ISSN 2271-1813

 

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Dictionnaire de la presse française pendant la Révolution 1789-1799

C O M M A N D E R

   

Dictionnaire des journaux 1600-1789, sous la direction de Jean Sgard, Paris, Universitas, 1991: notice 326

LE COURRIER VÉRITABLE DES PAYS-BAS (1649-1650)

1Titres Le courier véritable des Pays-Bas, ou Relations fidelles extraites de diverses lettres.

Le nº 4 en date du 18 septembre 1649 porte le titre suivant: Le Courier ordinaire des Pays-Bas.

Continuation probable de: Récite véritable.

Continué par les Relations véritables à partir du nº 19, du 14 mai 1650.

2Dates Du 28 août 1649 au 14 mai 1650. Un privilège en date du 12 octobre 1649 fut accordé au gazetier pour une durée de 9 ans.

3Description Un volume dans lequel se trouvent reliées à la suite les années 1649 et 1650, la pagination étant interrompue au terme de l'année civile.

Cahiers de 8 p., 150 x 200, format petit in-4.

4Publication «A Bruxelles, chez Jean Momma[e]rt, Imprimeur des Estats de Brabant. Avec permission». A partir du nº 7 (9 oct. 1649), Jean Mommaert cède la place à Goddefroy Schoevaerts [Au Marché au fromage à l'enseigne du Livre Blanc], auquel lui succédera dès le nº 14 (27 nov. 1649), Guillaume Scheybels [Op den Anderlechtschen steenweg by de rade]. Signalons que le colophon porte dorénavant la mention «Avec privilège» en lieu et place de «Avec permission». Le Courier véritable «se vend en la boutique de Guillaume Hacquebaud vis-à-vis de la Porte des Ecoles des RR PP Jésuites».

5Collaborateurs Jean Mommaert, le directeur-fondateur, trouva en la personne de Pierre HUGONET, docteur en droit, avocat et conseiller auprès du Parlement de Dôle (la Franche-Comté est à cette époque aux mains des Espagnols) un rédacteur très attentionné. Il garda cette charge de gazetier du Courier véritable puis des Relations véritables jusqu'à sa mort en 1667.

6Contenu Contenu annoncé (Avis, 28 août 1649): «J'ai souhaité longtemps de rencontrer quelqu'un qui voulut prendre le soin d'occuper ma presse en faveur de la vérité, contre les mensonges que la malignité et l'ignorance débitent tous les jours au public. Enfin, j'ai trouvé ce que je cherchais et désormais l'on va me donner de quoi vous entretenir chaque semaine de ce qui se passera de plus considérable dans le monde».

Contenu réel: recueil de nouvelles de l'empire et de l'étranger: campagnes militaires, affaires politiques, religieuses et événements princiers. Chaque numéro consiste en une succesion de bulletins datés de divers endroits: Madrid, Armentières, Valenciennes, Luxembourg, Liège, Paris, Naples, Venise, Rome, Milan, Vienne, Nuremberg, Londres... et Bruxelles, généralement la veille de la date d'impression. Les nouvelles en provenance de Madrid ou de Rome mettaient un peu plus de trois semaines pour aboutir dans la capitale du pays, résidence des souverains et des gouverneurs généraux.

7Exemplaires B.R. Bruxelles, II 98895a A LP, 1649-1650 (144; 528 p.).

8Bibliographie Warzee A., Essai historique et critique sur les journaux belges, 1844, p. 12-13. – Perquy J.-L.-M., La Typographie à Bruxelles, 1904. – De Bock J., Le Journal à travers les âges, 1907, p. 29. – Feibelman R., «L'évolution de la presse bruxelloise», Expansion, 1911, p. 434. – Vincent A., «Histoire de la typographie bruxelloise aux XVIe et XVIIIe siècles», dans Histoire de l'imprimerie en Belgique, t. IV. – Dupierreux R., «Notre presse», dans Encyclopédie belge, 1933, p. 26-27. – Cordemans M., «Het oudst-bewaarde Nieuwsblad te Brussel», dans Eigen Schoon & De Brabander, t. XVII, 1934, p. 241-263. – Ravry A., Les Origines de la presse et l'imprimerie, 1937. – Association générale de la presse belge, La Presse, Bruxelles, Maison de la presse, 1949, p. 156-157. – Seyl A., «Le tricentenaire de la presse bruxelloise», Graphica, 1949, p. 307-311. – Vercruysse J., «De Brusselse pers in het ancien regime», dans Brussel, Groei van een hoofstad, 1979, p. 395-396.

