ISSN 2271-1813

 

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Dictionnaire de la presse française pendant la Révolution 1789-1799

C O M M A N D E R

   

Dictionnaire des journaux 1600-1789, sous la direction de Jean Sgard, Paris, Universitas, 1991: notice 389

L'ESPION FRANÇAIS À LONDRES (1778)

1Titres L'Espion François à Londres: ou, Observations critiques sur l'Angleterre & sur les Anglois «Par Mr. le Chevalier de Goudar. Ouvrage destiné à servir de Suite à l'Espion Chinois».

2Dates Samedi 27 février - samedi 6 juin 1778, d'après la datation des numéros. Hebdomadaire paraissant le samedi. L'ouvrage a été publié en fascicules séparés, mais aucun exemplaire de l'édition originale n'a été retrouvé. Les rééditions regroupent 15 numéros avec quelques suppléments intercalés. Chaque article est numéroté et daté. Le nº XI du 29 mai est en deux parties.

3Description La «seconde édition» (1779) comporte deux volumes: vol. I, 312 p. avec suppléments aux nº 2 et 3 intercalés entre les p. 100-101 et 148-149; vol. II, 308 p. avec un supplément de 40 p. au nº XV (Mars, nº 137). La première contrefaçon de 1780 comporte également deux volumes: XII + 286 p., XII + 314 p. (Mars, nº 138). Une seconde contrefaçon datée de la même année comporte 240 et 264 p. (Mars, nº 139).

Format de la seconde édition: cahiers de 8 p. in-8º, 125 x 208. Contrefaçons en format in-12.

Devise: Quid verum atque decens, curo, et rogo, et omnis in hoc sum. Hor. Lib. I. Ep. I, Ver. 11.

4Publication «A Londres, aux dépens de l'Auteur».

«Il y en a deux vol. qui se vendent un Louis», écrit Bachaumont le 20 avril 1780 (M.S., t. XV, p. 143), à propos de l'une des contrefaçons.

5Collaborateurs Pierre Ange GOUDAR.

6Contenu Goudar expose, sur le mode ironique ou burlesque, des réflexions personnelles sur la politique, les mœurs, la littérature, le commerce. Il emprunte aux journaux de nombreux développements sur le conflit franco-anglais, sur la querelle entre le chevalier d'Eon et Beaumarchais; il y ajoute un commentaire satirique, donne son avis sur la presse anglaise (nº XIII et XV). Les principaux sujets d'intérêt sont: la politique et les mœurs anglaises, la banque, l'économie, la musique et la danse, les anecdotes.

Principaux auteurs cités: Voltaire et Beaumarchais.

Tables en début du vol. I et en fin du vol. II.

7Exemplaires B.N., 8º Nk 21 (1779), 8º Nk 21-A et B (1780); B.L., 12352 c. 38 et 14130 a. 18 (1780).

8Bibliographie DP2, art. «Goudar». M.S., t. XV, p. 143 et 319. C.L.S., t. VII, p. 17-24, t. X, p. 53-56, t. XII, p. 282. – Mars F., «Ange Goudar, cet inconnu (1708-1791). Essai bio-bibliographique sur un aventurier polygraphe du XVIIIe siècle», Casanova gleanings, vol. IX, 1966, p. 52-54.

Historique L'édition originale de ce périodique reste introuvable. Il fut publié par fascicules et dans un texte plus complet que les rééditions et contrefaçons dont nous disposons. A preuve, les comptes rendus de Mettra du 15 mai et 19 juin 1779 (t. VIII, p. 17-24 et 99-102): «Je vous ai parlé l'année dernière d'un ouvrage imprimé en Angleterre sous le titre: l'Espion français à Londres. Il fut suspendu peu après. Je viens d'en recevoir quelques cahiers qui annoncent que cet ouvrage a été repris et qu'il se continuera». Bachaumont, le 20 avril 1780 (M.S., t. XV, p. 143), annonce une édition en 2 vol. sous le même titre, «qui se vendent un louis». C'est l'édition de 1779 (à Londres, aux dépens de l'auteur). Une autre édition en 2 vol. porte la date de 1780 (c'est sans doute une contrefaçon parisienne). Une lettre de Goudar lui-même (à François G., 4 mars 1780, Mars nº 138, p. 54) dit: «On a commencé d'imprimer mon journal avec permission tacite, mais il sera mauvais, ne contenant que des bagatelles, attendu que M. le Comte de Vergennes m'a ordonné de ne point y mettre de politique; aussi ne l'aurais-je pas entrepris si je n'avais reçu 20.000 livres de souscripteurs étrangers dont il faut que je remplisse l'engagement, au moins pour un an». F. Mars qui cite cette lettre n'est pas absolument sûr que le journal dont parle Goudar soit L'Espion français (il en avait deux autres en projet, d'après Mettra). C'est à coup sûr le plus connu et le plus apprécié, ainsi qu'en témoignent rééditions et contrefaçons. Peu original quant au fond, il a trouvé un ton cocasse et plaisant «qui sacrifie délibérément au burlesque trivial et marque un tournant dans la production de Goudar» (Mars, p. 53).

Ce qu'on peut remarquer c'est que, se plaçant dans la tradition des «spectateurs» (observateurs, mercures et autres espions), famille de journaux à narrateur unique et déguisé, son titre n'est pas seulement une convention littéraire. Goudar a vraiment passé l'hiver 1777-1778 à Londres, et il a vraiment été espion. La pratique du renseignement fut une constante de sa vie aventurière. Aussi la lettre qu'il publie dans L'Espion (t. II, p. 60-66; fiction signée Pierre Mouchard), longue explication sur l'origine et la pratique du métier de la «mouche», pourrait se lire comme une sorte de confession indirecte et ironique. Et Mars voit un autre accent personnel possible dans le choix de la devise latine: Quid verum atque decens curo et rogo et omnis in hoc sum, qu'il traduit ainsi: «Qu'est-ce que le vrai, l'honnête? Voilà ce qui m'inquiète, ce que je cherche, ce qui m'occupe tout entier» (Horace, Epître I, vers 11), qu'il a retrouvée sur le seul portrait authentique de Goudar, en exergue (B.N., Est., 62 B 2276).

Madeleine FABRE

 


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