ISSN 2271-1813

 

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Dictionnaire de la presse française pendant la Révolution 1789-1799

C O M M A N D E R

   

Dictionnaire des journaux 1600-1789, sous la direction de Jean Sgard, Paris, Universitas, 1991: notice 643

JOURNAL DE COMMERCE 1 (1759-1762)

1Titres Journal de commerce; devient en décembre 1761: Journal de commerce, et d'agriculture.

Le Journal n'a pas connu de continuation effective malgré les propositions du Parisien Dufresne (voir plus loin).

2Dates Janvier 1759 - décembre 1762. Il est approuvé d'abord par le censeur N. Kerpen, chanoine pléban de Sainte-Gudule, le 28 novembre 1758. Le privilège impérial a été accordé le 13 août 1761 (Bruxelles, Archives générales du royaume, Conseil privé autrichien 1065; il est également imprimé dans la livraison de janvier 1762). Pour le prospectus voir plus loin.

La périodicité annoncée est mensuelle et l'ensemble de la collection tient en 48 fascicules datés, reliés en un nombre variable de volumes. L'Avertissement de janvier 1761 fait allusion à des retards d'impression. Un avis imprimé en janvier 1762 signale le retard des expéditions par «défaut de fonds», les souscripteurs ayant tardé à renouveler leur abonnement. La périodicité réelle du Journal n'a donc pas été mensuelle.

3Description Pas de tomaison annuelle ou autre imprimée. Quand elle existe, elle est le simple fait des relieurs. Le nombre de pages varie d'un fascicule à l'autre: elle se situe pour la période 1759-1760 entre 199 et 234 p., et pour la période 1761-1762 entre 156 et 199 p. Chaque livraison possède sa pagination propre et l'imposition des feuilles est in-8º. Les dimensions varient en raison du rognage effectué lors de la reliure. L'aspect des volumes est celui des in-8º courants.

Le Journal s'adjoint à partir de janvier 1761 l'éloquente devise (constituée de trois «dicta»?): Jubet amor patriae, natura juvat, sub numine crescit.

Il ne comporte pas d'illustrations mais de temps à autre des hors-texte de grand format pliés aux dimensions des fascicules, ainsi que des pages non chiffrées, viennent s'ajouter à l'ensemble.

4Publication Le Journal paraît de janvier 1759 à décembre 1760 sous la marque bruxelloise réelle de l'imprimeur J. Vanden Berghen, domicilié Vieille Halle au blé. A partir de janvier 1761 le périodique paraît sous la marque bruxelloise réelle du libraire-imprimeur P. de Bast, imprimeur du gouverneur général, domicilié Montagne de la Cour.

La souscription annuelle pour 12 livraisons est fixée à 2 gros écus et demi, ou 15 # de France, payable par anticipation. Vendu par livraison le Journal coûte plus cher: 2 escalins et demi ou 32 s. A partir de 1762 la souscription annuelle pour la France et l'Allemagne est portée à 20 #, soit une augmentation de 33%.

Le Journal est disponible dans les Pays-Bas, la principauté de Liège, dans les Provinces-Unies, en Suisse, dans les Etats allemands, au Danemark, en Grande-Bretagne (chez Seyffert à Londres) et dans toutes les villes françaises. Tout comme son confrère londonien, le libraire parisien Lambert fait offre de bons services.

Le nombre d'abonnés et le tirage du Journal sont inconnus. Il est dédié dès le nº 1 au prince Charles Alexandre de Lorraine, gouverneur général des Pays-Bas autrichiens.

5Collaborateurs Quoiqu'en ait prétendu J.M. Quérard (t. V, p. 39; t. VIII, p. 167-168) fidèlement suivi par plus d'un bibliographe et historien (Catalogue des imprimés de la B.N.), le Journal n'est pas l'ouvrage de L.F. Le Camus et de l'abbé P.J.A. Roubaud. Les documents mis au jour par H. Hasquin font clairement état d'un seul auteur, Jacques ACCARIAS DE SERIONNE (1706-1792?). C'est lui qui l'a fondé et rédigé. Une malheureuse affaire financière força Serionne à se retirer dans les Pays-Bas vers novembre 1757. Il gagna la confiance du ministre plénipotentiaire de Vienne, Cobenzl, par des travaux et obtint de publier le Journal à partir de janvier 1759. L'affaire périclita au bout de trois ans et Serionne passa dans les Provinces-Unies (1763) pour s'installer ensuite en Autriche, où il serait décédé à Vienne en 1792. Son séjour à Bruxelles fut entrecoupé de voyages en Hollande; il rédigea et publia aussi son intéressant Almanach des commerçants (Bruxelles 1762).

