ISSN 2271-1813

 

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Dictionnaire de la presse française pendant la Révolution 1789-1799

C O M M A N D E R

   

Dictionnaire des journaux 1600-1789, sous la direction de Jean Sgard, Paris, Universitas, 1991: notice 531

GAZETTE D'UTRECHT (1689?-1787)

1Titres Gazette d'Utrecht du [date].

Il y eut dès 1689 une gazette d'Utrecht, attestée mais non retrouvée. On trouve entre 1710 et 1720 des traces d'un Journal d'Utrecht (voir ce titre), qui fut certainement l'une des formes prises par la G.U. La Gazette d'Utrecht, selon les documents d'archives communiqués à Hatin (G.H., p. 169), est née en 1724; on en connaît des séries suivies de 1734 à 1785.

Devient en 1785: Gazette ou Nouvelles impartiales d'Utrecht, pour disparaître en octobre 1787.

2Dates On décrira ici les séries homogènes, publiées entre 1734 et 1785, de la Gazette d'Utrecht (G.U.) et des Nouvelles impartiales (N.I.). Elles correspondent à un même bihebdomadaire, publié le lundi et le jeudi, avec supplément le mardi et le vendredi, puis le mardi et le vendredi, avec supplément (G.U.); les N.I. paraissent de nouveau le lundi et le jeudi avec supplément le lendemain. Des volumes annuels rassemblent régulièrement 102 ou 104 numéros, les suppléments étant joints à chaque numéro.

3Description Chaque numéro est fait d'une feuille de 4 p. in-4º, 130 x 195 (G.U.) ou 170 x 225 (N.I.); les suppléments sont de 2 p. dans la G.U. et de 4 p. dans les N.I. Les livraisons de la G.U. sont numérotées en chiffres romains; les tomes des N.I. sont paginés après coup, du début à la fin de l'année (832 p. pour 1786, 642 p. pour 1787). La G.U. est ornée, en tête de chaque numéro, d'une Renommée avec trompette, présentant les armes de la ville d'Utrecht et d'une femme (la Vérité?) tenant une plume; chaque incipit est orné d'une lettrine; emblème et lettrines disparaissent dans les N.I.

4Publication «A Utrecht, par le Sr. P. De Limiers» (jusqu'en 1758); «A Utrecht, par le Sr. Etienne-Elie Peuch», puis «A Utrecht, par le Sr & Mtre Claude-Isaac Peuch»; à partir de 1782, par Alexandre des Essarts (G.H., p. 172), puis Gilbal: «A Utrecht, Chés L.F. de Gilbal, Auteur de la Gazette» (1784). Les N.I. sont imprimées «A Utrecht, chez Detune, avec Privilège Exclusif».

La G.U. est distribuée dans toutes les grandes villes de Hollande, ainsi qu'en Angleterre, Autriche et France; les N.I. sont diffusées en France dans toutes les grandes villes par le Bureau général «exploitant le Privilège des Gazettes Etrangères» (30 juil. 1787, p. 483).

5Collaborateurs Nicolas CHEVALIER (1710-1720); François JANISSON, ou Janiçon (1720-1724); Henri-Philippe de LIMIERS, père (1724-1728) et fils (1728-1758); Etienne-Elie PEUCH, puis Claude-Isaac PEUCH (1758-1782); Alexandre DES ESSARTS (1782); L.F. de GILBAL (1782-1785); DETUNE (1786-1787).

6Contenu La G.U., comme toutes les grandes gazettes hollandaises, présente des bulletins de différents pays d'Europe; elle s'ouvre peu à peu et lentement à la Turquie, à la «Barbarie» (Tunis); chaque numéro se termine par des nouvelles des Pays-Bas, et parfois de la ville d'Utrecht (nouvelles de la veille). Elle se contente le plus souvent de reproduire les bulletins qui lui sont envoyés par ses correspondants ou par les ministères, sans que le rédacteur intervienne personnellement. Les nouvelles diplomatiques ou militaires et les chroniques des cours royales ont un caractère très officiel. En fin de numéro, sur une demi-page environ, sont rassemblées les annonces de ventes de collections, de livres, de tableaux, très nombreuses et précises. Les suppléments sont consacrés en général à des documents diplomatiques ou à des lettres de personnages de premier plan. Peuch donne un peu plus de place aux faits divers et à la vie culturelle (archéologie). Gilbal introduit dans la Gazette des éléments de récits plus personnels et animés; il multiplie les faits divers de caractère sensible et moral. Cette tendance narrative se renforce avec Detune, qui donne une grande place aux procès et aux grandes affaires du temps (affaire du Collier, mémoires judiciaires de Cagliostro); la politique prend également une certaine importance, notamment avec les bulletins de New York, qui décrivent la mise en place de la nouvelle administration. La publicité des libraires tend à disparaître.

