ISSN 2271-1813

 

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Dictionnaire de la presse française pendant la Révolution 1789-1799

C O M M A N D E R

   

Dictionnaire des journaux 1600-1789, sous la direction de Jean Sgard, Paris, Universitas, 1991: notice 68

AFFICHES DE TOURAINE (1768-1797)

1Titres Bureau des Affiches de la généralité de Tours (1768), puis Annonces, affiches, nouvelles et avis divers de la Touraine, l'Anjou et le Maine, généralité de Tours (14 mars 1772), Affiches de la Touraine et de pays saumurois (1778-1785), Journal de Touraine (1789), enfin Journal patriotique du département d'Indre et Loire, ou l'Ami de la République (1794-1797).

2Dates Feuille fondée en 1768, et non en 1767 comme le dit A. Dorange. Le 14 août 1773, Bruslon du Boullay, son rédacteur, se plaint des abonnés et précise: «Lors de l'établissement de notre feuille (en l'année 1768) nous voulûmes bien ne pas tirer à la rigueur l'usage de faire payer d'avance l'abonnement [...]». Il confirme cette date dans sa supplique au garde des sceaux, le 23 mars 1789: «Remontre très humblement qu'en 1768 il jeta les fondements d'une feuille périodique connue sous le nom de Journal de Touraine, que le privilège nécessaire lui fut accordé par M. Le Bas de Courmont, lors fermier général; qu'il a joui paisiblement et sans trouble de cette commission jusqu'à ce jour, que ses fonctions de rédacteur ont été à l'abri de tous reproches soit de la part de M. Du Cluzel intendant, soit de M. Daine son successeur, soit enfin de feu M. Loiseau lieutenant général de police, censeur par sa place de ce petit ouvrage» (A.N., V1 551). La bibliothèque de Tours ayant brûlé en 1940, on ne peut reconstituer l'histoire de cette feuille qu'en s'appuyant sur son ancien Catalogue méthodique. Vient surtout à notre secours le seul volume actuellement connu de ces Annonces, conservé à la B.M. du Mans. A lire le Catalogue, il semble que la première feuille avait pour simple titre Bureau des Affiches de la généralité de Tours. Elle paraissait tous les quinze jours, et était distribuée contre un abonnement de 3 #, ainsi que l'indique son rédacteur le 14 mars 1772. Ce Bureau des Affiches avait été créé sans l'assentiment du propriétaire du privilège général des Affiches, qui avait fini par faire valoir ses droits: «Les établissements les plus avantageux pour la société, ne doivent souvent leur existence qu'à des causes légères, qu'à des événements peu intéressants dans leur principe. Les Affiches que le sieur Bruslon du Boullay a fait distribuer depuis plusieurs années, n'ont eu pour objet jusqu'à présent, que l'annonce des biens, charges et effets à vendre. Quoiqu'il sentît parfaitement l'avantage d'unir dans ses feuilles l'utile à l'agréable, il s'est astreint à une forme sèche et stérile, parce que l'établissement de son Bureau des Affiches n'était pas encore revêtu des formalités requises pour le rendre stable. L'amour du bien public lui faisant sentir de plus en plus l'avantage et la nécessité même, de donner à ses Affiches une forme plus intéressante et plus utile, il a obtenu un privilège exclusif, qui rend légal l'établissement de ses feuilles périodiques; il peut donc maintenant répondre aux invitations de plusieurs personnes, en donnant à ses Affiches la forme qu'ont celles de plusieurs provinces» (Feyel, art. 2, n. 9, p. 108).

