ISSN 2271-1813

 

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Dictionnaire de la presse française pendant la Révolution 1789-1799

C O M M A N D E R

   

Dictionnaire des journaux 1600-1789, sous la direction de Jean Sgard, Paris, Universitas, 1991: notice 1196

RODERICI ALEXANDRI OPUS NULLUM (1722)

1Titres Roderici Alexandri. Opus nullum. Titre de début: Rien premier; Rien second.

2Dates 1722, un volume. Mensuel, paraissant tous les premiers lundis du mois (1re feuille, p. 4). Deux livraisons sans date.

1re feuille: approbation du 23 février 1722 et permission du 26; 2e feuille: approbation du 18 avril et permission du 19. Permission correspondant (?) à celle qu'obtint la veuve Le Febvre le 19 février 1722 pour un Recueil de diverses pièces en prose et en vers par le Sieur*** (B.N., ms., f. fr. 21952, nº 79).

3Description Deux feuilles, d'un cahier chacune, 16 + 16 p.; 107 x 167 (ex. B.N.); format petit in-8º.

Devises: (1re feuille) Omne tulit punctum, qui miscuit utile dulci. Horace. (2e feuille) Absit jocorum simplicitate malignus interpres. Martial.

4Publication Paris. 1re feuille: veuve Le Febvre, rue et vis-à-vis Saint-Séverin, au Soleil d'Or. 2e feuille: ibid. et Bauche le fils, à l'Image Saint-Jean dans le Désert, sur le quai des Augustins. 6 s. la feuille.

5Collaborateurs Peut-être Adrien MARTEL (DP2), auteur en mars 1722 d'un autre périodique publié par la veuve Le Febvre (voir historique): les deux exemplaires consultés de la 1re feuille portent au titre le monogramme ms. «A.M.», identification relevée à cette époque sur divers périodiques et qui semble être la signature du privilégié.

6Contenu Première feuille: «Eh! bonjour, bonjour, mon frère le Mercure; bonjour, mon frère le Spectateur, mes sœurs, la Gazette de France et la hollandaise, vous aussi, quoique un peu éclaboussées les pièces lyriques du Pont-Neuf; vous encore que je salue respectueusement, Messieurs les Journaux littéraires et politiques in universa terra; vous que je reconnais pour cousins de la branche aînée de notre famille en Apollon» (p. 3). «Aujourd'hui je me donne pour ce que je suis: RIEN. Cette nouvelle manière de me produire peut être regardée comme une seconde naissance» (p. 4).

Deuxième feuille: «Je n'ai pas le crédit suffisant pour extirper les abus littéraires [...] Pourquoi cet auteur de Riens, disait à moi-même dernièrement un censeur, qui ne croyait pas causer avec lui, ne nous avertit-il pas que nous ne trouverons ni suite ni ordre dans sa feuille, et que nous tomberons d'une épigramme sur un raisonnement, d'un conte sur une remarque de grammaire et ainsi du reste? Nous serions moins blessés de ces disparates» (p. 4).

Pot-pourri d'érudition badine, de vers, de contes et de réflexions diverses.

Articles notables: 1re feuille, «Le Velours bleu, conte de ma mère l'Oye»; «Lettre au Marquis d'Y***» (sur un fou de lecture); 2e feuille, «Lorenzo Gambara», nouvelle tirée des Ragguagli di Parnasso; anecdotes sur un musicien et sur l'Académie féminine parisienne dont faisait partie «l'illustre Mlle N.».

7Exemplaires B.N., Zp. 2640 (1re feuille); Paris, coll. part. (1re et 2e feuilles).

8Bibliographie Martel A., Mémoires sur divers genres de littérature et d'histoire, Paris, veuve Lefebvre, 1722, mars, 2e partie, 4e pagination, p. 53-54 (cahiers datés de mars, bien que le privilège à Martel soit du 7 mai: B.N., ms. f. fr. 21952, nº 100). Mercure, mai 1722, 1er volume, p. 113. Journal des savants, 31 août 1722, nº XXXV, p. 557-558. – Marivaux, Journaux et œuvres diverses, publiés par F. Deloffre et M. Gilot, P., Garnier, 1969, p. 698. – Gilot M., Les Journaux de Marivaux, Lille, Service de reproduction des thèses, 1974, p. 258-259, 1001, 1135.

Historique Ce périodique au titre latin extravagant cache une petite production comico-sérieuse de coloration nettement «moderne» (1re feuille, p. 5: «Nous préférons l'usage de cette ancienne langue [le latin], quoiqu'elle soit morte à celui de notre langue moderne toute pleine qu'elle est de force et de vie. Que nous sommes fins! La postérité confondra peut-être notre siècle avec celui d'Auguste»). Son auteur, qui se cache sous un pseudonyme martial (Rodericus Alexander) ou une devise qu'il laisse croire anagrammatique: «A luna jus» (1re feuille, p. 5), nous paraît être, pour quelques raisons convergentes, l'avocat toulousain Adrien Martel. Cet «espèce de fou», selon Camusat (cité dans DP2), composa exactement à la même date, en mars 1722, un autre périodique pour la veuve Le Febvre. Outre le monogramme ms. signalé au paragraphe 5, on peut noter le compte rendu très élogieux que fit Martel de l'Opus nullum dans ses Mémoires sur divers genres de littérature et d'histoire, le goût des deux périodiques pour un certain vernis d'érudition entrelardée de badinage, pour le domaine italien aussi, et leurs positions communes en faveur des «modernes» (Mémoires, 1re partie, 1re pagination, p. 46).

L'Opus nullum vaut plus par des préfaces, qui se défient d'en être (2e feuille, p. 3-4), que par les petites pièces qu'il publie. On en exceptera cependant un conte de fées, peut-être allégorique («Le Velours bleu», 1re feuille; discussion sur son interprétation: 2e feuille, p. 5-6). La seconde feuille, permise d'imprimer «en retranchant les endroits qui sont rayés» sur le manuscrit (p. 6), fut, sans doute, la dernière de ce périodique singulier, tout à fait contemporain du Spectateur de Marivaux auquel la presse de l'époque le compara parfois (Journal des savants), et qui se plaçait lui-même dans sa parenté (1re feuille, p. 3: texte cité).

François MOUREAU

 


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© Universitas 1991-2017, ISBN 978-2-84559-070-0 (édition électronique)