ISSN 2271-1813

 

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Dictionnaire de la presse française pendant la Révolution 1789-1799

C O M M A N D E R

   

Dictionnaire des journaux 1600-1789, sous la direction de Jean Sgard, Paris, Universitas, 1991: notice 518

GAZETTE DE LA MARTINIQUE (1766-1793?)

1Titres Gazette de la Martinique, avec en dessous, en caractères plus fins, l'indication de la date. Numérotation en chiffres romains au dessus du titre et de la date en encadré.

2Dates 1766 - fin 1792 (au moins). Hebdomadaire paraissant le jeudi. Un volume par an.

3Description Le numéro paraît sur 4 p. à deux colonnes avec des suppléments occasionnels de 2 et parfois 4 p.

Cahier de 195 x 295, in-folio. Pagination continue pour chaque volume.

Au printemps 1791, la Gazette de la Martinique adopte la devise «La Nation, la Loi, le Roi» (nº XVII, 28 avril 1791), mais celle-ci est abandonnée dès l'été. Sans illustrations.

4Publication A Saint-Pierre, de l'imprimerie de Pierre Richard, imprimeur du roi. En 1790, Pierre Richard est associé avec A. Bourne, en 1791 et 1792 avec Le Cadre.

5Collaborateurs Pierre RICHARD; A. BOURNE (à partir de 1785).

6Contenu Principales rubriques: 1) «Nouvelles politiques»; 2) Saint-Pierre (nouvelles particulières; nouvelles locales); 3) Avis du Gouvernement (ordonnances et règlements de la métropole concernant les colonies ou pouvant les affecter; arrêts, avis, lettres circulaires, du gouverneur ou de l'intendant); 4) Avis divers (mouvement des navires dans les ports de la colonie; avis de ventes de biens et de marchandises; offres de services; annonces publicitaires; liste des esclaves marrons recherchés ou arrêtés, etc.); 5) Prix courant des marchandises de France dans la colonie; prix des denrées coloniales; tarif du fret.

7Exemplaires Collections consultées: A.N., Section Outre-Mer, Recueil Colonies, 2e série, 30 / bibliothèque Moreau de Saint-Méry 32, 1784 (nº 1-6, 10-11, 16, 18, 20, 22, 26, 32, 37-38, 42), 1785 (nº 1, 3, 11, 14, 18, 25, 27, 29, 34, 38, 40, 42, 43), 1790 (nº 1-24), 1791 (nº 32, 36-38, 40-43, 46-47, 49), 1792 (nº 34, 41); –  Recueil Colonies, 2e série, 33 / bibliothèque Moreau de Saint-Méry 35, nº 17, 28 avril 1791; B.N., Fol L 12c. 16, 1788 (nº 25-51), 1789 (nº 2-21), 1790 (nº 1-7, 12-16).

Avant 1784, seuls quelques numéros isolés ont été retrouvés dans les dossiers d'archives: 21 août 1766 (Arch. de la Chambre de commerce, La Rochelle, nº 4705); Suppl., 28 janv. 1766 (A.N., C8A 68, fº 227); 29 oct. 1772 (A.N., C8B 13, fº 86); 3 févr. 1774 (A.N., C8A 73, fº 217); 10 nov. 1774 (La Rochelle, nº 4708); Suppl. 5 janv. 1775 (La Rochelle, nº 4710); Suppl. 16 mars 1775 (La Rochelle, nº 4711); 14 mars 1776 (A.N., C8A 75, fº 40); Suppl. 16 mai 1776 (A.N., C8A 75, fº 48); 1er mai 1777 (Public Record Office, Londres, C.O.5/155).

8Bibliographie B.H.C., p. 70. – Ragatz L.J., A guide for the study of British Caribbean history, Washington, 1932, part XVI, «Foreign West Indian newspapers», p. 402. – Dorlodot A. de, «Les journaux des Antilles à l'époque de la Guerre d'indépendance américaine», dans Annales de la Fédération historique et archéologique de Belgique, 35e Congrès, Courtrai, 1955, p. 380-388.

Historique Dès 1729, une imprimerie était établie à la Martinique. Le sieur Devaux reçoit cette année-là le privilège d'imprimer «les édits, lettres-patentes, déclarations, ordonnances, règlements, arrêts du Conseil Souverain, les factums concernant l'instruction des procès et les écrits approuvés par l'Intendant». A Devaux, succède Sinson de Beaulieu, puis Pierre Richard (S. Daney, Histoire de la Martinique, Fort-de-France, 1963, t. II, p. 352). Ce n'est cependant qu'en 1766, à l'initiative du marquis d'Ennery, nommé gouverneur de la Martinique au début de 1765, qu'est mis en place le système de poste qui va permettre d'assurer la distribution d'un journal. L'imprimeur Pierre Richard, auquel est confiée la direction de la Poste, commence la même année la publication de la Gazette de la Martinique. La plus ancienne livraison retrouvée, non numérotée, est datée du 21 août 1766. Elle est entièrement consacrée au compte-rendu des ravages provoqués dans l'île par l'ouragan du 13 août 1766 (Arch., La Rochelle, nº 4705).