Devenues hebdomadaires à partir du 14 mars 1772, les Annonces de Touraine sont distribuées le samedi, le Journal de Touraine, toujours hebdomadaire, le vendredi. Bruslon du Boullay publie ses Affiches pendant la Révolution, jusqu'à la fin de juillet 1797. Le dernier numéro connu du Journal patriotique du département d'Indre et Loire, une feuille paraissant le 5 et le 10 de chaque décade, est daté du 25 messidor An V (13 juil. 1797, nº L). Le 10 thermidor de l'An V (28 juil. 1797), est publié le premier numéro du Journal général d'Indre et Loire, imprimé par Norbert Lhéritier. Le nouveau journal paraît lui aussi le 5 et le 10 de chaque décade. A lire son prospectus, il semble qu'il succède à la feuille de Bruslon, avec qui Lhéritier a probablement traité: «Presque tous les départements ont reconnu la nécessité de journaux consacrés à recueillir tout ce qui les intéresse particulièrement. Celui d'Indre et Loire a été privé jusqu'ici des avantages qu'offrent ces établissements, et qu'on eût en vain cherchés dans le Journal patriotique du citoyen Bruslon. Le discrédit dans lequel cette feuille est tombée depuis quelque temps, n'est dû, sans doute, qu'à l'insuffisance des ressources du rédacteur, qui, se renfermant dans un cercle beaucoup trop étroit, avait, pour ainsi dire, conservé la forme insignifiante des journaux de l'ancien régime». Répondant à une enquête lancée par le Directoire le 13 vendémiaire An VI (4 octobre 1797), le commissaire près l'administration du département confirme la disparition du journal de Bruslon: «Sa profonde nullité ne le fait guère regretter» (R. Vivier, A.D. Indre-et-Loire, L 126, fº 92-96).

3Description Le Bureau des Affiches de la généralité de Tours était imprimé sur 4 p. probablement in-4º. Les quatre numéros bimensuels de janvier-février 1772 couvraient 16 p., puisque le premier numéro des Annonces de Touraine (14 mars 1772) est numéroté 5 et paginé 17-24 à leur suite. De format in-4º (format rogné 195 x 252), les Annonces de Touraine sont imprimées sur deux colonnes. Les trois premiers numéros (nº 5-7, 14-28 mars) ont 8 p. (p. 17-40). Par la suite, la feuille n'a que 4 p. La pagination étant continue tout au long de l'année, il y a 200 p. et 46 numéros en 1772 (y compris les quatre premières feuilles de janv.-févr.), 208 et 52 en 1773. Selon le Catalogue, les Affiches de Touraine et pays saumurois étaient imprimées sur 8 p. in-8º. Le Journal de Touraine a toujours en 1789 ce même petit format in-8º. Les numéros ont alors 8 à 12 p.; celui du 20 mars (nº VII) est paginé 65-76 (format non rogné 127 x 190). Le Journal patriotique du département d'Indre-et-Loire a retrouvé le format in-4º (deux colonnes, 4 p., dimensions non rognées 207 x 269), le nº L du 25 messidor An V est paginé 193-196.

Au début des Annonces, l'imprimeur et le rédacteur ont quelque mal à calibrer leur texte. Les numéros 5 à 14 (14 mars - 16 mai 1772) sont imprimés en caractères assez gros, de type Cicéro ou Philosophie. La première page de chacun est décorée d'un haut bandeau rectangulaire, large cadre historié enserrant en son centre la numérotation. Le titre s'étend ensuite sur quatre lignes, précédant l'épigraphe latine Fama volans venit utilium praenuncia rerum, puis la date. Le tout occupe les deux tiers de la page (nº 5, 6 et 7). Le numéro 14 n'ayant que quatre pages, l'imprimeur a gagné de l'espace en réduisant considérablement l'emprise du titre, tout en gardant le même bandeau. Avec la feuille suivante (nº 15, 23 mai), il agrandit encore la place consacrée au texte en l'imprimant avec un plus petit caractère, du genre Petit-Romain, ce qui permet au titre de retrouver presque son ampleur initiale. La feuille changeant d'imprimeur avec le nº 37 (24 oct. 1772), elle est ornée d'un nouveau bandeau, le titre est imprimé sur trois lignes, une vignette passe-partout entoure la première lettre majuscule du texte, désormais composé en caractères encore un peu plus petits (caractères Gaillarde?). Gardant toujours le même libellé, le titre occupe de nouveau quatre lignes à partir du nº 6 (6 févr. 1773). Le Journal de Touraine a un décor extrêmement réduit. Le titre, imprimé sur deux lignes, est suivi de la nouvelle épigraphe Cogimur ipsius commoditate frui (Ovide); le tout est enchâssé dans un simple cadre rectangulaire constitué de deux filets parallèles. Sont mentionnés au-dessus la numérotation à gauche, l'âge de la feuille (22e année) à droite, et au-dessous la date. Le Journal patriotique n'a aucun décor. Le titre, imprimé sur trois lignes, est précédé de deux filets horizontaux soulignant la numérotation à gauche, la devise «Liberté, Egalité, République» au centre, l'âge de la feuille (30e année) à droite. Sous le titre, la date s'étend sur une ligne: «Quintidi 25 messidor de l'an 5 de la République Française, une et indivisible (13 juil. 1797. v.s.)».

