ISSN 2271-1813

 

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Dictionnaire de la presse française pendant la Révolution 1789-1799

C O M M A N D E R

   

Dictionnaire des journaux 1600-1789, sous la direction de Jean Sgard, Paris, Universitas, 1991: notice 145

BIBLIOTHÈQUE ANCIENNE ET MODERNE (1714-1727)

1Titres Bibliothèque ancienne et moderne. Pour servir de suite aux Bibliothèques universelle et choisie.

Continuation de la Bibliothèque choisie (1703-1713).

2Dates Vingt-neuf tomes: 1714-1727. Mais le t. XXIX qui comprend la table générale et alphabétique des auteurs, des livres et des matières étudiés dans les 28 tomes, ne paraît qu'en 1730.

Périodicité: bien qu'il ne l'annonce pas explicitement dans l'Avertissement du t. I, l'auteur entend conserver, et respecte en fait, la périodicité qu'il avait adoptée depuis 1710 pour la Bibliothèque choisie, c'est-à-dire la périodicité trimestrielle. T. I-II: 1714; t. III-IV: 1715; t. V-VI: 1716; t. VII-VIII: 1717; t. IX-X: 1718; t. XI-XII: 1719; t. XIII-XIV: 1720; t. XV-XVI: 1721; t. XVII-XVIII: 1722; t. XIX-XX: 1723; t. XXI-XXII: 1724; t. XXIII-XXIV: 1725; t. XXV-XXVI: 1726; t. XXVII-XXVIII: 1727; t. XXIX: 1730.

3Description T. I-XXVIII: chaque tome est composé de deux parties (I et II), chaque partie étant elle-même composée de plusieurs articles (de 4 à 12). Nombre de pages de ces tomes: de 453 à 467 (pour la 1re partie: de 227 à 237 p.). Les t. I, I, et XXVII, I comprennent des Avertissements (pages non numérotées). T. XXIX: Avertissement + 420 p.; p. 1-46: table des auteurs, des livres et des pièces; p. 47-420: table des matières.

Cahier de 24 p. in-12, 72 x 132.

Frontispice du t. XXIX: le même que celui de la Bibliothèque choisie, t. XXVIII. Cf. Bibliothèque choisie.

4Publication T. I-XI: à Amsterdam, chez David Mortier, Libraire. T. XII-XXVI: à Amsterdam, chez les Frères Wetstein. T. XXVII-XXIX: à La Haye, chez Pierre Husson.

5Collaborateurs Jean LE CLERC.

Collaborateurs: Elie Bouhereau (II, II, 2), Nicolas Hartsoeker (VIII, II, 2; XIV, I, 7; XVIII, I, 4), Paul Rapin de Thoyras (I, I et II, 1; III, I et II, 1; V, I, 1; VIII, I, 1; IX, I et II, 1; X, II, 4; XI, I, 1; XII, II, 3; XVI, I et II, 1; XVII, I, 1 et II, 1 et 2; XVIII, I et II, 1; XIX, I, 1).

6Contenu Contenu annoncé: en dépit du changement de titre, le propos et la méthode sont ceux de la Bibliothèque choisie: extraits de livres «choisis», modernes ou plus anciens avec éloges et pièces particulières. Insistance marquée d'une volonté de rechercher la vérité de bonne foi et sans passion et de faire connaître et aimer la vertu (t. I, Avertissement).

