ISSN 2271-1813

 

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Dictionnaire de la presse française pendant la Révolution 1789-1799

C O M M A N D E R

   

Dictionnaire des journaux 1600-1789, sous la direction de Jean Sgard, Paris, Universitas, 1991: notice 932

MERCURE DE SUÈDE (1772)

1Titres Mercure de Suède; dédié au Roi.

2Dates 24 janvier - 7 mars 1772. Un volume. Hebdomadaire («48 feuilles par an» selon l'Avertissement).

3Description Six feuilles conservées: nº 1, 24 janv.; nº 2, 31 janv.; nº 3, 6 févr.; nº 4, 15 févr.; nº 5, 29 févr.; nº 6, 7 mars. Un volume de 96 p.

Cahiers de 16 p. in-8º, 105 x 170.

Une couronne sur la page de titre.

4Publication Jean Arvid Carlbohm, Stockholm. «L'abonnement pour toute l'année se fait à Stockholm, avec 24 Dal. [Rixdalers] de cuivre chez l'Editeur Mr Gjörwell, dans sa Boutique de Librairie à la Place des Nobles; mais pour les Souscripteurs étrangers, ils pourront s'adresser au Bureau Roy. des Postes Svedoises, établi à Hambourg» (Avertissement).

5Collaborateurs Carl Christoffer GJÖRWELL.

6Contenu «Les Affaires Politiques & Littéraires de la Suède».

7Exemplaires B.R. Stockholm, Rar. 105 A; B.U. Helsinki (Finlande), Rar. 89 (janvier).

8Bibliographie Mention dans Dageliga Tidningar ou Dagligt Allehanda, 10 févr. 1772. – Sylwan O., Svenska pressens historia till statshvälfningen 1772, Gleerupska Universitets-bokhandeln, Lund, 1896. – Lindegren H., Gjörwells «Mercure de Suède», P.A. Norstedt & Söner, Stockholm, s.a.; 2e éd., K.B. Boströms boktryckeri, Stockholm, 1915. Le Mercure de Suède est également mentionné dans Lundstedt B., Sveriges periodiska litteratur, Stockholm, 1895 et 1969, t. I, p. 78-79 (où l'on dit, à tort, qu'il n'existe aucun exemplaire de ce périodique à la B.R. de Stockholm).

Historique L'idée de publier un périodique a été proposée à C.C. Gjörwell, bibliothécaire du roi, par Gustave III lui-même. Gjörwell fut très touché par la proposition du roi. Aussi commence-t-il le premier numéro de son Mercure par une dédicace des plus flatteuses. La préface qui suit est du même ton: «La Suède étant arrivée à cette Période glorieuse, qui commence avec le regne de Gustave III; il est juste, que le reste de l'Europe ait une relation autentique & suivie de ce qui se passe sous un Prince, qui s'est attiré déjà l'admiration des plus illustres Nations, & les éloges des Auteurs Etrangers; éloges qui ne Lui sont acquis que par les plus excellentes qualités & par les plus grandes Vertus». Gjörwell se veut l'historiographe du Roi. Il précise ses intentions, son programme. Il est heureux et fier de la confiance qui lui a été montrée. Mêlé à la fierté il y a pourtant en lui-même un sentiment de défiance, qui s'avérera par le temps justifié mais qui s'exprime ici comme une humilité seyante:

Je me suis chargé de faire le recueil de Mémoires du Regne de Gustave III. Je me propose de placer ces Memoires en partie dans un Journal François sous le titre de Mercure de Suede; afin que le reste de l'Europe ne soit depourvu de la connoissance detaillée de ce qui regarde ce Regne.

C'est la plume nationale, qui peut donner l'autenticité à des evenemens, qui passent dans son Pays.

Les Affaires Politiques & Literaires auront place dans ce Journal. On s'attachera sur tout aux plus remarquables & à celles, qui interessent le plus la curiosité des étrangers; mais autant qu'on tachera de contenter le Public par le choix du sujet; autant on se trouve obligé de demander son indulgeance à l'égard du style. Un Journal ecrit en Suède par un Suédois ne sauroit se distinguer par cette pureté de langue, dont un Savant François sait orner ses ouvrages. L'Objet de ce Journal n'étant pas d'enrichir la Litterature Françoise, mais d'offrir un recit veritable de ce qui se passe dans un Royaume, qui tient un rang si distingué dans l'Europe, on se flatte que le Critique équitable s'attachera moins au fautes de langage qu'au sujet.

Sous la rubrique de «Nouvelles Politiques», Gjörwell raconte ce qui se passe à la Cour, les déplacements du Roi et les visites qu'il a rendues; il note le nombre de morts et de naissances de l'année précédente; il cite quelques discours politiques et rend compte des délibérations du sénat et de la diète, etc.

Sous la rubrique des «Nouvelles littéraires», il donne la traduction, en prose, de La Bonta, Canto per i Funerale d'Adopho Frederico, Re di Svezia, poème par l'abbé Michelessi, publié à Stockholm en 1771 et dédié au comte de Vergennes; il cite un Discours, prononcé dans la Séance Publique de l'Académie Royale des Sciences & Belles-Lettres à Berlin; en présence de S.M. la Reine Mere de Svede [...] par M. Formey, professeur, secrétaire perpétuel...; il imprime, répartie sur plusieurs numéros, une Histoire de l'Académie Royale des Sciences, par M. Sandel.

