ISSN 2271-1813

 

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Dictionnaire de la presse française pendant la Révolution 1789-1799

C O M M A N D E R

   

Dictionnaire des journaux 1600-1789, sous la direction de Jean Sgard, Paris, Universitas, 1991: notice 911

MERCURE ANGLAIS 1 (1644-1648)

1Titres Mercure Anglois.

2Dates 7 juin 1644 - 17 décembre 1648, 2 volumes.

Hebdomadaire, tous les jeudis, avec des interruptions.

3Description 2 volumes reliant 3 tomes (coll. B.L.): Vol. 1: t. I, 256 p. + début du t. II, 124 p. soit 380 p. en tout. Vol. 2: t. II, p. 125 à 260 et t. III, 292 p. soit 427 p. en tout. Le t. II est réparti sur les deux volumes. Cahiers de 4 p. in-4º. De temps en temps, après une interruption, on trouve des numéros de 8 p., 120 x 175. Les deux premiers numéros font 140 x 175. La datation indique: «vieux stile». A partir du nº 42 (t. I), on indique les deux «stiles». La numérotation des numéros recommence dans chaque nouveau tome: t. I: 63 numéros; t. II: 1 à 32, dans le vol. 1; t. II: 33 à 65 et t. III: 73 numéros dans le vol. 2.

4Publication Londres. «Vendu par Nicholas Bourne, à l'entrée méridionale de l'Eschange Royalle» (Bourse). Imprimé par Robert White, jusqu'au nº 32, p. 128, t. I, puis par Thomas Forcet, Old Fish Street. «Every thursday at 9 o'clock».

5Collaborateurs D'après le t. I, nº 10, p. 37, l'auteur est un réfugié d'origine française «né sur les bords de la Loire», non loin de Vendôme. Il est décédé en novembre 1645. Un autre rédacteur prend la suite, et se montre encore plus discret sur lui-même que le précédent. Mais d'après J.B. Williams et Joseph Frank, l'auteur serait Dillingham. A vrai dire ils n'en apportent pas d'autre preuve que le fait que Dillingham publie chez le même éditeur, White, deux périodiques paraissant aussi le jeudi: Parliament Scout et Moderate Intelligencer. Pour le M.A. il aurait confié la rédaction à John Cotgrave (dont le père Randle Cotgrave est l'auteur du French Dictionary).

6Contenu Le rédacteur présente ainsi son entreprise, au nº 1: «La principale chose qui m'induit d'entreprendre cet œuvre est l'amour de vérité, désirant que les nations étrangères soient dûment informées touchant les procédures du Parlement et de la guerre et plus spécialement pour donner satisfaction aux Eglises réformées par toute la chrétienté, la prospérité et le bonheur desquelles dépend en quelque sorte des bonnes procédures et succès du Parlement d'Angleterre assemblé à Westminster». Mais une seconde motivation apparaît dans un tract (handbill) qu'on retrouve dans les Thomason Tracts, et qui fut placardé sur les murs de Londres, le 10 juillet 1644, la veille de la sortie du nº 3:

These are to signifie, that all merchands and others that are desirous weekly to impart beyond seas the certain condition of affairs here and of the proceedings of the war, they shall have it weekely published in print and in the French tongue. And every Thursday at nine of the clocke in the morning the Reader may have them (if he please) at Master Bourne's shop at the Old Exchange  the title of the thing is Le Mercure Anglais, which a while since was begun and continued for two or three weekes, and finding it much desired during these three weeks past, that the publishing of it (through some occasions) was discontinued, it shall for the future be continued according to the most certaine and impartiall relations of affaires here to come out at the time and place aforesaid.

Le contenu est «événementiel». Ce sont des bulletins de nouvelles politiques, sans commentaire. Aucune nouvelle de France, ni intérêt pour la politique française, il s'agit uniquement de l'Angleterre.

Centres d'intérêt: les progrès de la lutte du Parlement contre le Roi, et les nouvelles de la guerre civile. Quelques nouvelles religieuses.

