ISSN 2271-1813

 

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Dictionnaire de la presse française pendant la Révolution 1789-1799

C O M M A N D E R

   

Dictionnaire des journaux 1600-1789, sous la direction de Jean Sgard, Paris, Universitas, 1991: notice 1190

LA RENOMMÉE LITTÉRAIRE (1762-1763)

1Titres La Renommée littéraire, Nouvel ouvrage périodique.

2Dates 1er décembre 1762 - 1er avril 1763. Deux tomes. Périodicité annoncée et réelle: bimensuelle (le 1er et le 15 du mois). Neuf livraisons. Les tomes ne sont pas datés.

3Description Le t. I comprend les 5 premières livraisons, le t. II les 4 dernières. Chaque livraison de 72 p. est composée de plusieurs articles. T. I: 360 p. (Avertissement + articles I-XVIII + Table); t. II: 288 p. (Avertissement + articles I-XV).

Cahiers de 24 p., in-12, 90 x 163.

Devise: «Je loüe avec plaisir, et blame avec courage. Pope».

Frontispice: la Renommée ailée avec ses deux trompettes (souvenir des vers de La Pucelle de Voltaire: «La Renommée a toujours deux trompettes», etc.): de la «trompette honnête», sortent plusieurs légendes portant les titres: L'esprit des lois, Vert Vert, Histoire nature, Alzire, La Métromanie (le t. II ajoute Atrée); les légendes qui sortent de la «trompette inférieure» portent, elles, les titres: Pièce derobé (sic), l'Année littéraire, Epître à Minette, les Jérémiades, Caliste (dans le frontispice du t. II, l'Année littéraire et Caliste sont maintenus, mais, à la place des autres titres, on lit: Polixène Oper, Mes dix-neuf ans, le Roi des Pradons, Journal des dames, Ode de Sabat).

4Publication A Paris chez Laurent Prault libraire quai des Augustins (t. I et II) près la rue Gille Cœur (t. I) et chez tous les libraires (t. II). Le prix de chaque cahier est de 12 s. La souscription, ouverte seulement pour l'année entière (cahier du 15 déc. 1763 compris), est de 15 # pour Paris et de 19 # 16 s. pour la province (18 #, selon l'Avertissement du t. II). Les souscripteurs sont invités à s'adresser soit à M. Dudéré de La Borde, ancien officier des grenadiers de France, rue du Cherche-Midi, soit à L. Prault, libraire, à la Source des Sciences, quai des Augustins (l'Avertissement du t. II ajoute: au sieur Cailleau, libraire à Saint-André, rue Saint-Jacques, vis-à-vis la rue des Mathurins et au sieur Dessain junior, quai des Augustins).

5Collaborateurs Ponce-Denis ÉCOUCHARD LE BRUN et Jean-Etienne LE BRUN DE GRANVILLE.

6Contenu Contenu annoncé: «publier les bons et les mauvais ouvrages et rendre à chacun d'eux la justice qui leur est due». Le périodique ne se veut qu'un recueil «des observations sur le goût par rapport aux écrits modernes» (t. I, art. I, p. 6-7).

Contenu réel: analyses précises et suivies d'ouvrages récents essentiellement relatifs à la poésie et au théâtre; lettres diverses et pièces de vers (odes, épigrammes...).

Principaux centres d'intérêt: la polémique avec Fréron; la qualité de certaines analyses (à propos de la Poétique de Marmontel, par exemple, t. II, p. 73-139, 145-207, 269-288).

Principaux auteurs attaqués: Baculard d'Arnaud, Colardeau, Dorat, Fréron. Principaux auteurs loués: Boileau, Crébillon, Crébillon fils, Ponce-Denis Ecouchard Le Brun. Principaux auteurs appréciés avec réserves: Desmahis, Marmontel, Palissot de Montenoy, Poinsinet de Sivry, A.L. Thomas. Place particulière de Voltaire loué et déchiré à la fois.

Table intégrée au t. I. Le t. II n'a pas de table.

7Exemplaires Ars., 8º H 26574 (1-2) ; – Ars., 8º H 26575 (t. I); B.N., Z Beuchot 901 (1) (t. I); – Zz 4054 (les 2 numéros de décembre 1762 et le 2e numéro de janvier 1763).

8Bibliographie B.H.C., p. 49; H.P.L.P., t. III, p. 64-76.

Mentions dans le Mercure de France (mars 1763, art. 2, p. 98), Grimm, C.L. (t. V, p. 213), M.S. (t. I, Londres, 1777, p. 173, 189 et 223). – Couperus, p. 200.

