ISSN 2271-1813

 

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Dictionnaire de la presse française pendant la Révolution 1789-1799

C O M M A N D E R

   

Dictionnaire des journaux 1600-1789, sous la direction de Jean Sgard, Paris, Universitas, 1991: notice 123

ARISTIDE OU LE CITOYEN (1766-1767)

1Titres Aristide ou le Citoyen.

2Dates 28 juin 1766 - 20 juin 1767. 52 numéros (appelés «discours») formant deux tomes (ou «parties»). Ni privilège ni prospectus connu.

Périodicité hebdomadaire: «Nous distribuerons cette feuille & celles qui doivent la suivre les samedis matin de chaque semaine» (t. I, p. 23), ce qui semble bien avoir été le cas. Le t. I est daté de 1766, le t. II de 1767, sans plus.

3Description Le t. I contient les «discours» I-XXVII (28 juin - 27 déc. 1766) et compte 326 p. (tous les numéros ont 12 p., sauf le dernier qui en a 14). Le t. II contient les «discours» XXVIII-LII (3 janv. - 20 juin 1767) et compte 296 p. (tous les numéros ont 12 p. sauf le dernier qui n'en a que 8).

Cahiers de 12 p., 95 x 160, in-12.

Devise: Homo sum; nihil humani a me alienum puto. Ter. [Térence]. En outre, au verso du titre général du t. I, on trouve cette épigraphe: «Je veux que la vertu plus que l'esprit y brille. Piron». Aucune illustration.

4Publication «A Lausanne, Chez Franç. Grasset & Comp.»

Cette adresse figure non seulement au bas des titres généraux des deux tomes, mais aussi à la fin de chaque numéro, où Grasset annonce fréquemment ses nouveautés.

Prix du numéro: 1 sol courant; de l'abonnement annuel: 2 # de Suisse (t. I, p. 23). On ne possède aucune indication sur le nombre des abonnés ou le chiffre du tirage.

5Collaborateurs Le fondateur passe pour être le prince Louis-Eugène de WURTEMBERG (1731-1795), alors en séjour à Lausanne, et Aristide serait l'organe de la «Société morale» dont il fut l'instigateur avec le Dr Tissot. Mais cette Société n'est jamais nommée dans le périodique.

La rédaction se déclare collective: «Les forces d'un seul homme eussent peut-être été insuffisantes pour cette entreprise; plusieurs se sont réunis» (t. I, p. 9). Les articles ne sont pas signés ou, lorsqu'ils le sont, ils portent des noms d'emprunt ou de fantaisie tels que: Philosynomile, Ruricola, Claude Rustique, Stupide, Bardophylax, Philippe, Lausannophile, Ariste. Il existe heureusement à la B.C.U. de Lausanne un exemplaire annoté d'Aristide[127], où deux mains différentes, non identifiées mais manifestement contemporaines, ont indiqué, parfois en se corrigeant l'une l'autre, les auteurs d'une quarantaine de pièces. D'après cette source, Aristide aurait compté au moins une dizaine de collaborateurs. Quatre d'entre eux apparaissent comme les rédacteurs principaux. Ce sont:  le prince Louis-Eugène de Wurtemberg déjà nommé, auquel sont attribués les Discours VII, X, XI (traduit de l'allemand de [Johannes] Tobler), XV, XX (2e pièce), XXII et XXXVI (traduit de l'allemand de [Johann Kaspar] Lavater);  le Dr Samuel-Auguste-André-David TISSOT, désigné comme auteur des Discours V, XIII (2e pièce), XIV, XVI (le fameux texte sur Mozart!) et XXIV (2e pièce);  le professeur de théologie François-Louis de BONS, qui détient le record de participation puisque lui sont attribués les Discours II, III, VI, IX, XVII, XXXI, XXXIII et XXXIV;  le bourgmestre de Lausanne Antoine POLIER DE SAINT-GERMAIN, qui serait l'auteur des Discours I, XII, XVIII (2e pièce), XIX (2e pièce), XX (1re pièce), XXXIX, XLV et peut-être aussi du Discours XXXVII[128].

Les six autres collaborateurs identifiés n'ont fourni qu'une ou deux contributions. Il s'agit du professeur François-Louis Allamand, pour la 3e pièce du Discours XIX; du lieutenant baillival Jacques-Abram-Elie-Daniel Clavel de Brenles, pour la 1re pièce du Discours XXIV; du doyen Emmanuel-Louis Chavannes pour le Discours L et peut-être aussi pour les deux Discours XL et XLII; de Marie de Rapin-Thoyras, veuve de Théophile Cazenove et épouse de Paul-Elie Blaquière pour le Discours XLVII; et d'un certain «Guex de Cossonay», dont l'identité prête à discussion[129], pour la 1re pièce du Discours XVIII et la 2e pièce du Discours XXV. Enfin l'illustre Gabriel Seigneux de Correvon, déjà septuagénaire, serait l'auteur du Discours XXVI et peut-être de la 3e pièce du Discours IV[130].

Sur les 52 Discours de l'Aristide, 18 restent donc entièrement anonymes.

Tous les rédacteurs connus appartiennent à l'aile éclairée et cosmopolite de la haute bourgeoisie lausannoise.

