ISSN 2271-1813

 

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Dictionnaire de la presse française pendant la Révolution 1789-1799

C O M M A N D E R

   

Dictionnaire des journaux 1600-1789, sous la direction de Jean Sgard, Paris, Universitas, 1991: notice 750

JOURNAL HISTORIQUE ET LITTÉRAIRE (1773-1794)

1Titres Journal historique et littéraire.

Continuation de: Clef du Cabinet des Princes de l'Europe.

2Dates Août 1773 - 15 décembre 1794. Chaque année paraissent 3 volumes comportant 8 numéros bimensuels. Chaque volume est repérable par un numéro de tomaison dont le premier est le t. 138 de la Clef... et le dernier le t. 205. La collection rassemble environ 60 volumes.

3Description La périodicité passe du mois à la quinzaine à partir de 1779 seulement; chaque tome renferme alors 8 numéros datés du 1er et du 15 de chaque mois. Les volumes réunissent de 620 à 680 p. in-12; le cahier est de 16 p. et mesure 100 x 165.

La devise n'apparaît que tardivement (15 févr. 1788): Neque te ut miretur turba laboret, contentus paucis lectoribus». En dehors d'un frontispice rudimentaire, la collection n'est égayée d'aucune illustration.

4Publication Publié d'abord à Luxembourg, imprimé par André Chevalier, le journal l'est ensuite à Liège chez J.F. Bassompierre, puis à Maëstricht chez Fr. Cavelier de 1791 à 1794. L'abonnement revenait à 8 # par an.

5Collaborateurs Le principal rédacteur fut et resta l'abbé Fr.X. de FELLER. Il fut secondé par H.I. BROSIUS jusqu'en 1787 et probablement par d'autres membres de l'ordre des Jésuites établis à Liège et par des ecclésiastiques partisans d'une lutte contre l'incrédulité (le père Dedoyar, J.L. Burton, curé de Marche, J.N. Paquot, J.H. Duvivier, oratorien archidiacre de la cathédrale de Tournay, l'abbé de Saive, entre autres).

6Contenu Feller donna à la Clef du cabinet une orientation nouvelle et une originalité remarquable. Il est probablement le seul journaliste à lier si fermement actualité événementielle et critique littéraire: son nouveau titre correspond très exactement à l'intention affichée de ne plus séparer la vie de l'intelligence de la société civile et politique: «Nous avons déjà averti les lecteurs qui veulent saisir l'ensemble des jugements littéraires et philosophiques de ce journal de ne pas passer la partie politique qui, en plusieurs endroits, se trouve liée avec l'autre. Il est encore plus nécessaire d'avertir ceux qui séparent les deux parties, de se désister d'une opération qui détruit les liens du tout... C'est la dépendance des idées et des choses qui fondent l'utilité de ce journal et qui en forment le caractère particulier» (J.H.L., 1er janv. 1777, p. 32).

A cette fin, Feller répartit ses informations et ses réflexions en 5 rubriques: comptes rendus bibliographiques, nouvelles de l'Europe de l'Est et du Nord, Europe du Sud, Angleterre et Hollande, France. Le contenu des rubriques est variable selon le mois.

Idéologiquement persuadé de l'influence des intellectuels, il fait du journaliste un auxiliaire vigilant des «instituteurs» de la jeunesse (15 oct. 1779, p. 237) et se montre constamment soucieux de la protection de l'enfance (1er mai 1781, p. 9) et de la défense des valeurs religieuses; il se présente lui-même en «critique exorbitamment chrétien» (15 juil. 1781, p. 402), doté d'une «crédulité tardive» et d'un «consentement indocile» (1er août 1778, p. 501) à l'égard des «beaux esprits du jour» (1er mars 1781, p. 315) et peu enclin au «culte du temps présent» (ibid., p. 325). Se sentant vivre «au milieu d'un torrent qui emporte tout, qui contourne avec violence le langage des gens de bien et l'assortit au ton d'un siècle où il n'y a presque plus de place pour le vrai, pour le bien pur et sans mélange» (1er juin 1782, p. 160), il se bat contre Voltaire, Buffon, Raynal, d'Alembert, toutes les sociétés de gens de lettres (1er nov. 1780, p. 339; 15 févr. 1777, p. 254; 15 févr. 1783, p. 316), les juifs et le café (15 févr. 1781, p. 184; 15 juil. 1781, p. 396), se dispute avec la Gazette de Francfort (1er sept. 1776, p. 26), avec les Nouvelles ecclésiastiques (1er févr. 1781, p. 186; 1er mai 1785, p. 48), avec les Affiches de Lorraine (15 sept. 1776, p. 129), avec Linguet (15 mai 1784, p. 264); il dénonce les «connivences» entre intellectuels chrétiens et philosophiques (15 mai 1782, p. 107), en soulignant les effets nocifs de «la contagion de quelques maximes nouvelles qui s'accréditent quelquefois chez les hommes les mieux intentionnés» (1er janv. 1777, p. 8).

Chaque volume s'achève sur une ou deux tables, souvent incomplètes, des nouvelles politiques et/ou des matières littéraires par ordre alphabétique des titres d'ouvrages.

7Exemplaires Collection rare et incomplète: B.N., 8º L2 C 62 A.

