ISSN 2271-1813

 

Publication disponible:

Dictionnaire de la presse française pendant la Révolution 1789-1799

C O M M A N D E R

   

Dictionnaire des journaux 1600-1789, sous la direction de Jean Sgard, Paris, Universitas, 1991: notice 916

MERCURE DANOIS (1753-1760)

1Titres Mercure danois dédié au Roi.

2Dates Mars 1753 (au moins) - août 1760 (au moins). «Avec privilège exclusif du Roi» (page de titre).

Mensuel: «Chaque premier lundi après le quinzième du mois» (Avis, janv. 1754); parution décalée d'un mois par rapport au titre, à partir de septembre 1757.

3Description Pagination continue sur trois mois jusqu'en décembre 1756 (au moins). Cahier de 16 p. in-12, 96 x 152 (ex. Ars.), 101 x 157 (ex. Munich).

Devise: Ex recto decus et marque gravée au titre (à partir de septembre 1757 au plus tard). Planche dépliante (mai 1754, déc. 1759).

4Publication Copenhague. De l'imprimerie Berlingienne par Ludolphe-Henri Lillie (Store-Fiol-Straede, à l'Enseigne du Bœuf doré: janvier 1755). A partir de septembre 1757 (au moins): A Copenhague. De l'imprimerie des frères Philibert; et à Genève, chez les mêmes.

Abonnement: 4 écus de Danemark auprès du sieur Chevalier, commis au Mercure, dans le Skidenstraede, à l'Enseigne du Cavalier (1/1754). En septembre 1757, même tarif avec l'équivalent en livres de France (18), mais Chevalier a disparu de l'annonce.

Diffuseurs: Ackerman (Copenhague); Salvius (Stockholm); Nourse (Londres); De Hondt (La Haye); P. Mortier (Amsterdam); David (Paris); Jasperd (Berlin, 1, 3/1754). En septembre 1757, les souscriptions sont prises à Copenhague, à Genève, outre chez Petit et Du Moutier à Hambourg. A partir d'août 1758, d'autres diffuseurs sont indiqués: Hansen (Schleswig), «les libraires» (Stockholm), Gosse (La Haye).

En janvier 1759, l'abonnement fut réduit à 3 écus, mais pour un journal imprimé sur papier de moindre qualité; l'abonnement à 4 écus fut maintenu pour le papier normal (Plan de souscription).

5Collaborateurs Paul-Henri MALLET.

Collaborateurs: Jean-Blaise Desroches-Parthenay (1753 à 1755 selon Jessen; à 1760 selon Barbier); André Salomon Roger (1753-1755) (DP2); Elie Salomon Reverdil (1757-1760) (DP2).

Collaborateurs occasionnels: Jean-Henri Schlegel (janv. 1754; mai-juin 1755); Jensenius, médecin à l'hôpital Frédéric de Copenhague (janv. 1758 - déc. 1759: «Etat de l'air et des maladies de Copenhague»).

6Contenu Nouvelles littéraires de l'Europe classées par pays, avec une prédilection pour l'histoire et la géographie du Nord, sous la forme de comptes rendus et d'annonces.

Centres d'intérêt: littérature, histoire, philosophie, voyages. Une curieuse rubrique mensuelle de Jensenius établissant par tableaux comparatifs les rapports entre le climat de Copenhague et la démographie (naissances, morts).

Principaux auteurs et œuvres étudiés (chronologie): Holberg (févr.-mars 1754); Véron de Forbonnais (juin 1754); Voltaire (juin 1754, juil. 1757, avril, juil. 1759, juil. 1760); Et. Beaumont (juil. 1754); Encyclopédie (sept. 1754, févr.-mars, mai 1755, janv. 1756, sept.-nov. 1757; mars 1758; juil. 1760); Gautier Dagoty (oct.-nov. 1754); Hume (oct.-nov. 1754); Terrasson (avril 1755); Condillac (sept.-déc. 1755); Mallet (juin 1756, déc. 1757, sept. 1758); Coyer (sept. 1756). Caylus (oct. 1756); Klopstock (oct. 1756, févr. 1758); Dumarsais (juil. 1757); Diderot (juil., oct. 1757, févr. 1759); Mirabeau (janv. 1758); Palissot (janv. 1758, juil. 1760); P. Marchand (févr. 1758); Locke (avril 1758); Formey (avril-mai 1758); M. Hübner (juin 1758); Vattel (juin 1758); Rameau (août 1758); Pontoppidan (sept. 1758); d'Alembert (déc. 1758); Rousseau (mai 1759); Buffon (mai 1759); Linné (sept. 1759); Helvétius (sept. 1759); Lessing (janv. 1760); chevalier d'Eon (juil. 1760).