Historique Il aura donc fallu attendre le 28 août 1649 pour que Bruxelles, après Anvers et Gand, dispose enfin d'une gazette digne de ce nom. Elle sortit des presses de Jean Mommaert, fils. Celui-ci était installé rue de l'Etuve dans une maison portant pour enseigne «In de druckerye» et qui était située presque en face de la rue des Foulons (ou du Lombard), près d'une ruelle qui prit et porta longtemps le nom de Mommaertsgancsken. Sa devise: Per utilis ac necessarius témoigne du soin qu'il apportait à ses travaux, afin de les rendre dignes de la confiance du public. La présentation typographique de ce journal ainsi que son impression étaient, il est vrai, réalisées avec beaucoup de soin. Les imprimeurs qui lui emboiteront le pas en feront tout autant pour l'amélioration constante de l'esthétisme de cette feuille. Le passage d'un type de caractère typographique à un autre permet de dater avec précision les remplacements successifs des premiers imprimeurs. Le colophon ne traduit en effet cette modification qu'avec une semaine de retard, ce que n'ont pas remarqué les précédents historiens de ce journal. La valse des imprimeurs au cours des trois premiers mois de publication est assez troublante et n'accuse assurément pas des débuts très prospères. Sont-ce des problèmes de censure, ou seulement l'insuffisance du nombre d'abonnés qui en sont la cause? Et le changement de titre intervenu le 14 mai 1650 répondrait-il déjà à cette notion actuelle de besoin de positionnement? Rien ne permet de l'affirmer.

Je ne puis résister au plaisir de reproduire un extrait significatif de l'avertissement intitulé «L'Imprimeur au Lecteur» que Jean Mommaert fils avait inséré à la page 3 du premier numéro de sa gazette. Il s'élève en effet contre les fausses nouvelles et le sensationnalisme, et trace les premières règles de déontologie professionnelle: «Je ne vous dirai point, si celui qui me fournit cet emploi peut ou ne peut pas s'acquitter à votre gré d'une si difficile entreprise puisqu'il expose ses ouvrages à toute sorte de censures et que par les miens vous pourrez juger de ce qui en est; mais je vous assurerai seulement qu'il ne prétend rien de plus que de satisfaire à la curiosité des gens de bien et de leur donner, en matière de nouvelles, des impressions dignes de leur probité. Et que dans les relations de ce Courier, vous ne trouverez rien de contraire à la qualité qu'il se donne de véritable. Les choses y seront récitées brièvement et naïvement, sans affectation ni déguisement: vous n'y rencontrerez point des descriptions inutiles, ni ces dénombrements superflus, qui ne servent qu'à multiplier les feuillets, moins encore ces exagérations des petites choses, ni ce rabaissement des plus grandes dont on abuse les peuples par une complaisance servile et une envieuse malignité. En un mot, ce ne seront point des gazettes dont le nom et le procédé sont généralement décriés...».

On peut évidemment douter qu'en ces temps de censure, cette objectivité soit vraiment de mise. La presse y est en effet encore plus qu'aujourd'hui une arme de propagande aux mains du pouvoir: si Mazarin a à ses côtés Théophraste Renaudot, l'archiduc Léopold Guillaume, gouverneur des Pays-Bas, a, quant à lui, Pierre Hugonet à son service. Le gazetier du Courier véritable ne manquait certes pas de talent et avait un penchant accusé pour la polémique, et les invectives contre la gent française. Du reste, il malmenait souvent dans sa feuille son confrère parisien qu'il désigne au moyen des pseudonymes suivants: «le Gazetier français» ou «le Gazetier de Paris».

Jacques HELLEMANS

 


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© Universitas 1991-2017, ISBN 978-2-84559-070-0 (édition électronique)