ISSN 2271-1813

 

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Dictionnaire de la presse française pendant la Révolution 1789-1799

C O M M A N D E R

   

Dictionnaire des journaux 1600-1789, sous la direction de Jean Sgard, Paris, Universitas, 1991: notice 834

LETTRES SÉRIEUSES ET BADINES (1729-1740)

1Titres Lettres sérieuses et badines sur les ouvrages des savans, et sur d'autres matières.

Le titre du t. I est: Lettres sérieuses et badines sur un livre intitulé: Etat présent de la République des Provinces-Unies. Par M. F.-M. Janiçon, et sur d'autres ouvrages. Titre définitif à partir du t. II.

Continué par: Amusements littéraires ou Correspondance politique.

2Dates Mai 1729 - juin 1738 (publication du t. IX retardée jusqu'en 1740). Privilège fictif en date du 15 mai 1729. Annoncé comme hebdomadaire. En fait, il paraît une partie tous les trois mois (Avertissement, t. VI, II), 50 lettres en deux volumes par an. Datation des volumes: 1729 (t. I et II), 1730 (t. III-IV), 1731 (t. VI-VII), 1733 (t. VIII, I), 1740 (t. IX).

3Description Chaque volume est composé de deux parties, groupant chacune 12 lettres environ. 292 p. (t. I); 439 p. (t. II); 432 p. (t. III); 626 p. (t. IV); 600 p. (t. V); 489 p. (t. VI); 456 p. (t. VII); 475 p. (t. VIII); 364 p. (t. IX). Tables et catalogues non chiffrés en fin de chaque volume.

Cahier de 16 p., 93 x 153, in-8º.

Devise: Ecce iterum Crispinus, est mihi saepe vocandus / Ad partes, etc., etc., Juven.

Plan de la bataille de Pharsale (t. V, p. 356).

4Publication A La Haye, chez Jean Van Duren.

5Collaborateurs Le fondateur est Antoine de LA BARRE DE BEAUMARCHAIS (1698-1750). Les auteurs successifs: La Barre de Beaumarchais, de mai 1729 à fin 1730, X... (Camusat?) fin 1730 à début 1732 (t. IV-VI, I); La Barre de Beaumarchais seul jusqu'à la fin de 1733; X... en 1740 pour t. VIII, II.

Collaborateurs occasionnels: La Martinière, Lenglet-Dufresnoy (t. V, Lettre 10e), Camusat, Janiçon (?), Bruys (?).

6Contenu «Je me propose d'y raisonner sur les livres anciens, sur les livres modernes, sur les nouvelles, sur mille autres sujets» (Préface, p. XXX).

Contenu réel: lettres sur la religion; comptes rendus d'ouvrages attaqués par la Bibliothèque raisonnée, ou publiés par Van Duren.

Principaux centres d'intérêt: critique du roman, critique de l'histoire; anecdotes sur la production littéraire en Hollande et sur la condition des réfugiés; controverse religieuse.

Principaux auteurs étudiés: Janiçon, Saurin, Rousset de Missy, Bruzen de La Martinière, Prévost, Bayle, Cicéron, Rollin, Locke, Milton, R. Simon.

Les tables se trouvent intégrées en fin des tomes: II, III, IV, V, VI, VII, VIII.

7Exemplaires B.M. Grenoble, P 7960 et F 18957; Ars., 8º H 22631; B.M. Lyon, 345679.

8Bibliographie «Seconde édition revue et corrigée par M. de Camusat», 1740 (t. I-II).

Mention dans la presse du temps: Critique désintéressée des journaux littéraires de Bruys (t. I, art. 7; t. II, art. 3; t. III, art. 4).

Historique En mai 1729, Jean Van Duren, libraire catholique de La Haye, lance les Lettres sérieuses et badines «sur un livre intitulé Etat présent de la République des Provinces Unies par M. F.-M. Janiçon». Le sous-titre montre qu'il s'agit alors de faire pièce aux protestants français de la Bibliothèque raisonnée, créée en octobre et dirigée par Rousset de Missy, qui vient de s'attaquer violemment à Janiçon. Le principal rédacteur des Lettres sérieuses et badines est certainement Antoine de La Barre de Beaumarchais, qui venait de se brouiller avec Rousset. Les deux premiers volumes sont en majeure partie consacrés à cette polémique, puis à celle que suscite la dissertation de Jacques Saurin sur le «mensonge officieux». La collaboration de Bruzen de La Martinière et de Janiçon est probable, même s'ils s'en défendent (voir la Critique désintéressée de F. Bruys, t. I, p. 53-54 et 88-93). Si l'on en juge par les initiales des «amis» de l'auteur, qui contresignent les notes de la Lettre 6e (t. I, p. 122 et suiv.), le journal ne compte pas moins de 17 collaborateurs; mais on ne peut identifier que Bruzen de La Martinière (A.B.L.M.), Janiçon (F.M.J.), Bruys (F.B.), Van Duren (VAND). Quant à La Barre de Beaumarchais, il paraît se cacher sous les initiales «E.I.R.O.N.» («ironique»?) qu'on trouve à la fin des nouvelles littéraires. La polémique avec Rousset se développe tout au long des Lettres sérieuses et badines; elle est racontée longuement par l'abbé d'Artigny au t. IV de ses Nouveaux Mémoires, art. 72. Peu à peu, les Lettres sérieuses et badines accordent une place à tous les auteurs attaqués par la Bibliothèque raisonnée, puis aux ouvrages édités par Van Duren; cette orientation plus littéraire, visible dès le t. II, est probablement due aux menaces d'interdiction qui pèsent sur le journal.

