ISSN 2271-1813

 

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Dictionnaire de la presse française pendant la Révolution 1789-1799

C O M M A N D E R

   

Dictionnaire des journaux 1600-1789, sous la direction de Jean Sgard, Paris, Universitas, 1991: notice 1153

LA QUINTESSENCE DES NOUVELLES (1689-1730)

1Titres La Quintessence des Nouvelles. Tel est le titre que porte le premier numéro du périodique (28 févr.) qui a survécu jusqu'à nos jours. A partir de l'année suivante, à ce titre est ajouté un sous-titre lequel va subir plusieurs fois de légères modifications au cours de la publication, surtout quant à la ponctuation, au choix et à l'ordre d'adjectifs descriptifs, et cela, semble-t-il, pour aller mieux avec le penchant ou la conception personnels de l'auteur du moment: a) Historiques, Politiques, Morales, & Galantes (2 janv. 1698 - 14 avril 1710); b) Historiques, Critiques, Politiques, Morales & Galantes (29 déc. 1710 - 25 août 1721); c) Politiques, Historiques, Critiques, & Galantes (28 août - 29 sept. 1721); d) Politiques, Historiques, Critiques, Morales & Galantes (2 oct. 1721 - 30 sept. 1723); e) Politiques, Critiques & Galantes (4 oct. 1723 - 3 avril 1724); f) Politiques, Historiques, Critiques, Morales & Galantes (19 juin 1724 - 29 déc. 1727).

Le titre est séparé du sous-titre, d'abord par une virgule (jusqu'au 25 août 1721), puis par un point (jusqu'en février 1724). Après le 21 février 1724 et jusqu'au 29 déc. 1727, qui est la date du dernier numéro conservé, il n'y a aucune marque de ponctuation entre le titre et son sous-titre. En 1730, le périodique avait probablement pour sous-titre: Nouvelles historiques, politiques, critiques et galantes.

2Dates 1689 - 1730. C'est Hatin qui fournit les renseignements les plus complets sur les dates extrêmes de La Quintessence. Il dit avoir trouvé dans Barbier l'indication d'une feuille ayant pour titre La Quintessence et publiée «en Hollande vers 1689» (B.H.C., p. 56). Ailleurs, Hatin observe que le vice-chancelier russe s'était plaint au secrétaire de l'ambassade de la Hollande à Moscou du contenu de La Quintessence, ou Nouvelles historiques, politiques, critiques et galantes (G.H., p. 99). A l'en croire, c'est en 1727  nous dirons plutôt en 1728 ou plus tard  que le périodique avait reparu sous ce nouveau titre, suite d'une suppression survenue quelque peu avant. Malheureusement, la seule collection existante de La Quintessence est incomplète et ne contient aucun numéro avant celui du 28 février 1697 ni après celui du 29 décembre 1727. Dans l'état présent, nous ne connaissons rien du privilège, du prospectus, ni même de la périodicité annoncée. Par contre, il est assez évident que La Quintessence a paru très tôt, sinon dès le tout début, deux fois par semaine: «Deux fois hebdomadairement, On aura nôtre Quintessence» (14 mars 1697), c'est-à-dire, le lundi et le jeudi, quoique le jour de la semaine ne soit indiqué en tête qu'à partir du 6 janvier 1701. En moyenne, donc, on compte entre 103 et 105 numéros par an.

