ISSN 2271-1813

 

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Dictionnaire de la presse française pendant la Révolution 1789-1799

C O M M A N D E R

   

Dictionnaire des journaux 1600-1789, sous la direction de Jean Sgard, Paris, Universitas, 1991: notice 153

BIBLIOTHÈQUE CRITIQUE 1 (1708-1710)

1Titres Bibliothèque Critique, ou Recüeil de diverses Pièces Critiques, Dont la plûpart ne sont point imprimées, ou ne se trouvent que très-difficilement, Publiées par Mr. de Sainjore qui y a ajouté quelques notes.

Continuée par la Nouvelle bibliothèque choisie (1714).

2Dates Quatre tomes: 1708-1710. Les t. I, II, III paraissent au cours de l'année 1708 (les deux premiers en même temps); le t. IV paraît en 1710.

3Description Les t. I-III sont composés de chapitres (t. I: 34 chapitres, t. II: 35, t. III: 42); le t. IV, sous-titré Recueil de diverses Lettres choisies et critiques, est, lui, composé de 52 Lettres.

T. I: 550 p. (+ Avertissement + Table + Errata); t. II: 537 p. (+ Table + Errata); t. III: 556 p. (+ Table); t. IV: 554 p. (+ Table).

Cahiers de 24 p., 85 x 170, in-12.

4Publication A Amsterdam, chez Jean Louis de Lormes (Nancy selon Bruzen de La Martinière, Eloge historique de R. Simon..., 1730, ou Rouen selon P. Auvray).

5Collaborateurs Richard SIMON (certains développements sont présentés comme «trouvés dans les papiers de M. Barat», «écrits de sa main»: il s'agit de Nicolas Barat).

6Contenu Contenu annoncé: mise au jour de «pièces qui demeurent cachées dans les bibliothèques ou dans les cabinets des particuliers» ou qui, ayant été imprimées, «sont devenues très rares», avec indication de la «main» et du «lieu» d'où elles viennent (ces pièces étant de «celles qui traitent les choses d'une manière critique»); présentation d'«analyses de quelques écrits qui n'ont jamais été imprimés ou qui ne se trouvent que très difficilement» (Avertissement, t. I).

Contenu réel: extraits de pièces ou livres qui sont manuscrits ou dont les exemplaires sont devenus rares (déposés dans les bibliothèques du Roi, de Colbert, etc., tirés des registres de l'Université de Paris ou prétendument trouvés dans des papiers privés), et (ou) analyses critiques de ces pièces et livres relatifs aux sources de la religion et à des problèmes d'ordre essentiellement religieux: Ecriture sainte (langues, lettres et caractères, versions et traductions en différentes langues dont la langue vulgaire, éditions, explications et commentaires, sens littéral et allégorique, style...); livres apocryphes; ouvrages des Pères et Docteurs de l'Eglise; bibliothèques rabbinique, ecclésiastique...; dogmes, sacrements, hérésies, théologie scolastique, croyances protestantes, orthodoxes (concorde des Eglises grecque et romaine), disputes et controverses; histoire de l'Eglise (conciles, institutions monastiques, habits, revenus...); droit canon; situation des Juifs.

Principaux centres d'intérêt:  l'attention portée à des pièces curieuses et à des faits peu connus;  l'art de la «critique» (nécessité soulignée de la connaissance des langues orientales pour l'intelligence de l'Ecriture);  la dénonciation du culte des reliques, des fausses Vies de Saints et des indulgences;  les rapports entre la Bibliothèque critique et les autres œuvres de l'auteur qui sont défendues, expliquées (Histoire critique du Vieux Testament, 1678) ou complétées (Histoire de l'origine et du progrès des revenus ecclésiastiques, 1684);  la position de Simon face au thomisme et à l'augustinisme et face à tous ceux qui jurant in verba magistri;  la part de la satire dans le cadre des querelles où a été mêlé l'auteur qui se révèle soucieux de repousser les accusations de (semi)-pélagianisme, de socinianisme... et de faire sa propre apologie, cette satire pouvant s'exercer sur des communautés ou des particuliers: théologiens et docteurs de Paris (qui ignorent les langues et les matières de critique), bénédictins (faibles en science de l'Ecriture, plagiaires, faussaires, intéressés), Messieurs de Port-Royal (médiocres grammairiens et critiques), Faydit, Le Clerc, Toinard, et surtout Bossuet (t. II, p. 8-9; t. IV, p. 35-52): réponses «pied à pied» aux difficultés proposées par Bossuet qui, dans ses Instructions sur la version du Nouveau Testament (1702 et 1703), accuse Simon d'avoir suivi Grotius et les sociniens. Jugement mêlé à l'égard des Jésuites.

