ISSN 2271-1813

 

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Dictionnaire de la presse française pendant la Révolution 1789-1799

C O M M A N D E R

   

Dictionnaire des journaux 1600-1789, sous la direction de Jean Sgard, Paris, Universitas, 1991: notice 57

AFFICHES DE PROVINCE (1752-1785)

1Titres Annonces, affiches et avis divers.

Devient à partir de juin 1761: Affiches, annonces et avis divers (l'ancien titre ne manque pas d'apparaître plusieurs fois).

Continué par le Journal général de France (1786-1790).

2Dates Hebdomadaire, 3 mai 1752 - 10 décembre 1783. 4 p. tous les mercredis, avec privilège. A partir du 16 décembre 1783, ces 4 p. paraissent trois fois par semaine, avec le sous-titre: Journal général de France.

3Description 25 vol. à pagination continue, sans page de titre jusqu'en 1763. Les livraisons, 52 (ou 53) par an, sont numérotées successivement chaque année. 175 x 240, in-4º.

4Publication A Paris de l'imprimerie de la veuve Delormel et fils; l'imprimerie H. L. Guerin (31 mai 1752); Bureau d'Adresse, aux Galeries du Louvre, vis-à-vis la rue Saint-Thomas (7 mars 1753); Bureau des Affiches rue Baillet, vis-à-vis de la Monnaie (3 juin 1761); Bureau des Affiches rue Thibautodé, derrière la Monnaie (1762); Bureau des Affiches, rue neuve Saint-Augustin, près celle de Richelieu, à l'hôtel de Croissy (1781).

Souscription: 7 # 10 s. franc de port partout en France (en 1762).

5Collaborateurs Anne-Gabriel de MEUSNIER DE QUERLON, dont le premier volume porte le portrait en frontispice, en est pendant 22 ans l'auteur. COSTE DE PUJOLAS aurait fait les numéros des deux premières années, et l'abbé de FONTENAI succède à Querlon en 1776.

6Contenu «On va composer une Affiche pour les provinces, qu'on y distribuera une fois par semaine, et franche de port au même prix que la Gazette de France, c'est-à-dire à raison de sept livres dix sols par an. Cette Affiche formera une feuille, où l'on insérera tout ce qui peut intéresser le commerce, la simple curiosité, la santé même. Si elle est goûtée dans les provinces autant qu'elle l'est à Paris et à Lyon, on remplira dans la suite toutes les vues qu'on a, pour former une correspondance aussi complète qu'il soit possible de l'imaginer» (Avis envoyé avec la Gazette provinciale, cité par Feyel, Gazette, p. 177).

«Il s'agit à l'origine d'une feuille de renseignements pratiques, légaux et commerciaux: hypothèques, mises en vente, arrêts de justice et de finances, annonces de marchands et de particuliers, prix des denrées, anecdotes, faits divers... Elles insèrent également des articles de science, de médecine, d'économie rurale; elles critiquent les spectacles et commentent des ouvrages. Cette partie littéraire, d'abord inexistante, se développa progressivement» (H.G.P., p. 323). «Aucun de nos lecteurs, écrit l'auteur en 1759, n'ignore comment cette feuille est devenue peu à peu presque entièrement littéraire» (p. 1). Au début, on trouve les rubriques suivantes: «Biens seigneuriaux à vendre», «Charges, offices ou rentes à vendre», «Annonces et avis divers», «Nouvelles des places maritimes», «Edits, arrêts ou sentences», «Spectacles» (opéra, comédiens français et italiens), «Cours des effets commerçables» (et cours des actions et des changes). L'année suivante, on ajoute «Morts» et «Nouvelles de Cadix». Exceptionnellement, une notice sans rubrique vient en tête, par exemple l'accouchement de la Dauphine (12 sept. 1753).

La réaction n'a pas dû être favorable, car un nouvel avis en mai 1753 défend la feuille: «C'est à tort qu'on se plaint qu'elle n'est pas assez intéressante» (Avis concernant la Gazette de France et les Affiches des provinces, dans Feyel, Gazette, p. 177). La direction se heurta à la difficulté de contenter un public très vaste par la publication d'annonces d'un intérêt forcément limité; c'est ce qui contribua à la transformation des Affiches en feuille littéraire, évolution dans laquelle Meusnier de Querlon eut un rôle décisif.