3Description Entre le 28 février 1697 et le 25 juillet 1712, la collection, telle qu'elle se présente actuellement, comporte huit volumes dont chacun regroupe deux années. Du 3 octobre 1712 au 29 décembre 1727, il y a en tout cinq volumes; chaque volume rassemble trois années, exception faite du premier volume qui met ensemble les numéros de la fin de l'année 1712 et ceux des années 1713 à 1715 incluse. Chaque feuillet, un in-folio «format d'agenda» (G.H., p. 181) est imprimé d'un seul côté, sauf pour de très rares exceptions en 1706, 1708 et 1710, où parfois il se trouve un numéro imprimé au verso du précédent. En 1724, la feuille paraît imprimée, de temps en temps, des deux côtés; en 1725 et 1727, nombre des feuillets débordent non seulement côté verso mais il arrive même parfois qu'ils se trouvent imprimés en feuilles doubles. Le format petit in-folio est celui qu'ont adopté et utilisé les gazettes hollandaises pour leurs suppléments, ce qui pourrait expliquer les nombreux feuillets de La Quintessence intercalés dans les recueils de gazettes de la Hollande. C'est aussi, comme le précise Hatin, le format des «lardons» (G.H., p. 182), mot dont se sert non seulement madame Dunoyer (30 juil. 1716) mais aussi un de ses successeurs (4 oct. 1719) en référence à leur Quintessence. Un avertissement dans les numéros du 1er et du 15 déc. 1727 annonce la possibilité d'un prochain changement de format: «Il y a plus de deux ans que diverses personnes de bon goût se sont declarées contre l'ancien format de cette Quintessence qui est incommode pour ceux sur tout [sic] qui les conservent. On nous à [sic] souvent sollicité de lui donner un format que l'on put relier, & l'on nous a même prescrit celui du Courier Politique & Galant, que nous avons debité autrefois. L'on nous presse encore de faire ce changement, sur tout [sic] cette Feuille devenant tous les jours interessante; mais nous avons cru ne devoir y consentir qu'après en avoir averti le Public pour avoir son consentement, & s'il le donne, nous imprimerons à l'avenir cette Feuille in Octavo caractere Garamont, ce qui contiendra plus de matiere que le format présent; nous commencerons ce changement au Mois de Janvier» (il faut noter ici, comme l'avait déjà fait Hatin, qu'il y a, intercalés parmi les feuilles de La Quintessence, plusieurs numéros du Courrier, plus exactement les numéros 30 à 47 que l'on trouve entre la feuille du 3 avril et celle du 19 juin 1724).

Emargés avant la reliure, il est présentement très difficile de donner les dimensions exactes des feuillets du périodique; cependant, voici celles des feuilles émargées: 1697-1698: 142 x 434; 1699-1712: 133 x 310; 1712-1727: 143 x 321. Certaines feuilles sont ou plus larges (475), ou plus longues (140); on les a pliées pour les faire rentrer dans le volume relié.

En général, La Quintessence est sans illustrations, sauf pour une vignette en tête du premier numéro de chacune des trois dernières années. Il s'agit de la même vignette pour les années 1725 et 1726, mesurant 39 x 68 mm, et signée à gauche: B.[ernard?] Picart, avec à droite l'indication: fecit 1722. Elle représente un cupidon, une branche à la main, assis sur un cheval ailé, dans un paysage où l'on remarque au loin sur une colline un phare qui émet de la lumière; en haut, à l'intérieur d'une banderole est inscrite la devise: Vera et grata fero. La seconde vignette, celle-ci en tête du premier numéro de l'année 1727, est longue de 64 et large de 106 mm. Elle aussi porte la signature de Picart à gauche, mais suivie immédiatement de: «del. 1725»; elle représente aussi un cupidon, mais qui, lui, tient une flèche à la main et qui est assis sur une sphère, entouré d'animaux: un chien à trois têtes, un aigle, un dauphin; d'équipement militaire: des lances et des boucliers; et d'une lyre, le tout situé sur un nuage. En 1726 et 1727, certains numéros contiennent de la musique gravée; en 1726 il y a aussi deux planches de gravures de mode (20 juin et 1er juillet).

