne et moderne, opéra, poésie, pédagogie, histoire, géographie, combat philosophique, polémique religieuse, sciences, droit, commerce, agriculture.

Auteurs étudiés: poètes: Sticotti, Delille, de Rosay, La Monnoye, La Pérouze, Catulle, Tibulle, Homère, Lucrèce, Juvénal; auteurs dramatiques: Anseaume, Marmontel, Baculard, La Harpe, Ducis; philosophes: Dumarsais, Voltaire, Toland, Sénèque, Dom Pernetty, Burnet, Dupont de Nemours, d'Holbach; musiciens: Grétry, Gossec, Gavinies; divers: abbé Aubert, Mérard de Saint-Just, Suétone, Maupin, Viard, Linguet, De la Croix, Prévost d'Exmes, Le Beau.

Le Supplément rassemble les «Observations sur Boileau, sur Racine, sur Crébillon, sur M. de Voltaire et sur la langue française en général» (2, p. 9-240), suivies de poésies diverses d'Açarq.

7Exemplaires B.M. Aix, C 7449 (seule collection complète); B.N., Z 28970 (6 janv. - 24 mars 1770); Ars., 8º H 26572 (6 janv. - 29 déc. 1770, Supplément de 1770; 5 janv. - 25 mai 1771; 4 vol.).

L'exemplaire de l'Arsenal provient de la bibliothèque La Vallière (cat. de Nyon, nº 11212). Nombreuses corrections manuscrites d'auteur dans les «Lettres philosophiques» contre l'athéisme; l'abbé Rive, bibliothécaire de La Vallière, a corrigé le texte pour une réédition. L'exemplaire d'Aix, t. 3, p. 314, à côté du début de la série d'articles intitulés: «Lettres philosophiques» présente une note manuscrite: «par l'abbé Rive».

8Bibliographie H.P.G., p. 321.

Presse du temps: Affiches, annonces, juin 1770, nº 23, p. 91; Journal historique de Verdun, nov. 1770, t. 108, p. 349; Bibliographie parisienne, 1770, t. I, p. 6-7; F.L., Supplément, 1778, 2e partie, p. 173. – B.Un., t. I, p. 102, notice «d'Açarq» citant La Chronique littéraire de l'abbé Rive, et L'Année littéraire.

Historique Nous sommes peu renseignés sur l'histoire de ce périodique, dont les Affiches, annonces disent qu'il avait le projet de réaliser le plan du Pour et Contre. Mais ce qui frappe est son évolution, sa transformation interne, qui, beaucoup plus que son contenu, le rendent énigmatique. Le prospectus du nº 1 du premier tome (1er juil. 1769) annonce des intentions nettement politiques et européennes. L'auteur veut publier des articles sur l'histoire et la géographie des principaux Etats avec des réflexions sur la forme des gouvernements, sur le commerce, les voyages, la politique, la littérature et la philosophie. Il veut annoncer les livres nouveaux, donner des ariettes et des chansons. Il s'engage «à fournir une table des matières pour chaque volume, de sorte qu'on pourra compter, à la fin de chaque année, sur une description historique et géographique des différents Etats, Royaumes et Républiques du monde, sur des éléments de commerce, d'histoire de voyages, de littérature et de philosophie. On la recevra franc de port par la poste à 9 florins courant d'Hollande». Cette table détaillée, sans doute alphabétique, prévue en supplément hors abonnement, ne semble pas avoir été imprimée, du moins telle qu'annoncée. Seul le premier volume offre une table incorporée longue et précise des matières selon leur ordre. Mais les deux volumes suivants en sont dépourvus et le quatrième en présente une extrêmement sommaire.

L'auteur invoque comme références à son entreprise la Gazette littéraire de l'Europe, «dont la discontinuation a excité de vifs regrets», et les petites Affiches des provinces «qui honorent l'empire de la saine littérature».

Le premier volume, par son contenu, répond bien aux intentions déclarées. Il offre une série d'articles suivis, sur l'Espagne, le Portugal, l'Italie, qui sont des exposés didactiques centrés sur l'histoire et la géographie des dits pays. Une série intitulée «Voyages aux Indes Orientales», et une autre sur l'histoire des Marates.

Chaque numéro se termine par une rubrique «Livres nouveaux», une chanson ou ariette avec musique et deux ou trois pages en petits caractères intitulées «Nouvelles politiques» (principalement d'Allemagne et d'Italie). Les Nouvelles se poursuivent seulement jusqu'au nº 6, remplacées par la rubrique «Livres nouveaux»; mais elles ne sont pas mentionnées dans la table des matières. Le journal est varié, bien composé, vivant.

En 1770, le ton et la présentation changent. Plus de musique ni de politique. Le t. 2 est encore assez «européen». Il débute par l'histoire de Jeanne II de Naples, donne des poèmes de Prior, commente la traduction d'Hamlet, imprime des tables généalogiques des principales maisons régnantes (Autriche, Lorraine, France). Mais l'avertissement paru au début de 1770, et réimprimé par la suite, a abandonné la visée historique et politique; désormais Le Portefeuille semble se vouloir avant tout littéraire, développant surtout les «pièces fugitives», les extraits de poésie et de théâtre et les comptes rendus de livres. On note un goût assez vif pour les spectacles lyriques et la belle poésie renouant avec les grâces antiques (Delille). Le pédagogue transparaît pourtant sous l'amateur: d'Açarq défend les sains principes d'éducation (réflexions sur la grammaire latine, les «humanités») et les grands de la littérature de l'Antiquité, et son Supplément offre un panorama des noms illustres de notre Panthéon moderne. Ce ton néo-classique est sa plus grande originalité dans le domaine esthétique. Un long «feuilleton» de l'abbé Rive, intitulé «Lettres philosophiques» et réparti sur de nombreux numéros de l'hiver 1770-1771, forme un pamphlet assez inattendu contre le matérialisme athée, et particulièrement le Système de la nature de d'Holbach. Cet intérêt pour la polémique foi-raison s'était déjà manifesté par des comptes rendus d'autres ouvrages hétérodoxes: nº 35-37 de 1770, mais sans condamnation, et ce fait est peut-être un autre signe d'une tension interne dans la rédaction.

Dans le dernier tome, les numéros ne sont plus variés, mais chacun est consacré à un seul sujet. La rubrique «Livres nouveaux» a disparu depuis longtemps.

Il est permis de conjecturer que Le Portefeuille hebdomadaire qu'on a vu perdre progressivement son originalité première en renonçant à ses visées initiales, ne réussit plus à survivre sur un marché déjà encombré de périodiques littéraires.

Madeleine FABRE et François MOUREAU

 


Merci d'utiliser ce lien pour communiquer des corrections ou additions.

© Universitas 1991-2017, ISBN 978-2-84559-070-0 (édition électronique)