ISSN 2271-1813

 

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Dictionnaire de la presse française pendant la Révolution 1789-1799

C O M M A N D E R

   

Dictionnaire des journaux 1600-1789, sous la direction de Jean Sgard, Paris, Universitas, 1991: notice 940

MERCURE HISTORIQUE ET POLITIQUE 1 (1686-1782)

1Titres Mercure historique et politique concernant l'état présent de l'Europe, ce qui se passe dans toutes les Cours, l'intérêt des Princes, leurs brigues, et généralement tout ce qu'il y a de curieux pour le mois de Novembre 1686, le tout accompagné de Réflexions politiques sur chaque Etat.

Dans certaines collections, pour janvier 1689 (t. 6), on trouve: Mémoire de ce qui se passe de plus considérable dans toutes les Cours de l'Europe, le tout accompagné de réflexions, et l'éditeur n'est pas Van Bulderen, mais «Jean Hamel, à Cologne». Tout rentre dans l'ordre en février.

De même parfois, le t. 13 porte d'abord, comme page de titre, Lettres historiques, contenant ce qui se passe de plus important en Europe, et les Réflexions nécessaires sur ce sujet, Tome II, Mois de Juillet 1692, A La Haye, chez Adrien Moetjens. Comme ces Lettres historiques existent par ailleurs, mais que leur éditeur n'est pas le même que celui du Mercure, cela pose un curieux problème technique. En août, on revient au Mercure et à l'éditeur Van Bulderen. En septembre, à nouveau les Lettres historiques et Moetjens. Tout rentre dans l'ordre à partir d'octobre, mais ces «Lettres historiques» réapparaissent bizarrement dans le t. 15 entre les mois de juillet et d'août 1693, avec une pagination surnuméraire.

De janvier 1733 à décembre 1744, dans le titre initial (ci-dessus), suppression de «leurs brigues» et de «généralement tout».

De janvier à mai 1781, le titre est Mercure historique, politique et littéraire. On retrouve le titre initial à partir de juin 1781.

2Dates Novembre 1686 - avril 1782. Nombre total de volumes: 192. Privilège: le nom de l'éditeur étant initialement fictif, le privilège «des Etats de Hollande et de Westfrise» n'apparaît qu'en mars 1688. Périodicité: elle est indiquée par l'Avertissement qui précède le mois de juillet 1688: «tous les premiers jours de chaque mois».

3Description On enregistre parfois un certain flottement pour la coïncidence entre volumes et tomes (il arrive qu'il y ait 3 ou 4 volumes par an), et aussi d'une collection à l'autre, mais d'une manière générale, il y a deux volumes par an, couvrant chacun six mois.

Chaque volume compte entre 650 et 700 p. (sauf le dernier: 480 p.) en format in-12.

4Publication Nov. 1686 - févr. 1688: «A Parme, chez Juan Batanar», libraire fictif, qui cache Van Bulderen (ci-après). Mars 1688 - déc. 1715: Henry Van Bulderen, «Marchand libraire dans le Pooten, à l'enseigne de Mézerai», à La Haye. Janv. 1716 - sept. 1719: les frères Louis et Henri Van Dole, marchands libraires à La Haye. Oct. 1719 - déc. 1723: Henri Van Dole seul. Janv. 1724 - déc. 1725: veuve Henri Van Dole. Janv. 1726 - juin 1741: Henri Scheurleer, libraire à La Haye. Juil. 1741 - juil. 1761: Frédéric-Henri Scheurleer, fils du précédent. A partir de novembre 1755, il est précisé: «Libraire proche la Cour, sur le coin du Cingel». Puis, en mars 1761, le libraire annonce qu'il «vient de changer de maison, et qu'il a fixé sa demeure dans le second Wagestraat, la septième maison du Pont du Burgwal». Remarque: en août 1758, on apprend que le libraire a, depuis novembre 1756, deux imprimeurs suisses associés, qui d'ailleurs ne le paient pas. Août 1761 - janv. 1762: la veuve de Frédéric-Henri Scheurleer. Févr. 1762 - déc. 1762: C.G.B. Hoffman et Compagnie, «au Voorbout près du Vossen-Tuintje», à La Haye. De janvier à mars 1763: la page de titre ne porte pas d'adresse. Avril 1763: «A La Haye, chez Hoffman et Staatman, libraires sur le Kalvermarkt, proche le Maréchal de Turenne». Mai 1763 - déc. 1770: Frédéric Staatman, même adresse. Janv. 1771 - sept. 1775: Henry Backhuysen et Frédéric Staatman, libraires, ces deux noms figurant d'abord dans cet ordre, puis dans l'ordre inverse. Oct. 1775 - oct. 1780: on retrouve Frédéric Staatman seul, à la même adresse. Nov. 1780 - avril 1782: veuve Staatman.