4Publication Le nom de la maison Uytwerf (Uitwerf) à La Haye figure presque sans interruption en bas des numéros de La Quintessence pendant les trente et un années actuellement conservées. De 1697 à 1709, il s'agit de Meindert (Meyndert) «Marchand Libraire», «proche» ou «prés la Cour», qui devient finalement «dans la Hof-straat / Hof-straet»; de 1709 à 1724, de sa veuve «dans le Spuystraat»; de 1723 jusqu'en 1727, de Herman (Hermanus / Hermanes, le fils?) «sur le Rockin», «près la Bourse» ou «vis-à-vis la Porte de la Bourse» (en 1722, c'est «dans le Beurstraat, à côté de la Bourse»). De 1699 à 1701, en plus du nom et de l'adresse de Meindert Uytwerf se trouvent ceux de «Jean le Verroux à la Cour», aussi à La Haye. Pendant la période allant du 20 févr. au 16 oct. 1702 on retrouve l'indication suivante: «Pour l'auteur & se vend chez Meindert Uitwerf, Marchand Libraire in de Hof-straet», variante de cette autre indication des années 1697 et 1698: «Imprimé aux dépens de l'Auteur. Et se vendent à la Haye chez Meindert Uytwerf, Marchand Libraire, proche (prés) la Cour». Le nom et l'adresse de Jean-Louis de Lorme à Amsterdam vont apparaître conjointement avec ceux d'Uytwerf du 21 déc. 1702 au 6 mai 1704. Quelques années plus tard, lorsque la veuve Uytwerf aura repris l'affaire, il y aura en sus: «Et à Amsterdam chez Jean Oostervyk, sur le Dam», rajout qui se maintiendra du 9 mai 1712 au 2 févr. 1715. Puis, pour les trois années suivantes on retrouvera toujours le nom et l'adresse de la veuve Uytwerf, avec en plus ceux de Steenhouwer et Herman Uytwerf: «Et à Amsterdam chez Josué (Josua) Steenhouwer & Hermanus (Hermanes) Uytwerf en Compagnie, sur le Rockin, vis-à-vis la Porte de la Bourse». Cette dernière formule paraît, à quelques variations près, du 6 mai 1715 au 29 déc. 1718, et du 1er janv. 1719 jusqu'au 25 août 1721. A partir du 28 août sera ajouté à ces formules l'énoncé suivant: «Par Mlle de St G***», puis du 21 déc. 1722 au 4 mars 1723: «Par Monsr. [ou le Sr.] D.C.», et entre le 5 juil. et le 30 sept. 1723: «Par le Sr. B.», et enfin, du 30 mars au 3 avril 1724: «Par le Sr. D.M.». Au 17 août 1724, pour la première fois, on rencontre le nom de J. de Cœur: «Imprimé aux dépens de J. de Cœur, & se vend chez tous les Libraires». Il sera précisé, au mois de novembre, qu'il s'agit d'un «Notaire et Traducteur à la Haye». En 1726, le nom de Cœur va disparaître pour être remplacé, d'abord par cette simple indication: «A Amsterdam chez Herman Uytwerf, & se vend chez tous les Libraires» (du 11 au 22 avril), puis par une énumération de tous ces libraires: «A Amsterdam chez Herman Uytwerf, & se vend à la Haye chez Moetiens, de Voys, Husson, van Duren, à Amsterdam, chez la Veuve Desbordes, à Rotterdam chez Daniel Beman, à Leyde chez Langerale & les Freres Verbeek, à Dort chez van Braam, à Utrecht chez van Poolsum, à Anvers chez la Veuve Lucas, & dans toutes les Villes chez les Libraires» (du 25 avril au 25 juil. 1726). Le nom d'un nouvel auteur (le Sr. Dumont-Des-Creutes) va y figurer à partir du 29 juil. suivi d'une liste abrégée de libraires, laquelle alterne puis cède la place à cet énoncé: «A Amsterdam chez Herman Uytwerf, & chez la Veuve Desbordes». L'année 1727 le verra en alternance avec: «A Amsterdam chez Herman Uytwerf, Libraire sur le Rockin» ou «A Amsterdam chez Herman Uytwerf, près (après), (près de), la Bourse», exception faite toutefois du 28 nov. où l'on note: «A Amsterdam chez Herman Uytwerf, & chez la Veuve Desbordes», qui est l'indication de 1726.

5Collaborateurs Le problème des auteurs de La Quintessence est assez compliqué. Ce que l'on sait là-dessus et ce que l'on sait de la plupart d'entre eux vient directement du périodique lui-même.

Barbier, suivi de Hatin, nomme comme fondateur de La Quintessence un certain LUCAS. Hatin se demande en plus s'il ne s'agit pas de «ce gazetier d'Amsterdam châtié en 1686 sur la plainte du comte d'Avaux» (G.H., p. 184). En fait, Lucas est désigné à trois reprises dans La Quintessence même comme son fondateur («Le Fondateur de ce quart de feüille, l'Inventeur de l'intitulation, le grand Lucas», 19 mars 1711; «[le] vénérable fondateur de la Quintessence», 1er janv. 1722; «Le Sr. Lucas, son fondateur», 4 oct. 1723). L'auteur de ce dernier mot ajoute que Lucas «écrivoit Dieu sait comment; son stile bas, sa fade poësie, & les flots d'impertinences qu'il repandoit sur le parti, qu'il pouvoit insulter impunément, font son caractère». Il a dû mourir peu avant la fin février 1697, car dans le numéro à la date du 28 de ce mois-ci, le premier numéro qui nous est toujours disponible, il y a une épitaphe en hollandais traduite en français «sur Monsieur Jean Maximilien Lucas», «qui du monde entier tiroit la Quintessence, Et qui fut assez finement, Une Epine au pié de la France». On le dit enterré à La Haye le jour même de la parution de l'épitaphe ci-dessus (Van Eeghen, De Amsterdamse boekhandel, 1680-1725, vol. IV, p. 228; cité dans DP2). Dans une lettre du 2 mai 1697 à l'abbé Dubos, Pierre Bayle lui rappelle la mort de Lucas en précisant qu'il s'agit du «fameux auteur de la Quintessence des Nouvelles, qui a publié pendant tant d'années un si horrible detail de satyres infamantes et grossierement fabuleuses» (Fr. Paul Denis, «Lettres inédites de Pierre Bayle», 1921, p. 929).

