ISSN 2271-1813

 

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Dictionnaire de la presse française pendant la Révolution 1789-1799

C O M M A N D E R

   

Dictionnaire des journaux 1600-1789, sous la direction de Jean Sgard, Paris, Universitas, 1991: notice 316

COURRIER POLITIQUE ET GALANT (1719-1724?)

1Titres Courier politique et galant.

Dès 1719, La Quintessence des nouvelles le désigne également comme «Courier» et «Courier Galant»; en 1721 il se désigne lui-même souvent comme «Courier»; en 1723 il s'intitule Le Nouveau Courier, puis Le Nouveau Courier Politique et Galant; en 1724, il est intitulé Le Courier.

2Dates 2 janvier 1719 - 1724. Périodicité annoncée, et réelle, apparemment, au début de 1719 (N.L., 4 févr. 1719, p. 80), en tout cas durant l'année 1721: bihebdomadaire (le lundi et le jeudi).

En décembre 1721, on annonce qu'à partir de février 1722, il sera mensuel. Ce projet est abandonné (C.P.G., 19 févr. 1722), on continue à paraître deux fois par semaine.

En 1724, les livraisons (celles que nous avons pu étudier) ne sont pas datées, mais seulement numérotées (de XXX à XLVII); par les datations de certaines nouvelles, on peut conclure que ces livraisons ont paru au deuxième trimestre de 1724, probablement deux fois par semaine (comme la Quintessence).

3Description Les numéros étudiés (datés de 1721 à 1724) sont des cahiers de 4 p. (parfois 8, en 1721), 105 x 155, in-8º (non paginées).

Il y a 6 mois par volume, c'est-à-dire 52 livraisons. L'année 1721 représente les volumes V et VI, 1722: VII et VIII. En 1723, on recommence par un t. I. Pour 1724, il s'agit de 18 livraisons, sans indication de volume.

4Publication 1719: Amsterdam, H. du Sauzet (N.L., 14 janv. 1719, p. 22). 1721: Amsterdam, H. du Sauzet et La Haye, A. de Rogissart (selon les pages de titre); sur le bas des feuilles: Amsterdam, N. Viollet et La Haye, A. de Rogissart. 1722: La Haye, H. Scheurleer (C.P.G. 18 déc. 1721), puis: La Haye, Van Duren, Amsterdam, N. Viollet et H. Uytwerf (C.P.G., 19 févr. 1722). 1723: Amsterdam, N. Viollet et H. Uytwerf, Rotterdam, Hofhout, La Haye, G. de Voys. 1724: Amsterdam, H. Uytwerf, Rockin «et chez tous les libraires où la Quintessence se débite» (Quintessence, 10 janv. 1724). En 1719, le prix est d'un sol par numéro (B., 9 févr. 1719, p. 95). En 1721, l'éditeur précise qu'«on trouve chez la plupart des Libraires les cinq Volumes complèt, de Couriers, qui ont parut jusqu'à présent». En 1724, Uytwerf vend les Courriers d'avant cette année à 20 s. le volume.

5Collaborateurs POTIN (ami de Justus Van Effen) aurait été à l'origine de ce journal (M.C., p. 149). En effet dans les numéros de 1721 et de 1722, de nombreux textes, notamment des réponses à des lettres au Courrier, sont signés P.

Plus tard il est rédigé par Jean ROUSSET DE MISSY.

6Contenu Contenu annoncé en 1719: «Piéces en prose et en vers sur la Galanterie [...] ce qu'il y aura de plus curieux dans la Politique» et aussi dans l'Eglise catholique; «En un mot Apollon, Venus, le Dieu Guerrier / Font le Triumvirat, dont je suis le Courier» (N.L., 14 janv. 1719, p. 22, citant le C.P.G. du 2 janv. 1719).

Contenu réel en 1719: «des Nouvelles, des Vers, de petits Contes» (B., 9 févr. 1719, p. 94).

Contenu réel en 1721: nouvelles concernant la guerre et ce qui se passe à Rome (grand intérêt pour la mort du Pape et la personne du chevalier de Saint-George  traitées sur le mode ironique); nouvelles et anecdotes (concernant plusieurs fois les différences entre la mentalité des Français et celle des Hollandais).

Contenu annoncé pour 1722: (puisque des lecteurs s'étaient plaints) «on n'y mettra que des faits certains et importans, qu'on entremêlera de réfléxions pour les lier ensemble», on prendra comme exemple le Mercure galant (C.P.G., 18 déc. 1721).