4Publication Les Annonces / Journal de Touraine ont utilisé les services de plusieurs imprimeurs. Signant la feuille «A Tours, chez Jean Masson, Imprimeur de Mgr l'Archevêque et du Clergé, près Saint-Pierre du Boille», le premier d'entre eux a exercé entre 1758 et 1772. Après sa mort, François Vauquer imprime les Annonces à partir du 24 octobre 1772; imprimeur entre 1768 et 1791, il signe «A Tours, de l'Imprimerie de François Vauquer, Imprimeur du Roi». A son tour, son frère Auguste Vauquer (imprimeur 1778-1793) imprime la feuille (selon le Catalogue). En 1789, le Journal de Touraine sort de l'atelier de François Légier (imprimeur 1775-1815): «A Tours. De l'Imprimerie de L.-M.-F. Légier». Pendant la Révolution, probablement à partir de 1790 ou 1791, Bruslon du Boullay imprime lui-même son journal.

L'abonnement est de 6 # «pour les personnes de la ville» et de 7 # 10 s. «pour les autres villes» (1772-1773). La feuille est diffusée par un porteur en ville, par la poste, ou par tout autre moyen moins sûr: «Plusieurs de nos abonnés des environs de Tours, en souscrivant pour notre Affiche, nous ont donné leur adresse chez des particuliers de la ville. Nous avons toujours été très exacts à remplir leurs intentions, malgré cela nous avons le désagrément de recevoir des reproches sur ce que nos feuilles ne leur parviennent pas avec exactitude. Ces reproches auxquels nous sommes sensibles nous engagent à supplier nos abonnés qui ne peuvent recevoir directement nos feuilles par la poste ni par le porteur en ville, de vouloir bien, à l'imitation de quelques-uns parmi eux, avoir la bonté de faire prendre l'Affiche en notre Bureau; la diffusion s'en faisant régulièrement le samedi, et ce jour étant à Tours celui d'un marché, les messagers ou domestiques ne seront pas détournés. Nous connaissons la cause de l'inexactitude qu'on nous attribue. La proposition que nous faisons y apportant un remède certain, il est inutile de la démontrer, il nous suffit de dire que l'Affiche parviendra sans retard et que nos intérêts n'en souffriront plus» (4 sept. 1773). Pour Tours, l'abonnement est alors de 12 F. en numéraire pour un an, 6 F. pour six mois, 3 F. pour trois mois; pour le département, il est de 15 F. «par la poste, franc de port». «On souscrit à Tours, chez Bruslon, au Musée national» (l'ancien archevêché).

5Collaborateurs Fondateur des Annonces de Touraine, le Tourangeau André BRUSLON DU BOULLAY dirige et rédige toujours le Journal de Touraine en 1789.