Le libraire indique de temps en temps les endroits où l'on trouve le Mercure. Par exemple, en décembre 1704, c'est à Maestricht chez de L'Essaert, à Liège chez la veuve de Théodore Delmer, à Düsseldorf chez Christian Sluyter et à Cologne chez Philippe Ponet; en mai 1763, il est signalé que «le véritable Mercure de Hollande ne se distribue en France qu'à Sedan chez les frères Jacquemare, libraires, sur la place près le marché; en Flandre, Lille, Jacquez, libraire, en Braband, Gand, Sommers, libraires»; en août 1772, le Mercure, qui «paraît régulièrement et sans retard le 1er de chaque mois» au prix de 4 s. par mois pour La Haye, est distribué à «La Haye, Amsterdam, Leyde, Rotterdam, Utrecht, Dort, Middelburg, Liège, Lille, Gand, Anvers, Hanovre, Hambourg, Varsovie, Vienne, et aux bureaux des Postes dans les principales villes, et particulièrement Londres, Paris, Bruxelles, Lille, Béthune, Tournai, Gand, Louvain, Maseyk, Emmeric, Munster, Cologne, Francfort et ailleurs». Le prix de la collection complète est par exemple de 140 florins de Hollande pour 117 volumes en 1745, de 160 florins pour 130 volumes en 1751.

5Collaborateurs Auteurs: on trouvera toutes les explications utiles sur cette importante question dans un article de Jean Lombard (cf. Bibliographie). Ne figurent ici que les résultats de cette recherche, les points d'interrogation signifiant une ignorance ou une incertitude soit sur la période, soit sur l'auteur, soit sur les deux; un point d'interrogation entre parenthèses signifie une certitude sur le nom de l'auteur, mais une incertitude sur son identification exacte. Nov. 1686 - avril 1693: Gatien de COURTILZ DE SANDRAS, fondateur du journal. Avril 1693 - juil. 1710: LA BRUNE (?). Août 1710 - déc. 1715?: SAINT-ÉLIER?. Janv. 1716? - sept. 1722: SAINT-BONNET?. Oct. 1722 - juil. 1724: GUYOT (?). Août 1724 - déc. 1750: ROUSSET. Janv. 1751 - déc. 1779:?. Janv. 1780 - déc. 1780:?. Janv. 1781 - avril 1782: Guillaume-René Le Fébure de Saint-Ildephont LE FÉBURE.

6Contenu Dans l'Avis au Lecteur du premier numéro, Courtilz annonce son intention de présenter les nouvelles utiles pour «l'Histoire», en respectant «la vérité». Il ajoute: «Au reste, je parlerai des gens de qualité avec quelque sorte de connaissance; j'ai été dans plusieurs Cours où j'ai eu quelques habitudes avec eux. Je voudrais bien pouvoir dire la même chose du Cabinet des Princes, cela me ferait espérer de contenter le lecteur dans les Réflexions politiques que je prétends mettre à la tête de cet ouvrage sur l'état général des affaires de l'Europe, et à la fin des Nouvelles de chaque pays. A ce défaut j'y suppléerai par quelque connaissance que j'ai des affaires du monde, et si je suis si malheureux que de n'y pas réussir, ce ne sera pas ma faute». Dans l'exposé préliminaire des nouvelles de 1686, il déclare qu'il rangera les pays selon un certain ordre, mais qu'il pourra en changer si les lecteurs le demandent. Il ajoute: «Je ne parlerai pas de l'état où se trouvent les Princes plus éloignés; nous prenons trop peu de part à ce qui les regarde pour nous en embarrasser; d'ailleurs, les nouvelles qui viennent de ces pays-là sont si vieilles, et d'ailleurs si sujettes à caution, que ce serait merveille qu'elles arrivassent jusques à nous saines et sauves». En janvier 1687, Courtilz annonce qu'il rangera désormais les Etats selon leurs «prérogatives», c'est-à-dire: Rome (et Italie), Allemagne (et Turquie), France, Espagne, Angleterre, Pologne, Suède et Danemark, Venise, Hollande, Cologne. Pour le fond, il déclare en mars 1687: «Mon dessein est de parler des choses selon les différents événements, et non pas de m'assujettir à suivre toujours les mêmes maximes».