6Contenu Contenu annoncé: «Encourager la vertu, en ranimer les précieux restes, la présenter sous ses formes les plus attrayantes, opposer des digues aux vices qui nous gagnent, aux exemples qui nous corrompent, aux idées fausses qui nous égarent, aux passions qui nous perdent ou qui nous avilissent, aux habitudes qui nous subjuguent, aux illusions qui nous séduisent; dissiper des préjugés nuisibles, rectifier des goûts dangereux, s'élever contre des usages déplacés, ou que le bon sens condamne; inspirer l'attachement à ses devoirs, l'estime de son état, l'amour de sa Patrie, l'affection pour ses semblables; procurer, en un mot, le bien moral de ceux pour qui on écrit: Voilà le but que l'on se propose, & la tâche que l'on se prescrit» (t. I, p. 7).

Contenu réel: une cinquantaine de dissertations, voire d'homélies (parfois sous la forme de correspondances fictives) sur l'égoïsme, la mollesse, l'oisiveté, le jeu, le luxe, l'avarice, la médisance, les préjugés, les ridicules, le «qu'en dira-t-on», la honte et la fausse honte, les conséquences du vice, la vertu, la raison, la conscience, la probité professionnelle, le désintéressement, le bon usage des richesses, les avantages de la vie à la campagne, l'union domestique, la bienséance propre à chaque âge, les distinctions sociales, les visites; et encore sur le génie artistique, les beaux-arts (à l'occasion des concerts donnés par le petit Mozart à Lausanne), les dangers du théâtre, la philosophie du siècle, l'irréligion, la Providence, le culte public, la prière.

Principaux centres d'intérêt: la société, la religion, le bonheur, la vertu, mais surtout la morale.

Principaux auteurs étudiés: Jean-Jacques Rousseau (t. I, p. 193-204; t. II, p. 61-82).

7Exemplaires Exemplaire étudié: coll. J.-D. Candaux, Genève.

Ex. en bibliothèque: B.P.U. Genève, Hf 861 Rés. (t. I seul); B.C.U. Lausanne, N 1221 Rés.; Bibliothèque des Pasteurs, Lausanne, Hist. 3129 (t. I seul); B.P.U. Neuchâtel, A 6544; B.M. Vevey, B 64 (manque nº LII); B.L., Hirsch.IV.1121. Aucun exemplaire en France apparemment. Ex. annoté: B.C.U. Lausanne, N 1221 Rés.

8Bibliographie Lettres diverses recueillies en Suisse, par le comte Fédor Golowkin, Genève-Paris, J.J. Paschoud, 1821, p. 298-302. – Eynard Ch., Essai sur la vie de Tissot, Lausanne, Marc Ducloux, 1839, p. 199-201. – Gindroz A., Histoire de l'instruction publique dans le Pays de Vaud, Lausanne, Georges Bridel, 1853, p. 384-385. – Chavannes J., «La presse périodique vaudoise», Bibliothèque universelle, LXVIe année, nouvelle période, t. XII, 1861, p. 169-176. – Sayous A., Le Dix-huitième siècle à l'étranger, Paris, Amyot, 1861, t. II, p. 88. – Van Muyden B., Pages d'histoire lausannoise, Lausanne, Georges Bridel, 1911, p. 374-376. – Burdet J., «Mozart à Lausanne en 1766», Revue historique vaudoise, 61e année, 1953, p. 105-121. – Blaser F., Bibliographie der Schweizer Presse, Basel, Birkhäuser, 1956, t. I, p. 91. – Candaux J.-D., «Les gazettes helvétiques, inventaire provisoire», dans L'Etude des périodiques anciens, colloque d'Utrecht, Paris, A.-G. Nizet, 1972, p. 132-133. – Encyclopédie illustrée du pays de Vaud, vol. 6: Les Arts, I, Lausanne, 24 Heures, 1976, p. 134 (avec fac-similé). – Johnson-Cousin D., «Aristide, ou le Citoyen: reflections of culture and society in the Pays de Vaud in the 1760s», Studies in eighteenth-century culture, t. XVIII, 1988, p. 375-388.

Jean-Daniel CANDAUX

 

Δ 127. Signalé déjà par Jules Chavannes (p. 174-175); et examiné de plus près par Jacques Burdet (p. 118).

Δ 128. En marge de ce dernier Discours, l'annotateur a écrit: «Prince ou Mr de St Germain». Le style de Polier de Saint-Germain n'était apparemment pas facile à reconnaître, puisqu'à la lecture du Discours XII, qui lui est attribué, Suzanne Necker-Curchod écrivait à son amie Etiennette Clavel de Brenles, en date du 19 novembre 1766: «...je gagerois...que la feuille douze...est l'ouvrage de Mr. de Brenles» (Lettres diverses recueillies en Suisse, éd. Fédor Golowkin, Genève-Paris, J.J. Paschoud, 1821, p. 299).

Δ 129. Est-ce «le pasteur Guex de Cossonay», comme l'affirme Jacques Burdet (p. 118) sans préciser davantage, ou plutôt le Dr Albert Guex, établi à Cossonay dès 1759 (Eugène Olivier, Médecine et santé dans les Pays de Vaud au XVIIIe siècle, Lausanne, La Concorde, 1939, t. II, p. 954-955)?

Δ 130. Cette attribution est demeurée inconnue de Paul Nordmann, Gabriel Seigneux de Correvon, ein Schweizerischer Kosmopolit, 1695-1775, Firenze, Leo S. Olschki, 1947, qui a pourtant établi une liste de plus de 120 contributions de Seigneux de Correvon à des périodiques suisses ou étrangers (p. 133-139).

 


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© Universitas 1991-2017, ISBN 978-2-84559-070-0 (édition électronique)