ISSN 2271-1813

 

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Dictionnaire de la presse française pendant la Révolution 1789-1799

C O M M A N D E R

   

Dictionnaire des journaux 1600-1789, sous la direction de Jean Sgard, Paris, Universitas, 1991: notice 556

LA GAZETTE DU COMMERCE ET LITTÉRAIRE (1778-1779)

1Titres La Gazette du commerce et littéraire, pour la Ville et District de Montréal. A partir du 2 février 1778: la Gazette littéraire pour la Ville et District de Montréal.

Continué par: La Gazette de Montréal / The Montreal Gazette (journal bilingue fondé par le même éditeur six ans après l'échec de sa première tentative).

2Dates 3 juin 1778 - 2 juin 1779. Un volume.

Le Prospectus, publié au printemps de 1778, en anglais, sous forme d'une lettre d'une page adressée «Aux citoyens de la ville et district de Montréal», est inclus dans la collection.

Privilège: après un démêlé avec les autorités, qui ont failli l'expulser du Canada, l'éditeur annonce dans le numéro du 2 septembre 1778 qu'il a obtenu la permission du gouverneur, Frédéric Haldimand, de continuer la publication de la Gazette, probablement à condition de n'attaquer ni le gouvernement ni la religion ni l'ordre social (voir 18 nov. 1778).

Périodicité annoncée: hebdomadaire. Périodicité réelle: hebdomadaire, sauf le numéro du 26 août 1778, qui est supprimé par les autorités.

3Description Les livraisons sont numérotées de I à LIII, mais le nº XIII (26 août) n'a jamais paru. Chaque numéro contient 4 p. in-4º, 190 x 235.

Il n'y a pas d'illustration, mais dans chaque numéro, au milieu du titre, il y a une gravure composée d'éléments symbolisant le commerce, la culture et le progrès.

4Publication Lieu de publication mentionné: Montréal (Canada). Imprimeur et éditeur: Fleury Mesplet, rue Capital.

5Collaborateurs Auteurs: fondateur directeur, Fleury MESPLET; collaborateur principal, Valentin JAUTARD.

Autres collaborateurs: les collaborateurs restent anonymes, leurs articles étant signés d'un nom de plume: Spectateur Tranquille (employé par Jautard), Canadien Curieux, Le Sincère, Le Censeur, Ingénu, etc. Mesplet fait appel à tous les hommes instruits de la région et invite même les collégiens à lui envoyer leurs œuvres.

6Contenu Contenu annoncé: informations et annonces commerciales, essais littéraires sur des sujets tendant à encourager le progrès intellectuel du pays. Contenu réel: absence de nouvelles commerciales (reflétée par le changement de titre). Les rares annonces sont placées par l'imprimeur lui-même ou alors consistent en quelques avis notariaux. Les contributeurs traitent des sujets les plus variés, de la coiffure féminine à la philosophie de Voltaire. Une dispute assez importante s'engage, d'ailleurs, entre les admirateurs de Voltaire et ses critiques. Tous sont d'accord sur le besoin de progrès culturel, sur la nécessité de répandre les connaissances et d'élever le niveau d'instruction au Canada. Pour plusieurs contributeurs la Gazette littéraire offre la possibilité d'améliorer leurs propres capacités d'écrivain tout en contribuant aux progrès du pays. Ainsi, l'auto-critique, le relevé des fautes de style, de grammaire, voire même d'orthographe chez les autres contributeurs est un thème fréquent dans les articles du journal.

7Exemplaires Bibliothèque nationale du Québec, Québec; Séminaire de Québec; Archives publiques du Canada, Ottawa.

Microfilm: Bibliothèque Redpath, Université McGill, Montréal; Bibliothèque Robarts, Université de Toronto.