Historique Attribuée, comme L'Ane littéraire (1761), tantôt à Jean-Etienne Le Brun de Granville, tantôt à Ponce-Denis Ecouchard Le Brun, La Renommée littéraire est vraisemblablement, comme L'Ane littéraire, le fruit de la collaboration des deux frères. Quoiqu'ils se refusent aux «promesses fastueuses» qui accompagnent d'ordinaire le lancement d'un journal et qui sont si rarement remplies, c'est bien cependant dans le noble dessein de juger «avec impartialité» et à l'appui de «règles» «sûres» (t. I, art. I, p. 5-6) que les auteurs de La Renommée littéraire recourent à la forme périodique. Forme pour laquelle ils ne cachent pas leur profond mépris (ils parlent d'«un misérable genre d'écrire», t. I, p. 7), mais, remarquent-ils, c'est «avec leurs propres armes» qu'il faut combattre «les partisans de l'erreur». Allusion évidente à Fréron et à ses «croupiers»  pour reprendre un mot de Voltaire (Best. D9888)  qui, ici, comme dans l'Ane littéraire, sont les cibles privilégiées de ceux qui se veulent les arbitres du goût et de la vérité et ambitionnent de faire... «un ouvrage périodique qui ne mérite pas ce nom» (t. I, art. XII, p. 226; cf. p. 6).

Dès le 26 décembre 1762, Bachaumont signale dans ses Mémoires ce nouveau journal. Il en apprécie le frontispice  l'idée est «gaie» et «judicieuse»  le style  «plein et naturel»  mais décèle un jugement qui n'est pas encore assez mûr ni totalement dégagé de préjugés. Un mois plus tard, le 30 janvier 1763, il précise quels en sont les auteurs (car La Renommée littéraire paraît anonyme): il s'agit de «Mrs. Le Brun», connus pour leurs démêlés antérieurs avec Fréron. Déjà, le 12 janvier, d'Alembert, écrivant à Voltaire, attribuait la paternité de cette «nouvelle feuille périodique» à «un certain Le Brun» à qui, ajoutait-il, «vous avez eu la bonté d'écrire une lettre de remerciements sur une mauvaise Ode qu'il vous avait adressée» (Best. D10906). D'Alembert, d'ailleurs, s'indigne de voir dans les premières livraisons, qui contiennent la «Réponse à l'Eloge de M. de Crébillon», Voltaire «assez maltraité». Et celui-ci, de son côté, exprime son étonnement, le 24 janvier, à Damilaville à qui il demande de lui envoyer «la petite feuille»: «est-il possible que Le Brun qui m'adressait de si belles Odes pour m'engager à prendre Mlle Corneille [...] ne soit qu'un petit perfide?» (Best. D10943). Le 1er février, il confie au même correspondant: «c'est une aventure assez comique que j'ai eue avec Pindare Le Brun en vous envoyant un paquet pour lui dans le temps que vous me dépêchiez ses rabâchages contre moi» (Best. D10974).

Désigné comme l'auteur du périodique, P.D. Ecouchard Le Brun n'a pas manqué de protester. Dans une lettre à «MM. les auteurs de La Renommée littéraire», insérée dans le numéro du 15 février  et suivie d'une réplique de la... direction!  il déclare fermement n'avoir «aucune part à ce Journal» (t. I, art. XII, p. 218). Il renouvelle sa déclaration dans une lettre «à l'auteur du Mercure», qui paraît dans le numéro de mars. Mais ces désaveux ont, en fait, valeur d'aveu, si l'on remarque, notamment dans la lettre publiée par La Renommée littéraire, la façon dont Le Brun vante «les critiques si justes» de cet ouvrage, sa «littérature si saine», son «impartialité si courageuse», et aussi la façon dont il semble relier la satire présente aux satires antérieures contre Fréron, Baculard d'Arnaud, Colardeau...: «il est vrai que je m'amusai, il y a deux ou trois ans, à relever, soit dans les vers, soit dans la prose de ces illustres Messieurs, des traits fort plaisants qui sont devenus des exemples ou des proverbes du ridicule» (p. 219).

Cependant, par-delà la continuité de la veine polémique exercée contre «l'imbécile» et l'«ignare feuilliste» (t. II, art. II, p. 23 et 34) de «l'Année prétendue littéraire» (t. II, p. 41), La Renommée littéraire se révèle moins infidèle que L'Ane littéraire à l'idéal défini du journaliste qui a des connaissances, du goût, qui sait rendre compte de ses jugements, bref qui est animé par le seul intérêt de la littérature (t. I, art. I, p. 8 et t. II, art. XV, p. 288). Le périodique a dû avoir un certain succès  mérité par la valeur même de plusieurs de ses analyses. En tout cas, il n'a pas été sans susciter de vives animosités qui ont entraîné sa disparition. On lit, en effet, dans les Mémoires secrets, à la date du 11 avril 1763: «La Renommée littéraire offusquant les divers libellistes qui courent la même carrière, ces petits auteurs se sont remués et ont engagé Le Journal des Savants à faire arrêter cet enfant bâtard. Il faut savoir que tous les autres doivent un tribut de cent écus à ce père des journaux. Mrs. Le Brun n'avaient point payé, en conséquence on a fait saisie et arrêt entre les mains des imprimeurs».

Robert GRANDEROUTE

 


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© Universitas 1991-2017, ISBN 978-2-84559-070-0 (édition électronique)