ISSN 2271-1813

 

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Dictionnaire de la presse française pendant la Révolution 1789-1799

C O M M A N D E R

   

Dictionnaire des journaux 1600-1789, sous la direction de Jean Sgard, Paris, Universitas, 1991: notice 55

AFFICHES DU POITOU (1773-1789)

1Titres Annonces, Affiches, Nouvelles et Avis divers de la province de Poitou, puis Affiches du Poitou (11 février 1773), Affiches de Poitou (30 janvier 1777), Affiches de Poitou, Province de l'Apanage de Monseigneur le Comte d'Artois (15 mars 1781), Annonces, Affiches, Nouvelles et Avis divers, de la Province du Poitou, Apanage de Monseigneur, Comte d'Artois (3 janvier 1782), Annonces et Affiches de la Province du Poitou, Apanage de Monseigneur, Comte d'Artois (7 mars 1782), Affiches du Poitou, Apanage de Monseigneur, Comte d'Artois (4 janvier 1787).

Continué par le Journal du Poitou (4 janvier 1790).

Pendant trois ans au moins (1782-1784), l'Affiche comporte un frontispice, suivi de trois pages de table des matières. Le tout, non paginé, est livré au début de l'année suivante, et porte le titre Annonces, Affiches, Nouvelles et Avis divers, de la Province du Poitou, Apanage de Monseigneur, Comte d'Artois. Les années suivantes n'ont ni frontispice, ni table.

2Dates 7 janvier 1773 - décembre 1789. Feuille hebdomadaire distribuée le jeudi. A deux reprises, elle ne paraît pas, son rédacteur étant en déplacement. Le 22 mai 1777, Jouyneau-Desloges avertit «MM. les abonnés qu'il n'y aura peut-être pas d'Affiche la semaine prochaine. Ce sera la première fois que cette feuille aura manqué depuis quatre ans que nous la faisons. Nous espérons qu'il n'est aucun d'eux, qui ne soit persuadé, si cela arrive, que nous sommes en état et dans les dispositions de les dédommager. Dans ce cas, nous donnerons une feuille double l'ordinaire suivant». Le numéro suivant est distribué, mais la feuille ne paraît pas le 5 juin. Comme promis, le rédacteur donne un numéro double le 17 juillet (nº 28-29). Nouvelle interruption en 1778, annoncée le 3 septembre. Dans les Affiches du 17 septembre le journaliste s'excuse: «Une absence beaucoup plus longue que nous n'avions pu le prévoir, nous a fait mettre malgré nous de l'interruption dans le service de cette Feuille». Après le nº 39 du 24 septembre, les Affiches ne paraissent pas le jeudi suivant (1er oct.), et les trois numéros qui suivent (nº 40-42) sont, par exception, datés du lundi (12, 19 et 26 oct.). Un numéro double paraît le 19 novembre (nº 45-46). De telles irrégularités méritant explication, Jouyneau-Desloges fait intervenir l'un de ses abonnés: tous les ans, le rédacteur s'absente de Poitiers, mais la feuille n'en subit pas grand dommage, grâce à la fréquence des liaisons postales. Il n'en est pas de même cette année-ci: Limoges, où il se trouve, est mal relié à Poitiers. Cette mésaventure donne d'utiles informations sur ses méthodes de travail: «Tous les ans, Monsieur, vous allez passer environ quatre ou cinq semaines dans votre patrie et dans le sein de votre famille; l'année dernière, vous fîtes le voyage de Paris, où vous restâtes environ le même temps, et personne ne s'est aperçu du manque de vos feuilles. Il est aisé de juger que vous pouvez en disposer une couple par avance, sachant votre précaution à vous faire parvenir toutes les lettres d'avis qui vous sont adressées pendant votre absence; de sorte que vos abonnés n'éprouvent aucun retard. Il est facile de voir quelle en est la raison. Que vous soyez à la Chapelle-Saint-Laurent, que vous soyez à Paris, à la Rochelle, ou en tout autre endroit, vous avez l'agrément de recevoir et d'envoyer deux fois par semaine, ce qui vous met en état de diriger votre feuille comme si vous étiez à Poitiers, en chargeant votre commis des opérations de vos envois. Le voyage de Limoges, où les exercices de votre nouvelle place vous retiennent depuis la fin d'août, ne peut vous permettre le même soin, qui vous deviendrait inutile, puisqu'on ne peut recevoir et envoyer qu'une seule fois par semaine de Poitiers à Limoges, et route: cet inconvénient met un grand obstacle entre le commerce de ces deux villes, et plusieurs autres de ces deux provinces» (12 oct. 1778). Jouyneau-Desloges répond à son abonné en développant une curieuse conception de l'actualité. Son journalisme de type encyclopédique souffre peu des aléas de la périodicité: «Le manquement d'une feuille est si peu de chose, et cela n'est arrivé que deux fois depuis six ans, que lorsque j'ai pu y être forcé, je ne m'en suis point inquiété, parce que j'ai pensé que personne ne s'en affectait. Je suis toujours en état et disposé à donner une feuille double en dédommagement pour une simple. C'est ne rien perdre ni dans la forme ni dans le fond. Le recueil se complète toujours; les articles les plus intéressants trouvent leur place. Le retardement des petits objets n'est pas de conséquence. D'ailleurs il n'est peut-être pas d'ouvrage périodique, de papier public, qui n'éprouve quelquefois de ces délais forcés, qui font encore plus de peine à ceux qui les rédigent qu'à ceux qui les lisent. J'ai cependant été, je l'avoue, un peu contrarié cette année, parce que je n'ai pas trouvé à Limoges les mêmes ressources que j'ai trouvées ailleurs, lorsque j'ai été dans le cas de m'absenter de Poitiers pour quelque temps. Malheureusement il n'y a encore qu'un courrier par semaine pour les relations respectives des habitants de Poitiers et de Limoges et route» (26 oct. 1778, lettre du 20 oct.). Il ajoute le 10 décembre suivant: «Chacun s'empresse de nous communiquer ses idées utiles ou ses recherches curieuses. Nous avons encore de l'avance pour longtemps». Cela lui permet, l'année suivante, de doubler encore un numéro (nº 18-19, 6 mai 1779, 8 p.) pour ne pas publier la semaine d'après. La feuille reprend son cours habituel avec le nº 20 du 20 mai (4 p.).