Rapidement, la rubrique «Annonces et avis divers» se transforme en notices et critiques de livres, occupant, une année après sa création, plus de la moitié des colonnes du journal; l'entrée «Livres nouveaux» en vient à dominer dans la table des matières annuelle. Il s'agit là d'un changement délibéré, comme le montre le premier éditorial de Querlon, le 6 février 1754: «La variété qui fait le prix de nos feuilles, ne nous permet pas de donner à certaines matières autant d'étendue qu'on le désirait». L'auteur attire l'attention sur les aspects qui paraissent le plus appréciés, à savoir la partie littéraire et les questions relatives à la santé: «Nous déférons en cela au goût d'un très grand nombre de personnes qui nous en ont marqué leur satisfaction». Le journal se flatte en particulier de devancer les comptes rendus des autres périodiques. Pour un temps, cette rubrique est divisée en littérature française et littérature étrangère, après quoi viennent d'autres sortes d'annonces. Selon l'Avertissement du 7 janvier 1756, un seul lecteur a protesté contre la partie littéraire. L'auteur insiste sur l'importance commerciale des livres: «ils forment une branche de commerce qu'il ne faut pas plus négliger que les autres»; mêmes brèves, ces annonces sont toujours utiles, car les journaux littéraires coûtent plus cher et ne sont pas lus de tous; «mais nous ne perdons point de vue ni le commerce, ni les ventes, ni en un mot ce qui faisait le fondement de nos premières feuilles».

L'auteur reconnaît que si les Affiches ont pris ce tournant, c'est en grande partie parce qu'elles n'avaient pas su répondre à leur premier but, faute de la collaboration générale que l'on avait espérée: «Ce n'est qu'environ depuis un an que nous nous apercevons qu'on commence à connaître l'usage d'une feuille qui a du moins sur tout ce qui porte le nom d'écrit périodique (dont la distribution est plus lente) l'avantage de la célérité, souvent si nécessaire et toujours utile». Les annonces et avis occupent désormais presque tout le journal, ne le partageant plus qu'avec des rubriques commerciales réduites (biens seigneuriaux à vendre, offices, spectacles, cours).

A partir de 1758, chaque année commence par un «Avertissement», «discours préliminaire» ou «préambule» qui sert de résumé et d'éditorial. L'avertissement du 4 janvier 1758 présente une nouvelle justification: «Le plan de notre feuille est en quelque sorte l'ouvrage de la plus grande ou de la plus saine partie des lecteurs. C'est après avoir bien consulté le goût général, qui est toujours le plus sûr, que cette feuille a pris la forme et le ton qu'elle a conservés depuis 1754. Si conformément aux invitations que nous avons réitérées tant de fois, deux ou trois abonnés dans chaque province, avaient voulu contribuer au fond de cette feuille, elle serait infiniment plus curieuse». L'année suivante, Querlon exprime sa satisfaction devant son indéniable succès: «Si le public est accablé de tant d'écrits périodiques qui se multiplient tous les jours, le nôtre a du moins l'avantage de ne fatiguer ni l'attention, ni la bourse. C'est le moins cher de tous, le plus court, le plus tôt lu, le plus tôt oublié peut-être, et peut-être encore un de ceux qui demandent le plus de soin» (3 janv. 1759). «Aucun de nos lecteurs n'ignore comment cette feuille est devenue peu à peu presque entièrement littéraire: il est question de savoir si elle y a gagné ou perdu. Si nous nous réglons sur les témoignages qui nous viennent de temps en temps de la part de nos abonnés, tout nous autorise à penser qu'elle est actuellement, sous la forme la plus propre à remplir notre but, qui est d'instruire et d'amuser». Cependant, cette feuille, précise-t-il, ne prétend pas s'élever au rang des journaux; elle n'en est que l'avant-coureur, terme qui lui conviendrait parfaitement si elle n'était mêlée d'autres matières. Mais elle est faite de façon à «tenir lieu de journaux à ceux qui ne les liraient point». Elle sert aussi à stimuler la lecture: «C'est en les lisant qu'on vivifie nos ouvrages». Ce sont donc les lecteurs qui l'ont créée: «le mérite singulier de notre feuille, est d'avoir été, pour ainsi dire, formée par ceux même qui la lisent; c'est d'être en grande partie l'ouvrage de cette portion du public qui la soutient en l'accueillant, et qui la nourrit par son propre usage» (1761, p. 2).

Favorable à beaucoup d'ouvrages philosophiques, le journal est plus circonspect quant à l'ordre politique et social, et au total très prudent. «De 1752 à 1756, on relève 17 articles sur la politique, 42 sur la philosophie et la morale, 93 sur la théologie et la piété, 125 sur la physique et l'histoire naturelle, 209 sur les belles-lettres» (H.G.P., p. 325).

Table pour l'année à la fin de chaque vol. Une souscription pour une réédition des tables séparées jusqu'en 1759 est annoncé en 1762 (p. 205).

7Exemplaires B.N., 4º Lc2 66.

8Bibliographie DP2, art. «Querlon»; H.G.P., t. I, p. 323-327. – Le Nécrologe des hommes célèbres, 1778, p. 141-165 (Coste de Pujolas), et 1781, p. 301-316 (Meusnier de Querlon; notice retranchée du vol. de 1781, mais le cahier la contenant n'en figure pas moins dans l'ex. de la B.N.). – Feyel, p. 176-181.