Ce programme (nouvelles historiques, réflexions politiques, dans l'impartialité) sera repris par les successeurs de Courtilz, qui, souvent, commenceront également l'année par une rétrospective. Ainsi, l'auteur de janvier 1717 écrit: «L'ordre et la méthode de ce Journal nous engageant depuis son établissement à ne point commencer une nouvelle année sans donner un précis des principaux événements de la précédente, nous essaierons de nous acquitter ici de ce devoir, en rapportant ceux de l'année 1716, de manière à en rappeler les idées assez distinctes, sans trop occuper néanmoins de l'espace destiné aux nouvelles de ce mois et à la quantité de longues pièces qui nous restent à insérer dans la capacité d'un si petit volume». En janvier 1726, le libraire avise «qu'il continuera d'imprimer chaque mois et de débiter ledit Mercure, qu'on rendra le plus intéressant qu'il sera possible sans choquer aucune Puissance ni aucune Religion». En janvier 1732, Rousset écrit que les rédacteurs qui ont succédé à Courtilz «ont assez suivi l'esprit du fondateur», et qu'il veut agir de même: «C'est pourquoi je prie Mrs les Ministres, et autres Politiques, de m'adresser les Mémoires, Actes, Lettres, Relations de faits, etc., qu'ils souhaiteront rendre publics: j'en ferai un usage fidèle avec reconnaissance et suivant les ordres qu'ils voudront bien me prescrire». Et encore au début de 1750, Rousset affirme son désir de rester fidèle à la méthode et à l'esprit du fondateur du journal.

En décembre 1780, un Prospectus annonce les intentions du nouvel auteur: «M. Le Fébure continuera, comme ci-devant, à faire connaître l'état de l'Europe et les intérêts des différentes Puissances, il conservera à la curiosité et l'utilité des Lecteurs les pièces qui doivent servir à l'Histoire et l'instruction de la postérité. Mais, or ça, ce Journal ne sera plus une copie servile des gazettes. Il distraira le lecteur par des morceaux de littérature, et il insérera dans son journal, généralement, tout ce qu'il croira capable de l'intéresser et de faire fuir la monotonie». Mais Le Fébure, à la demande de ses lecteurs, renoncera à ce programme dès avril 1781.

La succession des nouvelles et des réflexions par Etats est en principe respectée. Mais il arrive que les nouvelles de tel Etat, ou les réflexions, soient supprimées par manque d'informations ou de place. Certains successeurs de Courtilz supprimeront systématiquement les réflexions par Etats.

On trouvera assez souvent, en janvier, un Avant-Propos présentant un «Abrégé» ou une «Récapitulation» des nouvelles de l'année précédente.

Aux nouvelles proprement «historiques» s'ajoutent généralement des informations variées (vie sociale et culturelle, état-civil, faits divers, curiosités). Seul Le Fébure essaiera, en 1781, de modifier le caractère du journal en y faisant figurer des rubriques telles que «Littérature», «Découverte», «Usage ancien», «Anecdote», mais sans succès.

D'une manière générale, les Etats sont rangés dans l'ordre indiqué par Courtilz en janvier 1687, mais cette liste est assez souvent modifiée pour des raisons diverses, parfois fournies par les auteurs.

L'art du journalisme. Au fil de sa longue existence, le Mercure fournit, à la faveur de remarques et d'avis divers, de nombreuses indications qui permettent de dégager une déontologie de la presse et de relever les éléments de toute une technique journalistique.

Sur le plan des principes, les auteurs s'affirment d'autant plus scrupuleux qu'ils se savent tributaires de lecteurs avertis et exigeants; en août 1688, Courtilz déclare même savoir de bonne part que Louis XIV lit son journal. D'où la prise en considération des désirs du public: «c'est pour lui que nous écrivons, et non pas pour nous», déclare Courtilz en janvier 1687; c'est pourquoi, sur sa demande, il donnera plus de nouvelles, et moins de réflexions. De même, en avril 1781, Le Fébure écrit qu'il obéira à ses lecteurs, dont plusieurs l'ont «fait prier de restreindre la partie littéraire, pour donner plus d'étendue à la politique».

Toutefois, le souci constant des auteurs, c'est la vérité. Certes, Courtilz remarque, en juin 1691, que l'on peut très bien rapporter des nouvelles fausses: «Que si on me demande pourquoi je les rapporte, puisque je ne les crois point, je répondrai que c'est parce qu'il est souvent aussi nécessaire de savoir ce qui se dit que ce qui est vrai, pourvu qu'on sache bien distinguer ces deux choses; surtout lorsqu'on peut savoir que ces nouvelles sont avancées par ceux qui gouvernent. Un habile homme peut tirer de là des conjectures pour connaître ce qui se passe effectivement, et surtout les dispositions des Puissances qui font répandre ces bruits». Mais il est primordial de procurer des informations sûres. Pour cela, il ne faut pas hésiter à attendre confirmation en cas de nouvelle douteuse, ni à se rectifier soi-même si on s'est laissé abuser. Courtilz ne néglige pas les détails: en juillet 1689, il demande à ses correspondants de lui écrire les nombres en lettres, et non en chiffres.