7Exemplaires Ars., 4º H 8931 (1734-1773); Ste G., AE 4º 333-377, AEj 4º 18-19 (1740-1784); B.N., G 4468-4486 (1767-1785, sans 1774); – G 4487-4488 (N.I., 2 mars 1786 - oct. 1787).

8Bibliographie DP2, art. «Limiers». G.H., p. 168-175.

Historique La gazette d'Utrecht existait déjà en 1689, si l'on en croit une remarque de Courtilz de Sandras en janvier 1690, dans le Mercure historique et politique (p. 119): «Le Gazetier d'Utrecht inséra dans ses nouvelles du mois d'octobre dernier plusieurs faussetés » (renseignement fourni par J. Lombard). On ne trouve malheureusement aucun exemplaire de la G.U. avant 1734. Selon les documents d'archives dont fait état Hatin (G.H., p. 168), la régence d'Utrecht confia à Nicolas Chevalier la permission d'imprimer la Gazette en 1710; il s'agit sans doute du Journal d'Utrecht, dont la B.N. possédait naguère un exemplaire (G 4467, donné en 1989 comme manquant en place). François-Michel Janiçon, journaliste connu par ses contributions aux gazettes d'Amsterdam et de Rotterdam, le remplace en 1720 et donne au Journal une certaine notoriété; mais son privilège lui est retiré en 1723 ou 1724 pour des raisons mal connues (cf. G.H., p. 168). La régence nomme à sa place, le 14 février 1724, Henri-Philippe de Limiers, docteur en droit, qui meurt en 1728. Son fils, Henri-Philippe, aidé par sa mère («la veuve Limiers», ou «la Limiers», comme la nomme d'Argens dans sa correspondance), reprend la gazette et tente de la diffuser plus largement en France. Il se convertit en 1737 au catholicisme et profite de la guerre acharnée menée contre les jansénistes (fortement installés à Utrecht) par les jésuites et par le cardinal Fleury, pour obtenir les faveurs du ministre. Il publie dans la G.U. des articles nettement hostiles aux convulsionnaires. En août 1737, il communique à Fleury des listes de jansénistes et des complices qui les aident à faire passer en France leurs publications; l'ambassadeur de France à La Haye, le marquis de Fénelon, semble favorable à une collaboration avec Limiers, mais l'affaire en restera là (cf. DP2, art. «Limiers»). L'importance que la Cour de France attache à la Gazette d'Utrecht n'en reste pas moins évidente. Limiers se retire en 1758; Hatin cite le supplément de la G.U. du 30 juin, dans lequel le rédacteur déplore l'«imputation» dont il a été l'objet; on peut se demander s'il n'a pas été soupçonné, à juste titre, de jouer le jeu de la Cour de France et des catholiques. Sous la direction d'E.E. et C.I. Peuch, la gazette est plus prudente et plus dégagée de l'influence française, mais parfois à ses risques et périls; D.A. Golitsyn écrit de La Haye au vice-chancelier Golitsyn pour lui signaler que la G.U. a été suspendue quinze jours pour avoir plaisanté à propos d'une cavalcade de la Dauphine et de ses amies montées sur des ânes; la ville d'Utrecht, qui a beaucoup de fonds placés en France, est attentive à ne pas déplaire à la Cour de Versailles et redoute les incidents diplomatiques (renseignement fourni par G. Dulac). En 1781-1782, la G.U. semble en difficulté financière; C.I. Peuch l'abandonne à la fin de 1781 (G.H., p. 171-172), et la régence d'Utrecht lui substitue Alexandre Des Essarts, imprimeur et auteur. Celui-ci choisit délibérément un ton plus frondeur. Hatin cite longuement une importante lettre de Vergennes au lieutenant de police, en date du 7 septembre 1782: Des Essarts, qui a inséré dans la G.U. des bulletins «outrageants» sur des personnages importants de la Cour, a «résolu de