3Description Les Affiches du Poitou sont imprimées sur les deux colonnes de 4 p. in-4º. Il s'agit d'une demi-feuille de papier carré (format rogné, 1773-1781: 190 x 250, et 1782-1789: 188 x 243). Comme le laisse prévoir Jouyneau-Desloges le 23 décembre 1773, quelques numéros des premières années ont 8 p.: «Nous avons dès ce moment de quoi en remplir utilement plusieurs [de nos feuilles]; nous nous proposons même, sans rien changer au prix de la souscription, d'y ajouter de temps en temps quelques pages de supplément, si le nombre des abonnés nous permet de faire cette augmentation de dépense». Aussi, les numéros étant paginés à la suite, la pagination annuelle varie-t-elle: 1773, 212 p. (52 numéros dont un de 8 p.), 1774, 224 p. (52 dont quatre de 8 p.), 1775, 220 p. (52 dont trois de 8), 1776, 212 p. (52 dont un de 8), 1777, 208 p. (52 numéros de 4 p.), 1778, 220 p. (52 numéros dont un de 8 p. et une erreur de 8 p.). Les années suivantes ont 208 p., sauf 1784 et 1789 (212 p., 53 numéros).

Les Affiches du Poitou sont richement décorées. En première page de chaque numéro, quatre bandeaux se succèdent entre 1773 et 1781. 1) en 1773, un haut cadre rectangulaire de filets et de volutes enserrant le cartouche central de numérotation; fleurons et palmettes entourent ce cartouche, ainsi que deux petites croix de l'ordre du Saint-Esprit et deux médaillons présentant les profils du roi et de la reine. 2) entre 1774 et 1776, le contenu du bandeau reste le même; seul a changé le cadre, désormais orné de guirlandes, d'oves entrecroisées et de bouquets de roses. 3) à partir de 1777, l'imprimeur gagne deux lignes de texte en réduisant la hauteur du bandeau. Un simple cadre de filets enserre une longue frise de fleurons et de palmettes, disposés symétriquement de part et d'autre d'un espace vide destiné à la numérotation. 4) toujours aussi étroit, le bandeau des deux dernières années (1780-1781) voit le retour du cartouche central de numérotation, entouré de palmettes et accompagné de chaque côté par deux structures symétriques: un damier de losanges entouré de palmettes et un ensemble de rayons inséré dans un cadre de fleurons et de têtes grotesques. Le tout est situé dans un cadre de filets orné de fleurons aux quatre coins et au centre de chacun des côtés.

Le second rédacteur dispose de moins de texte, aussi n'hésite-t-il pas à hypertrophier le décor des feuilles. Son premier bandeau ne dure que deux mois (janv. - févr. 1782): dans un simple cadre rectangulaire, le cartouche de numérotation, entouré de palmettes, est accompagné de part et d'autre par une haute colonne et une sorte d'autel supportant un pot à feu. Ce décor est remplacé par une haute vignette (7 mars 1782 - 29 déc. 1785). Cette gravure sur bois montre une Minerve-Athéna, assise sur des nuées, entourée d'objets voulant symboliser les arts et les sciences. Au centre de la vignette, la déesse soutient le cartouche de numérotation, un ovale encadré de lauriers. Pendant l'année 1786, Chevrier ôte tout décor de sa feuille. Le titre est simplement coiffé de trois filets horizontaux s'achevant sur des volutes, et la numérotation figure dans le coin supérieur gauche de la page. Sous le titre et la date, un grand tableau que ainsi expliqué: «Le désir que nous avons de contenter le public et de satisfaire nos souscripteurs, nous a engagé à substituer à la vignette de notre première page, les levers et couchers du soleil et de la lune; nous aurons soin de les donner toutes les semaines, et de joindre, vis-à-vis chaque jour, les dévotions qui se font dans les diverses églises de cette ville». Dès le nº 1 de 1787, ce tableau est remplacé par une nouvelle grande vignette, gravée sur bois par un certain La Roche qui signe «La Roche Sculp. Pictavii 1787». Dans une architecture à peine ébauchée, quelques putti se livrent à la lecture, à l'écriture, à la musique, aux études de géographie. Au second plan, entre deux collines  sur celle de gauche, une licorne ailée se cabre, celle de droite supporte un temple rond  un petit dieu Apollon rayonnant, environné de nuées, joue de sa lyre. De facture un peu grossière et trop vite encrassée par l'encrage, cette gravure sur bois devient assez rapidement peu lisible. De janvier 1788 jusqu'en décembre 1789, une nouvelle vignette: dans un haut cadre baroque, constitué de courbes et de contre-courbes, jaillissent parmi les nuées les armes de la ville de Poitiers (un lion debout, regardant vers la gauche), environnées de drapeaux et des rayons d'un soleil triomphant. La numérotation reste mentionnée en haut et à gauche. Tous ces bandeaux ou vignettes précèdent le titre de la feuille, inséré sur une, deux ou trois lignes, puis la date.

4Publication Premier imprimeur des Affiches du Poitou, Jean-Félix Faulcon (1713-1782) signe la feuille «A Poitiers, de l'Imprimerie de J. Félix Faulcon, Imprimeur de M. l'Evêque, du Clergé et de l'Université». A partir de 1776, il ajoute sa nouvelle qualité «d'Imprimeur du Roi». Etabli imprimeur en octobre 1746, il succède alors à son père Jacques Faulcon dans la réimpression de la Gazette. Il dirige un gros atelier, fort bien équipé, et fait de la belle impression. En 1764, il a quatre presses et fait travailler douze compagnons. En 1776, il en a six et dispose d'un grand nombre de fontes de caractères.

