ISSN 2271-1813

 

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Dictionnaire de la presse française pendant la Révolution 1789-1799

C O M M A N D E R

   

Dictionnaire des journaux 1600-1789, sous la direction de Jean Sgard, Paris, Universitas, 1991: notice 116

ANNALES TYPOGRAPHIQUES (1758-1763)

1Titres Annales typographiques, ou Notice du progrès des connaissances humaines.

Devient à partir de 1761: Annales typographiques, ou Notice du progrès des connaissances humaines, pour l'année mille sept..., par une société de gens de lettres.

2Dates Fin novembre 1758 (un samedi, Avertissement, p. 4, col. 2; le premier numéro est daté de 1759, du fait des habitudes éditoriales de l'époque selon lesquelles on postdatait les publications de fin d'année) - 21 novembre 1763 (approbation du dernier nº de décembre 1763, p. 471). 11 vol.

Le privilège, en date du 15 novembre 1758, figure au commencement du vol. 1 de 1760. La périodicité annoncée et réelle est d'abord hebdomadaire; à partir de janvier 1760, elle sera mensuelle.

A partir de 1760, sont publiés deux volumes par an, janvier - juin, juillet - décembre.

La datation des volumes est complexe car des confusions d'origines diverses se sont multipliées. La plus fréquente est celle des dates d'édition des livres recensés et de la date de parution de la revue. Ainsi le catalogue de la B.N. donne de façon erronée 1757 pour la cote Q 788 correspondant en réalité au volume de 1759; ajoutons que cette date couvre aussi les numéros des huit dernières semaines de l'année 1758. Le millésime de la B.N. est celui des livres répertoriés. La cote B.N. Q 3579 devrait renvoyer aux A.T. de 1762 (les numéros de janvier et février ont été approuvés le 21 déc. 1761, p. 96 et 192, par Floncel censeur et avocat au Parlement et premier secrétaire des Affaires étrangères) et non aux A.T. de 1760, date des éditions recensées.

Une autre source de confusion est parfois l'approbation elle-même: celle du tome publié en janvier 1762, daté du 21 décembre 1761, comporte une erreur: elle indique des livres de 1761, alors que le volume est consacré aux livres de 1760. La rectification est effectuée en février 1762 (p. 192). Cette confusion est compréhensible du fait que parallèlement à ces numéros parus en 1762 (B.N., Q 3579-80), Roux et son équipe rédigent, en 1762, des feuilles recensant des livres édités en 1761; ils le signalent sur la page de titre du volume bis de janvier 1762 par la mention «livres de 1761» dont la date et l'approbation sont du 21 janvier 1762 (nº de févr. 1762, p. 192).

3Description Le premier volume devait comporter environ 70 feuilles d'impression, in-4º, soit en moyenne 8 p. par numéro; en effet, ce volume relie 408 p. de pagination continue pour 51 livraisons de 190 x 255; les volumes suivants, d'un format réduit in-8º, seront plus épais (1761: 576 p.; 1762: 672 p.), chaque cahier mensuel comportant 6 feuilles d'impression, soit 72 feuilles reliées en 2 volumes.

La collection ne comporte pas de devise, pas d'illustrations en dehors du frontispice.

4Publication La publication se fait à Paris, à côté de la Comédie-Française au Parnasse chez Michel Lambert, qui en reste l'imprimeur jusqu'en 1760. A partir de 1760, Vincent, l'imprimeur-libraire du duc de Bourgogne, rue Saint-Séverin se charge de la revue; ajoutons qu'en 1762, la revue est à nouveau dédiée au comte de Provence.

En 1759, les 70 feuilles d'impression revenaient à 17 # par abonnement annuel; la feuille coûtait 4 s. A partir de 1760, le prix baisse: l'abonnement annuel pour 12 cahiers revient à 9 # et 12 s., le cahier seul à 16 s.

Le tirage ne dépasse pas le nombre des souscripteurs (Avertissement, 1762, t. II, hors page).

5Collaborateurs Selon Fréron, MORIN D'HÉROUVILLE a «le premier conçu et exécuté l'idée de cet ouvrage» (A.L., 1760, t. II, vol. 2, 12 mars, p. 165). Il en avait en effet obtenu le privilège personnellement le 15 novembre 1758 (Avertissement, janv. 1760, p. XIV).

Parmi ses collaborateurs, l'un des plus importants est le médecin Augustin ROUX, reçu docteur à la faculté de Bordeaux en 1750 et à Paris en 1762 (Avant-Coureur, 25 oct. 1762, p. 678), qui, selon Deleyre, ferait partie de l'équipe depuis 1758 (Eloge de M. Roux, Amsterdam, 1777, p. 37). Fréron précise que ce médecin le seconde en ce qui concerne l'édition et les correspondances avec les sociétés savantes de l'Europe (A.L., 12 mars 1760, p. 165).

Les autres (5 ou 6, selon Fréron) seraient Jean GOULIN, reçu médecin en 1762 (P. Süe, Mémoires historiques, littéraires et critiques sur la vie et les ouvrages ... de Jean Goulin, Paris, Blanchon, 1800, p. II), habitué très discret des milieux médicaux (Delaunay ne le cite qu'une seule fois à propos d'une édition revue et corrigée de l'Etat de la médecine publiée en 1776 par de Cézan; Delaunay, Le Monde médical parisien au XVIIIe siècle, Paris, 1906, p. 268). Sa pauvreté le poussait à se consacrer à des travaux littéraires ingrats, en collaboration avec Roux (Dictionnaire critique portatif, 1762-1764) (Süe, p. II) mais Süe ne parle pas des A.T. On parle aussi du médecin DARCET, ami «pur et constant» d'Augustin Roux (Deleyre, p. 5), cosignataire d'un mémoire sur le traitement de la vérole le 19 octobre 1770 (Delaunay, p. 272) dont Goulin aurait été, en 1767, l'un des inventeurs méconnus (Süe, p. 112-113). Enfin le Dictionnaire des lettres françaises. cite J.B. Ladvocat, bibliothécaire de Sorbonne en 1742, professeur d'Ecritures Saintes en 1751, pour les années 1760 à 1763.

