ISSN 2271-1813

 

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Dictionnaire de la presse française pendant la Révolution 1789-1799

C O M M A N D E R

   

Dictionnaire des journaux 1600-1789, sous la direction de Jean Sgard, Paris, Universitas, 1991: notice 697

JOURNAL DES DAMES (1759-1777)

1Titres Journal des Dames.

De janvier 1762 à avril 1763: Nouveau Journal des Dames; devient en mars 1777: Mélanges littéraires ou Journal des Dames (voir ce titre).

Dédicacé à la princesse de Gallitzin (toute l'année 1761); à la princesse de Condé (mars 1762 - avril 1763); à la Dauphine, puis à la Reine (1774-1778).

2Dates Janvier 1759 - juin 1778 (avec les Mélanges); 36 volumes.

Interruptions: de mai 1759 à avril 1761 et d'août (ou septembre?) 1768 à décembre 1773.

Permissions: 30 novembre 1758 (B.N., f. fr. 21992), 23 déc. 1773 (f. fr. 21983). Privilège: 28 mars 1775 (f. fr. 21966).

Prospectus en 1758, mars 1762 (celui-ci aurait été imprimé sans permission; f. fr. 22151, fº 76), mars et mai 1763, janvier et novembre 1774, mars 1777.

Périodicité mensuelle, mais fréquemment «en arrière». Pour rattraper ces retards deux livraisons de 1763 couvrent chacune 3 mois. Les retards continuent; en novembre 1767 on annonce que deux séries parallèles seront publiées: la livraison du mois et une de celles qui sont en retard. Cependant, le numéro de juillet 1768 annonce qu'il reste encore 6 volumes de 1767 à publier.

Etant donné que l'année 1767 du J.D. existe intégralement (contenant dès le mois de mars plusieurs comptes rendus d'ouvrages que d'autres journalistes n'annonçaient qu'en 1768, d'après Jansen), il faut conclure que l'impression effective du J.D. a bien pu continuer jusqu'après 1768. C'est ce qui expliquerait la mention erronée (corrigée à la main) «février 1769» sur la page de titre du même mois pour l'année précédente.

3Description Le format in-8º est resté identique, 90 x 165.

Le nombre de pages par livraison augmente de 96 en 1759, jusqu'à 120 à partir de juillet 1763, et même à 160 en mars 1777. Les livraisons sont en général paginées séparément, sauf durant 3 périodes: de 1761 jusqu'en mars 1763, et à partir de janvier 1775, la pagination couvre un trimestre; en 1774 elle couvre deux mois.

Le premier auteur, Campigneulles, pensait composer des tomes de 3 livraisons. Il publie 2 tomes, dont le dernier incomplet. Son successeur La Louptière adopte la même répartition, et recommence par un t. I. Faisant suite à son t. II, Madame de Beaumer fait d'abord un t. III, puis en adaptant le titre, recommence par I. A partir d'avril 1763 (quand Madame de Beaumer annonce que Madame de Maisonneuve lui succédera) les tomes ne sont plus numérotés. C'est Madame de Princen, en 1774, qui réinstitue la numérotation, 2 livraisons formant un tome. Pour Dorat (1777), 3 numéros constituent un tome.

Devises: de mai 1763 à mai 1764, «Si l'uniformité est la mère de l'ennui, la variété doit être la mère du plaisir»; de janvier 1765 à juillet 1768, «Impartialité».

Musique: juil. 1764 - juil. 1765, juin 1774, janv., mars 1775.

Illustrations: différentes vignettes au titre; de 1761 à mai 1764 une bordure en filigrane.

4Publication Paris; bien qu'en 1759 la page de titre mentionne «La Haye», en 1761 «Aux Vallons de Tivoli», en 1762 encore «La Haye» puis jusqu'en 1768 «La Haye et Paris».

Différents libraires ont été impliqués dans l'histoire du J.D. En 1758 Michel Lambert empêche momentanément la parution en posant des conditions prohibitives (f. fr. 22134, fº 162).

Ensuite, le J.D. est édité chez Cuissart (1759), Quillau (1761 - mars 1762), Poilly (avril 1762 - avril 1763), P. Valleyre (juil. 1763 - mai 1764), Bauche (juin 1764 - nov. 1765), Durand (déc. 1765 - 1768).

Lors de la 2e interruption, en 1770, Edme annonce une vente de toute la collection des années 1764-1768 (f. fr. 22085, fº 9).