8Bibliographie DP2, art. «Jautard, Valentin» et «Mesplet, Fleury». – Beaulieu A. et Hamelin J., La Presse québécoise des origines à nos jours, Québec, Les Presses de l'Université Laval, 1973, vol. 1, p. 4-7. – Brunet M., «Les Idées politiques de La Gazette littéraire de Montréal (1778-1779)», dans le Rapport de la Société historique du Canada, 1951, p. 43-50. – Collard E.A., A Tradition Lives: The Story of the Gazette, Montreal, Founded June 3rd, 1778, Montréal, Gazette Printing Company, 1953. – Marion S., Lettres canadiennes d'autrefois, Ottawa, 1939-44, vol. II. – McLachlan R.W., «Fleury Mesplet, the First Printer at Montreal», dans Mémoires de la Société royale du Canada, 2e série, XII, section 2 (1906). – Galarneau C., «Jautard, Valentin», et «Mesplet, Fleury», dans Dictionnaire biographique du Canada, Québec, Les Presses de l'Université Laval, 1980, vol. IV, p. 421-423 et 575-578. – Lagrave J.-P. de, Fleury Mesplet, 1734-1794: diffuseur des Lumières au Québec, Montréal, Patenaude, 1985. – Lagrave J.-P. de, Premier journaliste de langue française au Canada: Valentin Jautard, 1736-1787, Sainte-Foy, Québec, Editions Le Griffon d'argile, 1989. – Morin V., Fleury Mesplet, pionnier de l'imprimerie à Montréal, Montréal, 1939. – Tremaine M., A Bibliography of Canadian Imprints, Toronto, University of Toronto Press, 1952.

Historique Amené à Philadelphie par Benjamin Franklin, l'imprimeur lyonnais Fleury Mesplet s'installe à Montréal en 1776 au moment où cette ville est occupée par les troupes révolutionnaires américaines. Celles-ci parties, Mesplet est détenu par les autorités britanniques pendant quatre semaines. (Il demandera plus tard au congrès américain une indemnisation pour ses frais de déplacement jusqu'à Montréal et pour ses périodes d'emprisonnement).

Prudent après cette première arrestation, Mesplet attend 1778 pour lancer son «papier périodique». Ce sera le premier journal publié à Montréal et le premier journal entièrement de langue française au Canada (La Gazette de Québec, fondée à Québec en 1764, étant bilingue).

Malgré le désir apparent de Mesplet de ne traiter que de sujets innocents, le 13e numéro de son journal est supprimé, il échappe de justesse à l'expulsion de la colonie et ne reçoit du gouverneur Haldimand la permission de reprendre la publication de la Gazette qu'en promettant d'être plus sage.

La Gazette provoque un grand enthousiasme littéraire dans une section de la population montréalaise, quoique le rédacteur, Valentin Jautard (un autre Français) se plaigne de la mauvaise qualité des contributions. Mais le clergé montréalais est bientôt offensé par les articles à la louange de Voltaire (malgré certains autres articles qui condamnent le philosophe déiste) et par les fréquentes critiques de l'instruction dispensée dans ses collèges. Au fait, toutes les plaidoiries de la Gazette en faveur d'une amélioration du niveau de l'éducation au Canada impliquent une condamnation de la gérance cléricale de l'instruction.

Dès le 2 janvier 1779, le vicaire-général Etienne Montgolfier demande au gouverneur la suppression du journal. Haldimand hésite à agir. Mais à partir d'avril Jautard s'attaque ouvertement aux tribunaux du pays, ridiculisant leurs jugements dans ses articles. Réprimandé publiquement par le juge Hertel de Rouville, Jautard répond par un éditorial se moquant amèrement des autorités civiles.

Malgré cela, le gouvernement tolère encore pendant plus d'un mois la publication de la Gazette. Cependant, les attaques contre les tribunaux ne cessant pas, Mesplet et Jautard sont arrêtés et leur journal disparaît après le numéro du 2 juin 1779. Les deux journalistes restent plus de trois ans en prison.

Ce n'est pourtant pas la fin de la carrière de Fleury Mesplet. En 1785 il fonde la Gazette de Montréal, entreprise qui aura plus de succès que la précédente, puisque la Gazette (publiée en anglais depuis 1824) est de nos jours un des principaux journaux canadiens.

Marie-France SILVER

 


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