Quant à la nécessité de l'impartialité, elle est naturellement rappelée sans cesse. Mais, à en juger par les réactions des lecteurs, elle n'est pas toujours facile à observer. Rousset, en novembre 1738, déplore la difficulté du métier: «Les uns se plaignent lorsque les nouvelles ne sont pas accompagnées de réflexions; d'autres voudraient qu'on ne leur racontât les faits que nûment et simplement; d'autres enfin voudraient des réflexions, mais suivant leurs idées. La Religion s'en mêle même: les uns voudraient que je fusse Janséniste, et d'autres, qu'emporté par le torrent, je ne pensasse qu'en Moliniste. Comment faire?». Courtilz résout le problème en adoptant successivement les points de vue des différentes puissances: «Voilà de quelle manière nous devons expliquer les choses, c'est-à-dire en les tournant toujours en bonne part» (déc. 1686). Au contraire, Rousset lui-même opte pour une impartialité mitigée: en janvier 1749, il déclare que, maintenant que la paix est rétablie, il va pouvoir abandonner «cette espèce de partialité indispensable, et même de devoir pour tout écrivain public» envers sa patrie, la République de Hollande. «Au reste, ajoute-t-il, nous promettons à nos lecteurs de rester dans de justes bornes par rapport aux affaires de Religion et d'avoir le plus profond respect pour les Souverains, suivant la maxime anglaise que le Roi ne peut faire de fautes».

Pour les rapports avec les autres journaux, les attitudes sont variées. Le Mercure n'hésite pas à saluer l'apparition de nouveaux confrères. Courtilz manifeste son intérêt pour le Journal des savants (déc. 1687). La Brune ne tarit pas d'éloges sur Du Breuil et fait de nombreux emprunts à ses Nouvelles extraordinaires. Mais plus souvent, c'est la critique ou l'hostilité qui dominent. La victime constante est le Mercure galant, déclaré «fade» et d'une insupportable partialité en faveur de la France. Courtilz relève aussi des erreurs dans la Gazette d'Utrecht (janv. 1690), mais s'en prend surtout avec acrimonie à Le Noble, qui le lui rend bien (mars et oct. 1691). La Brune critique le Gazetier d'Anvers, qui «n'est qu'un impudent et un faquin» (sept. 1702). En novembre 1729, le libraire Henri Scheurleer fait état d'un arrêt de justice rendu en sa faveur contre un confrère, Jean Van Duren, auteur des Lettres sérieuses et badines. Quant à Rousset, dans un Avis au lecteur de 1743, il est fier de faire savoir que, grâce au nouveau journal d'un inconnu, intitulé Le Courrier véridique ou l'Anti-Rousset, il prend rang parmi les «Anti», avec Baillet, Machiavel, etc. Cet auteur reproche à Rousset d'être trop favorable à la Maison d'Autriche, aux dépens de la France. «Il promet que son Courrier sera l'antipode de mon Mercure. Voilà le Français, voilà cet esprit tyrannique qui veut que chacun pense comme lui».

Pour le fonctionnement du journal, les auteurs ont recours à des réseaux de correspondants ou d'amis dans tous les pays; on apprend ainsi qu'en 1780, «M. Gatien, libraire à Rouen, tient la correspondance de France». Il y a aussi des informateurs intéressés; Van Bulderen les avertit en mars 1689: inutile de lui envoyer «de certains libelles contre le gouvernement d'Angleterre et contre celui des Provinces Unies», car il ne les publiera pas. De son côté, Rousset, en mai 1735, se plaint de ce que certains s'amusent à lui faire parvenir des fausses nouvelles, qu'il est ensuite obligé de démentir. Quant aux personnes «qui envoyeront des Mémoires à l'Auteur du Mercure, pour les y mettre», elles sont priées d'affranchir leurs lettres, sinon on les refusera (mars 1700).

Les illustrations sont très rares; on ne trouve guère que quelques plans et croquis à caractère scientifique. Mais le Mercure connaît les nouvelles de dernière heure, et aussi les petites annonces, par exemple, en octobre 1763, celle qui signale l'existence à Sedan, chez les frères Jacquemart, libraires, d'«un très curieux Cabinet littéraire pour la lecture des Nouvelles en tout genre, des Gazettes de France, d'Hollande, Etrangères, Journaux, Mercures et autres ouvrages périodiques, à des conditions très favorables, pour commencer le 7 du mois prochain, et dont l'Avis se distribue chez eux gratis».