A Lucas ont succédé d'abord un sieur VEROU (ou Veron, selon Hatin), «horloger de profession», d'après Pierre Bayle (p. 929), «assez bon Horlogeur, & honnête homme», d'après l'auteur de la notice parue dans La Quintessence du 4 octobre 1723 et qui est une mine de renseignements sur les auteurs du périodique jusqu'à cette date-là, et puis un M. GUEUDEVILLE. Il s'agit très probablement de Nicolas Gueudeville (1652-1720?), rédacteur de l'Esprit des cours de l'Europe, et auteur connu, dont la «réputation dans la Republique des Lettres» dispense l'auteur de la notice d'en dire davantage.

Des mains de Gueudeville, La Quintessence est passée dans celles de madame DUNOYER, peut-être le plus célèbre des divers auteurs du périodique, et qui l'a tenu pendant huit ans jusqu'à sa mort. Le premier numéro de sa plume est du 29 décembre 1710: «J'ai été curieux de demander ce qu'on disoit de ma premiere façon. Les uns m'ont répondu qu'elle étoit serieuse & insipide: Les autres la condamnent gravement, & d'un sourcil froncé, à être déclarée atteinte & convaincuë de trop de badinage, & de trop de satire» (1er janv. 1711), et le dernier probablement le nº 43 du 29 mai 1719. En tout cas, elle l'écrit toujours le 12 du mois, car dans le numéro paraissant ce jour-là elle dément les bruits qui courent sur son décès; ce n'est que le 1er juin que le nouvel auteur annonce définitivement sa mort. C'est madame Dunoyer qui la première a changé le sous-titre, qui a éliminé l'indication de lieu pour les nouvelles (à partir du 2 avril 1711) et qui a personnalisé les présentations en beaucoup parlant d'elle-même (par ex. l'anecdote du numéro du 27 oct. 1712, où elle est un des personnages principaux). L'auteur de la notice de 1723 déclare que c'est elle qui a donné à La Quintessence «toute sa réputation, par la manière agréable dont elle débitoit & les nouvelles & les avantures».

Après la mort de madame Dunoyer, la direction du périodique passe à un Mr. Rousset (selon Barbier, il s'agit de Jean Rousset, t. III, p. 1162, ou ROUSSET DE MISSY). Dans son premier numéro, après l'annonce de la mort de madame Dunoyer, il se présente en se disant «amateur sincère de la Vérité», et promet de la mettre «au jour toutes les fois [qu'il sera] sûr de la connoître» (1er juin 1719). Cependant, après «une experience de sept mois», convaincu «qu'il n'y a rien qui plaît moins aux hommes que la Vérité», il fait ses adieux aux lecteurs. Il quitte La Quintessence «avec plaisir», en annonçant qu'il la remet «à une personne qui saura sans doute contenter le public» (28 déc. 1719). C'est vraisemblablement ce même Rousset qui signera une lettre publiée dans la livraison du 25 avril 1726.

Le 1er janvier 1720 le nouvel auteur, M. G. (GUYOT, selon Hatin) et à qui seront adressées plusieurs lettres imprimées dans le périodique cette même année, par exemple dans le numéro du 8 janvier 1720, se plaint déjà: «Je n'ai encore donné qu'une Quintessence, & tous les Exemplaires en ont été enlevés par une personne qui s'est cru lézée. Plusieurs autres m'ont fait l'honneur de me critiquer, & ont poussé leur attention jusqu'à rassembler leurs griefs dans un Libelle de deux pages». Il finit par dire sa résolution de ne plus rien mettre d'équivoque dans le périodique, pour ne pas blesser les «consciences timorées». Toutefois, conclut-il: «je ne me donnerai plus la peine de relever mes fautes dans l'expression, mais aussi comme il arivera souvent que je n'aurai pas le tems de mesurer & de péser mes termes, j'espère que cela ne tirera pas à conséquence». A en croire l'auteur de la notice du 4 octobre 1723, Guyot avait «de beaux talens pour la Poësie». D'ailleurs, avec Rousset et Guyot, prétend-il, il y a eu «un changement assez remarquable & dans le stile & dans les choses».

