ISSN 2271-1813

 

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Dictionnaire de la presse française pendant la Révolution 1789-1799

C O M M A N D E R

   

Dictionnaire des journaux 1600-1789, sous la direction de Jean Sgard, Paris, Universitas, 1991: notice 565

GAZETTE FRANÇAISE DE STOCKHOLM (1781)

1Titres Gazette Françoise de Stockholm.

2Dates 2 mars - 24 décembre 1781. Bihebdomadaire paraissant le mardi et le vendredi, puis, à partir du 17 septembre, le jeudi.

3Description Un volume de 350 p., regroupant 86 livraisons de 4 p. chacune, 205 x 255, in-4º.

4Publication A Stockholm, chez J.C. Holmberg, puis chez Charles Stolpe.

Imprimeur: Johan-Christopher Holmberg jusqu'au 11 octobre; à partir du 15 octobre, la Gazette est imprimée par Charles Stolpe, mais le libraire fut toujours Holmberg.

Prix de l'abonnement: 1 rixdaler 16 schellings; prix du numéro: 1 schelling. Le 17 septembre, les lecteurs sont avertis que le prix de souscription sera de 24 schellings pour les 29 numéros de l'année qui restent à livrer, et que l'on pourra acheter la Gazette séparément au prix de 1 schelling 3 «runstycken» (ou rundstycken) [1 rixd.: 48 sch.; 1 sch.: 12 rst.]. Si la Gazette avait continué de paraître, le prix de souscription annoncé était de 2 rixdaler pour l'année. «Le nombre d'acheteurs, y compris les Souscripteurs, n'a pas surpassé de beaucoup les 200...» (Avertissement du 13 déc.).

5Collaborateurs Pehr RUDIN.

6Contenu Surtout les nouvelles politiques de l'étranger.

7Exemplaires B.R. Stockholm, Sv. Saml. Tidskr. 77 A; B.U. Uppsala, Sv. Tidning (Stockholm); B.U. Lund, Tidsdr. Sv.

8Bibliographie Mention dans Stockholms Posten, 1781, passim. – Ek S., Skämtare och allvarsmän i Stockholms Postens första aårgaångar, Malmö, 1952. – Johansson J.V., «Journalisten Pehr Rudin», dans Studier tillägnade Otto Sylwan, Göteborg, 1924.

Historique Le 2 mars 1781, le journal suédois Stockholms Posten annonça à ses lecteurs (traduit par nous):

Pour le plaisir de ceux qui désirent un compte rendu exhaustif de tous les événements politiques, et au profit de ceux qui, tout en s'informant de ce qui s'est passé dans le monde, veulent se perfectionner en français, on a l'intention de publier tous les mardis et les vendredis un journal français de 4 p. in-quarto, intitulé Gazette Françoise de Stockholm. Le rédacteur promet de faire tout son possible pour que toutes les dépêches originales importantes et toute autre nouvelle d'un intérêt quelconque paraissent dans ce journal, mais il en exclura tout ce qui, dans les grands journaux, ne sert que de remplissage. Comme on sera obligé de faire venir par la poste un grand nombre de gazettes étrangères pour en extraire des nouvelles et que la Gazette sera imprimée en caractères «corpus» et sur papier de bonne qualité, le prix de chaque numéro ne pourra être inférieur à 1 schelling; mais ceux qui payeront 1 rixdaler 16 schellings en souscription, recevront 86 numéros, c'est-à-dire le nombre total de la première année. Que Messieurs les souscripteurs daignent permettre que leurs noms soient publiés. Le premier numéro de ce journal paraîtra ce soir à 5 heures.