La vérification des informations est un point important, car c'est le libraire qui est responsable de ce qui est écrit dans le journal, et c'est à lui que les lecteurs mécontents adressent leurs reproches. Ainsi, en janvier 1769, F. Staatman fait savoir qu'il a reçu de l'Académie française l'injonction de publier un certificat montrant la fausseté de ce que le Mercure de novembre 1768 avait dit de certains académiciens, en particulier de l'abbé d'Olivet; Staatman veut d'abord se renseigner auprès de sa source; et en février il publie le certificat en question, mais en se disculpant: il a tiré son anecdote du Courrier du Bas-Rhin. Pour plus de sûreté, le libraire exerce généralement un contrôle sur son rédacteur. C'est ce que n'a pas fait Van Bulderen, obligé de s'excuser, en septembre 1688, pour 14 p. virulentes contre la Papauté parues en août alors qu'il était absent, ce qui a entraîné l'interdiction du Mercure «à Liège et dans tout le Pays-Bas espagnol»; pour cette fois il essaie de disculper aussi Courtilz en prétendant que c'est «quelque malintentionné» qui lui a fourni de mauvais mémoires, mais il ne se laissera plus surprendre. D'ailleurs, pour échapper aux critiques, le Mercure, à toutes les périodes, reproduit de très nombreux textes, longs parfois de plusieurs dizaines de pages, sans les commenter.

Enfin, le Mercure assure sa propre publicité; ainsi, en septembre 1774, on lit: «Le public éclairé est convaincu que ce Journal, établi depuis presque un siècle, l'emporte de beaucoup sur toutes ces petites productions nouvelles en ce genre, nonobstant leurs titres fastueux, alambiqués, et renchérissant les uns sur les autres. Ceux qui veulent se procurer un corps complet de Politique et d'Histoire, depuis un siècle, trouveront, dans ce Journal, ce qu'ils ne chercheraient qu'avec beaucoup de peine dans d'autres livres plus coûteux et moins véridiques». Régulièrement paraît aussi la liste des livres nouveaux que l'on peut trouver chez l'éditeur du Mercure. Quant aux auteurs, certains d'entre eux, tels Courtilz et Rousset, ne dédaignent pas de faire indirectement, dans le journal, de la réclame pour leurs propres ouvrages.

L'intérêt documentaire. C'est naturellement l'essentiel, mais, comme il s'agit de près d'un siècle d'Histoire, il n'est pas possible d'entrer dans les détails, ni d'être complet.

Evénements politiques: c'est l'aspect le plus important, comme le laisse prévoir le titre, mais aussi peut-être celui sur lequel il est le moins utile de s'étendre ici. On trouve dans le Mercure tout ce qui concerne les alliances, les guerres et les traités de paix, la mort et l'avènement des souverains, en particulier des papes, avec les brigues des conclaves. Les affaires intérieures de chaque Etat, dans tous les domaines, sont exposées avec précision, et, à partir de 1781, Le Fébure y ajoute celles de l'Amérique.

Religion: elle occupe une place de choix, surtout en ce qui concerne la France. Questions traitées: les persécutions contre les protestants, avec les «dragonnades» et la révolte des Camisards dans les Cévennes (en août 1709, la Hollande offre «la naturalisation générale des protestants réfugiés»); l'affaire du Quiétisme; la lutte contre le Jansénisme et la querelle engendrée en France par la bulle Unigenitus; la mise en cause des Jésuites dans la question des rites chinois.

Histoire des idées: on s'interroge sur les phénomènes d'apparence surnaturelle; Courtilz croit qu'il y a truquage de la part d'Aimar, «le devin de Lyon», «l'homme à la baguette» (mars 1693); La Brune se montre sceptique sur le saint Suaire de Turin (mai 1697) et, en septembre 1698, pense que les faits de ce genre ont une explication naturelle, car on est maintenant, dit-il, dans un siècle «éclairé», où «les hommes sont devenus philosophes, ou pour mieux dire raisonnables»; en novembre 1737, Rousset s'en prend au miracle de saint Janvier, à Naples.

On relate aussi quelques faits marquants à propos d'écrivains célèbres. En juin 1762, l'Emile de Rousseau est condamné à être brûlé, parce qu'y est défendue l'idée d'une religion naturelle, soumise à l'examen de la raison. En juin 1764, évocation de l'affaire Calas, avec référence au Traité sur la tolérance de Voltaire, et à ce sujet, éloge du «meilleur des Rois», mais condamnation du «zèle ignorant» et de la «haine pernicieuse» de quelques ecclésiastiques; mais en 1760, rien sur l'affaire La Barre. En mai 1765, nouvelle de Russie, où l'impératrice va donner de grandes fêtes pour honorer, «en la personne du philosophe Diderot, chef des “nouveaux illuminés”, la philosophie et les lettres, utiles aux Etats, qu'elles éclairent et ornent, lorsqu'elles ne les corrompent pas».