Le «Bureau des Affiches» est installé rue de la Monnaie en 1772, rue de Choiseul en 1789, au Musée national en 1797. Ayant obtenu un privilège pour toute la généralité de Tours, Bruslon du Boullay revendique la clientèle et la collaboration des habitants du Mans et d'Angers. Ainsi à propos de l'agriculture et des «nouvelles découvertes que l'on y fait tous les jours»: «Nous osons nous flatter que les agriculteurs de cette généralité, surtout Messieurs des sociétés d'agriculture de Tours, du Mans et d'Angers, voudront bien nous fournir les articles qu'ils jugeront intéressants» (14 mars 1772). Après quelques démêlés, il doit cependant rapidement accepter que les deux autres capitales provinciales, Le Mans et Angers, aient elles aussi leur Affiche. A le lire, il semblerait qu'il ait suscité la création de la feuille angevine, et qu'il ait fini par s'accorder avec l'imprimeur Monnoyer, fondateur des Affiches mancelles (1771): «D'Angers. Le directeur des Affiches de la ville de Tours, qui a le privilège exclusif pour toute la généralité, après avoir fait les démarches décentes envers MM. les Magistrats de cette ville, vient, pour répondre au vif empressement que ses citoyens témoignent d'avoir aussi une feuille périodique dédiée à la ville d'Angers, de prendre les arrangements convenables pour que cette feuille paraisse dans les premiers jours de janvier 1773. Le prospectus de ce nouvel établissement paraîtra incessamment; on y indiquera le prix de la souscription et le lieu où il faudra souscrire. Du Mans. L'Affiche dédiée à cette province depuis près de deux ans a été sur le point d'être supprimée. L'imprimeur de cette feuille ignorait s'il anticipait sur le droit de quelqu'un: il n'a plus rien à craindre. Le directeur des Affiches de Tours et qui a seul le droit de faire imprimer en cette ville ces sortes de feuilles, a donné à cet établissement toute la solidité possible» (28 nov. 1772). Notons qu'il va falloir plus de six mois pour faire sortir les Affiches d'Angers (début juil. 1773). Le notaire angevin Deville, leur «directeur», et l'imprimeur manceau Monnoyer paraissent payer redevance à Bruslon du Boullay. Par la suite, nul doute qu'ils n'aient fini par verser directement leur fermage auprès du propriétaire du privilège général des Affiches, le fermier général Le Bas de Courmont.

Les Annonces / Journal de Touraine sont censurées par le lieutenant général de police de Tours qui accorde le permis d'imprimer: «Avec privilège du Roi et permission de M. le Lieutenant général de police. Loiseau» (1772), «Avec privilège du Roi. Vu, permis d'imprimer à Tours ... Signé Pradeau» (1789). Au printemps 1789, Bruslon du Boullay fait les frais de la querelle qui oppose le lieutenant général Pradeau aux deux autres administrations de Tours, l'intendance et la municipalité. Tatillon, Pradeau ne lui passe rien. Il fait supprimer du Journal les «annonces» c'est-à-dire les communiqués insérés sur l'ordre des «chefs, ou de l'assemblée provinciale, ou de l'administration de l'hôtel de ville». Il fait plus. Ayant un nouveau conflit d'autorité avec les deux autres administrations à propos de l'enlèvement des boues de la ville, il ordonne l'insertion de quatre pages d'arrêt et ordonnance à leur propos, le tout accompagné de notes de commentaire mettant en cause l'intendance et le corps municipal, ce dont le malheureux rédacteur se plaint aussitôt au garde des sceaux: «Le 16 de ce mois (mars 1789) il a été présenté à la censure de M. Pradeau le manuscrit du Journal qui devait être distribué le 20; ce Magistrat l'a gardé jusqu'au 18, qu'il lui a plu d'y joindre un arrêt du conseil, une ordonnance sur icelui de M. l'Intendant, il y a inséré sous le nom du rédacteur des notes interprétatives. D'après une lettre reçue de M. Daine, d'allée de Paris du 17 de ce mois, qui ordonne de ne placer dans la feuille que des choses qui parviendraient de sa part, le Remontrant a prié M. le Lieutenant de police de mettre un correctif par égard pour M. l'Intendant et MM. les Officiers municipaux. Point d'autre réponse que celle-ci: “Mon intention, a dit le Magistrat, est que mes notes soient publiques”. Mais de concert avec lui, il fut arrêté qu'il serait inscrit au pied de ces notes ce qui suit: “Note du Rédacteur. Ces arrêt, ordonnance et note au bas d'iceux, sont insérés dans ce journal de l'autorité de M. le Lieutenant général de police”. Quelle a été la surprise du Suppliant lorsqu'il a su que à peine la moitié des exemplaires ont été tirés, ce Magistrat avait fait à la note convenue l'addition suivante: “et pour le disculper d'un défaut de police qui, si il existe, n'a lieu que par les entraves que le Collège municipal ne cesse de mettre au désir qu'il a de faire le bien”. D'après cet exposé, Monseigneur, le Rédacteur des Affiches devient l'interprète de M. le Lieutenant de police, il le rend calomniateur de l'administration sage de la ville, il l'expose au ressentiment et à la prise à partie de Corps respectés et respectables. Malgré la défense faite à l'imprimeur de mettre au jour la feuille, le Magistrat l'a forcé de lui en délivrer cent exemplaires qui sûrement vont paraître dans le public. Telle est la position de l'Exposant, il se met sous la protection de l'autorité, il attend des ordres qui le mettront dans le cas de n'avoir rien à redouter de M. le Lieutenant de police. Des abonnés vont se plaindre d'un retard dans la distribution; des officiers municipaux se vengeront des traits lancés contre eux» (A.N., V1 551, 23 mars 1789).

