ISSN 2271-1813

 

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Dictionnaire de la presse française pendant la Révolution 1789-1799

C O M M A N D E R

   

Dictionnaire des journaux 1600-1789, sous la direction de Jean Sgard, Paris, Universitas, 1991: notice 393

L'ESPRIT DES COURS DE L'EUROPE (1699-1710)

1Titres L'Esprit des Cours de l'Europe, où l'on voit ce qui s'y passe de plus important touchant la Politique, et en général ce qu'il y a de plus remarquable dans les nouvelles. Pour le mois de [...] (juin 1699 - avril 1701).

Paru sous le titre de: Nouvelles des Cours de l'Europe, où l'on voit tout ce qui s'y passe de plus remarquable sur la Politique et l'Intérêt des Princes. Pour le Mois de [...] (mai 1701 - oct. 1704). Mais numéro de mai 1701 avec ancien titre courant, et numéro de juin 1701 avec ancien titre et ancien titre courant (ex. B.N. et Ars.).

Puis: L'Esprit des Cours de l'Europe où l'on voit ce qui s'y passe de plus remarquable sur la Politique et l'intérêt des Princes (nov. 1704 - juin 1705).

Puis: L'Esprit des Cours de l'Europe où l'on trouve des réflexions curieuses et désintéressées sur tout ce qui s'y passe de plus remarquable: et les pièces les plus importantes (juil. 1705 - déc. 1710).

2Dates Juin 1699 - décembre 1710; 19 vol. Mensuel jusqu'en décembre 1706, ensuite paraît tous les quatre mois.

3Description Collection B.N.: chaque t. est à pagination continue. T. I, juin - déc. 1699, 824-[16] p.; t. II, janv. - juin 1700, 692-[22] p.; t. III, juil. - déc. 1700, 675-[21] p.; t. IV, janv. - avril 1701, 464-[1] p.; mai - juin 1701, [1]-332 p. (pag. saute de 139 à 240); t. V, juil. - déc. 1701, p. 333 à 1000 + [20] p.; t. VI, janv. - juin 1702, 694-[16] p.; t. VII, juil. - déc. 1702, 682-[24] p.; t. VIII, janv. - juin 1703, 684-[18] p.; t. IX, juil. - déc. 1703, 705-[17] p.; t. X, janv. - juin 1704, 754-[20] p.; t. XI, juil. - déc. 1704, 725-[18] p.; t. XII, janv. - juin 1705, 709-[23] p.; t. XIII, juil. - déc. 1705, 693-[17] p.; t. XVIII, 1709, 706-[6] p.; t. XIX, 1710, 662-[1] p.

Collection B.S.B. (Munich): t. IV, janv. - avril 1701, 566 p. Les mois de mai et de juin font défaut et sont remplacés par des Réflexions sur une lettre écrite d'Anvers le 29 décembre 1700 Par Monsieur N. à Monsieur P. en Hollande Sur les affaires présentes de la Couronne d'Espagne (à la Sphère, 192 p.).

«Seconde édition revue et corrigée» du numéro de septembre 1699 (Amsterdam, pour l'Auteur, 1708, ex. B.N.).

Cahiers de 24 p., 71 x 134, in-12 (ex. B.N.).

Trois formes de vignette au titre:  marque des frères L'Honoré: vignette à personnages avec devise parlante: Honoratus qui virtutem honorat (passim);  fleuron (ex.: nov. 1702);  vignette à personnages: allégorie des beaux-arts (apparaît en novembre 1705, ensuite irrégulièrement).

Planches dépliantes: juillet, août 1703, septembre, octobre 1704, mai-août 709.

4Publication Adresse variant selon les livraisons et les exemplaires:  La Haye: les frères L'Honoré, marchands-libraires, dans le Pooten (1e apparition: août 1701, ex. B.N.); François L'Honoré, marchand-libraire, dans le Pooten (1e apparition: juin 1699, ex. Munich); Jonas L'Honoré, marchand-libraire, dans le Pooten (1e apparition: novembre 1703, ex. B.N.). Variante: Jonas L'Honoré et compagnie, marchands-libraires (1e apparition: janvier 1705, ex. B.N.); Etienne Foulque, marchand-libraire, dans le Pooten (1e apparition: juil. 1699, ex. B.N.); imprimé pour l'Auteur (1e apparition: oct. 1705, ex. Munich).  Amsterdam: imprimé pour l'Auteur (1e apparition: nov. 1705, ex. B.N.).  Sans localisation: imprimé pour l'Auteur (1e apparition: juil. 1701, ex. Munich et Ars.).

5Collaborateurs Nicolas GUEUDEVILLE (DP2); Guillaume de LAMBERTY (Bayle, B.Un., DP2) publia les trois numéros de mai à juillet 1701.

