ISSN 2271-1813

 

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Dictionnaire de la presse française pendant la Révolution 1789-1799

C O M M A N D E R

   

Dictionnaire des journaux 1600-1789, sous la direction de Jean Sgard, Paris, Universitas, 1991: notice 523

GAZETTE DE SAINT-DOMINGUE (1764)

1Titres Gazette de S. Domingue. (Avec en dessous, en caractères plus fins, indication de la date: «Du mercredi...»).

Continué par: Avis divers et petites affiches américaines (nº 1: mercredi 29 août 1764).

2Dates 1er février 1764 - 8 août 1764. Permis d'imprimer: 10 janvier 1764, signé de Clugny de Nuis, Intendant de l'île de Saint-Domingue. Date du prospectus: 10 janvier 1764. Périodicité annoncée et réelle: hebdomadaire, paraissant le mercredi.

3Description Vingt-huit numéros, numérotés de 1 à 28, pagination continue (p. 1-228). Le numéro paraît sur 8 p., avec des suppléments occasionnels de 4 p., 170 x 220, in-4º. Sans devise ni illustrations.

4Publication Au Cap, de l'Imprimerie royale. Imprimeur: Antoine Marie, imprimeur breveté du Roi pour l'île de Saint-Domingue (Imprimerie royale).

Pour la première année (1er févr. - 31 déc. 1764), le montant de l'abonnement est fixé à 120 #; possibilité est donnée par la suite de s'abonner pour un mois (12 #) ou trois mois (30 #). Le journal est livré le mercredi matin au domicile des abonnés résidant au Cap; ceux du reste de l'île le reçoivent au «bureau de la poste de leur quartier».

Coût d'insertion des «avis»: 6 # (forfait); 3 # pour les annonces concernant les «nègres marrons». Les «avis qui auront pour but principal l'utilité publique seront annoncés gratis».

5Collaborateurs Le journal est composé par MONCEAUX, avocat, procureur auprès du Conseil supérieur et Siège du Cap. Il y a des contributions occasionnelles de lecteurs, le plus souvent anonymes (noms mentionnés: Brevet, secrétaire de la Chambre d'agriculture de Port-au-Prince; Chabaud; Hogu, avocat; Reverdy; Ruotte, substitut du procureur général auprès du Conseil supérieur du Cap; de Saligny).

6Contenu Contenu annoncé: 1) «Le précis de ce qui s'imprimera en France relativement au commerce, à l'agriculture, à la navigation, aux finances et aux matières économiques, politiques et civiles»; 2) Nouvelles extraites des «principales Gazettes de l'Europe et des Colonies Anglaises»; 3) «Mémoires rendant compte des expériences faites en vue d'améliorer l'agriculture, le commerce et l'industrie»; 4) Mémoires des Chambres d'Agriculture du Cap et de Port-au-Prince; 5) «Toutes les nouvelles relatives à la Colonie, et notamment les Edits, Déclarations, Ordonnances ou Arrêts du Conseil d'Etat la concernant»; 6) Les «événements extraordinaires» et «accidents considérables» qui «mériteront, par quelque degré d'utilité, l'attention du public»; 7) «L'extrait des causes célèbres et singulières» jugées aux Conseils supérieurs du Cap et du Port-au-Prince; 8) Les ouvrages en prose ou en vers qui «seront de peu d'étendue»; 9) Annonces et avis divers.

Le contenu réel suit les grandes lignes du contenu annoncé.

Principales rubriques: 1) Nouvelles de France et d'Europe (choisies le plus souvent selon l'intérêt et l'utilité qu'elles peuvent présenter pour la colonie, mais aussi en fonction de leur disponibilité au moment de la mise en page); 2) Nouvelles de Saint-Domingue (nominations dans l'administration et à l'état-major; déplacements et décès; arrivées et départs des navires; naufrages, actes de pirateries, tremblements de terre, inondations, etc.); 3) Publication des arrêts, décrets et règlements relatifs à la colonie; 4) Articles et mémoires traitant de l'agriculture et du commerce dans l'île et des moyens de les améliorer; 5) «Tarifs» (prix des marchandises de France à Saint-Domingue et des marchandises de Saint-Domingue dans les différents ports français; tarifs des denrées dans les différentes parties de l'île; cours du fret). Annonces et avis divers (nègres marrons; successions; ventes de biens et d'esclaves; baux et fermages; animaux et objets perdus; passages sur les navires; annonces publicitaires).

A l'occasion sont publiés de courts poèmes et des «petits vers» (épigrammes, inscriptions, logogriphes) d'auteurs locaux.