A lire le rapport de la direction de la librairie au garde des sceaux, le conflit entre Bruslon du Boullay et le lieutenant de police dure depuis plusieurs années. Déjà le rédacteur avait demandé un autre censeur au précédent directeur de la librairie Vidaud de la Tour (août 1785 - oct. 1788). Et le rapporteur d'observer: «Le Journal de Touraine n'est qu'un démembrement des Petites Affiches. Voilà pourquoi on ne peut guère l'imprimer sans l'aveu du lieutenant général de la ville, qui de cette sorte en est comme le censeur né; d'autant plus que la plupart des articles ne sont que des articles de municipalité et de nouvelles locales. Aussi M. de Vidaud refusa-t-il les années dernières de nommer un autre censeur pour cette feuille, pensant d'ailleurs que l'administration de la librairie n'était pas tenue de se charger des embarras attachés à ces journaux qui sont attribués à un département particulier, et étrangers à la Chancellerie. Il est vrai néanmoins que M. Pradeau semble avoir juré au S. du Boullay, de lui susciter autant de peines qu'il pourra; outre que dans ce cas-ci, il est très répréhensible de forcer cet auteur à insérer ce qui a été défendu par M. l'Intendant, et surtout à devenir à tout risque son organe et son interprète». Le garde des sceaux ayant suivi cet avis, la direction de la librairie répond le 25 mai seulement au rédacteur tourangeau: «Le chef de la magistrature a décidé que votre journal étant une division des Petites Affiches, et se trouvant de cette sorte annexé au Département des Affaires étrangères, le sujet de votre contestation devenait étranger à la Direction générale de la librairie. Vous savez que par ces mêmes motifs, vous n'avez point d'autres censeurs que MM. les officiers de police. Et en effet, comment aurions-nous à faire exercer la censure de feuilles dont il est possible que nous ne connaissions pas l'existence?» Le garde des sceaux Hue de Miromesnil (juil. 1771 - mai 1787) et les prédécesseurs de Vidaud de la Tour en avaient jugé autrement puisque de nombreuses Affiches provinciales étaient soumises à l'examen d'un censeur royal, avant de recevoir le visa du lieutenant de police. Dans un autre cas de conflit entre municipalité et police, la municipalité avait obtenu gain de cause: le maire de Chartres avait obtenu du garde des sceaux la censure des Affiches du pays chartrain qui paraissaient aussi sous le visa du lieutenant général de police (oct. 1782). Il est vrai que la municipalité chartraine, appuyée par le duc d'Orléans, pouvait mieux se faire entendre que le malheureux Bruslon du Boullay! (Feyel, art. 1, p. 43-45).

