ISSN 2271-1813

 

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Dictionnaire de la presse française pendant la Révolution 1789-1799

C O M M A N D E R

   

Dictionnaire des journaux 1600-1789, sous la direction de Jean Sgard, Paris, Universitas, 1991: notice 702

JOURNAL DES ÎLES DE FRANCE ET DE BOURBON (1786-?)

1Titres Journal des îles de France et de Bourbon.

2Dates Juillet 1786 -?. Bimensuel. Le prospectus est distribué au mois de mars 1786. Un volume par an.

Périodicité irrégulière.

3Description Le numéro paraît sur une colonne. Pagination continue pour les deux numéros mensuels. Cahier de 113 x 188, in-8º.

Devise: Omne tulit punctum qui miscuit utile dulci. Sans illustrations.

4Publication A Port-Louis, Ile de France, de l'Imprimerie royale. Imprimeur: François Nicolas Bolle.

L'abonnement était de 66 # par mois pour Port-Louis, 70 # pour le reste de l'île de France et pour l'île Bourbon.

5Collaborateurs Jacques-Joseph DURRANS et Jean-François BRUN.

6Contenu Le Journal des îles de France et de Bourbon s'engage à faire part au public «deux fois chaque mois, des productions agréables ou instructives que le désir ou le travail auront fait naître dans les deux îles». Ses rédacteurs «se réservent [aussi] le secours des extraits et des papiers publics de France» (t. I, nº 1, p. 3 et 9).

Le contenu réel suit les grandes lignes du contenu annoncé. Principales rubriques: 1) «Variétés»; 2) «Economie politique, Agriculture, Sciences et Arts»; 3) «Observations météorologiques».

Journal à vocation «encyclopédique» ouvert aux «productions de l'esprit et [aux] exercices de l'entendement», le Journal des îles de France et de Bourbon se donne pour tâche essentielle d'aider au «progrès des connaissances» dans la colonie.

7Exemplaires Seuls deux numéros de ce journal ont pu être retrouvés: 1) t. I, nº 1, juil. 1786, p. 1-52 (B.L., P.P. 3801 b.); 2) t. II, nº 10, nov. 1787, p. 41-80 (A.N., Colonies C4. 79). Quelques tirés à part d'articles publiés dans ce journal sont également conservés dans les dossiers d'archives: extraits du t. II, nº 7, sept. 1787 (A.N., Colonies C4. 78.1); du t. II, nº 11, déc. 1787 (A.N., Col. C4. 79); du t. II, nº 11 et 12, déc. 1787 (B.L., Crocker coll.).

Le Prospectus est reproduit partiellement dans F. Magon de Saint-Elier, Tableaux historiques, politiques et pittoresques de l'île de France, t. I, Port-Louis, 1839, p. 220-222.

8Bibliographie B.H.C., p. 70. – Toussaint A., Bibliography of Mauritius (1502-1954), Port-Louis, 1956, p. 19-20, 169. – Idem, Early Printing in the Mascarene Islands (1767-1810), London, 1951, p. 59, 68-70.

Historique A l'initiative de deux jeunes avocats venus s'installer à l'île de France, Jacques-Joseph Durrans et Jean-François Brun, est formée, au début de 1786, la «Société des rédacteurs du Journal des îles de France et de Bourbon». Cette société se donne pour but immédiat la publication d'un «journal littéraire», mais elle se veut aussi, à l'exemple du «Cercle des Philadelphes» fondé en 1784 à Saint-Domingue, l'embryon d'une «académie» afin d'aider à promouvoir les «Arts et les Sciences» dans la colonie des îles de France et de Bourbon.

Les colonies, remarquent les rédacteurs du journal, sont arrivées à une nouvelle étape de leur développement, et elles ne doivent plus être des «terres inhospitalières et barbares pour les Arts et les Sciences». Si la première période de la colonisation a été consacrée aux «affaires», les colons se souciant d'abord d'établir leur «fortune», «l'argent» ne peut plus être, «surtout dans un siècle aussi éclairé que le notre [...], l'unique mobile qui doive mettre en jeu nos facultés physiques et intellectuelles»: il faut maintenant «diriger vers la culture de l'esprit un peu plus de cette activité qu'on a donnée aux affaires». D'où la décision de publier un journal, moyen de catalyser et de stimuler la vie culturelle dans la colonie: il apportera et diffusera l'information, suscitera l'émulation et procurera l'avantage de «s'éclairer par la discussion» et de chercher la vérité dans «le choc des opinions» (t. I, nº 1, p. 10).