Quoique les documents officiels soient muets sur ce point il est difficile de croire que Serionne ait été le seul rédacteur du Journal. Son biographe de 1889 affirme qu'il aurait reçu la collaboration assidue d'un économiste et négociant nantais, Jean Gabriel Montaudoin de La Touche (1722-1781). Le biographe omet du reste de prouver ce propos. Il est cependant avéré que La Touche collaborera aux Intérêts des nations de l'Europe de Serionne (Leyde 1766). Nous n'avons pu recueillir d'autres informations sur ce point. Remarquons cependant que la dédicace est signée A.D., initales qui désignent les signataires. Le privilège de 1761 mentionne J. de *** «notre secrétaire titulaire» comme seul requérant et «Auteur» du Journal. Accarias n'est nommé que par l'initiale de son prénom.

6Contenu L'Avertissement de janvier 1759 relayé par celui de janvier 1762 souligne la nouveauté du Journal à cause de sa portée utilitaire et son objet principal, le commerce, devenu une «science d'Etat». Le Journal offrira donc des études, des textes, des comptes rendus d'ouvrages spécifiques, des listes de prix, des adresses, des avis de circulation des denrées etc. mais il ne négligera pas les sciences auxiliaires du commerce telles que l'astronomie (pour la navigation), la chimie (pour les métaux), la botanique, l'histoire, le droit, la technologie.

Le programme ainsi proposé est assez fidèlement rempli. On trouve des annonces diverses (voies de circulation, ventes, prix, changes), des études entre autres sur le commerce étranger (en sept. 1759 - avril 1760, dont H. Hasquin a prouvé qu'elles sont de Serionne), des avis divers (commerce, industrie, autorités locales, catalogues de firmes, manufactures, etc.), les cours des denrées et des produits à Amsterdam (cette rubrique disparaît en janvier 1761), le tableau des changes, des assurances, obligations et statistiques (disparaît en janvier 1762), des comptes rendus entre autres de L'Ami des hommes (janv. 1761 - mars 1762), des lettres (authentiques?) de lecteurs, pour la plupart anonymes, des textes polémiques (avec les physiocrates) et des études sur l'agriculture. Périodique équilibré, soigneusement relu comme le montrent les nombreux errata, bien à l'image de cette nouvelle presse spécialisée qui est en train de naître, le Journal, qui reflète les vues gouvernementales de Vienne et de Bruxelles, n'appartient pas de fait à Serionne: celui-ci dispose d'une marge étroite pour se profiler et il y parvient. Le Journal n'est donc pas dénué d'intérêt.

Il existe des tables détaillées par années.

7Exemplaires Les collections complètes du Journal sont rares: B.N., V 28726-28745; B.R. Bruxelles, VH 24923 (manquent la dernière livraison de 1759, la troisième de 1760 et les 3 dernières de 1762).

8Bibliographie Le Journal n'a pas été réédité et n'a pas été contrefait. Il est mentionné à l'époque entre autres par François Chevrier dans Le Colporteur (Londres 1762; cf. la réédition d'A. Van Bever, Paris, 1914, p. 14, 15, 116, 117, 254); Grimm, C.L. (t. VII, p. 258; t. VIII, p. 98); F.L., 1769, t. I, p. 405. B.H.C., p. 65. Cior 18, t. I, p. 216. DP2.

