ISSN 2271-1813

 

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Dictionnaire de la presse française pendant la Révolution 1789-1799

C O M M A N D E R

   

Dictionnaire des journaux 1600-1789, sous la direction de Jean Sgard, Paris, Universitas, 1991: notice 192

CAHIERS DU QUATRIÈME ORDRE (1789)

1Titres Cahiers du quatrième ordre, celui des pauvres journaliers, des infirmes, des indigents, etc...; l'ordre sacré des infortunés ou Correspondance philanthropique entre les infortunés, les hommes sensibles, et les Etats-Généraux: pour suppléer au droit de députer directement aux Etats qui appartient à tout Français, mais dont cet ordre ne jouit point encore. Par M. Dufourny de Villiers.

2Dates Une seule livraison datée du 25 avril 1789.

3Description Un volume de 30 p. (Avertissement: 5 p. dont 3 numérotées: IV, V, VI; texte p. 7-30); cahiers de 24 p., 140 x 219, in-12.

Devise: Consolamini, consolamini, popule meus. Quare maerore consumeris? Quare innovavit te dolor? Salvabo: te noli timere. «O mon peuple, dis-moi quel chagrin te consume, quelle douleur te rend méconnaissable? Console-toi, console-toi; cesse de t'alarmer, ton bonheur est proche».

4Publication Paris. Au bas de la page 30: «On est prié de faire remettre les mémoires franc de port à l'adresse de M. Dufourny de Villiers, rue des Mathurins, au petit hôtel de Clugny».

5Collaborateurs DUFOURNY DE VILLIERS.

6Contenu Constitué de trois parties: Avertissement, développement et Prospectus, le numéro 1 des Cahiers du quatrième ordre fournit à Dufourny de Villiers l'occasion d'émettre un certain nombre d'idées politiques, économiques et sociales tout à fait remarquables.

Avertissement: en attendant la loi «sur la liberté de la presse» que doivent porter les Etats généraux, et à un moment où les assemblées de district «sont de véritables Etats-Généraux d'où émanent toute volonté générale et tous pouvoirs», chaque citoyen a le droit et le devoir de participer aux efforts de la nation pour «se régénérer».

C'est en «détruisant tout ce qui satisfait jusqu'à la satiété, l'orgueil et la cupidité des grands et des Riches», qu'on parviendra à «l'unité de volonté de force et de puissance qui seule constitue la monarchie», qu'on «forgera cette puissance morale qui, seule redoutable, peut inspirer la terreur aux ennemis et conserver la paix». L'auteur n'use cependant de «[son] droit naturel de discuter les droits de l'humanité souffrante» qu'en «se rendant publiquement responsable» de ses «maximes», en avouant, par sa signature, «tout ce que le sentiment illimité d'homme et de Français dicte à son cœur».

Développement: il existe un quatrième ordre, «l'ordre sacré des infortunés» qui n'a pas été convoqué aux Etats généraux: «cette classe immense des journaliers», des «salariés abandonnés de la société», «réduits par les systèmes régnants» à la condition d'«hommes disponibles», «contraints par la misère à donner tout leur temps, toutes leurs forces, leur santé même pour un salaire qui représente à peine le pain nécessaire pour leur nourriture».

Les députés aux Etats généraux sauront d'autant mieux agir pour «la protection, la conservation des faibles de la dernière classe» qu'ils se sentiront soutenus et poussés par «l'opinion publique»; s'ils reçoivent des mémoires pressants et documentés, les «Etats-Généraux ne feront que rédiger les délibérations publiques».

7Exemplaires B.M. Grenoble, Presse 2074; B.N., 4º Lb39 1583; Ars., 8º Jo 20185.

Historique Dufourny de Villiers a décrit sa démarche dans le prospectus du journal. Il a été le témoin des «vertus», des «traits héroïques» des gens du peuple, «les plus bienfaisants de tous les hommes», «les véritables héros de la société», eux que «des êtres dégradés osent traiter de canailles». Les Etats généraux devraient aller au devant des infortunés, par une démarche calmante et consolatrice, leur faire pressentir le changement de leur sort, et, à cette fin, «admettre provisoirement une personne dont la fonction spéciale serait de recueillir tout ce qui peut leur être avantageux». «Mission» sacrée et écrasante que Dufourny de Villiers essaiera de remplir en publiant tous les mémoires qui lui «seront adressés pour plaintes, révélation et réformation d'abus», sans rien «consigner» qui soit «dicté par la passion, l'esprit de parti, l'enthousiasme ou la haine».

A cette fin, il invite particulièrement «messieurs les curés, les sociétés philanthropiques, les administrateurs des hôpitaux» à se faire «les correspondants, les secrétaires du quatrième ordre», en lui adressant des mémoires sur la nature et les causes de la misère dans leur district, «le genre d'occupation des pauvres», l'action oppressive des impôts, «les remèdes et palliatifs à proposer». Tout en sachant que «les hommes les plus honnêtes ne sont pas toujours dans une relation habituelle avec les membres du quatrième ordre», il les invite «à s'en rapprocher sans délai» pour être à même de relever «les petits détails intimes de la misère» et d'en découvrir les causes «physiques, politiques et morales». Désireux de resserrer les liens de la fraternité entre tous les ordres, il a des propositions importantes à faire au moins sur trois points:  «les vicissitudes et l'excès des prix du pain et des premières denrées»,  «l'éducation populaire», qui doit être une «éducation chrétienne», beaucoup mieux menée, mais aussi une «éducation nationale»,  «le sort des malheureux que le défaut des principes, l'excès du besoin, le manque de courage ont jetés dans le crime». «Séparés de la société», ils sont plongés dans ces «gouffres appelés dépôts»: «lieux déformés», où sévit encore la torture tandis qu'on y fait «de véritables cours de rapines et de cruautés».

Michel GILOT

 


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© Universitas 1991-2017, ISBN 978-2-84559-070-0 (édition électronique)