Principal centre d'intérêt: le développement du commerce et de l'agriculture dans l'île, que la Gazette de Saint-Domingue encourage par les rubriques et les articles de fond qu'elle y consacre.

7Exemplaires B.N., 4º Lc12 17 (Prospectus); – 4º Lc12 18 (collection complète).

8Bibliographie B.H.C., p. 69. –  Moreau de Saint-Méry M., Description [...] de l'Isle de Saint-Domingue, 1797, rééd., Paris, 1984, p. 493. – Cabon A., «Un siècle et demi de journalisme à Haïti», Proceedings of the American Antiquarian Society, t. XLIX, avril 1939, p. 123-125. – Ménier M.A. et Debien G., «Journaux de Saint-Domingue», Revue d'histoire des colonies, t. XXXVI, 127-128 (1949), p. 424-475.

Historique Payen, imprimeur et libraire du Roi, s'était installé en 1724 à Saint-Domingue, mais son entreprise échoua rapidement. Elle n'est reprise qu'en 1764, par Marie, qui établit cette année-là une imprimerie au Cap. L'année suivante est lancée la Gazette de Saint-Domingue dont le premier numéro date du mercredi 1er février 1764. L'intendant, M. de Clugny de Nuis, semble avoir lui-même encouragé et soutenu cette publication à ses débuts, mais très vite elle va inquiéter les autorités de la métropole. Ce qui anime en effet l'auteur, l'avocat Monceaux, et ceux que l'on devine derrière lui (les Chambres d'agriculture, les parlementaires, les grands colons), c'est le «zèle patriotique» (nº 7, 14 mars 1764). La Gazette de Saint-Domingue se veut un journal au service de la colonie: «Rendre [le] travail [des colons] plus fructueux en leur présentant les moyens fondés sur l'expérience, et adoucir les ennuis de leur solitude, en satisfaisant leur curiosité sur toutes les choses qui sont de nature à la piquer, sont les deux objets qu'on se propose» (Prospectus).

La Gazette de Saint-Domingue encourage le développement et le progrès économique de l'île par la publication d'articles traitant d'expériences et d'innovations en matières agricoles et industrielles qui peuvent avoir des applications locales, notamment dans les domaines de la fabrication de l'indigo, de la culture du coton et de celle de la canne à sucre, les ressources principales de l'île. Elle se veut également un journal communautaire. Servant d'organe de liaison entre les différents «quartiers» et établissements de l'île, elle cherche à susciter chez les colons le sentiment d'appartenance à une collectivité; et elle s'efforce d'améliorer leur vie quotidienne par les informations, les renseignements pratiques qu'elle fournit, comme par la distraction qu'elle peut offrir. Une part réduite est consacrée à la littérature et aux beaux-arts, mais, si elle est avant tout préoccupée de l'essor économique de l'île, la Gazette de Saint-Domingue ne veut cependant pas les délaisser: «On se livre à l'urgent, ensuite au commode, enfin à l'agréable et même au superflu [...]. Une Colonie qui peut être considérée comme une des plus belles et des plus riches possessions de la France, ne peut être privée plus longtemps des Sciences et des Beaux Arts [...]; elle n'acquerra le nombre d'habitants dont elle est susceptible [...] qu'autant que les Propriétaires trouveront autour d'eux au moins une partie des agréments qu'ils vont chercher en France» (nº 19, 6 juin 1764; nº 12, 17 avril 1764). L'aventure de la Gazette de Saint-Domingue sera cependant de courte durée: à la suite de pressions exercées par l'administration royale, sa publication cesse avec le nº 28 du 8 août 1764.

Si de nombreux Français ne séjournent à Saint-Domingue que le temps de faire fortune, d'autres, de plus en plus nombreux au cours du XVIIIe siècle, s'installent définitivement dans la colonie. Pour ces colons de deuxième ou troisième génération, la France devient peu à peu une terre étrangère et, à mesure qu'ils s'attachent à leur nouvelle patrie, ils supportent de moins en moins l'autorité et les contraintes de la métropole, sa bureaucratie, ses règlements et ses privilèges. Leur attachement à la colonie, leur désir de plus de liberté du point de vue économique et administratif, leur aspiration même à prendre en mains leur propre sort, se devinent à travers les articles de la Gazette de Saint-Domingue. Ce qui explique l'émoi de Versailles, inquiété depuis le début du siècle par une opposition plus ou moins larvée à son autorité. La Gazette de Saint-Domingue sera remplacée dès la fin du mois d'août 1764 par les Avis divers et petites affiches américaines, dont le titre est significatif de la nouvelle orientation que l'on souhaite voir prendre au journal.

Alain NABARRA

 


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© Universitas 1991-2017, ISBN 978-2-84559-070-0 (édition électronique)