Contenu réel en 1722 et 1723: nouvelles, vers, anecdotes.

Contenu réel en 1724: discours «spectatoriaux» concernant des questions de religion (ironisant sur des travers de l'Eglise catholique) et nouvelles de divers endroits (notamment du conclave; peu de France).

7Exemplaires Ars., Fol. H 4968 (4): les Courriers ne se trouvent pas sous cette cote dans le catalogue, puisqu'ils sont reliés avec La Quintessence des nouvelles (qui apparemment en avril, mai et début juin 1724 n'a pas paru, et s'était fait remplacer par le Courrier).

University Library, Londres, [G.L.] 1721 (cette cote devrait représenter les nº 45, 46, 48 de 1720, qui cependant étaient introuvables sur les rayons); Evanston, Illinois: Bibliothèque de la Northwestern University (l'année 1721); Herzog August Bibliothek, Wolfenbüttel, Lm 3994 (1722-1723, inc.); Collection Furstenburg, Herdringen (nº 1719; n'a pu être consulté).

8Bibliographie G.H., p. 187, 194; B.H.C., p. 89; H.G.P., t. I, p. 291; DP2, art. «Rousset de Missy», «Van Effen» et «Potin».

Mentions dans la presse du temps: Nouvelles littéraires (N.L.), 14 janv. 1719, p. 22-24; 4 févr. 1719, p. 80. La Bagatelle (B.), 9 févr. 1719, p. 94-96; 27 févr. 1719, p. 134-136. La Quintessence des nouvelles (Q.), 11 mai, 4 oct. 1719; 29 juil. 1720; 25 sept. 1721; 1er janv., 7 déc. 1722; 23 mars, 1er avril 1723; 10 janv. 1724; 15 déc. 1727. Lettres sérieuses et badines (L.S.B.), 1729, t. I, p. 71, 199; t. II, p. 318-319. Mémoires pour servir à l'histoire de la Calotte (M.C.), nouv. éd. augm., Moropolis, 1735, 2e et 4e part. Bibliothèque française (B.F.), 1737, t. XXV, p. 138-154 («Eloge historique de Mr. Juste van Effen»). Le Magasin des événements (M.E.), 1741, t. I, p. 5; 1742, t. III, dédicace. L'Epilogueur politique (E.), 1743, t. VII, Préface.

Schorr J.L., Justus Van Effen and the Enlightenment. Ann Arbor & Londres, 1980, p. 169-172. – Bléchet F. et Bots H., «Le commerce du livre entre la Hollande et la Bibliothèque du Roi», Documentatieblad werkgroep Achtiende Eeuw, nº XXI, 1989, p. 23-53.

Historique Plusieurs historiens de la presse, à l'exemple de Hatin, suivent les déclarations de La Barre de Beaumarchais (L.S.B.) qui affirme que Van Effen et Potin ont créé ensemble le Courrier politique et galant. Or, Beaumarchais, en la matière, n'est pas crédible: s'il précise que sous le régime de ces deux amis ce journal a eu une «course heureuse et honorable», c'est pour souligner d'autant mieux qu'«il a fini avec honte» sous celui de Rousset. Ce dernier, pour qui Beaumarchais avait travaillé auparavant, était devenu son pire ennemi (DP2, art. «Beaumarchais»), qu'il combattait dans ses Lettres sérieuses et badines, fondées exprès pour dénigrer Rousset (d'après Rousset lui-même).

Van Effen n'a sans doute pas participé à la création du Courrier politique et galant. C'est ce que l'on conclut des remarques qu'il fait à propos de ce journal dans sa Bagatelle. Bien que parlant rarement d'autres journaux dans les siens, il décrit celui-ci avec un certain enthousiasme apparemment proportionné au sujet: il admet qu'il s'agit d'une «petite Pièce», mais qui «peut procurer encore un divertissement délicat aux Gens de bon goût» (B., 9 févr., p. 94). Il précise que l'auteur «ne nous tarabuste pas l'Esprit d'Ironies», comme Van Effen lui-même avait l'habitude de faire, avec souvent le résultat d'être mal compris (ainsi, il doit ajouter quelques semaines plus tard qu'au sujet du Courrier politique et galant il n'avait pas pensé être ironique, B., 27 févr., p. 135). Tout porte à croire qu'il défend, parce qu'il apprécie l'ouvrage et parce que l'ouvrage en a besoin étant vendu plutôt mal, la production d'un ami. Qu'il ait par la suite contribué lui-même au Courrier politique et galant, comme le veut l'«Eloge historique» (B.F.), est évidemment possible. En 1721, deux pièces en vers sont adressées à «Mr. V.E.», qui pourrait parfaitement correspondre à Van Effen, vu ce qu'on lui dit le jour de son anniversaire: «O toi, qui n'aportas au monde / Que ton esprit et des talens, / Dont l'étude la plus profonde / A tiré des fruits excellens» (C.P.G., 6 mars 1721). Mais aucun texte n'est signé de ces initiales; ceux qui sont signés, le sont par P. (Potin?), G. (?) et, pour de très nombreuses pièces galantes, B. (?).

