ISSN 2271-1813

 

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Dictionnaire de la presse française pendant la Révolution 1789-1799

C O M M A N D E R

   

Dictionnaire des journaux 1600-1789, sous la direction de Jean Sgard, Paris, Universitas, 1991: notice 798

LETTRES CABALISTIQUES (1737-1738)

1Titres Lettres Cabalistiques, ou Correspondance Philosophique, Historique, et Critique, Entre deux Cabalistes, divers Esprits Elémentaires, et le Seigneur Astaroth.

Continuation des Lettres juives (1735-1737).

Continuées par les Lettres chinoises (1739-1740).

2Dates Octobre 1737 - novembre 1738. Quatre tomes. Périodicité des demi-feuilles: bihebdomadaire, le lundi et le jeudi (cf. Lettres juives). T. I: 1737; t. II-IV: 1738.

3Description Chaque tome comprend, outre une Epître dédicatoire et une Préface non paginées, trente lettres correspondant à 240 p. (chaque lettre ou livraison étant de 8 p.). Cependant le t. IV, qui contient par ailleurs une Lettre non paginée du marquis d'Argens au libraire, n'a que 232 p., les lettres 97 et 98 étant toutes deux numérotées p. 49-56.

Cahier de 16 p. in-8º, 92 x 147 (t. III-IV).

4Publication A La Haye, chez Pierre Paupie. Les demi-feuilles précisent: libraire sur le Spuy.

On trouve les Lettres à Amsterdam chez F. Changuion, H. Uytwerff, J. Ryckhoff fils et Ledet et Cie; à Rotterdam chez la veuve T. Johnson et fils; à Leyde chez J. et H. Verbeek; à Utrecht chez E. Néaulme et à Breda chez J. Kieboom.

La demi-feuille, qui contient le Titre, l'Epître et la Préface et qui paraît au moment de la réunion en volume, toutes les trente Lettres, est distribuée gratis (cf. Lettres juives).

5Collaborateurs Jean-Baptiste de Boyer, marquis d'ARGENS.

6Contenu Contenu annoncé: dans le cadre du merveilleux, imposé par le désir de donner une critique générale des mœurs et des coutumes des peuples anciens (et non seulement modernes comme dans les Lettres juives), l'auteur se propose de dénoncer l'hypocrisie et toutes les formes d'Inquisition, animé par le seul amour de la vérité, en dehors de l'esprit de médisance et de la volonté de nuire aux bonnes mœurs et à la société (Epître, t. II). L'ouvrage veut être utile à ceux qui, sans s'y adonner de par leur métier, aiment les sciences, et aux jeunes nobles et officiers afin qu'ils prennent le goût des études (Préface générale).

Contenu réel: satire sociale (métiers et conditions, naissance et mérite), morale et surtout religieuse: institutions et sociétés (jésuites et pape notamment), bénéfices, coutumes et croyances superstitieuses (indulgences, miracles, canonisations...), violences (persécutions, croisades...); critique littéraire (extraits de livres récents, Querelle des Anciens et des Modernes, art de la prédication...); considérations historico-politiques (prince, conseiller, peuple...); réflexion morale (amour, mariage et chasteté, bonheur et sagesse...) et réflexion philosophique (problèmes de Dieu et de l'âme, hasard et Providence, fatalité et liberté, athéisme et déisme...); analyse critique des sciences et pratiques occultes (pierre philosophale, cabale, astrologie, évocation des esprits, possessions et exorcismes).

Les Lettres ultérieurement ajoutées reprennent, développent et approfondissent des sujets déjà abordés: littérature (tableau des lettres espagnoles: L. 162, origine et progrès de l'imprimerie: L. 170-171, éd. 1767-1766), histoire (les cruautés des princes et leurs châtiments avec exemples précis: L. 119-125), philosophie (recensement des usages opposés à la raison dans le cadre d'un parallèle des nations: L. 70-77, et accentuation du «pyrrhonisme raisonnable»: L. 86-89), magie et possession (L. 112-115, 168, 176), religion (erreurs et sottises des Pères: L. 159-161). Par ailleurs, des Lettres renvoient aux Lettres juives: L. 138, 169 (lettre juive prétendument retrouvée), 177-178 (réponse à des critiques).