Au début du t. II, Beaumarchais a en effet publié un extrait de la Dissertation sur le mensonge officieux de Saurin, qui provoque une saisie du volume avec une amende de 200 # pour l'éditeur (voir M. Couperus, Un périodique français en Hollande, «Le Glaneur historique», La Haye, Mouton, 1971, p. 96-97). Beaumarchais est condamné par la Cour de Hollande, le 2 août 1731, mais dès la fin de 1730, il semble avoir suspendu sa collaboration. La différence entre le t. IV, II et ses «heureux aînés» est soulignée un peu plus tard par un lecteur (t. V, p. 453 et suiv.). Les dernières signatures «E.I.R.O.N.» apparaissent dans le t. IV, I, au moment où Beaumarchais rompt avec Bruys (cf. t . IV, I, Lettre 15e, et Critique désintéressée, t. III, p. 54, lettre de Bruys datée du 15 août 1730). De nouveaux auteurs se manifestent dans le t. V: Lenglet-Dufresnoy (Lettres 9e et 10e) et surtout Camusat, si l'on en juge par la publicité que reçoivent ses œuvres (voir t. V, II, p. 437-453; t. VI, I, p. 108 et 111). Desfontaines souligne d'ailleurs le fait dans le Nouvelliste du Parnasse (t. III, p. 186, lettre datée du 5 nov. 1731). La collaboration de Camusat fut sans doute assez substantielle, et il est probable qu'à cette époque il a envisagé de publier une nouvelle édition du journal. Une «seconde édition revue et corrigée par M. de Camusat» paraîtra en 1740, mais elle ne concerne que les t. I et II, et, à cette époque, Camusat est mort depuis six ans. On peut supposer que sa participation au journal se situe entre le moment de son arrivée en Hollande (vers août 1730) et le retour de Beaumarchais; elle concernerait essentiellement les t. V et VI.

Alors que Beaumarchais n'apparaît plus, dans ces tomes, qu'à titre de correspondant (cf. t. V, II, p. 304, lettre signée «M.A.E. de L.B. de B.»), la signature «E.I.R.O.N.» réapparaît à la fin des nouvelles littéraires du t. VI (p. 489). A la fin de 1732, Van Duren rachète avec l'appui de Sevart, le Journal littéraire de La Haye, et le confie également à Beaumarchais. Incapable de suffire à la tâche, celui-ci néglige les Lettres sérieuses et badines (voir les lettres de La Martinière citées dans DP2) et abandonne le journal à la fin du t. VIII, I; la deuxième partie ne paraîtra qu'en 1740. Dès 1735, Beaumarchais disparaît et va s'établir à Francfort-sur-le-Main, au service de l'éditeur Varrentrapp. Après avoir fait compléter son t. VIII en 1740, Van Duren se résout à publier, sous la couverture des Lettres sérieuses et badines, les Lettres sur la Hollande (1738) puis les Amusements littéraires (1739) de La Barre de Beaumarchais, publiés précédemment à Francfort, mais la collection des Lettres sérieuses et badines proprement dites s'achève avec le t. VIII.

Cette fidélité de Van Duren à l'égard de Beaumarchais prouve à elle seule qu'il l'a considéré comme le principal auteur et animateur des Lettres sérieuses et badines. Beaumarchais a créé un style ironique et vif, très engagé dans la polémique idéologique ou littéraire, qui a fait l'originalité du journal et son succès. Il a su grouper autour de lui, par affinités de doctrine ou de tempérament, des réfugiés français, les uns protestants (Janiçon, Bruys) les autres catholiques (La Martinière, Camusat), tous hostiles au rigorisme calviniste et passionnés par le jeu des idées. Cette «cabale catholique» (DP2, art. «Beaumarchais», «La Martinière», «La Hode») a joué un rôle important dans les débats intellectuels de 1730-1733. L'intérêt suscité par les Lettres sérieuses et badines est attesté par les emprunts que lui fait Le Pour et Contre en février-mars 1734, au moment où Prévost en abandonne la rédaction. La liste de ces emprunts a été établie par M. R. de Labriolle (Le «Pour et Contre» et son temps, Studies on Voltaire, t. XXXIV-XXXV, 1965, I, p. 39; voir également Jean Sgard, Le «Pour et Contre» de Prévost, Nizet, 1969, p. 25 et 60, note 77); ils proviennent surtout des t. VI et VII; mais c'est également aux Lettres sérieuses et badines qu'est emprunté, dans sa majeure partie, le compte rendu de Manon Lescaut (voir F. Deloffre: «Un morceau de critique en quête d'auteur, le jugement du Pour et Contre sur Manon Lescaut», R.S.H., avril-juin 1962, fasc. 106, p. 203-212). Par sa présentation soignée et souvent savante (avec sommaires, tables, index, traduction des citations latines et notes), par son purisme littéraire, par ses prises de position favorables au catholicisme et à la monarchie française, le journal de Beaumarchais n'est pas sans évoquer celui de Prévost; bien des lecteurs ont dû s'y tromper.

Jean SGARD

 


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© Universitas 1991-2017, ISBN 978-2-84559-070-0 (édition électronique)