6Contenu Comme leurs consœurs provinciales, les Annonces de Touraine contiennent des avis tels que les «biens, charges, effets à vendre, maisons à louer», les «effets perdus ou trouvés, la vente des meubles et effets par ancan ou autrement»: «La modique rétribution qu'on a exigée jusqu'à ce jour, ayant peut-être empêché plusieurs personnes d'envoyer des avis au Bureau des Affiches, nous prévenons que nous nous désintéresserons pour cet objet, et que désormais nous annoncerons tous les avis gratis». On y trouve aussi des publicités au sujet desquelles Bruslon du Boullay prend ses précautions: «Nous recommandons aux artistes et aux personnes de toutes professions mécaniques, de ne point envoyer en notre Bureau des notes relatives à leur état, sans y être autorisées de M. le Lieutenant général de police. Ce magistrat que le zèle du bien public caractérise si particulièrement, nous a spécialement recommandé cet objet; nous sentons trop bien la sagesse de cette précaution pour ne pas exiger ce préalable des personnes qui voudront se faire annoncer dans nos Affiches» (14 mars 1772).

Les Annonces de Touraine offraient aussi à leurs abonnés les habituelles rubriques de service: «les tableaux des conservations des hypothèques», les résultats de différentes loteries, les mercuriales de Tours et «des plus forts marchés des environs». Les «tableaux des hypothèques» sont régulièrement publiés jusqu'au 22 mai 1773 (nº 21). Le rédacteur cesse de les insérer ensuite, probablement parce qu'ils prennent trop de place aux dépens de la surface rédactionnelle de l'Affiche: «Différentes personnes nous ayant dit que cet objet [les hypothèques] rendait la lecture de nos feuilles rebutante et ennuyeuse, nous avons pensé devoir nous dispenser d'en continuer l'annonce, mais les plaintes que la majeure partie de nos abonnés nous ont adressées, ne voyant plus l'article des hypothèques, nous persuadent aisément que le plus grand nombre de nos lecteurs en voyaient avec intérêt l'annoncé; quelques-uns même nous ont reproché avec sensibilité avoir perdu par le défaut de notre annonce, leurs privilèges sur des fonds qui leur étaient hypothéqués, les lettres de ratification ayant été expédiées avant qu'ils eussent appris la vente du bien sujet à leur rente» (4 sept. 1773). Pour reprendre la publication des «tableaux des hypothèques» sans encombrer ses Affiches, Bruslon du Boullay imite son confrère de Metz (voir Feyel, art. 1, p. 24-25) en proposant lui aussi des suppléments: «Nous nous proposons de donner tous les quinze jours un supplément à notre feuille, suffisant pour contenir tous les tableaux des hypothèques des différents sièges royaux ressortissant du bailliage de cette ville. Ce supplément entraînant nécessairement avec lui une dépense extraordinaire et dispendieuse pour nous, nous prions les personnes qui désireront qu'il leur soit adressé, de vouloir bien souscrire à notre Bureau. L'abonnement est de 3 # 12 s. en sus du prix ordinaire de l'Affiche; afin que nous puissions nous assurer de nos déboursés, nous prévenons que nous ne donnerons ce supplément que lorsque nous nous verrons suffisamment d'abonnés pour remplir nos frais» (4 sept. 1773). La collection des Affiches contient le premier de ces suppléments, paru le 16 octobre 1773 (supplément au nº 42 des Affiches), deux colonnes sur 4 p., intitulé «Conservation des hypothèques. Etat des contrats de ventes d'immeubles...», avec un long «Avis préliminaire» sur cinq colonnes, expliquant tout l'intérêt de la conservation des hypothèques. Ce supplément eut-il plus de succès que celui des Affiches de Metz qui dura seulement un an (1773, 20 numéros, 58 p.)?