C'est son compte rendu de la session de l'Académie royale des sciences du 5 février 1772, publié au nº V du Mercure, qui devient fatal à Gjörwell. Gustave III assista à cette séance de l'Académie, dont il était le protecteur depuis l'automne précédent. La séance commença par un discours adressé au Roi par le président de l'Académie et suivi de la réponse du Roi. En traduisant cette réponse en français, Gjörwell, ou celui qu'il avait engagé pour le faire, défigura le discours du Roi d'une manière si flagrante que, peu de temps après, il dut renoncer à son entreprise journalistique. Le numéro VI du 7 mars fut aussi le dernier. Voici la traduction du discours du Roi:

Les travaux de l'Academie sont si utils au Public & les lumieres de ses Membres donnent au Royaume tant de lustre, que ses titres sont suffisantes pour meriter ma bienveillance.

Le choix que l'Academie vient de faire en me nommant son Protecteur, me donne l'occasion de connoître plus au fond l'utilité que la Patrie tire de ses travaux.

Par ma presence à Vos deliberations je tacherai d'acquerir des nouvelles lumieres, de ranimer par mon example les Sciences utiles que vous cultivez avec tant de succès, & par mes efforts de vous protéger, contre toute attente, en cas que vous fussent un jour exposés à des adversités, compagnes ordinaires du génie, de l'honneur & de la pureté des mœurs, que l'ignorance & l'envie tiennent en gâge.

Je vous assure tous & chacun de ma faveur & de ma bienveillance Royale.

Celui qui fut à l'origine de la cessation du journal était sans aucun doute le comte Carl Fredrik Scheffer, dont la lettre suivante, adressée au Roi le 23 mars 1772, aura été décisive:

Sire,

Je sais que tout ce qui a raport aux arts et aux lettres est pour Votre Majesté un amusement plutot qu'un travail, et je ne me fais par consequent aucun scrupule d'interrompre pour un moment ses occupations serieuses et importantes par quelques representations qui veritablement ne sont ni importantes ni trop serieuses. Il s'agit, Sire, de denoncer au tribunal de votre gout eclairé un ouvrage qui choque tous les principes du gout, et qui, paroissant fait uniquement pour les pays etrangers, couvre notre nation d'un ridicule, dont elle n'a que faire dans un tems surtout où, par tant d'autres endroits, elle se livre elle meme à leur mepris. Votre Majesté voit peut-etre deja que je veux parler ici du Mercure de Suede, qui a l'honneur de se dire dedié à Votre Majesté Elle meme. J'avois prié M. Gjörwell, lorsqu'il m'en a montré la premiere feuille, de faire revoir les feuilles suivantes par quelqu'un qui sçut au moins les regles de la grammaire françoise; puisque je lui fis observer que l'aveu qu'il avoit fait dans la preface pouvoit bien faire excuser le defaut d'elegance dans le stile, mais n'etoit pas suffisant pour faire passer les contresens, les expressions inintelligibles, les fautes grossieres contre les premieres regles de la diction. Malgré cela M. Gjörwell a continué de nous donner des feuilles plus mauvaises les unes que les autres, et la derniere a couroné l'œuvre par une traduction du beau discours que Vre Maj a tenu dans notre Academie, par laquelle ce morceau d'une eloquence vraiment sublime est devenu un chef d'œuvre de nonsens et de ridicule: et par mes efforts de vous proteger, contre toute attente, en cas que vous fussent un jour exposés à des adversités, compagnes ordinaires du génie, de l'honneur et de la pureté des mœurs, que l'ignorance et l'envie tiennent en gage. Voilà, Sire, ce qu'on a fait dire à Votre Majesté; j'ose la suplier de prononcer si jamais un tel galimatias a deshonoré quelqu'ouvrage de litterature meme parmi les Hottentots! Que diront les nations eclairées, quand elles verront que les discours de Vre Majté sont ainsi defigurées dans la Capitale et sous ses propres yeux? L'idée du Mercure est de faire connoitre aux etrangers notre litterature, mais il vaudroit mieux mille fois qu'elle leur demeurat inconnue à jamais, que de la leur produire sous un masque si difforme et si avilissant. J'implore donc la justice de Vre Majté et son amour pour la gloire des lettres suedoises, afin qu'elle daigne faire defendre à M. Gjörwell la continuation de son Mercure, à moins qu'il ne trouve quelqu'un qui sache et qui veuille corriger ses feuilles avant qu'elles paroissent. Surtout il seroit necessaire qu'il desavouat la traduction du discours de Vre Majté et qu'il en fit publier une autre moins disssemblable de son admirable original. Il y a tant de gens à Stockholm qui savent le françois assés pour ne pas dire qu'on tient l'ignorance et l'envie en gage, que M. Gjörwell ne doit pas etre embarrassé de trouver un traducteur plus habile que celui dont il s'est servi. Je m'aperçois que j'ai fait tort à celui ci, et que ce sont l'ignorance et l'envie qui tiennent en gage le genie etc. ce qui n'est assurement pas plus comprehensible. D'ailleurs on n'a jamais entendu parler de titres suffisantes, ni de Membres d'une Academie qui donnent du lustre au Royaume; on ne dit pas non plus connoitre plus au fond. En un mot, il y a autant de betises que de lignes dans cette barbare traduction. C'est pour cette fois ci que je fais le metier de delateur, je l'avoue; mais le moyen de ne pas perdre toute moderation quand on voit les ouvrages du genie devenir par des mains sacrileges des ouvrages de la plattitude la plus revoltante!

Je serois fort heureux si Votre Majesté pouvoit reçevoir cette denonciation litteraire au sortir de quelque conversation impatientante sur nos tristes affaires publiques; elles serviroit peut-etre à faire rire Vre Majté un petit instant, et rire surtout de ma mauvaise humeur sur un si petit objet.

Je suis avec une soumission sans bornes

Sire

De Votre Majesté Le très humble, très obéissant et très fidele serviteur et sujet

Carl Fr. Scheffer

Töresö

23. Mars 1772.

Barbro OHLIN

 


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