Il arrive aussi que les auteurs du Mercure fassent eux-mêmes des professions de foi qui révèlent l'éclosion d'idées nouvelles. Ainsi, l'inconnu qui succède à Rousset déclare, en janvier 1751: «Nous nous proposons, avec l'aide de Dieu, d'écrire ce journal en vrai cosmopolite, ou en vrai philosophe»; il se veut «simple habitant» de l'Europe. Il parle à plusieurs reprises de l'Europe en tant que telle, du point de vue politique et commercial, et réaffirme son cosmopolitisme en janvier 1772.

Une question importante est celle du développement de la franc-maçonnerie. La première mention qui en est faite date de mars 1738: «Les Francs-Maçons, qu'on ne regarde pas en Lorraine comme ailleurs, ont donné à Lunéville une superbe fête, à l'occasion du Carnaval» (une page de description). En mai 1739, on lit, dans une note sur les francs-maçons, qui ont traversé Londres en cortège: «Cette Société, l'une des plus anciennes de l'Europe, y compris tous les Ordres de Chevalerie, augmente ici en nombre et en réputation, à proportion qu'elle est persécutée au dehors». On apprend, en avril 1776, que les assemblées de francs-maçons sont interdites dans le Royaume de Naples, mais, en juin, que les francs-maçons de Hambourg sont honorés de la visite du duc Ferdinand de Brunswick et du prince de Hesse-Cassel. En mai 1778, on annonce que Voltaire a été reçu franc-maçon dans la Loge des Neuf-Sœurs.

Faits de société: là encore, c'est surtout la France qui alimente l'information. Le journal semble se complaire à souligner, au fil des années, la misère du peuple, accablé d'impôts malgré la prospérité du royaume. La criminalité se développe. Des bandes de voleurs sévissent à Paris et en province, parfois par compagnies de plusieurs centaines d'individus (1714, 1718, 1775). Cartouche est exécuté en 1721. La disette et le chômage entraînent aussi des désordres. En mars 1699, des troubles sont causés à Lyon par «les ouvriers en soie, qui y manquent de travail». Encore à Lyon, en octobre 1709, on compte plus de 10 000 mendiants «par la cessation de travail», et 400 enfants «apportés dans les églises». Ce dernier phénomène est enregistré normalement dans les données de l'état-civil; ainsi, en 1751, il y a eu à Paris 5013 mariages, 12 321 baptêmes, 16 673 enterrements et 3783 enfants trouvés.

Par nature, la presse rend plutôt compte de la malfaisance que des actes vertueux. Les corsaires défraient la chronique: de la Méditerranée ils étendent leur action jusqu'en Norvège (août 1687). En France, à l'image de la Loterie du Roi, des particuliers mettent sur pied des loteries privées, mais elles sont souvent truquées (avril 1687). En mars 1700, on peut lire le texte d'une lettre demandant aux magistrats de Liège de verser une rançon de 30 pistoles, sous peine de destruction de biens, et de mort s'ils viennent en armes au lieu indiqué.

Les procès ne sont pas oubliés et nous renseignent parfois sur l'histoire des institutions: en mars 1687, l'Université de Paris, qui veut défendre son monopole, intente une action judiciaire contre «plusieurs maîtres qui tiennent des écoles»; «l'instance est au Parlement, où si l'Université a le droit de son côté, les autres ont beaucoup d'amis. La plupart des Conseillers, qui savent ce que c'est que des collèges, où fort souvent la jeunesse se débauche, ont leurs enfants dans ces écoles, où l'on en a bien plus de soin; ainsi l'on ne doute pas qu'ils ne soient portés à les conserver. D'ailleurs les Jésuites, qui ne sont pas des amis de l'Université, ne seront pas fâchés qu'on lui donne cette petite mortification, ce qui les pourrait bien faire agir sous main».

Faits divers: il s'agit surtout des tremblements de terre (Messine, mars 1693; Saint-Domingue, 1770), des éruptions du Vésuve, des grands incendies, des hivers terribles (févr. 1709), des invasions de loups (régions d'Orléans et de Tours en 1713 et 1714), sans compter quelques curiosités, comme les naissances de monstres ou les cas de longévité exceptionnelle.