Pour la dernière période les libraires sont: Lacombe (1774 jusqu'en octobre), Quillau (nov. 1774 - avril 1775), Lacombe (à partir de mai 1775), Thiboust (1777-1778).

Roset (1763), Duchêne et Robin (1764) et Panckoucke (oct. 1764 - déc. 1765) prennent soin de la distribution. A plusieurs reprises aussi les auteurs eux-mêmes s'en chargent: Madame de Beaumer (Enclos du Temple en 1761; chez M. le comte de Jaucourt, rue Meslée près la porte Saint-Martin, avril 1762 - avril 1763), Madame de Maisonneuve (rue Beaubourg; à partir de mars 1764 rue Sainte-Croix de la Bretonnerie; après novembre 1764 rue Saint-Honoré), Madame de Princen, Dorat (rue de Tournon, févr.-juin 1778). Les 81 libraires européens nommés par Madame de Beaumer (oct.-déc. 1761) proviennent sans doute de son imagination.

Prix: 12 # par an (1774: 15 # pour la province); prix de la collection soldée en 1770: 18 #.

On peut supposer un nombre de souscripteurs entre 300 et 1000 (Gelbart, p. 33). En 1767 le J.D. se trouvait aussi dans le catalogue de la bibliothèque de prêt tenue par Quillau (f. fr. 22085, fº 155).

Le public visé semble avoir été surtout un public de province, des lettres de lectrices semblent en témoigner: provenant de villes comme Dieppe (déc. 1761) et Beauvais (mars 1766). L'attitude plus radicale adoptée ensuite a dû attirer un public correspondant. Le ton de Dorat par contre suggère des lectrices plutôt familières avec les façons de la Cour.

Le J.D. n'était pas un succès financier. Début 1762 Madame de Beaumer déclare avoir 9000 # de dettes (f. fr. 22151, fº 75). Elles n'ont pas été résorbées par la vente du journal à Madame de Maisonneuve qui ne lui payait que 3000 #. A cette dernière Mathon devait payer une pension de 20 ans pour un total de 12 000 #, ce qu'il ne semble pas avoir fait en réalité (f. fr. 22085, fº 10). Mercier ne paye à Madame de Princen que 1500 #; elle s'en serait contentée pour des raisons idéologiques (Gelbart, p. 202).

5Collaborateurs Fondateur: Charles THOREL DE CAMPIGNEULLES (publiant sans indiquer son nom) qui s'est maintenu jusqu'en avril 1759.

Rédacteurs et rédactrices suivant(e)s:  Jean-Charles de Relongue de LA LOUPTIÈRE (avril-sept. 1761);  Madame de BEAUMER (oct. 1761 - avril 1763);  Madame Catherine-Michelle de MAISONNEUVE (mai 1763 - mai 1764);  Charles-Joseph MATHON DE LA COUR et Claude-Sixte SAUTREAU DE MARSY (alors que le nom de Madame de Maisonneuve continue à figurer sur la page de titre, probablement juin 1764 - juil. 1768; Van Dijk, p. 145);  Baronne Marie-Emilie de PRINCEN (à partir d'oct. 1774, s'étant remariée: Madame de MONTANCLOS, janv. 1774 - avril 1775);  Louis-Sébastien MERCIER (pas de nom d'auteur sur la page de titre, mai 1775 - déc. 1776);  Claude-Joseph DORAT (mars 1777 - juin 1778).

Collaborateurs et collaboratrices:  de Campigneulles: La Louptière;  de La Louptière: Mesdames Bourette, Benoist, de Beaumer;  de Madame de Beaumer: Rozoi, l'abbé Mangenot;  de Mathon de La Cour et Sautreau de Marsy: Dorat, Le Mierre, Baculard d'Arnaud, Meunier de Querlon, Blin de Sainmore;  de Madame de Princen: Sacy, Rocher, marquise d'Antremont;  de Mercier: Sacy, Maréchal;  de Dorat: Pezay, comtesse de Beauharnais, marquise de La Ferrandière, Madame de Montanclos.