A partir du 28 août 1721, la feuille est signée Mlle de St. G***, signature que Barbier croit «imaginaire» (t. III, p. 1162). Prête-nom ou femme de paille, cette Mlle de St. G*** va afficher une personnalité des plus acerbes. Déjà dans son premier numéro, ce qui frappe est son parler franc. Quelques mois plus tard, elle avoue s'être prise pour une seconde madame Dunoyer parce que l'on avait bien voulu recevoir ses débuts; mais sa vanité sera rebattue par la censure (9 oct. 1721). Il y a même des lecteurs qui voudront la comparer à Lucas, comparaison sur laquelle elle va se livrer à des commentaires ironiques (1er janv. 1722). Son dernier numéro est certainement du 17 décembre 1722 car le numéro suivant raconte son licenciement ou plutôt sa démission: «Le public aiant témoigné que Madlle de St. G. n'étoit plus de son gout on lui a fait entendre qu'elle pouvoit quitter avec honneur, en resignant sa plume de bonne grace; ce qu'elle a mieux aimé faire, que d'attendre la correction qu'elle sentoit avoir méritée». Et le nouvel auteur à présenter sa plate-forme à lui: «Je respecterai les Têtes Couronnées & tout ceux qui sont constituez en quelques dignitez. Je donnerai des Caracteres dignes d'être imités, & je n'exposerai jamais l'homme de son côté desavantageux, puisque les mauvais exemples corrigent moins les vicieux qu'il leur sert d'autorité & de prétexte pour le devenir d'avantage» (21 déc. 1722). Le dernier numéro de cet auteur qui se signe Mr. D.C. ou le Sr. D.C. est du 31 juin 1723.

M. D.C. est suivi d'un Sieur B. qui est à la tête de La Quintessence du 5 juillet au 30 septembre 1723. C'est à lui que succède l'auteur de la notice historique dont on a fait mention plusieurs fois déjà. Celui-ci s'engage à ne pas faire de magnifiques promesses à ses lecteurs car «ils savent ce que signifie le Nom de Quintessence; il me prescrit mes obligations, que je tacherai de remplir en ne lui donnant que ce qui me paroîtra de plus sûr dans les Nouvelles, de plus agréable dans les Historiettes, & de meilleur dans les petites pièces; je me bornerai à ce qu'on peut nommer Nouvelles Politiques, Critiques & Galantes», ce qui représente, en fait, le nouveau sous-titre du périodique (4 oct. 1723).

Il n'y aura plus d'indication de changement de direction avant le 30 mars 1724. A partir de cette date les indications en bas de la feuille la disent «Par le Sr. D.M.». Ce dernier paraît avoir duré seulement un tout petit moment; le 3 avril 1724 signale son dernier numéro.

C'est le notaire et traducteur à La Haye, Jacob de CŒUR, qui semble avoir pris dès lors la rédaction de la feuille, et cela possiblement à partir du 19 juin 1724 («Imprimé aux dépens de l'Auteur»), mais sans aucun doute, à partir du 17 août, la livraison à cette date portant déjà son nom. Il va y rester jusqu'au 8 avril 1726. Un mot dans la feuille du 15 avril de cette année préviendra les lecteurs que «la Quintessence, où le Sr. Jacob de Cœur met son nom est une fille suposée & que celle-ci est la seule légitime». D'après cet avertissement, de Cœur ne faisait «que préter son nom aux personnes qui l'ont débité jusqu'au présent». Il est certain que de Cœur avait des ennuis avec l'imprimeur Pierre Marteau (4 avril 1726) et même avec Rousset, ancien auteur du périodique, qui va écrire à l'auteur en fonction le 25 avril 1726: «Monsieur, vous savez que ce n'est pas moi qui compose la Quintessence; cependant il a plu au Sr. Desqueux, dit De Cœur, écrivain par hazard, d'avancer que l'Auteur précedent de la Quintessence qui avoit une cocarde à ses feuilles (c'est ainsi qu'il nomme ingenieusement un asterisme) est le Sosie qui le doubloit, & cela par une jalousie de profession & par une basse avidité pour le gain. J'ai taché par les manières les plus engageantes de le porter à retracter ce Jugement temeraire: mais trop injuste envers moi, il m'a été impossible de le porter à cet acte d'équité. Je vous prie de me rendre la justice qu'il me refuse, & d'avertir le public que rien n'est plus faux, & qu'il mériteroit qu'on lui fit la reponse du Pere Valerien» (il est à noter que tous les numéros entre le 4 oct. 1723 et le 28 déc. 1724 de la collection conservée sont en fait marqués d'un astérisque).