6Contenu Préface, juin 1699: «La Politique est le grand goût du temps». «On ne promet rien ni de trop particulier pour les nouvelles; ni de trop profond pour les réflexions». «A quoi l'on s'engage, c'est de ne mentir jamais que de bonne foi». On a dessein de recueillir tous les mois ce qu'elles [les Cours] produisent de plus remarquable; voilà le spectacle; puis on réfléchira dessus autant qu'une lumière fort bornée pourra le permettre; et c'est ce qu'on peut, ce me semble, appeler observer la machine et les ressorts». Août 1699, Avertissement: «[L'auteur] ne se bornera point dans ses commentaires; il y fera entrer de la morale, de la physique, de l'histoire, de la sage galanterie. [...] Au reste son but est de divertir sans choquer. [...] La Religion est la chose dont il se mêlera le moins».

Contenu: classées par «Cours», Rome, l'Empire, l'Espagne, l'Angleterre, la France, le Portugal, la Hollande, la Pologne, la Russie, Venise, etc., les informations de L'Esprit des cours, sont, en fait, plus variées que ne le promet le titre du périodique, car il donne une interprétation «politique» de ce qui, telle l'information générale, n'est pas à première vue du domaine de la chose publique. Malgré sa prédilection pour l'envers des événements et un art de les voir d'un biais régulièrement déformant, L'Esprit des cours est une mine d'informations importantes sur le quotidien de la vie politique, diplomatique et militaire en Europe. D'esprit très anti-français et peu respectueux de Rome, ce périodique bien écrit fut au cours de la guerre de Succession d'Espagne le censeur impitoyable d'une monarchie versaillaise à son déclin.

Peu de comptes rendus en forme, mais un certain nombre d'informations sur la vie littéraire. On notera dans les premières livraisons (1699) un intérêt soutenu pour Fénelon dont Gueudeville rédigeait alors la critique du Télémaque.

Comptes rendus: Fénelon (juin - sept. 1699); abbé Boileau (mars 1700); Faydit, Milton (avril 1700); R.P. Tachard, Brillon (juil. 1700), R.P. Le Comte (août - nov. 1700), etc.

Sauf exception, table mensuelle en fin de livraison et semestrielle ou annuelle en fin de tome. Quelquefois des errata en fin de livraison.

7Exemplaires B.N., G 16544-16562; Ars., 8º H 26365; Bayerische Staatsbibliothek, Munich, 8º Eur. 263, déc. 1701, t. I-V (manquent mai et juin 1701; ex-libris «Canonio Scheichdorffensis», t. I et V); B.M. Lyon, 377.569 (manquent t. V, VI, IX, XII, 2 premiers numéros de 1708); B.M. Orléans.

Autres séries incomplètes: B.N. (5 ex.); Sorbonne; Ars. («Ex bibliotheca D. Crozat»: le financier Antoine Crozat); Ste G.; B.U. Halle; B.U. Rostock.

8Bibliographie B.H.C., p. 55; G.H., p. 65-66, 103, 190-192; DP2, art. «Gueudeville» et «Lamberty»; H.G.P., t. I, p. 150; Barbier.

Lettre du comte d'Avaux, ambassadeur à La Haye, au marquis de Torcy, secrétaire d'Etat aux Affaires étrangères, 12 mai 1701. Paris, Archives diplomatiques (A.D.): Hollande, Correspondance politique, nº 194, fº 48: «Le Pensionnaire m'a fait dire qu'on ne verrait plus L'Esprit des cours, qu'on avait absolument défendu à l'auteur d'en composer à l'avenir. Cela a été fait sans que le nom du Roi ait été compromis, et sans qu'il ait paru que je m'en sois mêlé, et j'avais raison de vous assurer que les moyens dont je me servirais feraient cet effet. C'est tout ce que je pouvais souhaiter. Le Pensionnaire en a fort bien usé en cette occasion». – Bayle P., Lettres, Amsterdam, 1729, t. III, p. 830 et 867 (lettres des 12 sept. 1701 et 6 mars 1702; la seconde adressée à M. Marais). – Essais critiques de prose et de poésie, mai 1703, p. 27-30: violente attaque contre Gueudeville et son périodique; éloge parallèle du Mercure galant. – Bourgeois E. et André L., Les Sources de l'Histoire de France. XVIIe Siècle. IV, Journaux et pamphlets, Paris, Picard, 1924, nº 1965. – Labrousse E., Inventaire critique de la correspondance de Pierre Bayle, Paris, 1961, p. 369 (Lamberty).

