ISSN 2271-1813

 

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Dictionnaire de la presse française pendant la Révolution 1789-1799

C O M M A N D E R

   

Dictionnaire des journaux 1600-1789, sous la direction de Jean Sgard, Paris, Universitas, 1991: notice 157

LA BIBLIOTHÈQUE DES DAMES (1764)

1Titres La Bibliothèque des Dames ou Choix de pièces nouvelles, instructives et amusantes, en prose et en vers.

2Dates 2 janvier 1764 - 18 juin 1764. Un tome.

Périodicité annoncée: les lundis, mais fort irrégulièrement. «Nous n'annonçons ni le plan ni le nombre des discours suivants; ainsi nous avons commencé cette Bibliothèque sans en donner de prospectus. Chaque chose viendra à sa place. Nous ne pouvons pas tout dire à la fois» (nº 5, 30 janv. 1764, p. 75).

Périodicité réelle: hebdomadaire, mais souvent en retard (voir p. 32, 128).

3Description Le tome comprend deux parties. La première partie contient 13 numéros, la deuxième 12. Le tome entier comporte 353 p., in-16.

4Publication Amsterdam, chez M. Magérus, libraire de Stilsteeg.

5Collaborateurs Anonyme.

6Contenu Contenu annoncé: neuf Discours sur l'éducation du beau sexe.

Contenu réel: discours sur l'éducation du beau sexe, poèmes, plaisanteries, lettres, anecdotes historiques, tableaux, femmes célèbres dans l'art de la peinture, actions héroïques des Amazones, discours sur les Modes.

Centres d'intérêt: Rousseau (pour et contre), femmes fortes et courageuses, éducation des dames, conjectures sur la décadence de la République des Amazones, cérémonies nuptiales de tous les peuples du monde.

Auteurs cités: Rousseau, Formey, Plutarque, Mlle Mazarelli, Mlle Potar-Dulu.

7Exemplaires B.N., 8º Z 16159.

8Bibliographie Gay J., Bibliographie des ouvrages relatifs à l'amour, aux femmes, au mariage (Paris, 1894-1896), t. I, p. 389. – Gelbart N., Feminine and Opposition Journalism in Old Regime France: «Le Journal des Dames», 1759-1778. University of California Press, 1987.

Historique Jules Gay est de l'avis que ce journal a été entrepris par Fanny de Beauharnais et par son amant Claude Joseph Dorat, pour imiter le Journal des dames de Mme de Maisonneuve à Paris. Mais mes recherches sur le Journal des dames n'ont rien relevé qui pourrait servir de preuve à cette hypothèse. Le Journal des dames jouissait à cette époque d'un regain d'intérêt, mais Dorat alors s'intéressait peu au journalisme. C'est beaucoup plus tard en 1777 que Fanny et Dorat sont devenus directeurs de ce journal.

L'auteur anonyme de la Bibliothèque des dames s'intéressait sérieusement à la question de l'éducation du beau sexe. Il utilise et critique à la fois les idées de Rousseau et il sollicite les réponses et réactions de ses lectrices sur la question de la femme. L'éducation du beau sexe, écrit un correspondant, consiste en «l'art d'imprimer dans leur esprit et leur cœur, les connaissances et les sentiments propres à former des épouses qui fassent le bonheur de leurs époux, des mères capables d'élever leurs enfants et des femmes qui soient l'ornement de la société encore plus par leurs vertus que par leurs talens et leurs grâces» (nº 5, 30 janv. 1764, p. 65). Quand un lecteur défend Rousseau et l'idée que les jeunes filles n'ont pas besoin d'apprendre des matières intellectuelles, l'éditeur de la Bibliothèque des dames invite les femmes à se défendre. «Nous nous dispensons de répondre à cette lettre pour en laisser le soin aux Dames, persuadés qu'elles s'empresseront de le faire et qu'elles s'en acquitteront mieux que nous» (nº 6, 6 févr. 1764, p. 82). En effet, les réponses arrivèrent. Deux «lettres sur la force et la bravoure des Dames» démolissent l'antiféminisme de Rousseau et se terminent en triomphe: «Je crois, Monsieur, que ceci suffit pour fermer la bouche à ceux qui nous reprochent injustement une faiblesse à laquelle ils nous ont eux-mêmes condamnées» (p. 213). Une autre lectrice critique un ouvrage de M. Formey de l'Académie de Prusse, et les éditeurs l'invitent à répondre, en lui offrant «avec la même impartialité la voie de notre Bibliothèque» (p. 120). En général, on constate ici un vrai effort pour obtenir des discours sérieux sur des questions importantes, mais à côté on trouve toujours l'inévitable frivolité qui caractérise la majorité des publications pour les dames à cette époque. Conséquence, peut-être, de cet universel désir d'être en même temps «instructif et amusant», ce journal s'achève sur un ton léger et inconséquent, avec un Fragment d'un philosophe persan sur les modes, une Dissertation sur le baiser, et un article sur des dames françaises en déshabillé (p. 273, 280, 353).

Nina GELBART

 


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© Universitas 1991-2017, ISBN 978-2-84559-070-0 (édition électronique)