6Contenu Les annonces des contenus données dans les avant-propos montrent différentes options chez les journalistes:  En 1759 Campigneulles promet des «riens délicieux» et des «productions agréables» (janv., p. 3, 4).  La Louptière, après lui, veut «faire sa cour aux lectrices» (avril 1761, p. V).  Le but de Madame de Beaumer est de montrer que les femmes possèdent «la faculté de penser et d'écrire»; «les ouvrages des hommes n'auront que le second rang» (oct. 1761, p. III, IV).  Madame de Maisonneuve prouvera «qu'une femme de bon sens n'est point un phénomène» (mai 1763, p. 8).  Mathon et Sautereau ne se prononcent pas clairement, mais ce sont eux apparemment qui entendent remplir le J.D. de ce qu'il y a «de plus curieux et de plus intéressant» (janv. 1765, p. 4).  Madame de Princen s'occupera de «tous les ouvrages nouveaux, composés par des Dames, ou pour elles» (Prospectus 1774, p. 3).  Mercier met des vers en épigraphe, pour faire savoir qu'il chantera «tour à tour les talents et les Belles» (mai 1775, p. 1).  Dorat voudrait «saisir ce qui peut intéresser davantage les femmes» (mars 1777, p. 7).

Le contenu réel se compose pour tous d'un nombre important (malgré les agissements du Mercure) de «pièces fugitives». Pendant les époques de Campigneulles, La Louptière et Dorat, cela tenait au choix que chacun d'eux avait fait. Les autres rédacteurs et rédactrices ont pu s'en servir aussi comme «couverture» (Gelbart). En quantités diverses, selon le journaliste, il y a aussi les comptes rendus d'ouvrages, avec à l'époque de Madame de Princen véritablement une nette préférence pour les productions féminines, pas systématiquement approuvées d'ailleurs. Quant aux auteurs étudiés: Mathon et Sautereau s'intéressent déjà à Mercier, qui sera un de leurs successeurs; Madame de Princen, la seule des rédactrices à avoir des enfants, admire Rousseau. Les trois rédactrices, plus que les autres, publient des éloges de femmes célèbres.

Malgré quelques projets annoncés par La Louptière (avril 1761), Madame de Beaumer (mars 1763) et Madame de Princen (févr. et mars 1775), le J.D. n'est pas un journal de modes.

Tables mensuelles en fin de livraison, sauf en 1761 où elles sont trimestrielles, et d'octobre 1761 jusqu'en mai 1764, où elles manquent. En plus, tables annuelles pour 1765 (en décembre), 1766 (déc.) et 1767 (oct.).

7Exemplaires Ars., 8º H 26.209 (1-36): manquent l'année 1766 introuvable en France, mais attestée par des mentions contemporaines (Gelbart), ainsi que les sept premiers mois de 1777; – 8º H 26. 210 (1-28) (1759-1774, 1778); – Rj 10 (mars 1777 - juin 1778); B.N., Z 24526-24541 (1764, 1768, 1774-1775, 1777-1778); – Z Rés. 3161-3162, aux armes de Marie-Thérèse (1774, inc.).

8Bibliographie H.P.L.P., t. III, p. 216-221; H.G.P., t. I, p. 316-318. – Sources manuscrites, B.N., f. fr. 21966 (registre des privilèges); f. fr. 21983 et 21992 (registres des permissions tacites); f. fr. 22085, fº 9 (pamphlet annonçant la vente des années 1764-1768 du J.D.); f. fr. 22085, fº 10 (historique du J.D. daté de 1769); f. fr. 22085, fº 155 (prospectus du Magasin littéraire de Quillau); f. fr. 22134, fº 162-165 (correspondance concernant les débuts du J.D.); f. fr. 22151, fº 75, 76 (correspondance de Madame de Beaumer). – Sullerot E., Histoire de la presse féminine en France des origines à 1848, Paris, 1966. – Jansen P. (prés.), L'Année 1768 à travers la Presse traitée par ordinateur. Listings, Paris, s.d. (1977). – Rimbault C., La Presse féminine de langue française au XVIIIe siècle. Place de la femme et système de la mode, Paris, 1981 (thèse EHESS). – Gelbart N.R., Feminine and opposition journalism in old regime France, Berkeley etc., 1987. – Van Dijk S., «Le Journal des dames, 1759-1778; les journalistes-dames et les autres», dans Traces de femmes  présence féminine dans le journalisme français du XVIIIe siècle, Amsterdam et Maarssen, 1988, p. 134-186.

Historique Dès ses débuts, le J.D. a eu la vie difficile. Avant même sa première parution, le libraire Lambert tenta d'empêcher que celle-ci eut lieu. Le futur journaliste demanda et reçut l'appui de la duchesse de Chevreuse auprès de Malesherbes (f. fr. 22134, fº 162, 165).