Ainsi, le vendredi 2 mars 1781 à 5 heures du soir, parut chez l'imprimeur-libraire Johan Christopher Holmberg, le premier numéro de la Gazette française de Stockholm. Le rédacteur et le fondateur en était Pehr Rudin (Petrus Jonae Rudin) (1733-1793). Fils d'un chapelier de Karlstad, ville située au nord du lac Vänern, il fit ses études à l'université d'Upsal, où il passa sa licence en 1758. Cinq ans plus tard, il quitta la Suède, endetté, et s'installa à Copenhague. En 1766, parut dans cette ville un hebdomadaire intitulé Den Danske Proteus (Le Protée danois). Selon toute probabilité, Rudin était l'auteur de ses 23 premiers numéros, c'est-à-dire d'environ la moitié de ce périodique, qui, d'ailleurs, ne fut guère un succès. L'année suivante, nous retrouvons Rudin en Suède, et plus précisément à Stockholm, en train de publier quatre petits ouvrages économiques. En 1777, Rudin édita sans beaucoup de succès un périodique suédois intitulé Vitterhets Journal (Journal des belles-lettres). Il y publiait des comptes rendus de poèmes suédois et étrangers, des traductions, d'Horace et de La Fontaine surtout, des causeries et des récits, des lettres enfin, inspirées des Lettres persanes.

L'année 1778 vit éclore un journal qui devait jouer un rôle important dans la vie culturelle suédoise du XVIIIe siècle finissant. Son nom était Stockholms Posten. Au cours des années 1778-1788, Pehr Rudin y rédigea les nouvelles venues de l'étranger. Sa méthode consistait à extraire et à résumer, en le traduisant, ce qu'il y avait de plus intéressant, d'un grand nombre de journaux étrangers. L'espace donné à ces nouvelles était cependant assez restreint, et c'est sans doute pourquoi Rudin eut l'idée de présenter au public francophone un exposé moins sommaire de ce qui se passait sur le plan international. Il désirait certainement tirer profit des amples matériaux dont il disposait. On trouve, en effet, un nombre considérable de journaux étrangers cités dans la Gazette française de Stockholm. En voici quelques-uns: la Gazette de Londres, la Gazette de France, le Courrier de l'Europe, la «Gazette de la Jamaïque», Le Politique Hollandois, la «Gazette de Madrid», la «Gazette de Philadelphie», la Gazette Anglo-française, le Courrier du Bas-Rhin, la Gazette de Leyde, le «Journal de Pennsylvanie», la Gazette des Tribunaux, la Gazette extraordinaire de Londres.

Le contenu de la Gazette française de Stockholm est dominé par les nouvelles politiques. Rudin suit ce qui se passe partout dans le monde, en Angleterre, sur le Continent, en Turquie, aux deux Amériques, aux Indes, et, il ne faut pas l'oublier, sur les mers. L'attention des lecteurs est dirigée vers les endroits où se sont livrées les grandes batailles, où sont discutées les questions les plus brûlantes, où sont prononcés les discours les plus éloquents et où ont été pris les arrêts vraiment décisifs. Il s'agit par exemple du blocus de Gibraltar, de la médiation de la Russie entre la Grande-Bretagne et les Pays-Bas, de la convention de neutralité-armée entre les trois «Puissances septentrionales» (c'est-à-dire le Danemark, la Suède et la Russie) et la Hollande, de la guerre en Amérique du Nord, des mouvements des marines anglaises, françaises et autres, des grands débats aux Communes. Le Compte rendu au roi par Mr. Necker, directeur-général des Finances, au mois de janvier 1781, imprimé par ordre de Sa Majesté, est cité en entier. Dans un supplément de 6 p. au nº IX, Rudin reproduit in extenso un Contre-manifeste adressé à la Grande-Bretagne par les Etats-Généraux des Pays-Bas.