7Exemplaires B.L., E 1252-1253: cet exemplaire présente quelques notes manuscrites, qui font penser que c'était l'exemplaire du rédacteur. Il provient de la bibliothèque de Georges III (consultable sur microfilm). Le M.A. figure aussi dans les Thomason Tracts (collection de tous les écrits de cette période par un imprimeur de Londres, Thomason, classés chronologiquement), B.L.

8Bibliographie Plomer H.R., Dictionary of Booksellers and Printers in London, 1641-1667, Oxford, 1907. – Frank J., The Beginning of the English Newspapers, 1620-1658, Harvard, 1961. – Knatchel P.A., The Impact of the English Civil War and Revolution on France, 1967. – Williams J.B., History of English Journalism to the Foundation of the Gazette, London, 1908.

Historique Entre 1641 et 1655, 320 périodiques virent le jour en Angleterre, dont 80 portent pour titre: Mercurius... (accompagné d'un adjectif latin: aulicus, publicus, politicus, britannicus, fumigosus, etc.), dont un seul en français: Mercure Anglois. C'était des feuilles de nouvelles hebdomadaires, mais 33 seulement durèrent plus d'un an, et le Mercure Anglois malgré quelques interruptions, de 1644 à 1648 fut un des plus persistants (cf. Catalogue des Thomason Tracts, t. 2). Ce périodique est inconnu en France. Il a échappé à Hatin, et aux historiens Bastide et Ascoli. Le périodique qui figure au Catalogue collectif des périodiques de la B.N. sous le titre Mercure Anglois, n'est pas celui-là, mais une tentative avortée dont on ne connait qu'un seul numéro, de 1649, édité à Rouen par le sieur Ango.

Mais sur l'identification de l'auteur et le lancement du périodique, J.B. Williams, suivi par J. Frank, ne nous apporte que des hypothèses. Dillingham imprimait ses journaux chez le même imprimeur, et, à la date où le M.A. s'interrompt un peu longuement pour la première fois, au printemps 1645, Dillingham est en prison. Mais pourquoi le M.A., quand il reparaît, a-t-il quitté R. White, l'imprimeur de Dillingham? L'attribution de la rédaction française à Cotgrave, sur la base d'un texte de Man in the Moon (autre périodique, de 1649) qui dit que Dillingham est «coupled to another of the same [breed] called Codgrave that can read french and translate foreign news», n'est pas plus convaincante, vu surtout la date. De plus, ces affirmations ne tiennent pas compte de ce que le M.A. dit de lui-même. La déclaration de la première page: «s'adresser à tous les réformés parce que leur prospérité et leur bonheur dépendent de ce qui se passe au Parlement d'Angleterre», a échappé à l'attention des historiens. Elle représente une vision politique fort intéressante à l'époque. Pourtant le prospectus ne dit pas la même chose. Il veut s'adresser aux marchands, et souligne l'intérêt des nouvelles pour les échanges commerciaux. D'ailleurs ce prospectus n'a pas servi à lancer le journal, qui a eu d'abord deux numéros, les 7 et le 14 juin puis a été «discontinued». Il est du 10 juillet, précédant d'un jour le nº 3, et sert donc à relancer le périodique, sur d'autres bases, semble-t-il. Que s'est-il passé, et qui est derrière ces publications? Nous n'avons pas de réponse et ne pouvons que souligner ce que les historiens n'ont ni expliqué ni relevé.

Williams déclare que l'histoire du M.A. a été sans événements («uneventful»). Une note manuscrite au début de l'exemplaire du M.A. de B.L. indique le contraire: «These two volumes of the Mercure Anglois were not orderly and constantly printed as wille appeare by the breaking of ther numbers. The reason was because they were diverse times called in for there lavish expressions».