Périodiques cités: Catalogue raisonné de la librairie d'Etienne de Bourdeaux (Formey, janv. 1754); Journal étranger, Prospectus (juin 1754); Mercure de France (déc. 1754, mai 1755, déc. 1758); Choix littéraire (avril 1755); Gazette universelle de commerce (juil. 1757); Observations périodiques sur la physique (oct.-déc. 1757); liste des périodiques diffusés par les frères Philibert (oct., déc. 1757); Universal Magazine (févr. 1758); Observateur littéraire (déc. 1758); Lettres sur l'état présent (Formey, janv. 1759); Annales typographiques (Formey, févr. 1759); Semaine littéraire (févr. 1759); Feuille nécessaire (févr. 1759); Année littéraire (juil. 1759); Journal de commerce (janv. 1760); Journal étranger (janv. 1760); Journal des journaux (janv. 1760).

Œuvres reproduites: Epître (Saint-Lambert, mai 1754); liberté de la presse (Hume, juin 1754); le quinquina (La Condamine, déc. 1754); forme ancienne de l'année (Newton, mai 1755); lettres (Leibniz, oct.-nov. 1755); éloge de Montesquieu (d'Alembert, déc. 1755 - janv. 1756); vers (Pope, mars 1756); «Réflexions sur le paradoxe que les Sciences ont nui aux mœurs» (Voltaire, juil. 1756); «Des langues» (Voltaire, août 1756); éloge de Montesquieu (Maupertuis, juin 1756); la tragédie (Hume, déc. 1757); poème (Luxdorph, janv. 1758); volcans (La Condamine, févr. 1758); vers sur Frédéric (Voltaire, avril 1758).

Tables annuelles de juillet 1758 à juin 1760 dans les numéros de juin 1759 et 1760.

7Exemplaires B.L., 8º P.P. 4800 r (mars, avril 1753); Doctor Williams Library, Londres, French Tracts (juin, août 1753); Ars., 8º H 26650 (janv. 1754 - déc. 1756, sept. 1757 - août 1760, 18 vol.); Bayerische Staatsbibliothek, Munich, 8º Per. 1345 (mai 1756, oct. 1757 - mai 1758; un numéro broché et 3 vol.).

8Bibliographie Barbier (III, c. 270), DP2.

Mention dans la presse du temps: Journal épistolaire (Formey, 1755, p. 253: «Lettre XVII à M. le Pr. M[allet]»; éloge du journal). – Jenssen F. de, Bibliographie de la littérature française relative au Danemark, Paris, 1924 («Desroches de Parthenay», «Mallet», «Philibert», «Reverdil», «Roger»).

Historique Les collections répertoriées du Mercure danois sont toutes incomplètes. D'après une remarque de Formey (Journal épistolaire), on peut supposer que le premier numéro parut en mars 1753; il termina sa course en 1760, en août ou plus tard. En 1757, il subit de profondes modifications éditoriales; et malheureusement, nous ne connaissons pas de numéro pour les huit premiers mois de l'année.