Principaux centres d'intérêt: le combat mené contre l'aveuglement et la crédulité nés de la crainte et sources de superstition, contre la fourberie génératrice de fanatisme; la mise en cause de l'héroïsme traditionnel et la dénonciation des violences de la guerre; la conception du bonheur et de la sagesse liés à la vertu, à la modération et à la retraite sans que le souci du bien public soit oublié; le mouvement dialectique du pour et contre, le rejet de l'esprit systématique et la conscience de l'incertitude des connaissances; le souci de la preuve érudite (citations en bas de page); le recours au genre du dialogue des morts.

Principaux auteurs mentionnés ou dont des extraits sont cités: en dehors des écrivains de l'Antiquité et des Pères de l'Eglise, signalons les auteurs de la cabale (Agrippa, R. Lulle, Monfaucon de Villars), messieurs de Port-Royal, les jésuites Bourdaloue, Hardouin, Mariana, Sanchez, les protestants Beausobre et Jurieu, l'évêque Huet, les mémorialistes et historiens (Brantôme, Pasquier, Rapin de Thoyras, de Thou), et, outre Bentley, Cardan et Grotius, les philosophes de Bayle à Voltaire (cf. Lettres juives), sans oublier Leibniz et Wolf.

7Exemplaires Collection étudiée: t. I-II, B.U. Leyde, 702 E 14-15; t. III-IV, B.N.U. Strasbourg, B 101340 (en un seul vol.). Collection complète à la B.U. de Leyde (cote citée).

8Bibliographie Rééditions: 1738, La Haye, P. Paupie, 6 vol.

1741, nouvelle éd. augmentée de LXXX Nouvelles Lettres, de quantité de Remarques, et de plusieurs Figures, La Haye, P. Paupie, 6 vol. Le t. I, qui comprend une Préface générale, présente deux frontispices. Page de gauche: portrait de d'Argens (cf. Lettres juives, éd. 1738); page de droite: la Vérité lève le voile qui dérobe à nos yeux l'état après la mort. J.v. Schley inv. et fecit 1740. D'autre part, une vignette historique orne la page de titre des 5 premiers tomes, illustrant respectivement les Lettres XXI (t. I), XXXVII (t. II), LVII (t. III), XCII (t. IV) et CXVI (t. V): J.v. Schley f. 1740. Table des matières non paginée dans t. VI: B.M. Bordeaux, B 11162 (1-6); Ste G., Z 8º 690 (21-26).

1754, nouvelle éd. augmentée de Nouvelles Lettres et de quantité de Remarques, La Haye, P. Paupie, 7 vol.: Ars., 8º B.L. 31986 (1-7); Maz., 2 ex., 22778 A*-F* et *1-*7.

1766, La Haye, P. Paupie, 7 vol.: B.M. Bordeaux, B 11164 (1-7): le t. I est lui, daté de 1767; table des matières paginée dans t. VII.

1769-1770, La Haye, P. Paupie, 7 vol.

Mentions dans Mercure et Minerve (21 janv. 1738), Amsterdam (25 avril 1738 et 4 mars 1740), Réflexions sur les ouvrages de littérature (t. VI, 1738, p. 331-336), Correspondance historique, philosophique et critique entre Ariste, Lisandre... (Lettre 68), Le Philantrope, Nouvelle Bibliothèque (Supplément, oct.-déc. 1738, p. 462 et 466; févr. 1740, p. 286; mars 1741, p. 424), Lettres chinoises (éd. 1739, t. I, Préface), L'Année littéraire (t. VII, 1755, p. 3-20).

Monographies: cf. Lettres juives.

Historique Alors que Paupie débite le t. VI des Lettres juives et réclame au journaliste un 7e et un 8e volumes, menaçant, en cas d'abandon, de recourir à... La Martinière (fonds Marchand 2, lettre d'A. à P.M., 33), d'Argens, qui craint que le public ne finisse par s'ennuyer, conçoit l'idée d'un nouveau périodique et en fait part à P. Marchand: «J'ai un autre projet qui me fournira deux ou trois volumes et qui est d'un goût singulier. Ce sera une Correspondance céleste, terrestre et infernale entre un génie élémentaire, un cabaliste et le diable Asmodée. Cette idée me fournira les plus charmantes lettres du monde [...] Je vous promets que ce projet est charmant, j'ai déjà de la matière toute trouvée pour plus de quarante lettres» (ibid., 34). D'emblée, P. Marchand se montre favorable. Le nouvel ouvrage lui semble «très bien imaginé»: «ainsi, dès que la dernière Lettre juive périodique paraîtra, il faut que la Correspondance lui succède. Prenez là-dessus vos mesures et nous travaillerons à les exécuter» (ibid., lettre de P.M. à d'A., 6). Marchand est, en effet, prêt à continuer à jouer son rôle de conseiller et correcteur littéraire (il le rappellera à l'auteur quand lui-même sera brouillé avec l'éditeur: «je n'ai jamais rien mis dans vos Lettres juives ni dans vos Lettres cabalistiques que de votre consentement et à votre prière», ibid., 4) et il est possible que ce soit lui qui ait suggéré le titre définitif (ibid., lettre d'A à P.M., 40).