conserver à sa gazette l'avantage de faire du bruit, suivant son expression». Vergennes envisage de le faire réprimander par les Etats de la Province d'Utrecht, et de faire arrêter le bulletiniste Fouilhoux qui le fournit (p. 172). Cette mise en garde ne suffira pas: la G.U. est interdite en octobre 1782, en raison de propos insolents sur le comte d'Artois, plus soucieux d'amusement que de guerre au dire du journaliste (M.S., 24 oct. 1782); on regrettera, dit le rédacteur des M.S., sa gaieté et sa malignité. Le «nouvel auteur de cette feuille», L.F. de Gilbal, prend sa succession le 15 août 1783. Il semble que l'essentiel de sa tâche ait été de renflouer un journal dont les créanciers avaient retiré leurs fonds (M.S., 25 oct. 1782). Le ton de la G.U. n'est plus, en tout cas, celui de la gaieté ou de la malignité; il s'apparente de plus en plus à celui de la Gazette de France. A ce prix, Gilbal parviendra à redresser le bilan de la G.U. Detune souligne par son nouveau titre, en 1786, le souci qu'il a de ménager à la fois les Pays-Bas hollandais et la France. Il n'y parviendra pas longtemps: dès le 8 janvier 1787, les M.S. font état de bruits relatifs à l'interdiction en France de la G.U.; cette fois, on lui reproche un paragraphe impertinent à l'égard de l'administration financière de France, représentée sous l'allégorie de la Chine. On ne sait par contre la raison pour laquelle la G.U. a disparu définitivement en octobre; mais on peut penser que la France y était pour quelque chose. Pour résister à la pression de la France, il fallait sans doute qu'une gazette de Hollande eût de solides ressources et une large diffusion dans d'autres pays d'Europe; c'était le cas de la Gazette d'Amsterdam ou de la Gazette de Leyde; ce ne fut jamais le cas de la G.U., qui dépendait étroitement de ses ventes en France, et qui ne put jamais assurer son indépendance. J. Vercruysse a montré à quel point les lecteurs français (aristocrates, hauts fonctionnaires ou auteurs connus, comme La Harpe) réagissaient violemment aux moindres insinuations des gazettes étrangères, et comment le ministère des Affaires étrangères soutenait leur cause («La réception politique des journaux de Hollande, une lecture diplomatique», dans La Diffusion, p. 39-47). A ces pressions, la G.U. est plus souvent sujette que d'autres, et elle doit toujours s'incliner: l'ambassadeur de France sait que la G.U. a mal parlé d'un collège d'Auxerre (14 déc. 1773), ou de La Harpe (mars 1768), ou de Mme Geoffrin (nov. 1767), ou de l'abbesse d'Hyères (nov. 1768), ou de la démission du duc d'Aiguillon (juil. - août 1774), ou de l'archevêque de Toulouse (août 1775); dans chacun de ces cas, le journaliste doit démentir, ou présenter ses excuses, ou même publier une rétractation dont les Affaires étrangères lui auront fourni le modèle (cf. Vercruysse, p. 45). Ce n'est pas que la G.U. soit plus audacieuse que les autres gazettes de Hollande; on aurait plus souvent l'impression contraire; mais sa surface financière est moindre, et, si l'on en croit Golitsyn, les Etats de la Province d'Utrecht sont trop liés aux milieux économiques de France. Au reste, ces innombrables tribulations n'ont pas empêché la Gazette d'Utrecht de vivre un siècle; et l'image que l'on garde de ce journal, paradoxalement, est plutôt celle d'une parfaite régularité et d'une grande impersonnalité.

Jean SGARD

 


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© Universitas 1991-2017, ISBN 978-2-84559-070-0 (édition électronique)