Jouyneau-Desloges abandonnant les Affiches du Poitou en décembre 1781, le privilège est repris en janvier 1782 par l'imprimeur Michel-Vincent Chevrier. Né en 1737, ce dernier a fait de bonne études. Après son apprentissage chez Jean-Félix Faulcon, il s'installe libraire en 1767. Il étend ses affaires en créant un cabinet littéraire en janvier 1776: «L'abonnement sera de vingt-quatre livres d'avance. Je fournirai un appartement vaste, éclairé et chauffé, dans lequel on trouvera habituellement les papiers publics et ouvrages périodiques dont la liste sera ci-après, depuis le premier lundi du mois de février prochain, jusqu'au dernier jour de courrier du mois de décembre, les lundi, mardi, jeudi et vendredi de chaque semaine, depuis deux heures de l'après-midi jusqu'à sept heures du soir [...] Je vais désigner maintenant les papier publics et ouvrages périodiques que je fournirai. Ce sont les Gazettes de France, de Leyde, d'Agriculture, des Tribunaux, de Santé, Courrier d'Avignon, Journal de Politique et de Littérature, Journal politique de Bouillon, Journal des Savants, Journal Anglais, Journal de Berlin, Journal de Verdun, Nouvelles Ephémérides économiques, Mercure de France, Année littéraire de M. Fréron, Affiche des provinces par M. Querlon, Spectateur Français, le Radoteur, Catalogue hebdomadaire des Nouveautés littéraires, tous les édits, arrêts et déclarations» (11 janv. 1776). Le 21 novembre suivant, il engage les souscriptions pour la deuxième année de son cabinet: «Plus il y aura d'abonnés, plus je procurerai de papiers publics et ouvrages périodiques à leur choix: c'est pourquoi je désire que ceux qui voudront souscrire, se présentent le plus promptement, et s'il est possible avant le lundi 9 décembre, parce que, 1º, on sait qu'il faut écrire avant le 15, pour ne pas manquer de recevoir exactement, dès le 1er janvier, les journaux et gazettes que l'on demande, 2º, parce que je crois qu'il est convenable que tous MM. les souscripteurs du Cabinet de lecture s'assemblent pour convenir entr'eux du genre des différents ouvrages, qu'ils désireront que je leur procure; j'écrirai sur le champ, dès que je serai instruit de leurs goûts. Ainsi je penserais qu'on pourrait fixer cette assemblée chez moi, audit jour 9 décembre». La réussite de son cabinet le met en bonne place pour solliciter la dignité d'imprimeur du roi après la mort de Jean Faulcon, frère aîné de Jean-Félix (16 févr. 1776). Il augmente encore ses chances en se faisant recevoir bachelier ès arts en août 1776. Malheureusement pour lui, Jean-Félix Faulcon, depuis toujours imprimeur en surnombre, obtient tout naturellement la préférence. Cependant, l'arrêt de novembre 1776 fixant à trois au lieu de deux le nombre des imprimeurs de Poitiers, il est nommé à la troisième place ainsi créée.

Toute sa politique va désormais consister à se rendre indispensable auprès des autorités locales et des élites poitevines. Dans cette optique, devenu licencié ès lois, il se résout à reprendre en janvier 1782 le privilège des Affiches du Poitou que Jouyneau-Desloges voulait abandonner depuis plus d'un an: «Nous jouissions, depuis neuf années, dans le Poitou, de l'avantage précieux d'une feuille hebdomadaire, instructive, bien faite, et dont l'utilité est sentie et connue. Les désirs de la province se bornaient à la conserver; mais la retraite de son estimable auteur, M. Jouyneau-Desloges, en nous annonçant la perte que nous allons faire ne nous a préparé que des regrets. Le vide dans lequel elle nous laisse a vivement affecté le public et les bons citoyens. Plusieurs des plus zélés se sont, quoiqu'à regret, occupé du soin de trouver un successeur. Mais la difficulté de l'imitation et le mérite du modèle ont effrayé. Personne ne s'est présenté. Il a fallu chercher un homme qui eût moins d'amour-propre que de patriotisme: on a jeté les yeux sur moi, la proposition m'en a été faite et répétée. Je conviens que si je n'eusse écouté que le premier, je me serais refusé à continuer un ouvrage que les talents reconnus de M. Jouyneau-Desloges ont mis si fort au-dessus de ce que je puis; mais enfin j'ai cédé au second; j'ai accepté, et je viens d'en obtenir le privilège» (3 janv. 1782). Il imprime désormais l'Affiche qu'il rédige lui-même, s'en expliquant à de nombreuses reprises. Voici, par exemple, son avertissement du 3 janvier 1788: «Nous avons vu d'année en année s'accroître le nombre de nos souscripteurs [...] mais si nous jouissons du plaisir de voir nos feuilles accueillies de plusieurs, nous avons aussi le désagrément de les voir vilipendées par d'autres. Les hommes sont si opposés dans leur manière de penser, qu'il est impossible de plaire à tous. Un folliculaire se trouve, plus que tout autre, exposé à leur censure. Il fait ses efforts pour satisfaire le public, et souvent il ne réussit pas. Nous nous sommes trouvé plus d'une fois dans le cas d'employer ce vers d'Horace: Quid dem? Quid non idem? Renuis quod tu, jubet alter». Le Bureau d'avis est domicilié chez lui, «Directeur-privilégié», rue de l'Intendance (1782-1784), puis rue Saint-François, près la Cour consulaire (à partir de janvier 1785). Il signe l'Affiche: «A Poitiers, chez Michel-Vincent Chevrier, Imprimeur-libraire de l'Université, rue de l'Intendance».

Il retire très rapidement tous les avantages qu'il était en droit d'espérer de sa reprise des Affiches. La faveur de l'intendant lui fait obtenir après la mort de Jean-Félix Faulcon l'office tant convoité d'imprimeur du roi (10 avril 1783). L'année suivante, le voici devenu avocat en Parlement (févr. 1784), comme l'avait déjà été Jean-Félix Faulcon (mai 1777). Il est bien placé pour obtenir sous la Révolution les impressions officielles et administratives. Bien vu des autorités et des sociétés révolutionnaires, il traverse la période sans grande difficulté et finit par céder son imprimerie à son neveu Etienne-Pierre-Julien Catineau (floréal An IV / mai 1796). On ne connaît pas la date de son décès.

Abonnement de 7 # 10 s. pour Poitiers, et de 9 # pour la province et le royaume, franc de port par la poste. Selon A. Richard (p. 429), la feuille débuta avec trois cents abonnés dont cinquante à Poitiers seulement. Elle n'eut par la suite que cinq cents à cinq cent cinquante souscripteurs annuels et une distribution gratuite d'environ deux cents numéros.

5Collaborateurs Fondateur, directeur et rédacteur: René-Alexis JOUYNEAU-DESLOGES. Dès son prospectus, Jouyneau-Desloges nourrit de grandes ambitions. Ses Affiches devront «être regardées comme la Gazette économique, civile et littéraire de la province de Poitou», et pourront «un jour servir de mémoires pour une histoire particulière de cette province». Elles seront donc beaucoup plus qu'un simple recueil d'annonces (7 janv. 1773). Pour remplir son programme, Jouyneau-Desloges ne cessa de solliciter avec insistance la collaboration de ses abonnés, «bon citoyens», «vrais patriotes». Dès le 14 janvier 1773, il lance un premier appel souvent répété par la suite: «Si nos lecteurs, si nos abonnés surtout s'imaginaient qu'ils ne sont pas tenus de contribuer eux-mêmes de tout ce qui peut dépendre d'eux, au mérite de nos feuilles, ils seraient dans l'erreur. Nous sommes tous pasteurs les uns des autres. Nous n'acquérons de lumières que pour les communiquer; nous n'avons des talents et des besoins que pour apprendre à rendre des services. Dès qu'un homme de bien aura donné l'exemple, ce sera comme un signal pour tout le monde; les avis, les observations, les nouvelles viendront en foule; nous ne serons plus embarrassés que dans le choix». Les curés, les médecins et les petits robins campagnards, les châtelains soucieux d'améliorations culturales, voire de philanthropie, tous sont sollicités. Jouyneau-Desloges est le parfait représentant de ce journalisme de type épistolaire. Il s'agit pour lui d'animer les cercles intellectuels et culturels des différentes cités poitevines, de susciter les réactions de ses abonnés, de se faire ouvrir leurs «porte-feuilles» afin de publier leurs réflexions, leurs analyses (Feyel, art. 1). Tout ceci au prix d'une correspondance harassante et certainement fort coûteuse.