Créé sous le contrôle et la protection du ministre danois Bernsdorff (DP2, art. «Mallet») par certains de ses amis francophones, généralement d'origine genevoise et réformée, le Mercure danois se modèle sur son homologue français. Les premières livraisons imitent pour partie le plan du Mercure de Paris: comptes rendus, nouvelles littéraires «étrangères», «nouvelles politiques étrangères», «naissances et morts». Seule la section liminaire du Mercure (les «pièces fugitives») n'apparaît pas nettement, bien que le Mercure danois publie des extraits ou des œuvres complètes en vers ou en prose (voir rubrique 6). La diffusion est surtout orientée vers les communautés francophones du Nord de l'Europe et vers Berlin où les journalistes paraissent avoir entretenu d'excellentes relations avec Formey, qui faisait à peu près le même travail de vulgarisation littéraire et idéologique (Berlin, Deutsche Staatsbibliothek, Nachlass Formey, lettres autographes de Mallet, 1751-1758, et des frères Philibert, 1748-1764, à Formey).

La spécificité «danoise» et plus largement scandinave du Mercure est cependant bien marquée: comptes rendus des Académies de Copenhague, de Stockholm... et de Berlin, informations sur l'Académie danoise de peinture (janv. 1754) et sur une nouvelle société littéraire de Copenhague (déc. 1759). Historien du Danemark, Mallet favorise tout ce qui concerne la diffusion des sciences historiques des pays nordiques: on trouve des extraits ou des études originales sur la Scandinavie et l'Islande (ethnographie, histoire, géographie, langues) qui font du Mercure danois une source importante pour notre connaissance d'un univers fort mal intégré dans les Lumières européennes. La littérature est plus mal lotie, malgré Holberg, d'ailleurs très francisé. La littérature allemande est presque uniquement signalée quand elle ressortit à des traductions danoises.

Le Mercure danois publie beaucoup d'extraits tirés de périodiques de langue allemande (mars-mai 1754, etc.) ou anglaise (avril, mai 1754, etc.) et surtout de livres nouveaux, une place de choix étant réservée aux ouvrages sortant des presses des frères Philibert. Le journal est parfois saisi de vertige devant la masse d'ouvrages en langues diverses dont il lui faut rendre compte: «Où en sera-t-on dans le 20e ou le 21e siècle», s'exclame un certain «P» (Pontoppidan?) dans une lettre aux rédacteurs (juin 1754, p. 7).

Idéologiquement, le Mercure danois se coule dans le moule bien connu des Lumières protestantes: méfiance à l'égard des frivoles querelles littéraires parisiennes (Palissot), défense du progrès (obsession de l'inoculation: bonne propagande par l'exemple, en publiant chaque mois la liste des morts par petite vérole à Copenhague), interrogations métaphysiques (les tremblements de terre, autre sujet où science et idéologie se combinent), prises de position en faveur de Leibniz et de Wolff contre Voltaire (juil. 1759), appui critique à l'entreprise encyclopédique (magnifique lettre anonyme de Paris sur la coterie encyclopédique, janv. 1757, reproduite dans F. Moureau, Le Roman vrai de l'Encyclopédie, Paris, 1990).

En 1757, quand les frères Philibert continuèrent un journal qui paraissait s'essoufler, faute d'abonnés vraisemblablement, le Mercure danois se fit davantage gazette en rapportant de plus en plus de nouvelles politiques «étrangères» au Danemark, mais il conserva son ton et surtout ses grands sujets de prédilection. La rubrique de météorologie médicale de Jensenius montra même que les nouveaux responsables savaient innover.

La durée de la participation de chacun des rédacteurs principaux n'est guère délimitable. Des documents rapportés dans DP2 (art. «Mallet», «Desroches-Parthenay») assurent que Mallet fut, avec Desroches-Parthenay, à la tête du Mercure de 1753 à 1755; mais il est très vraisemblable qu'il en dirigea encore la deuxième formule: Barbier l'affirme; et surtout dans les mêmes années, Mallet publia toutes ses œuvres chez les frères Philibert, les éditeurs du Mercure, qui firent sa publicité dans le périodique (par exemple, correction des coquilles de son Histoire du Danemark, sept. 1758).

François MOUREAU

 


Merci d'utiliser ce lien pour communiquer des corrections ou additions.

© Universitas 1991-2017, ISBN 978-2-84559-070-0 (édition électronique)