ISSN 2271-1813

 

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Dictionnaire de la presse française pendant la Révolution 1789-1799

C O M M A N D E R

   

Dictionnaire des journaux 1600-1789, sous la direction de Jean Sgard, Paris, Universitas, 1991: notice 224

CONSIDÉRATIONS POLITIQUES (1688-1690)

1Titres Considérations politiques sur l'état présent des affaires de l'Europe.

Devient dès mai 1688: Considérations politiques et historiques sur l'état présent des affaires de l'Europe.

2Dates 1 avril 1688 - 16 mars 1690.

Quatre volumes. T. I: 1er avril - 16 sept. 1688; t. II: 16 oct. 1688 - 16 mars 1688; t. III: 16 avril - 16 sept. 1689; t. IV: 16 oct. 1689 - 16 mars 1690.

Périodicité annoncée: bimensuelle, 1er et 16 du mois (t. I, p. 3-4). Périodicité réelle: bimensuelle (avril 1688 - 16 juin 1688), puis mensuelle (16 juil. 1688 - 16 mars 1690). Il paraît alors le 16 du mois. Explication: c'est «pour éviter un double port par mois» aux abonnés (t. I, p. 352).

24 livraisons par an, 2 volumes par an.

3Description Nombre de pages par vol.: t. I, 700 p.; t. II, 725 p.; t. III, 675 p.; t. IV, 698 p.

Nombre de pages par cahier: Période bi-mensuelle, de 56 à 63 p.; période mensuelle, de 109 à 177 p.; 74 x 135, in-12.

4Publication 1er avril - 16 juin 1688: La Haye, Jean Alberts et Gérard Rammazeyn, «demeurans proche de la Cour». 16 juil. - 16 mars 1690: Villefranche, Jean Du Moulin.

5Collaborateurs Auteur anonyme. Hollandais? Français réfugié?

6Contenu Projet du journaliste: «Comme présentement une bonne partie des Nouvelles qui se débitent dans le monde ne sont souvent que des ouï-dire, ou quelques-unes d'inventées par les Nouvellistes, pour remplir leur papier [...], je me suis laissé persuader de mettre au jour les Considérations politiques [...]. Pour ce faire j'ai été obligé de prier une personne intelligente dans les affaires pour m'en dresser le plan. L'ayant obtenu et communiqué le manuscrit à des personnes de considération et d'emploi, ces Considérations politiques ont si fort plû qu'ils m'ont obligé de les mettre sous la presse, m'assurant que le public en serait satisfait» (t. I, p. 4). L'auteur assure enfin qu'il n'épargnera «ni ses soins, ni sa bourse, pour avoir des bons avis des pays étrangers» (ibid.).

Principaux centres d'intérêt: politique, politique internationale, politique étrangère des pays suivants: Suède, France, Angleterre, Allemagne (Cologne), Hongrie, Provinces-Unies, Cantons suisses, Italie (Rome, Venise, Florence), Espagne. Guerre de Louis XIV. Armée et marine françaises. Marquis de Seignelay. Histoire du protestantisme.

Principal auteur étudié: Furetière (cf. t. I, p. 271-272, sa mort).

7Exemplaires Un seul exemplaire connu: Ste G., AE j 8º 15 Rés. (ancienne cote: AE j 8º 1723), ex. relié aux armes des Le Tellier; ex-libris cardinal Maurice Le Tellier.

8Bibliographie Périodique peu connu, non répertorié par les bibliographies de la presse.

Historique Les Considérations politiques peuvent être considérées comme un périodique qui traite de politique internationale. C'est une véritable machine de guerre contre la France de Louis XIV, appelé ironiquement «sa majesté très-chrétienne». Les difficultés économiques et financières de la France sont complaisamment mises en évidence. Ainsi, à cause du départ des protestants et des guerres continuelles, l'état du pays est «déplorable», le peuple est «épuisé» (t. IV, 384) et sa «bouche» est «continuellement ouverte aux plaintes» (t. IV, p. 43). Suit une description des effets de la politique économique de Louis XIV: «La privation du commerce fait de la France un Hôpital général et les villes regorgent d'ouvriers qui étant réduits à la besace sont obligés de dérober pour vivre, ne pouvant dans le grand nombre qu'il s'en rencontre recevoir des aumônes suffisamment pour subsister» (t. IV, p. 515). La situation financière est catastrophique (t. IV, p. 273 et suiv.). On a recours aux emprunts (t. IV, p. 516) et surtout le gouvernement fait fondre l'argenterie (t. IV, p. 384-385). Les Considérations politiques ne manquent pas d'ironiser sur «ce monarque [qui] a la vertu de convertir tout en or»; c'est à cet égard «le plus grand alchimiste qui ait jamais été» (t. III, p. 603). La noblesse française (qui doit le service militaire) est en fait rendue «esclave» par les guerres (t. IV, p. 42) et le rédacteur se demande «si le moindre paysan des pays étrangers ne [serait] pas plus heureux qu'un gentilhomme de France». Cette situation, selon le périodique, est due autant à la personnalité propre de Louis XIV qui entend «donner les lois à toute la Terre» (t. III, p. 495) qu'à son entourage, car «à la Cour tout le monde flatte et personne n'ose dire la vérité à sa Majesté» (t. I, p. 211). Mais plus encore, c'est le sort réservé aux protestants en France qui semble irriter le rédacteur anonyme des Considérations. Au passage, il ne manque pas d'égratigner les jésuites «ennemis de la gloire de Dieu» (le père de La Chaise, confesseur de Louis XIV, serait «une chouette»; t. I, p. 211), et de critiquer les religieux: des «misérables» «qui ne vivent que de la sueur du pauvre peuple» (t. I, p. 212). Les persécutions religieuses qui font «horreur aux bons catholiques» (t. III, p. 39) et qui font «couler le sang de tant de pauvres sujets innocents» (t. I, p. 160), révulsent l'auteur des Considérations politiques, pour lequel «l'Eglise gallicane aujourd'hui n'a plus de meilleure raison, ni de plus forte persuasion que la dragonnade» (t. I, p. 208). La France n'est donc qu'«une ingrate Patrie, une terre de fer et une cruelle marâtre» (t. I, p. 69).

Hervé GUÉNOT

 


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© Universitas 1991-2017, ISBN 978-2-84559-070-0 (édition électronique)