Jouyneau-Desloges n'est pas un homme d'argent. Sa correspondance et l'impression de ses Affiches sont très dispendieuses, d'autant plus qu'il n'a que les abonnements pour rentrer dans ses fonds. La publication des annonces n'étant pas son but premier, elle est gratuite et le demeurera sous son successeur Chevrier. Un moment de découragement lui fait avouer que les Affiches couvrent tout juste leurs frais: «Ce journal, qui ne coûte que sept livres dix sous ou neuf livres par an, ne produit à son rédacteur que la satisfaction de faire le bien, d'y concourir, d'en annoncer les moyens; il y emploie presque tous ses loisirs; il s'en occupe uniquement; et il retire à peine, oui à peine, je puis le prouver, les frais immenses que son zèle, son désintéressement, sa générosité, je puis le dire aussi, y consacrent!» (23 déc. 1779). Et, lorsqu'il quitte sa feuille, il fait le compte de ses pertes: «Notre porte-feuille est plein des éloges et des applaudissements flatteurs qui nous ont été prodigués par des gens dont le jugement est de quelque poids dans la République des Lettres et parmi les citoyens distingués; sans compter ceux qui sont consignés dans différents ouvrages estimés [...]. Tout cela nous dédommage avec usure de ce que l'établissement et l'entretien de cette feuille pendant neuf années, nous a coûté mille écus (3000 #) de notre patrimoine» (27 déc. 1781). Assoiffé de reconnaissance sociale, il ne demande pas à ses feuilles de l'enrichir, il s'en fait un levier de pouvoir et d'influence, espérant ainsi faire carrière. Il va aussi se servir de l'Ecole gratuite de dessin pour faire sa cour auprès de l'intendant. A côté de cet établissement fondé par M. de Blossac, il propose de réunir en une espèce d'académie tous les «amateurs» qui voudront bien l'encourager (18 mars - 1er avril, 23 sept. - 21 oct. 1773). Formée en 1774 sous le nom d'Ecole royale académique, dirigée par le «directeur perpétuel» Pagès (directeur de l'Ecole de dessin) et le «premier secrétaire perpétuel» Jouyneau-Desloges (6 nov. 1774, 13 juin 1776, etc.), cette société académique et littéraire patronne chaque année une exposition de dessin, distribue des prix, reçoit de nouveaux membres «amateurs», par exemple le négociant Laurence (25 juil. 1776), l'imprimeur du roi Jean-Félix Faulcon (13 févr. 1777), le géomètre et architecte Pinchault (27 mars 1777), a «des séances académiques particulières et publiques» (Dugast-Matifeux, p. 4).

Lors de la création dans le royaume des vingt chambres syndicales de l'imprimerie et de la librairie (arrêt du 30 août 1777), Jouyneau-Desloges est nommé inspecteur de la librairie et gardera ce poste important jusqu'en 1789. Il doit surveiller tout ce qui s'imprime et se vend en fait de librairie sur le territoire dépendant de la chambre syndicale de Poitiers: Poitou, Aunis, Saintonge, Angoumois et Limousin (voir M. Ventre, p. 120-137). Las de ses Affiches pour lesquelles il a dépensé beaucoup de temps et d'argent, il estime avoir des droits à la reconnaissance des autorités. Le 16 novembre 1780, il tente une première fois d'abandonner sa feuille: «Le soin de nos affaires personnelles et d'autres occupations ne nous permettant plus, ainsi que nous en avons prévenu verbalement depuis quelques mois plusieurs de nos souscripteurs, de nous charger de la composition et de la distribution des Affiches du Poitou [...] nous annonçons que nous allons en remettre le privilège et que nous cesserons absolument de l'exercer à commencer du premier janvier prochain». Fausse sortie. Le journaliste se voit forcé la semaine suivante de reprendre le fardeau. Il ne cache pas qu'il a dû obéir aux pressions venues d'en haut, très probablement de l'intendant: «J'ai annoncé dans le dernier numéro que j'allais abandonner la direction et la rédaction des Affiches du Poitou. Je me hâte aujourd'hui d'annoncer que je continuerai de me charger de l'une et de l'autre. Cette continuation est déterminée par plusieurs sollicitations qui m'honorent. Il en est une surtout à laquelle je dois à la fois l'hommage de ma déférence et de ma reconnaissance. Je promets le même zèle et de plus grands efforts encore pour prouver mon patriotisme et mon désintéressement, auxquels les honnêtes gens rendent justice» (23 nov. 1780). Un an après, il annonce sa retraite définitive: «Le désir de nous livrer avec plus d'assiduité à des fonctions importantes qui nous ont été confiées, ne nous permettant plus de nous occuper de la direction et de la rédaction de ces feuilles, nous annonçons qu'à commencer du premier janvier prochain, nous cesserons d'en exercer le privilège qui nous avait été accordé» (6 déc. 1781).