Une des raisons pour que Campigneulles abandonnât vite la tâche qu'il s'était donnée, résidait dans le combat que livrait le Mercure contre ce supposé concurrent. Il en fait mention dans sa deuxième livraison (p. 61), et en avril on l'oblige à supprimer la plupart des pièces fugitives (p. 92).

Un successeur courageux fut trouvé dans la personne de La Louptière, présenté par Campigneulles à Malesherbes le 26 octobre 1760 (f. fr. 22134, fº 164). Lui aussi a dû attendre quelques mois; c'est que le censeur La Garde, toujours pour protéger le Mercure, refusait de s'occuper du J.D. (f. fr. 22134, fº 163). Ensuite la propagande faite par La Louptière pour «l'émulation des femmes» eut tant de succès qu'une de ses collaboratrices reprit la direction.

Madame de Beaumer, ainsi que les deux autres journalistes femmes détournèrent quelque peu le J.D. de sa vocation originelle. Les trois femmes partaient, comme on l'a vu plus haut, d'un point de vue qu'on pourrait qualifier de «féministe». Cependant, aucune des trois ne semble avoir eu la carrière journalistique bien facile.

Madame de Beaumer, tout en s'adressant à un public féminin, lance en même temps un défi aux hommes: «C'est vous, Messieurs, que nous prenons pour modèles [...] Mon Journal applaudi par vous est toute la fortune que je lui ambitionne» (mars 1763, p. 199). A cause de son attitude Madame de Beaumer a été plusieurs fois en conflit avec la censure: elle a vu une des livraisons (celle de mars 1762) mutilée de 12 p., après quoi elle aurait été obligée par Malesherbes de se faire remplacer temporairement par le jeune Rozoi (Gelbart, p. 96). En effet celui-ci signe (à l'encre) les numéros d'avril-septembre 1762. Madame de Beaumer se plaint de cette reprise de pouvoir dans une lettre aux souscripteurs (mars 1763, p. 306-309).

Madame de Maisonneuve, bien que présentant elle-même son journal au Roi le 21 juin 1765, a préféré après peu de temps en laisser la rédaction à deux hommes. Ce sont eux, Mathon de La Cour et Sautreau de Marsy, qui arrivent plus ou moins à «relever» cet ouvrage «décrié» (janv. 1765, p. 6): ils adoptent une formule très stricte, qui donne une impression de professionnalité. Le moment du passage de la rédactrice aux deux rédacteurs est difficile à établir. Le manuscrit historique daté de 1769 (f. fr. 22085, fº 10), qui mentionne le contrat entre Mathon et Madame de Maisonneuve, n'en donne pas la date, mais affirme que la dame «fit seule cet ouvrage pendant trois ans», ce qui signifierait: jusqu'en 1766. Un Avis dans le J.D. de décembre 1765 indique que le journal «vient de passer sous une nouvelle régie». La date de juin 1764 est celle à laquelle les auteurs référeront plus tard (Van Dijk, p. 145). Ce sont ces deux hommes, qui en fait éloignent le J.D. du public féminin et préparent la voie à une certaine mentalité «frondeuse» (Gelbart) qu'on y retrouvera plus tard. Leurs contacts ont pu provoquer la suppression «par des ordres supérieurs», dont parle l'annonce de la vente des années 1764-1768 (f. fr. 22085, fº 9; Gelbart, p. 168). La date exacte et la raison de la suppression ne sont pas connues. Il existe peut-être un lien avec le contenu du numéro d'août 1768, dont le pamphlet d'Edme dit que c'était le dernier numéro paru.

Après les années Maupeou, Madame de Princen ressuscite le J.D. grâce à une protection royale. Tout en réussissant mieux que les deux autres femmes, elle non plus ne continue pas longtemps ses travaux. Sa santé étant affaiblie «par un travail trop assidu» (avril 1775, p. 138), et apparemment gagnée aux idées de Mercier (Gelbart, p. 202), elle lui laissa assez rapidement le privilège. Mercier change encore la direction du J.D. Ce n'est pas qu'il ne s'intéressait pas à la question féminine, mais en premier lieu, il s'est approprié le J.D. pour s'en servir comme arme dans les combats qui étaient déjà les siens, particulièrement celui qu'il livrait contre la Comédie-Française. Il se trouve intégré dans un réseau journalistique décrit en détail par N. Gelbart. Après un an et demi, poussé par la censure, il finit pourtant pas se défaire du J.D. Le 19 décembre 1776 il le vend à son ami François-Marie Chalumeau. Celui-ci revend le journal à Dorat.

Suzanne VAN DIJK et Patricia A. CLANCY

 


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