Sur Accarias de Serionne, outre les archives de Bruxelles (Archives générales du royaume, secrétairie d'Etat et de Guerre 1233, 2247, 2248, 2250; Conseil privé autrichien, liasse 1065) et de Vienne (Österreichisches Staatsarchiv, Berichte DDA 75, 94; Depeschen DDA 43), on lira J. Accarias, «Un Publiciste dauphinois du XVIIIe siècle. Jacques Accarias de Serionne: sa famille, sa vie, ses ouvrages», Bulletin de l'Académie delphinale (1889), t. III, p. 487-533, et avant tout H. Hasquin, «Jacques Accarias de Serionne économiste et publiciste français au service des Pays-Bas autrichiens», Etudes sur le XVIIIe siècle, Bruxelles, 1974, t. I, p. 159-170. Voir également DP2, art. «Accarias de Serionne».

Historique Lancé en janvier 1759, pourvu de l'indispensable autorisation de la censure, le Journal de commerce, rédigé par Jacques Accarias de Serionne est une feuille gouvernementale comme tous les périodiques publiés alors dans les Pays-Bas autrichiens. En gagnant la confiance de Cobenzl par ses travaux Serionne ne peut cependant acquérir de fonction ou de titre officiels. Les Pays-Bas n'avaient pas encore de périodique commercial: le gouvernement de Bruxelles saisit l'occasion et c'est ainsi que Serionne devient journaliste. On ignore comment l'affaire s'est emmanchée: il n'a pas été trouvé de documents préalables à la parution dans les archives du Conseil privé, ni requête, ni consulte, ni décret. Le premier acte officiel connu est l'approbation par la censure: tout porte à croire qu'à ses débuts le Journal a été édité et imprimé par permission tacite issue des plus hautes autorités gouvernementales. Du reste, le Journal est régulièrement expédié à Vienne et il y donne satisfaction. Le 19 octobre, l'impératrice Marie-Thérèse enjoint au gouverneur général de payer à Serionne une gratification de cent pistoles (soit 1050 florins, somme considérable) qui sera versée sur les comptes secrets. Ces versements seront renouvelés annuellement jusqu'en 1762: ils font vivre Serionne et «son» périodique: le journaliste du reste demande et obtient plusieurs fois des versements anticipés. Il jouit donc manifestement de la bienveillance protectrice du gouvernement. Le Conseil privé rejette aussi en 1760 le projet d'une feuille plus ou moins concurrente; le 13 août 1761 le Journal reçoit enfin un privilège qui lui garantit certes l'exclusivité mais réserve aux autorités le droit de désigner «à l'avenir» un successeur de leur choix.

Il semble que les difficultés ont surgi assez tôt. L'Avertissement de janvier 1761 fait allusion à des difficultés d'impression. L'imprimeur Vanden Berghe est dit trop occupé pour imprimer «notre Journal avec toute l'exactitude que demande un Ouvrage de cette nature». Le retard accumulé (dont l'ampleur n'est pas précisée) sera rattrapé. On change d'imprimeur, on utilise des caractères nouveaux et d'un corps plus petit, ce qui permettra de supprimer «quelques feuilles» pour «la même quantité de matières». Effectivement la moyenne des pages est en régression. Mais des rubriques disparaissent également. Le Journal cesse brusquement de paraître après décembre 1762. Les raisons de cet arrêt non annoncé restent obscures. Manque de succès? H. Hasquin pense que le gouvernement n'a pas retiré le profit escompté. Profit financier? moral? Lorsqu'en 1765 le Parisien Dufresne sollicite un privilège pour continuer le Journal, il se voit débouté par le Conseil privé qui justifie son refus en estimant inutile la publication de journaux sans intérêt, sans succès, plus inspirés par «la fureur d'écrire et de gagner en écrivant» que par «le désir d'être utile». Allusion à Serionne? Celui-ci avait-il déplu? Nous ne le croyons pas, car les ponts avec Vienne ne furent pas rompus. Serionne prétend en 1763 qu'il est chargé d'une mission économique; il continue à rendre des services au ministre plénipotentiaire et est payé sur les fonds secrets pour ses prestations au moins jusqu'en 1767.

Il est par ailleurs évident que si le gouvernement avait absolument désiré la poursuite du Journal de commerce, il l'aurait mise en œuvre quand et comment il l'entendait. Or, il n'en fit rien. Des recherches nouvelles permettront un jour, espérons-le, d'apporter une réponse précise et concrète à cette question.

Jeroom VERCRUYSSE

 


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© Universitas 1991-2017, ISBN 978-2-84559-070-0 (édition électronique)