Principaux auteurs étudiés: sans reprendre les noms déjà avancés ni mentionner les Pères et Docteurs de l'Eglise et les commentateurs et critiques (des premiers siècles aux XVIe et XVIIe siècles) très souvent invoqués, citons: les jésuites Henriquez, Maldonat, Mariana et Pétau, les jansénistes Arnauld, Nicole et Saci, les oratoriens Amelote, Du Hamel, Le Cointe et Le Long, les bénédictins Martianay, Montfaucon, les protestants Claude et Spanheim, les Anglais Cave, Marsham et Pococke.

7Exemplaires Collection étudiée: B.M. Toulouse, P. 13498 (1-4). Autres collections: B.N., Z 20623-20626 et 39269-39272; Ars., 8º B.L. 31172 (1-4).

8Bibliographie B.H.C., p. 38; H.P.L.P., t. II, p. 282; H.G.P., t. I, p. 155; DP2, art. «Simon».

Réédition: t. I et II: A Basle, Pour Christian Wackerman, à l'Enseigne d'Erasme, 1709 (B.N., Z 20627-20628).

Mentions dans: Nouvelles de la République des Lettres (janv. 1709, p. 33-65, févr. 1709, p. 123-153, août 1710, p. 161-196, sept. 1710, p. 253-288), Journal de Verdun (nov. 1709, p. 404, nov. 1710, p. 367), Journal de Trévoux (déc. 1709, p. 2079-2095, janv. 1711, p. 53-77), Bibliothèque choisie (t. XVIII, p. 156-196, t. XXI, p. 230) et ancienne et moderne (t. I, I, p. 133-164), Journal littéraire de La Haye (t. III, I, p. 230), Mémoires pour servir à l'histoire des hommes illustres... (t. I, p. 243), Nouveaux Mémoires d'histoire.. (t. VII, p. 7). – Couperus, p. 181. – Ingold A.M.P., Essai de bibliographie oratorienne, 1880-1882, p. 156-157. – Auvray P., Richard Simon 1638-1712. Etude bio-bibliographique avec des textes inédits, Paris, P.U.F., 1974.

Historique En portant à la connaissance du lecteur curieux l'existence de «bons livres», hors commerce ou ensevelis dans des bibliothèques, et que des libraires pourraient réimprimer, la Bibliothèque critique entend se distinguer des catalogues des éditeurs et du «grand nombre de journaux à la mode» qui ne parlent que de «ce qui sort tous les jours des presses des imprimeurs» (Avertissement, t. I).

L'auteur, qui a choisi le pseudonyme de Sainjore, moins d'ailleurs, comme le remarque le Journal de Trévoux, dans le «dessein de se cacher» que par l'effet «d'une ancienne habitude de se produire sous différents noms» (Adamantius, Prieur de Bolleville etc.), est, dès 1708, découvert. Sainjore, c'est Monsieur Simon: «même style, mêmes sentiments, mêmes intérêts» (Journal de Trévoux). Les indications d'origine des pièces sont suspectées, car la plupart, «pour ne pas dire toutes», semblent bien «partir de la même main» (Nouvelles de la République des Lettres). Et le rapprochement est opéré avec les Lettres choisies (1700) (la méthode est identique) d'autant plus que beaucoup de dissertations de la Bibliothèque critique revêtent la forme épistolaire.

Diversement appréciée selon les journalistes qui peuvent être visés dans leur personne (Le Clerc) ou dans la société à laquelle ils appartiennent (les Jésuites), jugée ici «curieuse» et propre à être goûtée par ceux qui aiment la littérature et la critique, considérée là comme pleine d'inutilités ou de faits non authentifiés, la Bibliothèque critique qui sera l'objet de reports et de réfutations (P. Tournemine, E. Fourmont) finit par soulever l'indignation du public en raison des «traits trop violents pour n'être appelés que satiriques» (Journal de Trévoux) et qui, du reste, s'accusent de volume en volume. Sur dénonciation de Renaudot du 26 juillet 1710 au chancelier de Pontchartrain, la Bibliothèque critique est supprimée par un arrêt du Parlement de Paris du 5 août 1710 comme un livre rempli de médisances et de calomnies contre des particuliers et des sociétés religieuses, et les quatre tomes sont condamnés au pilon. Cependant, le Journal de Verdun, en novembre, nous apprend qu'elle est «presque en même temps réimprimée à Amsterdam», les œuvres défendues étant toujours les plus recherchées et le libraire prévoyant ne perdant jamais à la confiscation des exemplaires trouvés chez lui! On sait, d'autre part, que la Bibliothèque critique sera reprise et continuée en 1714, sous un autre titre, celui de la Nouvelle bibliothèque choisie.

Robert GRANDEROUTE

 


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© Universitas 1991-2017, ISBN 978-2-84559-070-0 (édition électronique)