Dans son «compte rendu» Van Effen établit une comparaison entre le Courrier politique et galant et la Quintessence: tous les deux se vendent un sol, mais pour La Quintessence, les lecteurs n'y «trouvent rien à redire» alors que le pauvre Courrier politique et galant «se trouve arrêté dans sa course, par nôtre aimable Esprit d'épargne» (B., 9 févr., p. 95). L'identité quant au prix est la seule entre ces deux journaux à ce moment-là. Mais peu de temps après (pas avant fin mai: mort de Mme Dunoyer), les deux journaux ont dû, selon toute vraisemblance, ressortir sous un même journaliste: Rousset de Missy (qui arborait d'ailleurs pour La Quintessence divers pseudonymes). C'est que dès octobre 1719 les deux titres sont fréquemment associés, par Rousset lui-même et par d'autres. A propos d'une accusation de «plagiéranisme» portée contre le Courrier politique et galant, l'auteur de La Quintessence se sent impliqué: «ni le Courier ni moi n'avons jamais fait profession de ne donner au public que nos productions» (Q., 4 oct., 1719). En 1723, manquant de place pour donner dans La Quintessence toutes les nouvelles de Londres il déclare: «le reste est dans le Courier de ce jour, qui servira doresnavant de suplement à cette Quintessence» (Q., 23 mars, 1723). Et même, en 1724, le Courrier politique et galant remplacera, sans aucun commentaire La Quintessence, qui n'a pas paru entre le 3 avril et le 19 juin de cette année.

Avec une présentation différente, leurs contenus ne sont pas (pour autant qu'on puisse en juger sur si peu d'exemplaires) tout à fait dissemblables, notamment en ce qui concerne l'attitude négative par rapport à l'Eglise catholique.

Les associations des deux titres se retrouvent dans des publications ultérieures de Rousset (M.E., E.), ainsi que chez son adversaire La Barre de Beaumarchais (qui d'ailleurs étend ses attaques à d'autres journaux encore de la main de Rousset: Bibliothèque raisonnée, Le Censeur, Le Glaneur historique, Supplément à la Gazette des Savants).

En janvier 1724, en annonçant la reprise du Courrier politique et galant après une interruption de quelques semaines fin 1723, La Quintessence fait savoir que ce journal est alors composé par un nouvel auteur: nous pensons qu'il s'agit là d'un de ces «faux changements» qu'affectionnait Rousset et qu'on trouve également dans La Quintessence. Nous retenons comme terminus ad quem du Courrier politique et galant rédigé par Rousset, cette même année 1724: à partir de cette année-là il n'est plus question du journal dans La Quintessence, sauf en 1727, où Rousset parle du Courrier politique et galant «que nous avons débité autrefois».

Il n'est pas impossible que les 18 livraisons qui se trouvent dans la bibliothèque de l'Ars. aient été les dernières, Rousset ayant préféré s'occuper d'un seul journal au lieu de deux qui étaient parallèles et ayant choisi, après une certaine hésitation, celui des deux avec la plus longue sinon la plus prestigieuse histoire.

Néanmoins, en 1729, Jacques-Philippe Laugier de Tassy écrit encore à l'abbé Bignon sur l'existence, dans les Provinces-Unies de «gazettes sous le nom de quintessence et de courrier, [qui] n'annoncent point les livres et [...] ont de très mauvais auteurs». La même Quintessence? Le même Courrier politique et galant? (Bléchet et Bots, p. 37).

Suzanne VAN DIJK

 


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© Universitas 1991-2017, ISBN 978-2-84559-070-0 (édition électronique)