Le dernier auteur que l'on peut nommer véritablement est DUMONT-DES-CREUTES qui rédige la feuille entre le 6 mai et le 12 septembre 1726. Il la fait d'abord paraître anonymement, ne quittant cette qualité d'anonyme que le 29 juillet: «Les soupçons de quelques personnes, les prieres de plusieurs, les instances reiterées de Mr Uytwerf, me déterminent enfin a quitter l'agréable qualité d'Anonyme». Dans son premier numéro il exprime son désir de prendre une route différente de celle de ses prédécesseurs et faire surtout la critique des nouvelles sans négliger les divertissements, les nouveautés, le comique ou le moral, évitant pourtant de toucher à la religion (6 mai 1726). Le numéro du 16 sept. 1726 semble indiquer un changement de rédaction: «A cette occasion je proteste que si jamais il m'échappe quelque fausseté, c'est par une ignorance très involontaire»; toujours est-il qu'en 1727, il y a certainement un nouvel auteur en fonction, à se fier à ce mot du 12 juin: «Je vous plains, nouvel auteur de la Quintessence».

6Contenu La Quintessence est une espèce de «Gazette épurée», ou peut passer pour telle (6 janv. 1727). C'est un des successeurs de madame Dunoyer qui renseigne sur la méthode des auteurs: «Maugrebleu, peste-t-il, de celui qui a inventé le titre de Quintessence! pourquoi n'avoir pas suivi le Torrent, & pris le nom de Gazette? quelle facilité alors à remplir sa tache! il ne faudroit que piller adroitement ses confreres les Gazetiers, & à la faveur d'une traduction revendre en François ce que d'autres ont déjà débité en Flaman, ou faisant venir la même nouvelle de trois ou quatre endroits différens, remplir son papier à peu de fraix; mais donner la Quintessence des nouvelles, c'est-à-dire séparer le faux du vrai, & ne donner que ce qu'il y a de plus pur en politique, en morale, en Galanterie, &c. c'est ce qui s'apelle une tache aussi difficile à remplir que... brisons là-dessus, & avoüons tout naturellement que nous avons grand nombre de vieilles ou ridicules Nouvelles, & beaucoup de Nouvelles conjecturales» (23 nov. 1719). En 1726, l'auteur de la feuille va prétendre qu'il n'a pas «encore inventé de nouvelles comme certains Gazetiers étrangers», ajoutant que «comme la Quintessence doit renfermer un choix de nouvelles, j'ai toujours mes garants tout prêts à être produits» (16 sept. 1726). Quelques mois auparavant Dumont-Des-Creutes se plaignait du fait que ses devanciers avaient tiré leur Quintessence des gazettes, n'offrant ainsi «que des vieilles nouvelles rhabillées, ou fausses pour la plupart du tems assez impertinentes, car les plus ridicules sont souvent celles qui fournissent le plus de matieres aux ingenieuses sallies». Il promet des nouvelles critiques mais aussi comiques et morales (6 mai 1726). Madame Dunoyer, qui, elle, trouve le titre «impaïable» mais «plus juste que l'Esprit des Cours» (1er janv. 1711), constate que la feuille doit être «suivant son riche titre, Historique, Critique, Politique & Morale et... aussi galante» (19 mars 1711). Quant à Mlle de St. G***, elle promet «foi d'Auteur»: «Nouvelles Morales, Critiques, Tendres, Galantes, Politiques, Contes plaisans, Vers de tout prix» (28 août 1721). Elle demande qu'on lui envoie contes, rondeaux, épithalames, sonnets, madrigaux, épigrammes, etc. En fait, La Quintessence est remplie non seulement de nouvelles, mais elle contient toutes sortes de vers: odes, vaudevilles, satires, sonnets, énigmes, épitaphes, épigrammes, madrigaux, rondeaux, fables, impromptus, bouts-rimés, et on en passe. Selon madame Dunoyer, «Les vers sont aussi essentiels à la Quintessence que l'Enigme au Mercure Galant» (1er janv. 1711). En plus, il y a de temps en temps des historiettes en prose, des lettres envoyées à l'auteur, des avertissements, des harangues ou adresses, des catalogues satiriques, des manifestes ou déclarations, des nouvelles littéraires. Sous madame Dunoyer, la feuille est franchement anti-française; sous Jacob de Cœur, elle deviendra ouvertement protestante.