Contenu réel: mêlés à des pièces de la composition de Le Clerc ou reçues par le journaliste (dissertations, lettres... parfois rédigées en latin), des extraits de livres pour la plupart récemment édités ou réédités en Europe (sont signalées les rééditions de maints ouvrages dont il a été parlé dans la Bibliothèque choisie) et écrits en latin, en anglais (ou traduits de l'anglais), en français également, mais alors l'auteur tend à ne pas s'attarder parce qu'aucune difficulté de langue ne se pose; quelques extraits de livres italiens; les titres des livres flamands sont simplement mentionnés. Comme dans la Bibliothèque choisie, les matières abordées sont diverses. A côté des matières scientifiques (notamment physique et médecine où le rôle de l'expérience est vivement souligné), juridiques (droit naturel, public et surtout romain: les Pandectes), politiques (diplomatie), les disciplines le plus souvent évoquées sont les suivantes:

Histoire et géographie: profane et ecclésiastique (conciles, synodes, papes...), ancienne, moderne et contemporaine; histoire des principaux peuples du monde (entre autres, de l'Allemagne, de la France, des Provinces-Unies, de l'Angleterre, de ses révolutions, de sa Réformation...), journaux de voyages; commerce; numismatique et épigraphie.

Belles-Lettres: (ré)éditions d'œuvres grecques et latines, qu'elles appartiennent à l'Antiquité païenne (prose et poésie) ou chrétienne (les Pères de l'Eglise), occasion privilégiée de remarques «critiques» du journaliste; grammaire et langues; littérature française (poésie, lettres, mémoires...); Eloges ou Vies (Gilbert Burnet, un ami personnel de Le Clerc, III, II, 5; Jean Passerat, VII, II, 4).

Religion: païenne, naturelle, juive, chrétienne, mahométane; les livres du Testament: manuscrits, éditions ou rééditions, traductions, paraphrases, commentaires, dissertations, remarques, interprétations, liens de l'Ancien et du Nouveau Testament; les preuves de la religion chrétienne; problèmes métaphysiques et controverses théologiques (surtout des premiers siècles), dogmes, miracles et prophéties; hérésies, sectes; prière, prédication et catéchèse; pluralité des religions dans un même état.

Principaux centres d'intérêt:  Extraits des Foedera, Conventiones, Litterae et cujuscumque generis Acta Publica, t. IX-fin, de Thomas Rymer.  La réflexion sur l'histoire, science des faits, distincte de la fable, et sur les devoirs de l'historien qui doit être exempt de préjugés et d'esprit de parti.  L'art de la critique: cf. Bibliothèque choisie.  La polémique personnelle: outre qu'il évoque et commente (abrégeant ou traduisant en français des développements rédigés en latin) plusieurs de ses œuvres éditées, rééditées ou même projetées, Le Clerc se trouve directement et nommément concerné dans bien des ouvrages qu'il étudie et par là engagé dans certaines disputes érudites qui n'ont pas toutefois l'importance ni l'ampleur des querelles dont la Bibliothèque choisie s'est faite l'écho et qui peuvent d'ailleurs être rappelées à l'occasion (I, I, 5 et XXVIII, II, 5, à propos de Bayle): démêlés avec Calmet (XIX, I, 2), Capperonier (XXV, I, 7), Lampe (XXVII, II, 5), P. Le Long (XIV, II, 4), Moshem (XVII, II, 8), Rhenferd (XVII, II, 3), Whiston (XXII, II, 1). Réponse à la censure de Freind à propos d'une Addition à l'Histoire de la médecine de Daniel Le Clerc (XXVII, II, 7).

La position religieuse du «Remontran», conscient des ignorances à accepter et attaché à la pratique des vertus chrétiennes: cf. Bibliothèque choisie. Avec ici une attention particulière portée aux ouvrages anglais relatifs à la religion (œuvres de Cheyne, Derham, Lardner, Ray, Sykes, Wollaston) et une réflexion insistante sur la notion de tolérance mutuelle: thème récurrent de l'appel à la réunion des Eglises protestantes autour de l'essentiel de l'Evangile, par-delà ce qui relève de la spéculation et de l'usage.