Historique Ce périodique eut une histoire mouvementée, dont témoignent ses changements de titre et les divers libraires qui en eurent la charge. Mais l'éditeur principal, sinon unique, fut les frères L'Honoré comme l'atteste leur marque allégorique présente, au moins une fois, sur toutes les pages de titre quels qu'en soient la localisation et le libraire. La confrontation des exemplaires de Paris et de Munich prouve qu'une même livraison pouvait être fournie sous deux ou plusieurs enseignes. En outre, Zacharie Châtelain le fils, d'Amsterdam, fut chargé conjointement avec les L'Honoré, de la diffusion du périodique à partir d'avril 1706 (Avis). Les livraisons sont souvent précédées d'une annonce publicitaire sur les nouveautés L'Honoré et suivis d'un catalogue détaillé de leur production. Ce périodique, du moins sous sa forme mensuelle, fut de toute évidence une excellente affaire de librairie.

L'Esprit des cours de l'Europe paraissait d'abord le 15 de chaque mois (Avertissement, juil. 1699) et ensuite le 25 (Avis, févr. 1706). Mais la périodicité ne semble pas avoir été entièrement respectée; l'intervention du comte d'Avaux, ambassadeur de France, au printemps de 1701 (A.D.; Bayle, 6 mars 1702; G.H., p. 65-66) pour châtier l'insolence du journaliste en bouleversa l'ordonnance: c'est vers la mi-septembre seulement (Bayle, 12 sept. 1701) que les numéros de mai à juillet sortirent des presses (à noter la pagination particulière des t. IV et V de l'ex. B.N.). L'E. d. C. était une très lourde entreprise, même si le travail relevait pour beaucoup de la compilation.

Gueudeville était un véritable écrivain, il ne se satisfaisait pas de fournir telle quelle la matière que lui offraient les «nouvelles des Cours». Son style satirique et son sens des formules donnent à l'E. d. C. une coloration originale. Si les articles en sont longs, ils se fragmentent en de multiples petites informations souvent piquantes, et toujours excellemment mises en valeur: on va de la querelle du Quiétisme à un fait divers politique (les accidents du travail de la chiourme qu'est le chantier de Marly) en passant par l'évocation de la naissance de l'Académie des sciences (juin 1699). D'un certain point de vue, l'E. d. C. ressemble au Mercure dont il déteste bien évidemment l'allure tortueuse et la «routine de galimatias affecté» (nov. 1701, p. 848), mais qu'il imite en publiant la liste des morts à la mode ou les derniers arrêts ou édits.

L'E. d. C. est, pour beaucoup, l'anti-Mercure par excellence; après son interdiction en 1701, il devient quelque temps plus prudent, réduisant l'importance des nouvelles de la cour de France et mettant à la place d'honneur (la première) celles de Rome, sans que cela ait une incidence durable sur le contenu et le ton du périodique. Anti-jésuite et anti-catholique, comme on pouvait s'y attendre de la part d'un défroqué, Gueudeville critique tout autant la tyrannie sociale, les partisans, une noblesse, «le plus ruineux de tous les édifices» (juil. 1699, p. 157) et surtout la monarchie française, folle de dépenses somptuaires, ordonnatrice du grand spectacle frelaté, cruel et hypocrite des Cours. Gueudeville condamne la politique des machiavéliens français, «pernicieuse règle» (févr. 1701, p. 129) qui fait le malheur des peuples. La formation d'une union des monarchies françaises et espagnoles lui paraît augurer des circonstances «terribles pour la liberté de l'Europe» (déc. 1700, p. 585): c'est le «grand sujet de la terreur publique» (janv. 1701, p. 9). L'Angleterre, «cette brave nation» (mars 1701, p. 283) est le plus efficace rempart contre la barbarie en perruque de Versailles.

L'E. d. C. vit dans l'environnement des conflits internationaux de son époque, il y prend partie; il en rit aussi. Mais la tâche dépassait largement les possibilités d'un homme, fût-il polygraphe doué. L'histoire elle-même répétait ses balbutiements: à la longue, les satires réchauffées lassent un peu. Il reste un excellent périodique, dirigé par un journaliste qui avait conscience que «le dix-huitième siècle [ouvrait] une nouvelle carrière nouvelliste» (janv. 1701, p. 3). Plus de vingt ans après sa disparition, l'E. d. C. passait encore pour le symbole d'une presse qui s'était libérée des tabous par l'humour et la verve satirique (voir la lettre de Mathieu Marais à Bouhier, 16 juin 1733, le comparant au Glaneur de La Varenne (Correspondance littéraire du président Bouhier, éd. H. Duranton, Saint-Etienne, Université de Saint-Etienne, 1984, t. XII, p. 288.

François MOUREAU

 


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