Parce qu'il veut cette fois-ci ne pas «faire les choses avec précipitation» (ibid.) et «se mettre à l'aise», tout en évitant de jeter dans l'embarras Paupie (ibid., 15), à qui il confie, pour le prix des Lettres juives (ibid., 38-39), sa nouvelle feuille, d'Argens commence à composer d'avance ses Lettres cabalistiques. Il tient à en avoir toujours «vingt ou trente» «à courir», car, observe-t-il, «au commencement d'un ouvrage, on peut tomber malade et, s'il était discontinu, il irait au diable; il faut prévoir tous les accidents» (ibid.).

De fait, d'Argens, qui, depuis son installation en Hollande, mène une vie sédentaire de travailleur acharné, est alors victime de divers ennuis de santé dont font état ses lettres à P. Marchand et aussi certaines des Préfaces des tomes qui regroupent par trente les Lettres cabalistiques. Contraint au repos (l'espace d'un mois) ou à un travail limité de 2 à 3 heures par jour (ibid., 44), il se félicite d'avoir antérieurement profité de ses «bons moments» et consacre les «intervalles» que lui laisse la maladie à la rédaction de nouvelles lettres. Mais, en novembre 1738, il se voit obligé de suspendre sa Correspondance.

Comme du temps des Lettres juives, d'Argens, non sans appréhension, s'enquiert auprès de P. Marchand de l'accueil que reçoit son périodique. Le 29 août 1738, de Maastricht, où il s'est établi, il interroge inquiet: «Est-ce que les Cabalistiques ne seraient point goûtées en France que vous me mandez qu'on en dit rien à Paris?» (ibid., 48). De son propre aveu, le t. I (Préface du Traducteur) connaît un sort moins heureux que les différents tomes des Lettres juives. Effet de la «cabale» de quelques écrivains subalternes et envieux? Quoi qu'il en soit, les Lettres cabalistiques ont eu tôt raison de leurs ennemis (d'Argens vise ici les auteurs des Anecdotes historiques et de la Correspondance [...] entre Ariste, Lisandre) et, dès le t. II, le débit se fait «plus prompt», et plus le nombre de volumes croît, plus le succès se confirme. Dans la Préface du t. III, le journaliste reconnaît que ses nouvelles lettres ont «trouvé grâce chez bien des lecteurs». Et il se targue, entre autres témoignages, de celui du «savant et illustre» M. de La Croze, qui, dans son Histoire du christianisme d'Ethiopie, loue «l'auteur poli et ingénieux des Lettres cabalistiques» (Préface générale et fonds Marchand 2, lettre d'A. à P.M., 49). L'édition périodique est d'ailleurs assez vite épuisée, et les Lettres cabalistiques, comme les Lettres juives, vont être rééditées à plusieurs reprises, les rééditions étant elles-mêmes presque aussitôt vendues qu'achevées (Préface générale, éd. 1767-1766). En 1741, des augmentations considérables sont apportées qui, par-delà les 15 lettres dues à «une plume étrangère» sollicitée par l'éditeur, veulent être une marque de reconnaissance de l'auteur pour la bonté et l'empressement du public. Rappelons qu'en mars 1763 on réédite même en plaquette une Lettre cabalistique (la 115e de l'éd. 1737-1738) où d'Argens prévoyait la «ruine» des jésuites.

Comme les Lettres juives, les Lettres cabalistiques sont également l'objet de traductions: anglaise (dans la Préface du t. I, d'Argens fait état de la traduction de certaines Lettres dans le Wotsweri Journal), allemande (Kabalistische Briefe, Danzig et Leipzig, 1773-1777; Neve Auflage, 1786, t. I).

Bien qu'elles n'aient pas le même attrait que les Lettres juives et qu'elles aient le défaut d'hésiter entre la tonalité plaisante initialement promise et la gravité didactique, les Lettres cabalistiques ont leur place dans la série des Correspondances de d'Argens, constituant comme un «supplément» par rapport aux Lettres juives et aux Lettres chinoises (Lettres chinoises, éd. 1739-1740, t. II, Préface).

Robert GRANDEROUTE

 


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