Principaux auteurs cités ou étudiés: en dehors des auteurs déjà mentionnés, et sans énumérer les humanistes et érudits des XVIe-XVIIe siècles très souvent invoqués, relevons les noms suivants: Leibniz, Pufendorf; Bentley, Clarke, Kircher, Locke, Moyle, Newton, Selden, Steele, Tillotson, D. Whitby, Wotton; Barbeyrac, Basnage, Boileau, P. Daniel, Fénelon, Huet, La Croze, P. Lafitau, Lenfant, Limiers, Montaigne, P. Montfaucon, E. Richer, Pagi, Sallengre, Saurin, R. Simon; Averani, Muratori, Turrettini, Vignoli; 's Gravesande, Leeuwenhoek, Vitringa; Crousaz, Spanheim.

Table des livres et des articles et Indice des matières de chaque tome: non intégrés.

7Exemplaires Coll. étudiée: B. I. Montpellier, 80516 (manquent p. 453-460 du t. XV, II); autres collections complètes: Ars., 8º H 26429; B.M. Bordeaux, H 18807; B.M. Aix; B.U. Marseille; B.U. Padoue.

8Bibliographie B.H.C., p. 34; H.P.L.P., p. 246-251; H.G.P., p. 154-155; DP2, art. «Le Clerc».

Réédition: A La Haye, chez Pierre Husson: t. I (1726). Genève, Slatkine: réimpression de l'édition d'Amsterdam-La Haye, 1714-1730 (29 vol. in-12) en 6 vol. in-4º.

Mentions: Amsterdam (17 juil. et 20 nov. 1714, 17 avril 1716, 11 et 18 mars 1727); Histoire critique de la République des Lettres (t. VI, 1714, art. 17, p. 383-385; t. VIII, 1715, art. 13, p. 383; t. XII, 1716, art. 5, p. 405; t. XIV, 1717, art. 13, p. 359); Nouvelles littéraires (t. I, 20 avril 1715; t. II, 3 août et 16 nov. 1715; t. III, 11 janv. et 2 mai 1716; t. IV-IX in fine: table des articles); L'Europe savante (janv. 1718, t. I, I, Préface); Mercure de France (févr. 1725, p. 341; juin 1726, p. 1221); Mémoires pour servir à l'histoire des hommes illustres (t. XL, 1739, p. 358-359).

Couperus, p. 182. – Barnes A., Jean Le Clerc (1657-1736) et la République des Lettres, Paris, Droz, 1938. – Bots H. et Evers M., «J. Le Clerc et la réunion des Eglises protestantes dans la Bibliothèque ancienne et moderne (1714-1727)», Nederlands Archief voor Kerkgeschiedenis, Dutch Review of Church History, 66-1, 1986, p. 55-67.

Historique Ayant achevé, à la suite de la mort de Henri Schelte en mars 1714, la Bibliothèque choisie, Le Clerc hésite à recommencer une nouvelle Bibliothèque, comme il avait hésité, après la Bibliothèque universelle et historique, à entreprendre la Bibliothèque choisie. Et, de nouveau, il justifie ses hésitations en faisant état de ses travaux personnels (Commentaires sur l'Ancien Testament, Histoire ecclésiastique des six premiers siècles) qui lui demandent et du temps et de l'application. Cependant, il finit, si on l'en croit, par se laisser convaincre par quelques amis qui l'encouragent à ne pas abandonner un travail auquel il est particulièrement rompu et qui se révèle utile et agréable à un public soucieux de s'instruire des nouvelles de la République des Lettres. Outre que ce travail n'est sans doute pas sans profit pour lui... C'est ainsi que Le Clerc prolonge sa double activité de journaliste et d'érudit, à laquelle aident d'ailleurs sa manière de vivre retirée et sa bonne santé, et qu'il lance la Bibliothèque ancienne et moderne, simple suite, sous un nouveau titre, de la Bibliothèque choisie.