En effet, nous pouvons constater un certain nombre d'interruptions. Au début de 1645, entre le nº 32 et 33 (23 janv. - 6 mars) le journal ne paraît pas et l'imprimeur change. C'était Robert White, c'est Thomas Forcet. Et le numéro suivant, du 6 mars au 24 avril, couvre aussi une période de six semaines. A ce flottement de quatre mois le rédacteur ne donne aucune explication. Puis, entre le 13 novembre et le 4 décembre de la même année, le journal s'interrompt à cause de la mort de «l'auteur du Mercure». Le journal ensuite est régulier jusqu'au nº 65 du nouveau compte (1er avril 1647). Le suivant porte le nº 4 et la p. 13 d'un nouveau compte. Plusieurs numéros manquent et il n'est pas possible de savoir si le journal fut vraiment suspendu en avril pour ne reprendre qu'en juillet, sans doute avec le nº 1 du nouveau compte, qui n'est pas conservé, pas plus que le nº 2 et le nº 3. La rupture du nombre en pleine année semble bien signifier quelque arrêt de justice. La parution hebdomadaire reprend (manquent les nº 22 de déc. 1647 et 63 d'oct. 1648), jusqu'à la fin de 1648. Le M.A. suit l'arrestation de Charles Ier et la montée de Cromwell, et, un mois avant le procès et l'exécution du Roi, le M.A. s'interrompt définitivement, comme la plupart des autres journaux.

Une étude serrée du texte pour retrouver ces «lavish» expressions qui amenèrent les interpellations du rédacteur est encore à faire, et il est possible que ces interpellations aient laissé une trace dans les archives judiciaires, qui n'ont pas été explorées dans ce but. Il serait bon aussi de faire une comparaison avec la presse anglaise de l'époque, ce qui a été le propos de J. Frank dans son étude chronologique. Mais pour le M.A. certains renseignements de base et des éléments d'appréciation lui manquaient. Il qualifie, un peu vite, le M.A. de journal moyen et ennuyeux. Par rapport à la presse contemporaine, aux trois hebdomadaires édités chez White: Kingdom's Weekly, Mercurius britannicus et Parliament Scout, ou encore Perfect Diurnall, édité chez Coles, que nous avons comparés, date pour date avec le M.A., ce dernier se présente comme un journal modéré, peu critique, jamais ironique ni agressif. Où se cache l'outrance? En tout cas il est entièrement rédigé, et non pas traduit, ou imité. Il est favorable au Parlement et à Cromwell, il l'a annoncé, mais il donne constamment des nouvelles du Roi, sans commentaire (qui commencent en général par: «le Roi continue...»). Mais quand il insère la traduction de la déclaration faite par le Roi aux églises protestantes de toutes nations, traduction officielle en français, faite à Oxford, il remarque que cette traduction omet la mention de la Sainte Religion et arrange la formulation anglaise: «ces mots de hiérarchie et de liturgie sont un peu forts pour les églises réformées de France et de Hollande». Cette réflexion a pour intention, on s'en doute, de faire apparaître la fourberie du Roi, s'efforçant de se dédouaner de sympathies catholiques et de se gagner l'appui des réformés du continent. Ce passage, qu'il faut lire entre les lignes, est significatif de l'impact souhaité par le rédacteur pour son journal, et on retrouve là la visée primitive: le champion de la cause protestante, c'est le Parlement.

D'une façon générale, il y a dans la rédaction de ce journal une distanciation par rapport à l'événement qui frappe comparée à la passion ambiante. On peut souligner aussi une identification à la cause qu'il soutient: «notre flotte, notre armée, notre Parlement», et pas mal d'anglicismes.

Il reste bien des énigmes: l'identification des rédacteurs, à chercher probablement parmi les huguenots de Londres, et aussi la distribution du périodique, et sa vraie destination: religieuse ou commerciale? Les deux, sans doute. Enfin, sa nécessité, que seule soutient le fait qu'il ait duré quatre ans, ce qui est une sorte de record, et qu'il ait ouvert la voie à une nouvelle gazette française, 18 mois plus tard: Les Nouvelles ordinaires de Londres.

Madeleine FABRE

 


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© Universitas 1991-2017, ISBN 978-2-84559-070-0 (édition électronique)