Journal «semi-officiel» publié sous le contrôle des autorités de l'île, la Gazette de la Martinique a une vocation avant tout utilitaire. Elle publie les textes officiels et fournit des informations et renseignements pratiques, avis légaux et commerciaux ou annonces publicitaires. Cette vocation utilitaire ne se borne cependant pas à l'utilitaire immédiat et quotidien. Diffusant l'information, facilitant les communications, la Gazette cherche aussi à aider au progrès de la colonie. Elle soutient ainsi les efforts de l'administration coloniale pour développer et diversifier l'économie de l'île par l'introduction notamment de nouvelles cultures (nº XXV, LI, 1788; nº V, VI, 1789).

Les articles et commentaires des rédacteurs, les contributions de lecteurs, sont rares, mais ils révèlent un souci partagé du «bien général de la colonie» et du «bien public» (Suppl., nº I, 1775). La Gazette de la Martinique souligne par exemple, à la suite des différents ouragans qui ravagent l'île, les «traits généreux», les actes de «bienfaisance», les manifestations de «zèle et de sensibilité» (26 août 1766; nº XLV, 1774; nº XXXIV, 1788), ou elle fait l'éloge, à propos du procès et de l'exécution de marins mutinés, de la vertu et de l'éducation dont le rôle doit être de changer l'homme, de le «transformer vers le bien» (nº XXIX, 1788). A sa lecture s'esquisse ainsi une «morale» du «bon citoyen» comme du «bon colon».

Les «Nouvelles politiques» que publie la Gazette de la Martinique sont extraites des journaux européens et américains. A la rubrique «Saint-Pierre», sont données les nouvelles de la Martinique et des îles avoisinantes, ainsi que les nouvelles provenant de sources particulières: correspondances d'affaires ou correspondances privées, rapports des équipages et des passagers des navires qui font escale dans les différents ports de la colonie. A cette rubrique, sont également parfois publiées des «Variétés», courtes anecdotes ou petits vers de circonstance (nº X, XXVI, 1784; nº XXXIV, 1785; III, XVIII, 1789).

Au fil des années, Pierre Richard semble s'être constitué un réseau important de «correspondances» avec les différentes îles des Antilles comme avec les Etats-Unis. Ce réseau aurait été «fort utile» lors de la guerre d'indépendance américaine par les renseignements qu'il fournissait au marquis de Bouillé, alors gouverneur de la Martinique (Daney, t. II, p. 352). Pendant cette guerre, la Gazette de la Martinique rend compte des opérations militaires et fait connaître le point de vue des «insurgents» grâce aux informations que lui fournit l'envoyé spécial du Congrès américain à la Martinique, William Bingham. Selon ce dernier, la Gazette de la Martinique aurait ainsi obtenu «the character in Europe of giving the most authentic detail of the military operation in America» (cité dans R. Alberts, The Golden voyage, p. 68, 459-460).

A partir de 1788, la Gazette de la Martinique accorde une place de plus en plus importante aux tentatives de réforme de Louis XVI: «l'éditeur de cette feuille, persuadé que les lecteurs, bons citoyens et toujours attachés à la mère-patrie, aimeront à fixer leur attention sur l'historique de la France, se fera un devoir de recueillir, avec le plus grand soin, tout ce qui pourra les intéresser, surtout relativement aux états-généraux et à la régénération qui se prépare» (nº IV, 22 janv. 1789). Pendant la Révolution, la Gazette prend le parti de la «nation», des «lumières» et du «patriotisme», contre les tenants du «despotisme aristocratique» (nº VII, 18 févr. 1790). Au début de 1790, elle est le porte-parole des «patriotes républicains» de Saint-Pierre alors en rebellion ouverte contre le gouverneur et l'Assemblée coloniale qui siège au Fort-Royal (Fort-de-France). Elle les défend notamment contre les «calomnies» du Préservatif des écrits modernes, publié à partir de la fin avril 1790, à Fort-Royal, par Jean-François Bazille  «Toujours dans les vieux principes, M. Bazille!» (nº XIX, 6 mai 1790, p. 98-100).

La Gazette de la Martinique a continué à être publiée au moins jusqu'à la fin de 1792, et a sans doute continué à paraître au cours de l'année 1793. Au début de 1794, la Martinique est occupée par les troupes anglaises: Saint-Pierre se rend dès le 16 février, mais Rochambeau, enfermé dans Républiqueville (Fort-de-France), ne capitulera que le 25 mars. Dans les jours qui suivent cette capitulation paraît The Martinico Gazette and General Advertiser, qui est publiée en français et en anglais (A.N., C8A 104, fº 175). Après le traité d'Amiens de 1802, qui restitue la Martinique à la France, la Gazette de la Martinique reprend sa publication. Elle est alors imprimée à Saint-Pierre par Jean-Baptiste Thounens, l'ancien rédacteur et imprimeur de la Gazette de Sainte-Lucie (A.N., C8B 24, fº 52).

Alain NABARRA

 


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