Ce faisant, a-t-il eu le dessein de «désarçonner» l'Histoire critique de la République des Lettres, comme le prétend le correspondant d'Amsterdam du journal des Masson (t. VI, p. 384-385)? En tout cas, l'Histoire critique ne ménage pas l'auteur de la Bibliothèque ancienne et moderne, s'empressant de rapporter dès février 1715 (t. VIII, p. 383) qu'un libraire londonien a entrepris de traduire en anglais le nouveau journal de Le Clerc, mais qu'il a dû y renoncer à cause du mauvais débit de la 1re partie du t. I, ou encore accusant le journaliste de publier sous son nom des pièces qui ne sont pas de lui, notamment les Extraits des Actes de Rymer (t. XII, p. 405). A quoi Le Clerc indigné répond (t. VIII, I, 1) qu'il n'a jamais songé à faire passer ces Extraits pour son propre ouvrage (cf. également t. XVIII, II, 2). Et de s'élever contre «certaines personnes très mal intentionnées» à son égard... En 1727 (t. XXVIII, I, 2) il dénoncera encore (et il vise assurément Jean Masson) celui qui a «fait tout ce qu'il pouvait» pour lui «nuire en Angleterre».

Quoi qu'il en soit de cette polémique entre journalistes rivaux, la Bibliothèque ancienne et moderne, qui se révèle, comme les précédentes Bibliothèques, pleine de recherches curieuses et érudites, s'impose dans les différents pays de l'Europe savante, y compris l'Angleterre (où l'Eloge de G. Burnet, traduit en anglais, est l'objet d'un tirage à part), l'Italie (l'attention accordée par Vico à l'appréciation de Le Clerc, t. XVIII, II, p. 8, témoigne du poids des jugements portés dans la Bibliothèque ancienne et moderne)... et jusque dans l'Empire ottoman, en Valachie (t. XIV, I, 2; XV, I, 3) ...

Peut-être, comme on le lui fait remarquer (t. XXVIII, II, p. 237), Le Clerc donne-t-il, malgré le titre, plus de place aux «livres nouveaux» et aux «nouvelles éditions». Peut-être cherche-t-il à flatter le goût de bon nombre de lecteurs  dont les lecteurs anglais  en ouvrant largement son périodique à l'histoire et notamment à l'histoire moderne (il est vrai qu'il compose alors l'Histoire des Provinces-Unies et des Pays-Bas, 1723-1728). Mais, qu'il s'agisse de matières historiques ou de sujets d'érudition critique, c'est le même engagement personnel, et souvent polémique, de celui qui se plaît à scander ses comptes rendus de «remarques de l'auteur de la B.A.M.».

En 1719, les frères Wetstein, qui, l'année précédente, ont fait paraître les deux volumes de tables de la Bibliothèque universelle et de la Bibliothèque choisie, prennent la relève de D. Mortier pour l'impression du périodique. En 1727, c'est Pierre Husson, marchand libraire à La Haye, qui acquiert le droit de copie de ce «fameux journal littéraire tant estimé par les savants» (Amsterdam, 11 mars 1727). Mais Husson ne publie que les deux tomes de l'année. Le Clerc, en effet, qui, dès l'Avertissement du t. XXVII, I, se demandait s'il ne ferait pas mieux «de quitter le travail des Bibliothèques» pour mener enfin à terme ses Commentaires sur l'Ancien Testament (hagiographes, prophètes), décide de faire du t. XXVIII le «dernier» tome de sa troisième Bibliothèque. Simplement, il conseille à P. Husson d'ajouter un tome de table générale dont l'utilité est évidente et sans laquelle «il y aurait une espèce d'imperfection» (t. XXIX, Avertissement). Avec la Bibliothèque ancienne et moderne se clôt la série des amples périodiques de Le Clerc qui, sous trois titres différents, tendent à ne former qu'une seule collection de plus de quatre-vingts volumes, massif journalistique imposant et qui témoigne, sinon de «l'art de plaire», du moins de la volonté d'instruire et de répandre chez les lecteurs l'esprit de libre examen. En 1730, lorsqu'est publié le t. XXIX de la Bibliothèque ancienne et moderne, P. Husson propose au public les trois Bibliothèques, soit en collection complète, soit en volumes séparés.

Robert GRANDEROUTE

 


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