6Contenu L'ordre dans lequel se succèdent les rubriques d'une feuille périodique n'est jamais indifférent. Il dépend des orientations de la rédaction. Avec les Affiches du Poitou, on ne peut s'y tromper: Jouyneau-Desloges puis Chevrier ont privilégié le contenu rédactionnel aux dépens des annonces et des rubriques de service. Un tel choix n'allait pas de soi, parce que s'imposait le modèle parisien des Affiches de province, commençant toujours par l'annonce des «Biens et charges à vendre». Aussi, pendant les deux premières années, les Affiches du Poitou débutent-elles d'abord sur les «Avis divers» (publicités commerciales, demandes particulières, biens à vendre), puis à partir du 29 avril 1773 sur la «Conservation des hypothèques». Alors que les rédacteurs des autres Affiches sont très souvent heureux de faire de la copie en insérant minutieusement et sur plusieurs colonnes les contrats de vente enregistrés dans les bailliages de leur province, Jouyneau-Desloges s'y résigne à contre-cœur et s'efforce de réduire la rubrique: «Nous connaissons l'utilité de l'insertion de ces notes dans nos feuilles; elle était de notre plan; elle est de notre privilège [...]. Nous allons commencer ce tableau [...], nous l'abrégerons autant qu'il nous sera possible, afin de ménager de la place pour les autres matières. Nous pensons qu'il suffit d'indiquer le nom du vendeur, celui de l'acquéreur, leur demeure et la situation du bien. Les propriétaires d'hypothèques pourront y reconnaître leurs intérêts et leurs droits; tous autres renseignements seraient surabondants» (29 avril 1773). Aussi la rubrique est-elle peu étendue: en général une demi-colonne, au maximum une à deux colonnes. Y sont publiées les ventes enregistrées aux bureaux de Poitiers, Châtellerault, Civray, Fontenay, Lusignan, Montmorillon, Niort, Saint-Maixent, etc. A partir de 1775, la «Conservation des hypothèques» disparaît de la première page pour émigrer en troisième ou quatrième page. Les trois premières pages sont désormais consacrées au contenu rédactionnel, parfois même une bonne partie de la quatrième. Cette quatrième page voit se succéder les annonces ou «Avis divers» (une colonne au grand maximum, le plus souvent à peine un quart de colonne) et quelques autres articles: les «Morts», ou les «Evénements» (informations sur la petite actualité de Poitiers ou de la province), ou bien la «Législation» ou «Jurisprudence» (mention rapide de déclarations et d'édits royaux, ou de décisions de justice). Est également parfois insérée une publicité de librairie. Ainsi n'y a-t-il pas d'Affiches aussi peu soucieuses des annonces et des rubriques de service. De même n'y trouve-t-on jamais (sauf une ou deux exceptions rarissimes et soulignées comme telles par le rédacteur) ces vers et autres bouts rimés qui remplissent souvent la dernière colonne des autres Affiches. Jouyneau-Desloges refuse d'en insérer, il lui faut le répéter plusieurs fois. Il a choisi un journalisme sérieux, de type encyclopédique, fort éloigné de la «frivolité» des petits jeux de société: «Les réflexions que les bons citoyens nous adressent, les nôtres valent bien sans doute les vers, les énigmes, les logogriphes que quelques personnes nous demandent, et qui ne sont point de notre plan, et les nouvelles politiques qui ne sont pas de notre privilège. Poitevins! ô mes compatriotes, mes concitoyens, mes amis! serait-il possible qu'un seul d'entre vous préférât à ce que nous présentons, des vers, des énigmes, des logogriphes? Laissons les frivolités aux lecteurs frivoles; occupons-nous de nos véritables intérêts. La religion, les mœurs, les lois, les vertus sociales, l'humanité, le patriotisme, l'agriculture, le commerce, les arts, la physique, les sciences économiques, la médecine, la chirurgie, voilà les grands, les principaux objets, qui doivent nous occuper» (22 avril 1773). Dans ce journalisme encyclopédique, les «fabricants d'idées» se préoccupent moins de traiter l'actualité la plus immédiate pour elle-même que d'en tirer des leçons de conduite pratique et «éclairée» (Feyel, art. 3).

Les Affiches du Poitou sont tout à la fois un journal économique et une gazette d'agriculture suivant les mots d'ordre des physiocrates, une gazette de santé répercutant les recommandations de la Société royale de médecine. Jouyneau-Desloges et ses correspondants recensent également tout ce qui peut particulariser la province ou telle ou telle localité: recherches à caractère «proto-ethnographique», descriptions d'usages et de coutumes dont le sens n'est plus alors perçu, recherches étymologiques à propos de certains termes de terroir, études d'archéologie et d'histoire locale. Il suffit de dénombrer et d'étudier le contenu des informations médicales pour se persuader que Jouyneau-Desloges s'est efforcé de répandre dans sa province l'esprit des Lumières. Entre 1773 et 1781, il publie 450 articles de médecine, soit en moyenne 50 par an. Il s'est assuré assez de correspondants pour donner à ses Affiches une dimension nettement régionale; les emprunts faits à d'autres feuilles sont rares. Les Affiches du Poitou ont participé au vaste effort des Lumières pour réformer la médecine et ses méthodes. 268 articles sont consacrés à la maladie et à la mort: statistiques du croît naturel de la population poitevine, études météorologiques, descriptions d'épidémies et soins conseillés, propagande en faveur de l'inoculation, amélioration des méthodes d'accouchement, comment soigner les noyés, les asphyxiés, les morts apparents, les accident dus au méphitisme et le déplacement des cimetières, le fléau de la rage, les morsures de vipères, le danger de sonner les cloches ou de s'abriter sous un arbre pendant l'orage, l'hygiène de l'alimentation et du vêtement. Lorsqu'il s'agit des praticiens et de leurs remèdes (147 unités rédactionnelles), Jouyneau-Desloges et ses correspondants ont un discours un peu moins éclairé. Le journaliste estime que tout bon remède populaire est utile à connaître, il esquisse même les grands traits d'une collecte générale de toutes les recettes capables de soulager l'humanité souffrante. Ainsi l'esprit statistique et l'encyclopédisme des Lumières parviennent-ils à s'exprimer là où on les attendait le moins. Les Affiches du Poitou sont également très favorables aux empiriques, ces médiateurs culturels que sont les «dames» charitables ou bien les curés philanthropes, soignant les pauvres avec un remède de leur composition. Les charlatans, «devins» et autres «guérisseurs» de village sont en revanche vigoureusement dénoncés (Feyel, art. 2).