Les nouvelles littéraires trouvent place dans la Gazette à condition, semble-t-il, qu'elles touchent à la politique. Tel est le cas du Prospectus d'une édition complète des œuvres de M. de Voltaire, avec les caractères de Baskerville, cité en extrait au nº XIV. Beaumarchais, apprend-on au numéro suivant, a été mandé au Parlement à cause d'une accusation portée contre ce prospectus, et aux nº LI et LVII, le rédacteur publie dans toute son étendue le Mandement par Le Franc de Pompignan, archevêque de Vienne, concernant les Œuvres de Voltaire. Tel est aussi le cas du Réquisitoire de Mr. l'avocat-général Séguier, contre l'histoire philosophique & politique des établissements & du commerce des Européens dans les deux Indes, par Guillaume-Thomas Raynal, imprimé dans toute sa longueur mais réparti sur plusieurs numéros. Tel, enfin, est le cas de cette brève notice, imprimée au nº XXXV et où figure anonymement L.-S. Mercier: «Le Gouvernement [français] vient de faire saisir un grand nombre d'Exemplaires d'un Ouvrage en 2. Volumes in-8:vo intitulé: Le Tableau de Paris. Cet imprimé, qui s'attribuë à l'Auteur de l'An 2240. est fort hardi & piquant. Un Particulier de Lausanne [l'éditeur du Tableau de Paris], qui en avoit porté ici l'Edition, a été conduit à la Bastille». On apprend quelques semaines plus tard l'heureux dénouement de cette affaire, Mercier s'étant présenté devant la police pour sauver l'éditeur emprisonné, qui n'avait pas voulu révéler le nom de l'auteur. La poésie est presque absente de la Gazette. Quelques vers panégyriques sur Necker font exception.

Les événements littéraires sont tous datés de Paris. Paris  capitale des belles-lettres, oui bien sûr, mais aussi celles des beaux-arts, et voilà que Rudin insère, réparti sur trois numéros consécutifs, un compte rendu de l'Exposition des Peintures, Sculptures & Gravures de MM. de l'Académie Royale au Salon du Louvre, le 25 Août 1781.

Les faits divers et les anecdotes font presque défaut dans la Gazette française de Stockholm. Peut-être Rudin considère-t-il ces deux genres comme du remplissage pur et simple. Quand il lui reste de l'espace à la fin d'un numéro, il prend l'occasion d'y faire imprimer de petites notices placées sous le titre commun de «Divers Articles de nouvelles inventions dans les arts». On trouve ici des sous-titres tels que «Glaces discretes», «Boetes à réveil portatives», «Miroirs concaves», «Maniere de conserver l'eau douce sans altération dans les voyages de long cours», «Bottes et souliers sans couture», «Recette contre les punaises et les fourmis». A part les articles de ce genre, qui touchent évidemment à la publicité, les annonces à proprement parler sont rares. En voici cependant deux exemples: au nº XXXIX, daté du 13 juillet, on lit: «J.C. Holmberg, Imprimeur-Libraire, vient de recevoir de Paris & débite actuellement quantité de Livres François, dont on distribuë le Catalogue dans sa Boutique.» Et au nº LXXVIII, daté du 26 novembre, on apprend: «Louis Cesar Loriot, Coeffeur de Dames fait & Vend des boucles de cheveux, des faux chignons, des tours & des toques, & généralement, tout ce qui concerne la Coeffure des Dames. Il tient aussi classe pour faire des Eleves. Sa demeure est sur la place du nord au premier étage dans la maison de Mr. Devels, au coin de Fridsgatan. Il offre ses services au Public».

L'entreprise de Pehr Rudin (tout porte à le croire) était sérieuse, on serait tenté de dire trop sérieuse. Malgré le soutien apporté par Stockholms Posten, qui, presque régulièrement, annonçait non seulement la date mais aussi l'heure de la parution de la Gazette, Rudin ne réussit pas à gagner assez de souscripteurs. Il dit lui-même que le nombre d'acheteurs, y compris les souscripteurs, n'avait pas «surpassé de beaucoup les 200». Apparemment, il ne servait à rien que plusieurs d'entre eux fussent des gens en place et que leurs noms prestigieux aient été publiés dans Stockholms Posten. Un Avertissement d'un ton presque pathétique, présente la situation précaire aux lecteurs le 13 décembre. On dirait un cri au secours. Mais en vain. Le nº LXXXV, du 20 décembre, contient cette prière: «Les Personnes qui desireront cette Gazette pour l'année prochaine sont priées de souscrire au plutôt chez le Libraire J.C. Holmberg, afin qu'on ait le tems de faire les arrangemens necessaires, en cas que la Gazette puisse continuer». Et le dernier numéro, paru la veille de Noël, se termine par cette phrase laconique mais qui en dit long: «Si la Gazette continue N:o I. paroîtra le 3. Janvier».

Barbro OHLIN

 


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© Universitas 1991-2017, ISBN 978-2-84559-070-0 (édition électronique)