6Contenu Contenu annoncé: il est triple selon l'Avertissement (nº 1, 1759, p. 3): a) Présenter chaque année au monde savant tous les livres imprimés en Europe pendant le cours de l'année précédente; b) Analyser, en de «courtes notices», le «but de l'auteur, quelques fois les moyens employés, les manières dont il les a mis en œuvre»; c) Proposer des jugements soit personnels soit extraits des critiques et journalistes de l'Europe.

Pendant les premiers 14 mois (nov. 1758 - déc. 1759), les livres sont présentés sans ordre. A partir de 1760, un classement par matière les répartit en 6 groupes: Théologie, Jurisprudence, Sciences et Arts, Belles-Lettres, Histoire, Mélanges; sans aucune préférence pour les uns ou les autres.

Ainsi, ils répertorient 1250 livres parus en 1757, 1041 en 1758, 1263 en 1759, 1513 en 1760, 1127 en 1761, 1174 en 1762 et 1470 livres supplémentaires pour 1760-1761, soit 8848 livres pour 6 années d'édition.

Tous les auteurs sont retenus de la même façon sans discrimination. Seules, des remarques rapides les hiérarchisent. Voltaire est un «divin poète» (1763, p. 451), Erasme un «beau génie» (ibid., p. 68), Chaumeix est «tellement aveuglé par ses passions qu'il a cru pouvoir se permettre les accusations les plus graves sur les plus légers fondements» (juil. 1761, p. 187). Parfois les notices sont très longues comme à propos de l'ouvrage de Junker, Nouveaux principes de la langue allemande (1763, p. 46-49) ou de la Dissertatio de veris initiis criculorum imperii (1763, p. 21-24). Il arrive souvent en matière religieuse que les jugements se transforment en critique anticléricale: «Tant de pages d'explication de 5 mots du prophète Isaîe font voir que les religieux sont très laborieux et ne manquent pas de loisir» (1759, p. 128).

Des tables sont intégrées au dernier volume de chaque année. Jusqu'en 1760, les livres sont présentés dans une table des titres et une liste alphabétique d'auteurs. Après, la première table regroupe les titres par rubriques, la seconde classe les auteurs et matières par ordre alphabétique (t. II de l'année).

7Exemplaires B.N., Q 788 (erreur de dates, voir ci-dessus section 2), Q 3575-3584 (pour Q 3575 la date est juste).

8Bibliographie Mentions dans la presse du temps: L'Observateur littéraire, 1759, t. I (mars), p. 288; 1760, t. I, p. 286; 1761, t. V (déc.), p. 352. La Feuille nécessaire, 20 août 1759, p. 447. Journal encyclopédique, 1er mars 1760, p. 147. Année Littéraire, 12 mars 1760, p. 164-168. Mercure de France, févr. 1762, p. 97-101.

Historique Morin d'Hérouville a cédé la permission et privilège du 15 novembre 1758 à l'imprimeur-libraire Vincent le 26 décembre 1759 (Avertissement, janv. 1760, p. XIV). Il reste l'un des rédacteurs de la revue avec Augustin Roux: le même avertissement déclare (p. VIII) que les notices seront signées par l'un ou l'autre si elles comportent des retouches opérées sur les textes des autres collaborateurs. Ils prévoyaient pour leur revue une longue durée et avaient constitué une équipe de manière que «la retraite, la maladie ou la mort d'un des auteurs des Annales typographiques ne causera pas de regrets à ses confrères»; car «on tâchera de lui donner un successeur qui puisse le remplacer et l'ouvrage n'en éprouvera aucune révolution» (p. X). Ils expliquent aussi le changement de format intervenu en 1760: le passage de l'in-4º à l'in-8º apporte plus de commodité pour le rangement et plus de sécurité pour la conservation; le choix d'une périodicité mensuelle, et non plus hebdomadaire, allégeant les frais de distribution, permet de diminuer le prix de souscription (p. XIII).

En 1761, Morin «est forcé de renoncer à un ouvrage dont on lui doit la première idée». Les auteurs qui s'étaient souciés d'établir un réseau de «correspondants dans les principales villes de l'Europe où l'on cultive les lettres», se procurent «tous les journaux et jusqu'aux catalogues des principaux libraires de chaque pays» (Avertissement, janv. 1761). Ils avaient promis de rattraper l'écart qui les séparait de la date de publication des livres (Avertissement, 1759, p. 3). En 1762 (t. II), ils signalent qu'ils ont respecté leurs engagements puisque dès le mois de juin, ils fournissent le dernier cahier consacré aux livres de 1760. Malgré les efforts considérables de cette équipe de travailleurs érudits et acharnés (Süe, p. 14), malgré la volonté de proposer un «Catalogue universel des ouvrages de l'Europe destiné aux auteurs» (Avertissement, 1762, t. II, hors-page), la revue meurt en décembre 1763. Augustin Roux déplore à la fin de l'année 1762 (t. II, hors-page) que «le nombre de nos souscriptions n'a pas répondu à nos espérances ni à l'accueil favorable que le public a fait à nos Annales». Il parle même du déficit de cette «entreprise dont les émoluments n'égalent pas le danger d'une dépense considérable et journalière» (1762, t. II, hors page).

Jacques WAGNER

 


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