ISSN 2271-1813

 

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Dictionnaire de la presse française pendant la Révolution 1789-1799

C O M M A N D E R

   

Dictionnaire des journaux 1600-1789, sous la direction de Jean Sgard, Paris, Universitas, 1991: notice 80

*ALMANACH DES MUSES (1765-1783)

1Titres Almanach des Muses.

Devient en 1794: Almanach des Muses, «2e année de la République française, une et indivisible»; en 1795, «pour l'an troisième de la République française».

2Dates La collection complète (1765-1833) compte 69 tomes annuels, auxquels s'ajoutent 2 tomes supplémentaires en 1765 et 1781 («Pièces échappées aux XVI premiers almanachs des muses»). Périodicité annuelle: «cet almanach renouvelé tous les ans», dit l'Avertissement de 1765. Approbations signées d'Hermillly (1765) et Bret (1766); rappel du privilège en juillet 1786 (renouvellement), arrêt du Conseil du 26 avril 1785.

3Description Chaque tome annuel est composé de façon relativement constante, mais le nombre des pages double entre 1765 et 1789: 163 p. en 1765, 203 p. en 1770, 319 p. en 1781, 333 p. en 1785, 320 en 1789, environ 244 p. pendant la Révolution, 324 p. en 1800. Le volume comporte souvent un avertissement de l'éditeur, un calendrier (régulièrement à partir de 1773), de 140 à 280 p. de poèmes divers (épîtres, madrigaux, contes, fables, éloges, impromptus, couplets avec partition), une notice et deux ou trois feuillets de musique gravée (jusqu'en 1783 inclus, et à l'exception des années 1767, 1769, 1774-1776 et 1780).

Cahiers de 24 p. in-12, 80 x 136. Frontispices différents dans chaque tome, avec les signatures de Poisson, Chaillou, Maréchal, et celle de Marillier pour les «Pièces échappées».

4Publication Paris, Delalain, rue Saint-Jacques (1765) et rue de la Comédie (1766); à partir de 1795, «Chez Louis, Libraire, rue Séverin nº 29, Paris». Imprimerie Crapelet à partir de 1795.

En 1772, la collection formant 8 vol. brochés se vend 9 # 12 s. En 1775, les 9 premières années se vendent séparément 1 # 4 s., les années 1774 et 1775 1 # 10 s. chacune. En 1789, le numéro vaut 36 s.

5Collaborateurs Claude SAUTREAU DE MARSY et Charles-Joseph MATHON DE LA COUR: «L'Almanach des Muses a été établi par M. Sautreau de Marsy seul en 1765; cet éditeur n'a jamais eu d'associé pour ce recueil que M. Mathon de La Cour en 1766, 1767, 1768 et 1769» (Avertissement de 1779, note).

6Contenu «Parmi la foule des Almanachs de toute espèce qui renaîssent exactement chaque année, il en est plusieurs d'utiles et quelques uns d'assez curieux [...]. On entreprend d'en donner un pour les gens de gout. C'est un recueil fait avec soin des meilleures poésies fugitives qui méritent d'être conservées; il servira à faire voir les changements successifs du gout dans ce genre de Poésie» (Avertissement de 1765). Après le calendrier et les poésies fugitives, on trouve une table de 3 p., puis une notice des ouvrages de poésie parus l'année précédente (environ 12 p.) par sous-genres (odes, poésies pastorales, contes, épîtres, théâtre, opéra, etc.). Il s'agit d'annonces accompagnées de courtes appéciations d'un ton souvent vif et parfois proches de la satire. On trouve parfois dans les dernières pages une liste des livres nouveaux.

On rencontre dans l'Almanach des Muses les productions de tous ceux qui se mêlent alors d'écrire des vers: Piron, La Dixmerie, Colardeau, Saint-Lambert, Voisenon, La Harpe, Roucher, Laclos, Sedaine, Parny, Chamfort, etc. On y trouve assez souvent des pièces de Voltaire, de Dorat, de Baculard d'Arnaud. L'ode «La jeune captive» de Chénier est publiée dans le numéro de 1796.

7Exemplaires B.M. Lyon, 804536 (2e éd.); B.U. Macalester College, Saint-Paul, Minnesota (2e éd.); B.N., Rés. Ye 2824-2850 (2e éd., mais le t. I est celui de l'édition originale).