Dans les «différentes parties des sciences», soulignent les rédacteurs du Journal, la colonie compte des «personnes estimables qui s'y sont fait une réputation justement méritée». C'est à leur collaboration que le Journal des îles de France et de Bourbon fait d'abord appel: Charpentier de Cossigny, Champeaux de Vaudon, par exemple, font part de leurs recherches sur la culture de l'indigotier (t. II, nº 7, 10, 11); Fabre, chirurgien-major du quartier de Port-Louis, Baillet, apothicaire des Hôpitaux du roi, rendent compte de leurs observations et expériences dans le traitement de certaines maladies (t. I, nº 1, p. 49-52; t. II, nº 10, p. 78-79); Beauvais, médecin-vétérinaire, entreprend le répertoire des «plantes usuelles (de la colonie), de leurs vertus et de leurs propriétés», afin de contribuer à «l'histoire naturelle des deux îles» (t. I, nº 1, p. 41-43). Pour aider à la diffusion et au progrès des connaissances dans la colonie, le Journal reproduit aussi, de différents journaux européens, des articles qui traitent de découvertes et d'expériences nouvelles, en donnant la priorité à celles qui pourraient avoir des applications locales. Il soutient également le projet d'établissement d'un collège à l'île de France: les «enfants créoles [étant] dénués de toutes les ressources d'une bonne éducation», il faut «opérer sur un point aussi essentiel une réforme utile et salutaire», et «travailler à une entreprise aussi nécessaire» que celle de l'établissement d'un collège, entreprise «à l'exécution de laquelle tout homme qui s'intéresse au bien commun doit concourir» (Prospectus, t. I, nº 1, p. 33-35).

Le Journal des îles de France et de Bourbon ouvre aussi ses colonnes aux «arts du goût», et notamment à ces «ouvrages de société [qui] peuvent être dignes [...] d'un sort plus heureux que celui de rester ignorés dans un porte-feuille» (Prospectus). A la rubrique «Variétés», sont publiées plusieurs œuvres d'auteurs locaux, «histoires», petits poèmes, vers de circonstance, énigmes, logogriphes, etc. (t. I, nº 1, p. 12-29). Il s'agit là encore d'«exciter l'émulation» parmi les habitants des deux îles qui peuvent déjà compter parmi eux, soulignent les rédacteurs du journal, deux poètes renommés jusqu'en France, Bertin et Parny (Prospectus).

Dès le début, les rédacteurs du Journal des îles de France et de Bourbon font face à deux obstacles: rassembler, d'une part, assez de «matériaux» pour remplir «deux numéros de quarante pages par mois» et en assurer la parution régulière (t. I, nº 1, p. 9); attirer, d'autre part, un nombre suffisant d'abonnés pour rendre cette publication financièrement viable. Ils se heurtent aussi au scepticisme de ceux qui considèrent l'entreprise comme «chimérique»: des «vingt à trente lettres que nous a values le Prospectus, remarquent les rédacteurs dans la dédicace de leur premier numéro, la plupart aurait dû nous faire abandonner ce projet [...]; il a fallu toute la force des raisons du petit nombre, jointes à la persuasion où nous sommes nous-mêmes des avantages qui doivent résulter [de cette publication] dans la suite, pour fixer notre incertitude et nous décider à l'impression de ces feuilles» (t. I, nº 1, p. 3-12).

Le Journal des îles de France et de Bourbon ne semble pas avoir continué sa publication au delà de 1788. En 1789, Jacques-Joseph Durrans et Jean-François Brun ouvrent des études de notaire dans deux quartiers différents de l'île de France, et il est probable qu'ils ont alors abandonné la rédaction de leur journal.

La publication du Journal des îles de France et de Bourbon témoigne à la fois du développement de la vie intellectuelle et de la diffusion des «Lumières» dans les colonies françaises à la fin du XVIIIe siècle. Les rédacteurs du journal, comme leurs lecteurs, sont «pénétrés du principe qu'un citoyen doit employer toutes les facultés qu'il a reçues de la nature à l'utilité publique». Ce qui les anime, c'est le souci du «bien commun», l'esprit d'«humanité», un optimisme fondé sur la croyance dans les pouvoirs de la raison, de l'éducation, de la connaissance. Ce qui les anime aussi, c'est le «zèle patriotique»: «tous les hommes, par devoir, sont obligés de coopérer au bien et à l'agrandissement de leur patrie», une «patrie» qui reste la France mais qui est aussi, de plus en plus, en raison de l'éloignement et de l'effet de créolisation, cette colonie dont le journal est l'organe.

Alain NABARRA

 


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© Universitas 1991-2017, ISBN 978-2-84559-070-0 (édition électronique)