Dans leur espace rédactionnel, les Annonces de Touraine proposent des articles d'agriculture et d'économie, publiant d'intéressantes études, par exemple de nombreuses lettres de M. de Burbure, officier de la maréchaussée, membre de l'académie royale de Châlons (16 janv., 6 et 13 mars 1773, etc.). Les «objets de littérature et de belles-lettres», un «accessoire dont nous enrichirons quelquefois nos feuilles» offrent l'habituelle série des «pièces légères»: des petits poèmes, des jeux versifiés (énigmes et logogriphes). Le tout peut être complété par un article de législation (édits et déclarations du roi, arrêts des cours supérieures et règlements de police) ou par «un article particulier, pour annoncer les nouvelles de la généralité de Tours» (mariages, naissances, morts de «personnes de distinction», «nouveaux grades, soit par charge, élection ou par commission», «événements ou faits remarquables»). Lorsque manque la copie, entre le 31 octobre et le 19 décembre 1772, Bruslon du Boullay publie sur deux à trois colonnes des nouvelles politiques, titrées «Précis des différentes gazettes». Comme ailleurs dans les autres Affiches, cette rubrique qui empiète sur le privilège de la Gazette de France disparaît rapidement, très probablement interdite (voir Feyel, art. 1, p. 42).

Il est facile de juger du contenu du Journal de Touraine à partir du seul exemplaire pour l'instant connu. S'y succèdent sans surprise: les annonces «A vendre» (une maison et des objets variés: des chevaux, une voiture, un fusil, «plusieurs onces de graine de vers à soie», un pressoir), «A louer présentement» (trois maisons), les «Demandes particulières» (sept offres ou demandes d'emploi), les «Avis» (la perte du «premier volume de Cleveland» à remettre chez Fay, maître-perruquier, rue de la Harpe, l'adjudication au rabais des travaux d'une église, la recherche d'un chantre). A partir du second tiers de la troisième page, s'étend jusqu'à la première moitié de la septième la rubrique «Législation» sur l'enlèvement des boues de Tours. Lui succède la «Conservation des hypothèques» (une page et demie, bureaux de Tours et de Chinon). Vient ensuite en neuvième et dixième pages la rubrique «Nouvelle de la province», toute remplie des premières assemblées pour la rédaction des cahiers de doléances et l'élection des députés aux Etats généraux. Sont publiées la «délibération prise par la chambre du Clergé du bailliage de Tours, le mardi 17 mars 1789, et remise à celle du Tiers-Etat, le lendemain 18 du même mois» et la «déclaration faite par l'ordre de la Noblesse du bailliage de Touraine, en la séance du 17 mars 1789»: le clergé et la noblesse s'y déclarent favorables à l'égalité des trois ordres devant l'impôt. Pour leur donner encore plus de retentissement, Bruslon du Boullay a fait imprimer en feuille volante ces deux déclarations: «On trouvera au Bureau des Affiches, rue de Choiseul, un cahier contenant les déclarations des ordres du Clergé et de la Noblesse, extrait de ce Journal, pour satisfaire la curiosité du public». Le Journal de Touraine participe donc, à sa manière, au grand mouvement qui secoue alors la France. Très prudemment cependant  on connaît la qualité de ses relations avec le censeur!  le rédacteur mentionne, pour dégager sa responsabilité: «Ces déclarations nous ont été remises, savoir, la première de la part de M. l'Archevêque, Président de l'ordre du Clergé, et la seconde de la part de M. le Duc de Luynes, Pair de France, Président de l'ordre de la Noblesse». Le Journal s'achève sur un communiqué de la Société royale de médecine (questions mises au concours pour les prix de 1790), et sur le «Cours des grains». Bruslon du Boullay excuse ensuite le retard dont nous connaissons la cause: «N.B. La distribution de ce Journal a été retardée à ce jour 22, vu le supplément occasionné par l'article Législation».