8Bibliographie Feller Fr.X., Lettre concernant la proscription du «Journal historique et littéraire», s.l.n.d. [1788], in-8º, 12 p.; La Vérité vengée, ou «Lettre d'un ancien magistrat à l'abbé Feller, rédacteur du Journal historique et littéraire», Liège, 1789, in-8º, 76 p.; Recueil des représentations, protestations et réclamations faites à S.M.I. par les Etats des 10 provinces des Pays-Bas autrichiens, Liège, Tutot, 17 vol. in-8º, 1790. – Capitaine U., Recherche sur les journaux liégeois, Liège, Desoer, 1850, p. 106-115. – Warzée, Essai historique sur les journaux belges, Gand, 1845. – Kuntziger, Essai historique sur la propagande des encyclopédistes en Belgique dans la 2e moitié du XVIIIe siècle, Bruxelles, 1880, p. 99-121. – Francotte H., Essai historique sur la propagande des encyclopédistes français dans la principauté de Liège, Bruxelles, 1880, p. 143-165. – Tassier S., Les Démocrates belges de 1789, Bruxelles, 1930, p. 245-252. – Grégoire P., Drucker, Gazettisten und Zensoren durch vier Jahrhunderte luxemburgischer Geschichte, Luxembourg, 1964, t. II, p. 13-88. – Spunck A., Le Conseil privé et le «Journal historique et littéraire» de Feller, Hémecht 17, 1965, p. 183-205.

Historique Ce journal naît de la volonté chez certains membres de l'ordre interdit des Jésuites, de résister aux flots envahissants de la «soi-disante philosophie» qui, à la manière des «maladies épidémiques, s'étend et se fortifie par les ravages qu'elle fait» (1778, t. 2, p. 16). Fr.X. Feller, replié dans un «inamissible [sic] domaine ceint d'un mur d'airain» (15 sept. 1780, p. 91), dénonce toute idée nouvelle et analyse en termes catastrophiques l'actualité dans laquelle systématiquement il découvre une confirmation de ses appréhensions. Ne reconnaissant de valeur qu'à Fontenai, Fréron et Querlon, «plumes attentives à rappeler les règles et à proscrire les abus» (1er déc. 1779, p. 480), se battant contre tous et tout avec cette «énergie de cœur qui fait les héros», il connut naturellement de nombreuses difficultés.

Ses lecteurs s'impatientèrent de ses incontinentes réponses aux travaux de Buffon (1780, t. 155, p. 631), se plaignirent de son austérité qui lui faisait écarter la critique théâtrale (1er févr. 1782, p. 178), de son obsession polémique qui le rendait insensible aux pièces fugitives (15 août 1782, p. 570).

Dès l'année 1781, il subit les effets de la censure (1er mars, p. 356). En 1782, il grogne de n'être pas autorisé à développer librement son avis à propos de la révocation de l'édit de Nantes (1er nov. 1782, p. 344). En 1784, le numéro d'avril est caviardé si grossièrement que Feller supplie ses lecteurs de ne pas ajouter des «plaintes à [ses] dégoûts et [ses] rebuts» et rapporte que les ouvriers imprimeurs «perdent ou retranchent [...] par mauvaise volonté ce qui est absolument requis pour former un sens raisonnable», que «les gens auxquels on livre [son] manuscrit en font ce qu'ils jugent à propos», que «la censure y fait des dégâts [...] qui laissent nécessairement des hiatus destructifs de l'ensemble» (1er mai 1784, p. 80).

Au début de 1785, des frissons de lassitude et d'interrogation le saisissent. Cherchant un collaborateur qui le déchargerait de «la partie la plus unie et pour ainsi dire mécanique de son ouvrage» (1er janv., p. 31), il reconnaît que «les jeunes gens qui travailleraient chez [lui] seraient bien à plaindre, [car] il n'y a aucun encouragement temporel, aucun moyen de subsistance pour ceux qui n'en ont pas d'ailleurs» (1er févr., p. 311). Il est conscient aussi que «l'air suranné» (1er août 1784, p. 496) qu'il donne à sa revue déplaît au pouvoir. Il avoue sacrifier tout commentaire personnel qui en matière politique serait désormais «le fruit de l'imprudence et d'une loquacité très déplacée» (15 févr., p. 312). Il trouve même «étrange» sa situation de «critique chrétien» qui «ne peut prendre de parti sans se faire une violence douloureuse» (1er janv. 1785, p. 23).

Mais les indignations de sa conscience chrétienne retrouveront leur voix. En 1788, il manifeste si haut ses critiques à l'égard de Febronius, son opposition aux réformes de Joseph II, qu'il est obligé de quitter Luxembourg et de s'installer à Liège. Plus encore, les événements révolutionnaires du Brabant raviveront sa pugnacité et relanceront ses désagréments. Son journal est régulièrement victime d'«enlèvement» (15 févr. 1794, p. 238), malgré la levée des «anciennes proscriptions» que des «avocats fiscaux, présidents, commis et employés aux douanes, aux aguets là où ils peuvent l'être pour enlever tout ce qui a l'air de couler de [ses] principes» essaient de renouveler (janv. 1794, p. II). Depuis 1789, il ne cessait de pousser le peuple à la résistance active et violente, par tous les moyens et même les fausses rumeurs (mars 1789 contre le recteur de l'université de Bonn) au profit du parti aristocratique sacerdotal.

Jacques WAGNER

 


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© Universitas 1991-2017, ISBN 978-2-84559-070-0 (édition électronique)