Copieusement nourries d'une information de première main, les Affiches du Poitou sont alors au centre d'un véritable système de communication. Leur contenu est repris par d'autres feuilles, cependant qu'elles empruntent ailleurs ce qui pourrait leur manquer. Deux exemples parmi d'autres: la Gazette de Santé, périodique parisien, «prête» aux Affiches du Poitou les observations du médecin poitevin Gallot sur l'épidémie de dysenterie de 1779, mais leur emprunte celles du chirurgien Bouquié, ce dont est tout glorieux Jouyneau-Desloges (28 oct. 1779). Un empirique soignant gratuitement la dysenterie à l'aide de remèdes de sa composition, Dandeville, avocat à la Flèche en Anjou, a appris les ravages de l'épidémie par le Journal de Genève du 25 décembre 1779. La source est facile à identifier: il s'agit des Affiches du Poitou du 22 octobre précédent (Affiches du 24 févr. 1780). Jouyneau-Desloges est bien sûr très flatté de ces emprunts qu'il signale fréquemment. Il se glorifie surtout des compliments de l'abbé Roubaud, rédacteur du Journal de l'agriculture, de ceux de Meusnier de Querlon (Affiches de province), et plusieurs fois il insère des lettres flatteuses qu'il est parvenu à obtenir de l'astronome de Lalande, «l'un des savants les plus célèbres de l'Europe» (2 févr. 1775, 15 janv. 1778, 23 déc. 1779). Il est cependant agacé par ses «confrères, auteurs de feuilles hebdomadaires dans les provinces» qui prennent dans les Affiches de Poitou, «sans les citer, des articles qui leur conviennent, et qui souvent les dénaturent, pour qu'il soit impossible à leurs lecteurs de deviner d'où ils viennent, voulant par là leur faire accroire qu'ils les ont reçus les premiers» (28 nov. 1776). Malgré ce coup de colère, les «confrères» en mal de copie sont trop heureux de la richesse d'un tel gisement pour l'abandonner, et l'abbé Vitrac, rédacteur de la Feuille hebdomadaire de Limoges note encore le 6 mai 1779: «Quelques-uns de nos confrères ne se font pas scrupule de copier mot à mot des articles entiers de vos feuilles [les Affiches du Poitou], des miennes et de quelques autres, et n'ont pas assez d'honnêteté pour indiquer les sources où ils ont puisé. Les propriétés littéraires doivent être aussi sacrées que les autres propriétés civiles. Nous devons défendre celle des gens de lettres qui nous confient leurs productions, et réclamer toutes les fois que par un plagiat indécent on osera s'approprier les richesses littéraires de notre province. Qu'on copie quelques articles de nos feuilles, s'ils paraissent intéressants, cela nous flattera; mais qu'on nomme nos concitoyens lorsqu'ils auront composé quelque chose digne d'être publié».

Parmi ces «gens de lettres» correspondants assidus de Jouyneau-Desloges, il faut citer de Scévole, secrétaire du roi à Argenton en Berry (Argenton-sur-Creuse), 33 lettres jusqu'en 1781, l'économiste Sarcey de Sutières, l'avocat-feudiste Moisgas, de Mortagne en Bas-Poitou, l'avocat Allard de la Resnière, le notaire Delanoue, archiviste du marquis de la Roche du Maine, Dumoustier de Lafond, capitaine d'artillerie et historiographe du comte d'Artois, l'académicien lyonnais Thomé, l'abbé Coll, chanoine de Targé, près Châtellerault, Tallerye, archiprêtre de Parthenay et curé de la Chapelle-Saint-Laurent, Puisais, curé de Savigny-Levescault, de Luzines, curé de Notre-Dame de Vivonne, les médecins Dorion, Gallot, Dubrac de La Salle, etc. Lorsque Chevrier reprend les Affiches de Poitou, il s'efforce de ne pas perdre les collaborateurs de son prédécesseur. La transition est difficile. Ses quatre premiers numéros de janvier 1782 ne sont que bourrage de colonnes à l'aide de la «Conservation des hypothèques» qui va jusqu'à en occuper trois, de publicités de librairie, d'ordonnances de l'intendant. A partir du nº 5 (31 janv. 1782), reparaissent les lettres des correspondants. Le 7 février suivant (nº 6), Chevrier insère la trentième lettre de Moisgas, et remercie: «Nous avons obligation du premier article, à M. Moisgas, avocat-feudiste, qui a enrichi de ses recherches le recueil des Affiches, par 29 lettres différentes et qui veut bien se prêter à nous être utile; et du second, à M. Gallard, commissaire subdélégué du Bureau des finances, à Aunai. Nous en faisons nos remerciements et invitons nos abonnés à avoir pour nous la même complaisance. Cette feuille appartenant à tous, doit être l'ouvrage de tous, ainsi, il est de l'intérêt d'un chacun de l'enrichir, les uns par leurs productions, les autres en nous faisant connaître les choses utiles; ceux-ci en nous faisant part des traits qui peuvent honorer la province, et ceux-là enfin, par tout ce qui peut intéresser la société. Nous assurons d'avance les unes et les autres de toute notre reconnaissance». Pour développer l'émulation, il publie à la fin de ses tables des matières un véritable tableau d'honneur: les «noms des personnes qui, par leurs productions et leur zèle à nous faire passer différents articles, ont coopéré à nos travaux». Celui de 1784 comprend vingt-deux noms. Les collaborateurs les plus empressés sont Gratton, officier des canonniers à Saint-Gilles-sur-Vie, grand fournisseur de pièces en vers (22 fois), Bourguignon, futur rédacteur des Affiches de Saintonge et le feudiste Moisgas (5 fois chacun).

Moins riches de contenu qu'au temps de Jouynau-Desloges, les Affiches du Poitou de Chevrier font cependant bonne figure lorsqu'on les compare à beaucoup de leurs consœurs. Après les deux premières pages consacrées au contenu rédactionnel, parfois remplacé par un long prospectus de librairie ou une autre publicité, se succèdent l'annonce de livres nouveaux ou des rubriques de service telles que «l'Etat des vaisseaux entrés au port des Sables-d'Olonne», ou bien les entrées au port de Saint-Gilles-sur-Vie, le prix des denrées aux Sables-d'Olonne, etc. Vient ensuite la «Conservation des hypothèques» (une à deux colonnes), souvent absente entre septembre et novembre. Sont ensuite parfois insérés des «Avis particuliers» ou «Avis intéressants» (publicités diverses), une rubrique «Morts» ou un article «Législation». Suivent les «Avis divers» (biens à vendre ou à louer, demandes particulières, etc.), à peu près toujours présents. Les Affiches s'achèvent sur des pièces versifiées (poésies, énigmes, logogriphes), les résultats du tirage de la loterie royale et le «Prix des grains au marché de Poitiers, le...». A partir de janvier 1787, cette mercuriale s'étoffe en un large tableau occupant tout le bas de la dernière page: «Prix des grains dans les marchés des environs de Poitiers», précédé depuis le 2 août de la même année par les «Prix des eaux de vie». Parce qu'il dispose de moins de copie, Chevrier montre donc un plus grand souci des rubriques de service et des annonces. Autre petite révolution par rapport aux règles que s'était fixées Jouyneau-Desloges: la publication de très nombreux bouts-rimés. Ce qui ne va pas sans difficultés, à lire quelques avis du rédacteur: «Dès qu'on a fait trois à quatre vers, on se croit poète, et l'on veut en instruire toute sa province. De là un déluge de pièces que nous recevons de toutes parts, et que l'on voudrait voir paraître l'ordinaire suivant. Si nous ne contentons pas MM. les auteurs aussi promptement qu'ils le désireraient, leur génie poétique s'évanouit, et s'exprimant en prose très intelligible, ils épanchent leur bile sur le pauvre rédacteur, pour le punir de n'avoir pas voulu ennuyer ses lecteurs, et le menacent d'envoyer leurs productions à des personnes qui les priseront davantage. Il est pourtant vrai que toutes les pièces qu'on nous envoie ne sont pas également mauvaises, et qu'il en est dont nous faisons un cas particulier: mais nous sommes forcés d'en différer l'emploi» (21 août 1788).