L'orientation idéologique. Elle varie naturellement en fonction des auteurs et des époques, mais offre néanmoins quelques constantes. D'une manière générale, on critique la politique de Louis XIV et celle de Rome. On s'en prend surtout aux jésuites. On admire la Hollande et l'Angleterre. On met en avant la liberté, la tolérance et la raison. Mais on évite la polémique trop vive, le Mercure historique et politique se voulant impartial, objectif, mesuré et respectueux des Puissances.

Courtilz de Sandraz: pour les idées exprimées par cet auteur dans le Mercure, voir Jean Lombard, Courtilz de Sandras et la crise du roman à la fin du Grand Siècle, PUF, 1980, p. 351-355. Bornons-nous ici à dire que, contrairement à une opinion répandue, Courtilz ne se montre nullement partial en faveur de la France, ni systématiquement hostile à Rome. Ce qui le guide, c'est son opposition au machiavélisme et son adhésion aux principes de l'Evangile. Il prône le respect de la morale en politique. Il dénonce les persécutions contre les protestants. Sur le plan théorique, il fait l'éloge du parlementarisme anglais, mais sans mettre en cause le régime monarchique; il trouve bien que les républiques ont plus de «douceur» que les monarchies, mais il les juge moins efficaces. En religion, son anticléricalisme le fait surtout se dresser contre les Jésuites et les moines. Il se prononce contre le célibat des prêtres. Globalement, ce Français, catholique, ancien mousquetaire et capitaine de cavalerie, reste assez conformiste.

La Brune est un calviniste. Il s'en prend presque autant aux luthériens qu'aux catholiques; pour ces derniers, il critique en particulier la dévotion à la Vierge et l'attachement aux images pieuses. En politique, il est systématiquement favorable aux Hollandais et aux Anglais, et hostile à la France et à la Papauté. Annonçant en mai 1704 la mort de Bossuet, il trouve que celui-ci suivait trop la politique de Louis XIV. Au contraire, en février 1707, il fait l'éloge de Bayle.

Le successeur de La Brune est plus modéré, en politique comme en religion. Il conteste le principe de l'infaillibilité pontificale, mais sans marquer d'animosité à l'égard des papes.

L'auteur suivant revient à un ton plus polémique. Il fait l'éloge du Régent, surtout par opposition à Louis XIV. Il s'en prend sans cesse au pape, mais se montre également hostile à l'égard des Turcs, en tant qu'ils sont d'une religion non chrétienne, estimant qu'il faut s'opposer à l'impérialisme du «Croissant».

Quant à Guyot, il reste moins de deux ans au Mercure. Il essaie de garder une certaine mesure, se refusant par exemple à condamner le corps des Jésuites en bloc.

Et c'est la longue période (26 ans) marquée par la personnalité de Rousset. Protestant réfugié en Hollande, Rousset est évidemment hostile au catholicisme et à la politique française. Mais il fait surtout profession de tolérance et d'impartialité. C'est un «philosophe». Se demandant, en avril 1736, pourquoi les Etats sont maintenant moins soumis à la Papauté, il écrit: «La superstition et l'ignorance avaient établi cette aveugle soumission: la Science et une Religion éclairée ont dissipé ces ténèbres». Et il précise, en septembre 1737, qu'il n'admet pas qu'une autorité ecclésiastique l'emporte sur un pouvoir politique temporel. «Je déteste partout la tyrannie et l'intolérance», dit-il encore (févr. 1737). C'est pourquoi il n'hésite pas à rendre hommage à la vertu d'un pape ou à l'esprit pacifique du cardinal Fleury. D'ailleurs, tout au moins dans le Mercure, il ne manifeste pas le caractère vindicatif et violent qu'on lui attribue en général. Il se montre surtout attaché à la liberté; c'est ainsi qu'en juillet 1737, il rapporte avec sympathie les protestations suscitées en Angleterre par un bill destiné à «limiter la liberté du théâtre»: on ne peut pas faire de «règlements ou contraintes générales sur des choses qui d'elles-mêmes n'ont rien de mauvais», sans attenter à «l'esprit de liberté».