7Exemplaires A part une feuille simple (du jeudi 24 déc. 1716) qui se trouve à la bibliothèque Beinecke de l'université de Yale (Bt4/1716) et «d'assez nombreux numéros intercalés dans les recueils de gazette de Hollande» (G.H., p. 184) à la B.N., la collection la plus complète est celle de l'Ars. (Fol. H 4968, 1-13). Les huit premiers volumes, reliés en cuir, proviennent de la bibliothèque de Charles de Baschi, marquis d'Aubaïs, et portent son ex-libris. Ils ont été acquis par l'Arsenal en 1977. Les cinq derniers volumes, reliés en parchemin, font partie des fonds de cette bibliothèque depuis longtemps; ce sont vraisemblablement les exemplaires étudiés par Eugène Hatin.

Voilà l'état actuel de la collection: – Vol. 1: 1697 (nº 17-104); 1698 (nº 1-33; 35-104). – Vol. 2: 1699 (nº 1-105); 1700 (nº 1-104). – Vol. 3: 1701 (nº 1-104); 1702 (nº 1-83; 102-104). – Vol. 4: 1703 (nº 1-105); 1704 (nº 2-36; 38-104). – Vol. 5: 1705 (nº 1-105); 1706 (nº 1-104). – Vol. 6: 1707 (nº 1-104); 1708 (nº 1-105). – Vol. 7: 1709 (nº 2-72; 74-104); 1710 (nº 1-30). – Vol. 8: 1711 (nº 1-107, 29 déc. 1710 - 31 déc. 1711); 1712 (nº 1-42, 44-59). – Vol. 9: 1712 (nº 79-101; 103 et 104); 1713 (nº 1-24; 34; 23-25; 27-29; 31-43; 35; 43); 1714 (nº 58-68; 70-96; 97-100; 101-105); 1715 (nº 1-33; 35-90; 92-98). – Vol. 10: 1716 (nº 2; 4; 5; 7-11; 12-38; 40-98; 99; 99 bis; 100-103); 1717 (nº 1-9; 11-64; 66-80; 82-104); 1718 (nº 1-40; 41 et 42; 43-83; 84-85; 86-103; 105). – Vol. 11: 1719 (nº 1-9; 11-104); 1720 (nº 1-2 - 63; 65-87; 89-103; 105-106); 1721 (nº 1-54; 56-93; 95-100; 100-104). – Vol. 12: 1722 (nº 1-15; 17-23; 26-53; 55-61; 63-79; 80; 82-107); 1723 (nº 1-33; 35-71; 73-105); 1724 (nº 1-3; 5-9; 11-27; 31-53; 54-59; 90, c'est-à-dire 60-91 [61]; 62-86). – Vol. 13: 1725 (nº 1-21; 23-32; 34-38; 40-49; 51-52; 54-60; 62-92; 94-99; 101-105); 1726 (nº 1-21; 23-34; 34; 35-38; 40-49; 51-70; 72-83; 85-88; 90-93; 95; 97-103; le nº 94 se trouve intercalé parmi les numéros de l'année suivante); 1727 (nº 1-12; 14-18; 20-23; 26-42; 44-64; 66-69; 71-75; 77-86; 88-89; 91-101; 103-104).

8Bibliographie B.H.C., p. 56; G.H., p. 181-188; Barbier, t. II, p. 1162; DP2.

Mentions dans la presse du temps: Mme Dunoyer, Lettres historiques et galantes, t. IV, p. 231-232, 237, 259, 400 (Lettres 86, 87, 91 et 95); «Mémoires de Mr Des N***», Lettres historiques et galantes, t. VII, p. 166, 168, 172, 173. – Denis F.P., «Lettres inédites de Pierre Bayle», R.H.L.F., t. XIX, 1921, p. 929.

Alexander SOKALSKI

 


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© Universitas 1991-2017, ISBN 978-2-84559-070-0 (édition électronique)