En 1788, les Affiches du Poitou restent muettes sur le grand débat agitant la France. Tout juste peut-on y lire le 18 septembre un article d'un peu plus d'une colonne, également inséré dans les Affiches de Rennes du 27 août précédent, «L'Idée de l'objet et des fonction des Etats généraux», extrait d'une des très nombreuses brochures de l'époque. Ce n'est d'ailleurs pas le premier emprunt fait à ces dernières Affiches ou à une source commune: le 22 mai 1788, les Poitevins avaient pu lire ce même article louangeur déjà inséré dans les Affiches de Rennes du 7 mai, où les quatre grands philosophes Montesquieu, Voltaire, Rousseau et Buffon étaient comparés à quatre lampes s'éteignant successivement après avoir illuminé le monde. Comme dans beaucoup d'autres Affiches, l'année 1789 débute sur les appels à la bienfaisance suscités par l'exceptionnelle dureté de l'hiver. Il faut attendre le 19 février pour lire un article faisant référence à l'actualité politique. De Scévole y demande l'égalité des trois ordres devant l'impôt, a des mots très durs sur les collecteurs et autres financiers, s'apitoie sur le sort de «l'utile laboureur»: «Aujourd'hui donc que la Nation française est plus éclairée que jamais, pourquoi un membre du Tiers-Etat en voyant de près ces grands hommes dont le faste et la morgue en imposent de loin, ne dirait-il pas avec assurance: Et moi aussi je suis homme?» Le 2 avril, le marquis de la Roche du Maine proteste contre un article du Journal de Bouillon: il n'est pas hostile à la réforme, l'union règne entre les trois ordres de la province, et les deux premiers ordres donnent toutes les preuves de désintéressement et de générosité. La semaine suivante est donné un compte rendu très neutre de l'élection des députés aux Etats généraux. Le 23 avril, un certain Pruel, licencié ès lois, s'étend avec enthousiasme et lyrisme sur les bienfaits que l'on peut attendre des Etats et fait appel aux deux ordres privilégiés pour adoucir le fardeau des impositions. On est beaucoup plus prudent à Poitiers qu'à Rennes, et l'on ne s'y hâte pas de rendre compte des travaux des Etats généraux. Les Affiches du Poitou fêtent à leur manière l'ouverture de l'assemblée en publiant le 6 mai 1789, en première page et sous le titre «Etats généraux», un discours prononcé le 16 mars précédent par le grand sénéchal d'épée de la Basse Marche, à l'assemblée des trois ordres de la province. C'est seulement les 4 et 11 juin que sont insérés les premiers comptes rendus des Etats: le décès et l'enterrement de l'un des députés de la sénéchaussée du Maine, la description de la grande salle de réunion des Etats, les premiers discours, le nombre des députés, et puis l'autorisation du directeur de la librairie de rendre compte des séances (19 mai). A partir du 18 juin, les Affiches s'efforcent de rattraper le temps perdu: on y lit ce jour-là ce qui s'est passé à Versailles au début de mai (6 au 13 mai). Comme le rédacteur veut intégralement informer ses lecteurs sans briser la suite chronologique des événements, il garde un mois de retard sur le déroulement des faits, parce que l'espace de ses Affiches est très étroit. Pour insérer plus de copie, il adopte un plus petit caractère le 16 juillet. Mais son retard devient intolérable, aussi la semaine suivante (23 juil.) publie-t-il le compte rendu des séances des 10 au 12 juin, tout en donnant le «Récit de ce qui s'est passé à la séance tenue par le roi le 15 juillet 1789», expliquant: «nous avons cru faire plaisir à nos lecteurs en leur donnant de suite cet article». Pendant encore deux semaines, Chevrier donne la suite des séances des Etats. Le 6 août, il en est encore à la journée du 17 juin, lorsque les députés du Tiers se déclarent Assemblée nationale. Il lui devient impossible de faire accepter ce retard grandissant. Plutôt que de changer la nature de sa feuille, il préfère adopter, comme Couret de Villeneuve à Orléans, la solution du supplément. Le 13 août il informe ses concitoyens: «D'après les représentations de plusieurs de nos souscripteurs qui désireraient avoir de suite tout ce qui se passe aux Etats généraux, nous nous sommes déterminé à donner notre feuille double; mais comme nous ne pouvons le faire sans une dépense considérable, qui, malgré le désir que nous avons de nous rendre utile à nos compatriotes, ne pourrait tourner qu'à une perte réelle pour nous, nous avons lieu d'espérer qu'ils ne refuseront pas de nous accorder une augmentation de six livres chacun pour les Bulletins des Etats généraux que par la suite nous imprimerons en suppléments, ce qui mettra promptement tous nos souscripteurs à même d'avoir sous les yeux, le résumé de toutes les affaires traitées à l'Assemblée nationale. Nous prions MM. nos souscripteurs de vouloir nous faire part de leurs intentions par lettre affranchie, afin de pouvoir nous mettre à même de savoir si le nombre peut nous dédommager de la dépense. Il n'y aura que ceux qui auront donné leur engagement qui recevront ledit supplément». La collection des Afffiches du Poitou (B.N.) contient effectivement deux suppléments successifs de 4 p. in-4º, paginés 1 à 4, intitulés chacun Supplément au nº 33 de l'Affiche du Poitou. Du jeudi 13 août 1789, et contenant les séances de l'Assemblée depuis le 19 juin jusqu'au 10 juillet. Provisoirement débarrassées du compte rendu des débats, les Affiches retrouvent leur physionomie coutumière. Le Bulletin de l'Assemblée nationale continue d'être publié en suppléments (il en est fait mention le 17 septembre). Avec les nº 44 et 45 (29 oct. et 5 nov.), le compte rendu de l'Assemblée revient dans les Affiches (séances des 5 au 12 oct.). De nouveau absent, on le retrouve encore dans les nº 48 à 51 (26 nov. - 17 déc., séances du 5 au 26 nov.). Le 19 novembre, Chevrier annonce la mutation de sa feuille: «Nous nous proposons de commencer notre premier numéro de 1790, sous le titre de Journal de la province de Poitou; mais pour répondre à l'envie de plusieurs de nos abonnés qui désirent avoir ce qui se passe de plus intéressant dans l'Assemblée nationale, nous ne pouvons le faire qu'en doublant notre feuille [...] Nous donnerons tous les lundis et jeudis une feuille de 8 pages in-8º, dans laquelle nous insérerons tout ce qu'il pourra y avoir d'intéressant concernant la province du Poitou, les hypothèques, les avis divers, les prix des grains, vins, eaux de vie, etc. Nous aurons soin de puiser dans les meilleures sources le plus intéressant de ce qui se passe à l'Assemblée nationale, pour en faire part à nos lecteurs; enfin, nous ne négligerons rien pour leur rendre notre journal utile et intéressant». Le doublement de la périodicité va permettre de suivre les événements parisiens de manière moins lointaine. Devenue très pressante, l'actualité a fini par détruire le journalisme de type encyclopédique et historique sur quoi reposait la réussite des Affiches du Poitou.