8Bibliographie DP2, art. «Marsy». – Lachèvre F., Bibliographie sommaire de l'Almanach des Muses (1765-1833), Paris, Giraud-Badin, 1928.

Historique L'Almanach des Muses fut fondé par les éditeurs du Journal des dames et fut vendu avec celui-ci pendant les premières années (cf. N. Gelbart, Feminine and opposition journalism in Old Regime France: «Le Journal des Dames», Univ. of California Press, 1987, p. 140, 146, 148-149). Le Journal des Dames devint de plus en plus féministe et politiquement engagé sous la Révolution, alors que l'Almanach resta une revue littéraire, sous les directions successives de Sautreau de Marsy (1765-1793), Etienne Vigée (1794-1820), Justin Gensoul (1821-1829) et Jean-Pierre Lesguillon (1830-1833). Les premiers avertissements (1766, 1767) font état d'un franc succès, fondé sur le large choix poétique offert par la revue. Pour 1767, l'éditeur reconnaît avoir examiné avec soin plus de 30 000 vers, dont il n'a retenu que 2000. Les envois proviennent de toute la province. Dans son Avertissement de 1768, Marsy dessine à grands traits un panorama du genre: beaucoup d'esprit, de légèreté et de finesse, des «tournures ingénieuses», de la grâce, un «coloris vague et faible», une profusion de jolis madrigaux et d'épîtres spirituelles, mais peu «de bonne gaîté, de pensées fortes, d'images frappantes, de simplicité, de vigueur». L'auteur déplore cette décadence: «De là l'impossibilité de se livrer à cette méditation profonde qui a enfanté tant d'ouvrages immortels; de là l'uniformité fastidieuse des caractères: on quitte le sien pour prendre celui qui règne dans le tourbillon où l'on vit...» Malgré cette production monotone, l'Almanach des Muses ne renonce pas à être un «livre de littérature» (Avertissement de 1765), une «espèce de bibliothèque poétique» (Avertissement de 1766) et une histoire du genre.

C'est avec le numéro de 1771 que le calendrier s'installe dans l'ouvrage: fêtes mobiles, quatre temps, éclipses, levers de lune et couchers de soleil distribués selon les signes du zodiaque ou les mois de l'année. Ce type de calendrier disparaît dans les livraisons de 1793 et de 1794 et c'est un calendrier républicain qui ouvre la livraison de 1795, accompagné d'une courte pièce de vers intitulée «Les mois républicains».

L'écho des événements s'entend plus nettement dans la livraison de 1790, qui s'ouvre sur une ode aux Etats généraux (de Ginguené); on y trouve, du même auteur, une ode «Sur la journée du 23 juin», adressée à Necker («O Cygne du Léman...»), un «Couplet à M. le Marquis de La Fayette présent à la bénédiction des drapeaux du district des Cordeliers, le 13 août 1789» (d'Imbert), un dithyrambe sur l'Assemblée nationale (de M.J. Chénier). On peut encore lire, dans les années qui suivent des poèmes patriotiques de M.J. Chénier («Hymne pour la fête de la Révolution», 14 juillet 1790) ou de Desorgues («Chant de guerre contre l'Angleterre») et aussi l'«Hymne des Marseillais» par «le citoyen Rougez, officier du génie» (1793), ainsi que des poèmes en l'honneur de Bonaparte (1799 et 1800).

Un almanach doit aussi tenir compte du nouveau découpage de l'année: «Le commencement de l'année n'étant plus le même, et le 1er Vendémiaire étant trop éloigné, on a pris le parti de fixer la publication de l'Almanach des Muses à l'équinoxe du printemps. Il paraîtra tous les ans à cette époque». Le rédacteur doit cependant reconnaître dès l'année suivante la justesse de l'observation des lecteurs qui pensent plus convenable de fixer la publication au commencement de l'année républicaine. «Sans afficher le titre de Républicain, lit-on dans l'Avertissement de 1795, l'Almanach des Muses l'a été véritablement depuis le commencement de la Révolution, l'éditeur ayant toujours inséré de préférence les meilleures pièces patriotiques; il le sera plus spécialement par la suite. Nous sommes loin cependant de vouloir en exclure les autres genres. Ils continueront toujours à y répandre de la variété, et à donner une idée des divers progrès de notre poésie». Effort pour maintenir l'équilibre entre l'ancienne formule et le nouveau cours des choses.

Claude LABROSSE et Virginia A. SCHUBERT

 


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