Après sa première rubrique «Lois» donnant le texte de telle ou telle loi (première page), le Journal patriotique présente les «Nouvelles des départements» (Paris, Bruxelles, Toulouse), puis un article de littérature («Notice sur le discours en vers de Ducis, contre le célibat», extraite du Journal de la Charente). En troisième page est insérée la «Conservation des hypothèques», en quatrième un «Répertoire des titres des lois décrétées, telles qu'elles sont classées dans les Bulletins imprimés par l'ordre du gouvernement, sous l'inspection du ministre de la justice». A lire les «Nouvelles des départements», il apparaît que le Journal patriotique, très opportuniste, se contente de suivre la ligne politique du Directoire en ce mois de messidor An V: anti-jacobin, il blâme les excès des lois révolutionnaires, tout en approuvant la sagesse des modérés. Grande timidité politique, absence d'information locale: on comprend l'appréciation si négative du nouveau commissaire nommé par le Directoire auprès du département, après le coup d'Etat de fructidor. Défendre la République contre les menées royalistes demandait d'autres qualités, celles que reconnaît le commissaire à la nouvelle feuille tout juste fondée sur les dépouilles du Journal patriotique, le Journal général: «Un journal rédigé dans d'excellents principes ne contribue pas peu dans le département à entretenir l'esprit public. L'auteur s'y applique à démasquer tous les intrigants qui avaient su fasciner les yeux du peuple, en lui parlant sans cesse de terreur, d'anarchie, de factions, pour détourner son attention de la grande et véritable faction, et il y réussit complètement» (A.N.,F1 c III, Indre-et-Loire 6, Compte rendu au ministre de l'Intérieur, par le commissaire du Directoire exécutif près l'administration centrale du département, deuxième décade de vendémiaire An VI).

7Exemplaires B.M. Le Mans, Histoire 4º 7261, un volume relié: Annonces de Touraine, 1772-1773. Manquent nº 1-4 (janv.-févr.) et 8-13 (4 avril - 9 mai) de 1772, nº 31 (31 juil.) de 1773. L'année 1773 renferme le premier supplément des hypothèques (16 oct., 4 p., p. 1-4); A.N., carton V1 551, Journal de Touraine, nº VII (20 mars 1789), accompagné de cinq pièces d'archives: la supplique de Bruslon du Boullay et sa lettre d'envoi (23 mars 1789), deux ex. du rapport de la direction de la librairie au garde des sceaux, la réponse de la direction au rédacteur tourangeau (25 mai 1789); B.N., 4º Lc10 178 (4), Journal patriotique du département d'Indre et Loire, ou l'Ami de la République, un numéro isolé (nº L, du 25 messidor An V, 30e année); – Rés. 4º Lc10 178, Journal général du département d'Indre et Loire, coll. complète, y compris le prospectus, de l'imprimeur Lhéritier, 116 numéros, 10 thermidor An V - 5 ventôse An VII (28 juil. 1797 - 23 févr. 1799); La B.M. de Tours conservait, avant l'incendie de 1940, une collection incomplète, cotée 4882 et 4883, aujourd'hui disparue. Etaient présents les années 1772 et 1773, 1777 à 1781 et divers numéros des années 1783 à 1785.

8Bibliographie Clément de Ris T., La Typographie en Touraine (1467-1830), Paris, 1878. – Dorange A., Bulletin de la société archéologique de Touraine, t. IV, 1877-1879, p. 393-394, séance du 25 juin 1879. – Giraudet E., Les Origines de l'imprimerie à Tours. 1467-1550, Tours, 1881, avec une liste des imprimeurs établis à Tours, depuis la fin du XVe siècle jusqu'en 1850. – Faye H., La Révolution au jour le jour en Touraine (1789-1800), Angers, 1903. – Bibliographie de la presse française politique et d'information générale. 1865-1944, fasc. 37, Indre-et-Loire, Paris, 1970 (voir la préface de R. Vivier). – Feyel G. (art. 1), «La presse provinciale sous l'ancien régime», La Presse provinciale, p. 3-47. – Idem (art. 2), «La presse provinciale française dans la seconde moitié du XVIIIe siècle: géographie d'une nouvelle fonction urbaine», La Ville et l'innovation, Paris, Editions de l'EHESS, 1987, p.89-111.

Gilles FEYEL

 


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© Universitas 1991-2017, ISBN 978-2-84559-070-0 (édition électronique)