ISSN 2271-1813

 

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Dictionnaire de la presse française pendant la Révolution 1789-1799

C O M M A N D E R

   

Dictionnaire des journaux 1600-1789, sous la direction de Jean Sgard, Paris, Universitas, 1991: notice 807

LETTRES D'UN SAUVAGE DÉPAYSÉ (1738)

1Titres Lettres d'un Sauvage Depaysé à son Correspondant en Amérique.

Réunies sous le titre: Lettres d'un Sauvage Depaysé. Contenant une Critique des Mœurs du Siècle, et des Réflexions sur des Matières de Religion et de Politique.

Continuées par les Lettres d'un Sauvage Civilisé.

2Dates Probablement janvier - avril 1738. Un volume. Périodicité annoncée et réelle: bihebdomadaire, le lundi et le jeudi. Trente livraisons.

Volume daté de 1738.

3Description Le volume comprend trente lettres. 240 p. Cahier de 16 p., 90 x 155, in-8º.

4Publication A Amsterdam, chez Jean François Jolly, libraire dans le Pyl-Steeg.

A partir de la 11e livraison, les Lettres se trouvent également à La Haye, chez Pierre Paupie, libraire sur le Speuy.

5Collaborateurs Jean JOUBERT DE LA RUE.

6Contenu Contenu annoncé: «tableau» de la France «que des mains sauvages ont tâché de tracer au naturel» (Lettre I, p. 8); sorti des forêts d'Amérique, un sauvage venu en France fait part à un ami qui est demeuré au pays de tout ce qui peut paraître «surprenant et digne de la curiosité d'un philosophe sauvage» (Lettre II, p. 13).

Contenu réel: critique religieuse; politique étrangère (affaires de Corse, «troubles» de Genève...) et intérieure (rapports du Roi et des parlements); satire des mœurs et de la société: les différents états; amour, galanterie et mariage; modes (jeu) et vices (ambition et cupidité); arts mécaniques et libéraux; auteurs, libraire et public.

Principaux centres d'intérêt: l'opposition de la «raison sauvage» qui s'appuie sur le bon sens et les lumières naturelles et de la «raison civilisée» «qui n'opère que des merveilles» (Lettre I, p. 2); la virulence des attaques portées contre la religion catholique: dogmes (Transsubstantiation), institutions (de la Papauté à l'état monacal), pratiques et cérémonies, subtilités du raisonnement scolastique, violences exercées contre les infidèles et les hérétiques, divisions en factions jalouses (jésuites et jansénistes); l'éloge de la «République» (Genève) et de l'Angleterre (un pays qui n'obéit qu'à ce qui est «juste et raisonnable», Lettre XVI, p. 122).

Auteurs cités: Boileau, Descartes, Locke, Newton, Spinoza.

7Exemplaires B.M. Bordeaux, S 4976; B.N., Z 15629.

8Bibliographie Rééditions: 1746; 1776 (en 2 parties: I: Lettres I-XV; II: Lettres XVI-XXX).

Autres rééditions sans date, soit en 2 parties (B.N., 8º Z Le Senne 3589), soit en 2 vol. in-12 (B.N., R 19546-47).

Mentions dans L'Observateur littéraire, historique, philosophique (1738); Gazette d'Amsterdam (30 sept. 1738; 9 août et 4 nov. 1746); Nouvelle Bibliothèque (Supplément aux mois d'oct., nov. et déc. 1738, p. 462).

Historique Français demeurant en Hollande, présenté par la Gazette d'Amsterdam en 1746 comme libraire établi en cette ville, Jean Joubert de La Rue reprend à son tour la fiction mise à la mode par le Montesquieu des Lettres persanes et s'efforce de tirer parti des avantages de cette fiction, qu'il s'agisse de la «naïveté» du héros (source inévitable de traits ironiques) ou du genre de la lettre, facilement adaptable à la feuille périodique. Chaque lettre qui correspond à une livraison (une seule lettre, la 12e, déborde sur la livraison suivante, Lettre XIII, p. 104) s'ordonne autour d'un thème polémique. La violence de la satire religieuse n'a pas échappé aux contemporains: témoin L'Observateur littéraire qui s'élève vivement contre les «coups furieux portés sans ménagement à la religion» et auquel d'ailleurs J. Joubert de La Rue répond dans sa Lettre XXI. Que ces Lettres aient pu être attribuées au marquis d'Argens, on ne s'en étonnera guère. Pourtant l'auteur des Lettres juives et cabalistiques rejeta avec indignation une telle attribution. «Il n'y a que des sots ou des gens qui cherchent à me décrier auprès du public qui osent me donner un pareil ouvrage», écrit-il dans une lettre adressée aux «savants» de Paris (Nouvelle Bibliothèque, art. cit.) et il parle d'«un livre pitoyable» dont il assure, du reste, que «le véritable auteur [lui] est parfaitement connu». A la fin de la 30e Lettre, le libraire, dans un Avertissement, annonce qu'il pourra «publier la suite par volumes» si l'accueil du public l'y encourage. En fait, ce n'est qu'en août 1746 que les Lettres d'un sauvage civilisé «pour servir de continuation à celles du Sauvage Dépaysé» commenceront à paraître, d'ailleurs chez J. Joubert de La Rue lui-même. Sans doute faut-il expliquer par là la réédition à cette date des Lettres de 1738.

Robert GRANDEROUTE

 


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© Universitas 1991-2017, ISBN 978-2-84559-070-0 (édition électronique)