Pendant trois ans au moins (1782-1784), l'Affiche comporte une table des matières de 3 p. L'année 1785 a une table des matières de 4 p. Les années suivantes n'ont pas de table. Chevrier, le rédacteur, s'en explique: «On nous a écrit plusieurs fois pour se plaindre du peu d'exactitude à donner les tables. Nous répondrons que jamais nous ne nous sommes engagés à fournir ces tables; que nous avons pris ce surcroît de travail et de dépense, pour mériter de plus en plus la bienveillance de nos souscripteurs; et que nous aurions cru que quelques-uns d'entr'eux eussent pu s'épargner les reproches amers qu'ils se sont imaginés être en droit de nous faire à ce sujet. Nous savons que nous sommes en retard pour 1786; mais nous nous en occupons sérieusement» (3 janv. 1788). Entre 1773 et 1781, son prédécesseur, Jouyneau-Desloges, avait promis presque tous les ans une table qui ne fut jamais publiée: «Nous allons en même temps nous occuper du soin de donner la table générale de ces feuilles depuis leur établissement en 1773 [...] Cette table est promise; elle est attendue; elle est nécessaire. Notre recueil [...] serait incomplet sans cela. Nous osons croire qu'il contient des mémoires utiles, qui pourront être recherchés un jour» (6 déc. 1781).

7Exemplaires B.N., 4º Lc9 118 (3), 2 vol.; vol. I: le prospectus, 1773-1776; vol. II: 1777-1781; le numéro du 8 juin 1780 est en double; ex-libris «Chartes, livres, manuscrits. Cabinet d'Apollin Briquet (Niort)»; – 4º Lc9 118 (8), 4 vol.: 1782-1783, 1784-1785, 1786-1787, 1788-1789; dans les deux derniers volumes, quelques suppléments (en 1786, sur la famille de Joubert, à propos de droits seigneuriaux contestés; en 1789, les deux Suppléments évoqués plus haut); A.N., C 214, cinq numéros (14 juil. - 11 août 1785).

Les bibliothèques du Sud-Ouest et de l'Ouest conservent de nombreuses collections de ces Affiches. Parmi celles-ci: B.M. Poitiers, 567, 6 vol. (1773-1789), Catalogue de la bibliothèque, t. I, Poitiers, 1895; B.M. Niort, Histoire nº 3050, 3 vol.; B.M. Nantes, 87016, 11 vol. (1773-1789); B.M. Rennes, 16118, année 1774 (manque le nº 52, 29 déc.).

8Bibliographie De Lastic de Saint-Jal, Bibliothèque historique et critique du Poitou par Dreux du Radier, précédée d'une introduction, et continuée jusqu'en 1849, t. III, Supplément à la Bibliothèque, Niort, 1849, p. 646-649 (notice sur Jouyneau-Desloges). – Dugast-Matifeux, Le Premier journaliste du Poitou: notice sur René-Alexis Jouyneau-Desloges, écrite par lui-même, 8 p. extr. de la Revue des provinces de l'Ouest, 3e année, 1855-1856. Autobiographie rédigée par Jouyneau-Desloges en novembre 1814. – Imbert, Bulletins de la Société des antiquaires de l'Ouest, 3e trimestre, 1868, p. 115-117 (résumé d'une communication sur Jouyneau-Desloges). – Richard A., «Notice biographique et bibliographique sur Jouyneau-Desloges, premier journaliste du Poitou», Bulletins de la Société des antiquaires de l'Ouest, 4e trimestre, 1870, p. 425-442. Cette étude est accompagnée d'une liste de 137 articles de Jouyneau-Desloges «relatifs à la province de Poitou ou aux personnages qu'elle a produits». – Perlat R., Le Journalisme poitevin: coup d'œil historique, Poitiers, 1898. Mentionné ici pour mémoire, ce travail n'est qu'un ouvrage de troisième main où l'auteur plagie à la virgule près sans jamais le citer A. Richard. Il recopie les souvenirs inexacts et malveillants de l'ancien recteur de l'académie de Poitiers, Belin de La Liborlière (Vieux souvenirs du Poitiers d'avant 1789, Poitiers, 1846, p. 158-159), cités en note par Dugast-Matifeux (p. 3). – Bouralière A. (de la), «L'imprimerie et la librairie à Poitiers pendant les XVIIe et XVIIIe siècles», Mémoires de la Société des antiquaires de l'Ouest, 2e série, t. XXVIII, 1904, p. 1-512, notices Jean-Félix Faulcon (p. 96-128) et Chevrier (p. 356-382). – Idem, «Bibliographie poitevine, ou Dictionnaire des auteurs poitevins et des ouvrages publiés sur le Poitou jusqu'à la fin du XVIIIe siècle», Mémoires de la Société des antiquaires de l'Ouest, 3e série, t. I, 1907, p. LXXXVIII-XCV et 1-593, notices Affiches du Poitou (p. 14) et Jouyneau-Desloges (p. 315). – Ventre M., L'Imprimerie et la librairie en Languedoc au dernier siècle de l'ancien régime, 1700-1789, Paris et La Haye, 1958. – Feyel G. (art. 1), «La presse provinciale sous l'ancien régime», La Presse provinciale, p. 3-47. – Idem (art. 2), «Médecins, empiriques et charlatans dans la presse provinciale à la fin du XVIIIe siècle», 110e Congrès national des sociétés savantes, Montpellier, 1985, Histoire moderne, t. I, fasc. 1, p. 79-100. – Idem (art. 3), «Négoce et presse provinciale au XVIIIe siècle, méthodes et perspectives de recherches», article à paraître aux Editions de l'EHESS.

Gilles FEYEL

 


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