Historique Les Annonces, affiches et avis divers sont couramment appelées l'«Affiche des provinces» (table fin du t. I), l'«Affiche de province», ou même «Petites affiches de province». La similarité des titres et de leurs variantes familières a souvent prêté à confusion avec une tout autre feuille, les Annonces, affiches et avis divers d'Aubert, commencées vers la même époque (13 mai 1751), et connues aussi sous le nom de «Petites Affiches» ou d'«Affiches de Paris». L'histoire extrêmement complexe du privilège est intimement liée à celle de la Gazette et des Affiches de Paris (voir ce titre et DP2, art. «Meslé», «Le Bas de Courmont», «Boudet» et «Benezech»).

Peu après le début des Affiches de Paris, une seconde édition de la Gazette fut créée pour la province (29 avril 1752); à l'aide de petits caractères, elle était composée sur 4 p. et 2 col.; l'abonnement était de 7 # 10 s. En même temps et pour le même tarif annuel étaient proposées les Affiches de province, dont la première feuille parut le 3 mai, sous la direction de Meusnier de Querlon.

Ces Annonces-ci paraissent début mai 1752 à Paris dans les bureaux de la Gazette de France sous la direction de Meusnier de Querlon, détenteur du privilège. Ce n'est pourtant pas lui qui en assure au début la rédaction, comme il le confirme lui-même en évoquant en 1764 «l'onzième année de notre carrière, et la treizième depuis l'établissement de l'Affiche» (p. 2). Ici quelques détails utiles nous sont fournis par son nécrologue: «Il avait publié quelques ouvrages de critique, lorsque le marquis de Meslé, alors propriétaire du privilège de la Gazette de France, l'associa à ce travail ingrat et pénible; il persévéra pendant cinq ans: il avait obtenu la rédaction des petites Affiches des Provinces, et s'était chargé du Journal Etranger. On a dit qu'il avait fait marcher, pendant deux ans, ces trois ouvrages de front; mais il s'était déchargé sur M. Coste, du travail des petites Affiches» (Nécrologe, 1781, p. 303). L'éloge de Coste de Pujolas, en 1778, avait affirmé en effet que celui-ci «travaillait alors à un journal littéraire, continué après lui par M. Querlon, et qui est aujourd'hui rédigé par M. l'abbé de Fontenai»; selon l'auteur, Coste y avait volontairement renoncé parce que «la délicatesse de son goût lui rendait ce travail pénible et difficile» (p. 155). Querlon en aurait donc assumé la rédaction en 1754; la Gazette et les Annonces seront séparées en octobre 1756 (Avis 1762, p. 120).

En mai 1776 un avis apprendra au lecteur l'indisposition de l'auteur; une note à la main dans l'exemplaire de la B.N. signale que «Les affiches suivantes à commencer au nº 18 sont de M. l'abbé de Fontenai». C'est ce dernier qui prend la parole pour louer Querlon dans le «discours préliminaire» de 1777. A partir de 1779, on ajoute au titre du journal: «par M. l'abbé de Fontenai». Un avis début 1782 souligne à l'intention des souscripteurs la distinction à faire entre l'auteur Fontenai et M. Fontenay, directeur général du Bureau des Affiches.

Ainsi, «c'est de Paris que partit l'initiative de créer une presse provinciale» (H.G.P.). L'émulation un peu partout en province a sans doute contribué à cette évolution de son contenu, ce dont d'ailleurs Querlon se félicite: «Notre feuille a eu le sort des journaux, dont la nombreuse postérité (c'est l'expression de Fontenelle) est aujourd'hui répandue partout; elle a produit des filles qui probablement auront la même fécondité, et chaque ville, chaque bourg au village aura bientôt son affiche particulière» (1761, p. 1).

La transformation de la feuille hebdomadaire en journal paraissant trois fois la semaine avec le sous-titre «ou Journal Général de France» résulte de sa fusion avec d'autres périodiques. Le premier numéro ainsi modifié (nº 51, 16 déc. 1783) est accompagné d'un nouveau prospectus préparant le renouvellement des souscriptions à la fin de l'année. «On conservera, dans cet ouvrage périodique, tous les articles qui font la matière des Affiches de Province, et l'on y joindra tous les objets qui, jusqu'à ce jour, ont été traités séparément dans la Gazette et le Journal d'Agriculture, Commerce, Arts et Finance.» Suit une liste de 19 rubriques qui seront incorporées. L'abonnement sera de 16 # 4 s. franc de port. La pagination de ce volume reste interrompue. Ce n'est qu'au début de 1786 que le titre devient  avec un nouveau prospectus  Journal général de France.

Philip STEWART

 


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