Le successeur de Rousset reste au Mercure encore plus longtemps que ce dernier (29 ans), peut-être en raison de sa relative modération. A part quelques rares attaques contre les Jésuites (par exemple, en octobre 1757, à propos de la condamnation de Damiens: «une société religieuse qui semble, depuis plus d'un siècle, avoir pris la détestable tâche de justifier les forfaits les plus énormes et d'innocenter les plus grands scélérats»), il essaie de se montrer objectif. Ainsi, en août 1770, il proteste contre le clergé de France, qui s'en est pris à la «liberté effrénée» régnant en Angleterre; mais en novembre 1771, dans les Nouvelles de Grande-Bretagne, il semble rectifier sa position: «S'il est un pays en Europe, où l'on fasse un plus grand abus de la liberté de la presse, c'est assurément celui-ci, qui, depuis quelque temps, semble être inondé d'écrits satiriques et de libelles diffamatoires, qui attaquent impunément, et souvent aussi injustement, les personnes les plus respectables de l'Etat». D'une manière générale, il apprécie la rigueur et la dignité. C'est ainsi qu'en juillet 1776 il critique Voltaire, «dictateur de la littérature française», pour «son inconstance et le peu de fonds qu'on peut faire sur les éloges qu'il prodigue». Quant à Beaumarchais (févr. 1780), «c'est un de ces enfants perdus que, selon les circonstances, on lâche en avant et qu'on désavoue, punit même, quand la mission fut indiscrète ou se trouve malheureuse». Se proclamant citoyen de l'Europe, notre auteur traite des différents Etats avec impartialité: comme il est question, en avril 1780, de démolir la Bastille pour procéder à des embellissements, il remarque que cela serait d'autant plus réalisable que sous le présent règne on pourrait aisément se passer de cette prison. Mais ce qui le caractérise surtout, c'est son esprit religieux, d'où son commentaire sur la condamnation par Rome de La Pucelle d'Orléans, en juillet 1757: «ouvrage abominable [...], production dans laquelle tout ce que la Divinité a de plus auguste et les Mystères de la Religion de plus respectable, est profané avec une impiété et une indécence des plus criminelles; ouvrage infernal, dans lequel l'auteur, pour donner carrière à sa malice, emploie les allusions les plus scandaleuses pour répandre son venin sur tout ce qu'il y a de plus élevé, soit pour le rang, soit pour la puissance; ouvrage enfin où ni le diadème ni les dignités que donne la naissance, ou que procurent les services, ne sont à couvert des traits satiriques de son auteur, dont la plume sale, livrée à l'impureté et au blasphème, n'emprunte ses portraits odieux que des idées les plus obscènes et les plus horribles qu'a pu lui suggérer son cœur gâté et corrompu».

L'auteur suivant, également inconnu, se différencie nettement de tous ses prédécesseurs: violente attaque contre les Anglais en juillet 1780 («L'Anglais est un peuple qu'on ne pourra jamais réprimer, il faut le détruire, dévaster son île»), long plaidoyer en faveur des Jésuites en septembre, éloge appuyé de la France en octobre, ces prises de position expliquent sans doute qu'il n'ait passé qu'un an au Mercure.

Enfin Le Fébure, un médecin, ne se charge du journal, d'ailleurs agonisant, que pour rendre service à la veuve Staatman. Il ne manifeste aucune orientation idéologique particulière.

Tables: Elles sont toutes intégrées à la collection. En principe, on trouve une «table» ou «indice» des matières à la fin de chaque tome, et parfois, en plus, une table chaque mois.

7Exemplaires Il n'est pas prudent de se fier aux catalogues de certaines bibliothèques. On ne trouve dans aucune d'entre elles la collection complète des 192 volumes. Voici les principales: B.U. Leyde: 185 vol. (manquent 1-3 et 6-9); Ars.: 182 vol. (manquent 183-192); B.M. Lille: 183 vol. (manquent 184-192, et 178, 179, 181 et 183 sont incomplets); B.M. La Rochelle: 168 vol. (manquent 169-192; 46 et 168 sont incomplets); B.N.U. Strasbourg: 157 vol. (manquent 104-107, 122-123, 154-165, 176-192); Bibliothèque de la Société d'histoire du protestantisme français, Paris: 153 vol. (manquent 1-2, 156-192); B.V. Amsterdam: 129 vol. (manquent 130-192); B.N.: 126 vol. (manquent 86 et 128-192).

On trouve encore 98 vol. à l'Inst., 75 à Ste G., 72 à La Haye, 71 au Centre des Fontaines à Chantilly, 49 à Amiens, etc.

8Bibliographie B.H.C., H.P.G.; G.H.; DP2, art. «Courtilz», «Guyot», «La Brune», «Rousset».

Contrefaçons: A part deux cas, toutes les contrefaçons signalées dans le journal se situent entre 1743 et 1769.  Août 1696: «Henry Van Bulderen avertit le public que Georges de Bakker, libraire à Bruxelles, fait tous les mois contrefaire le Mercure historique, où il ajoute ce qui lui monte à la tête, et en ôte très souvent ce qu'il y a de plus curieux».  Février 1701: le Mercure de janvier a été contrefait par François Broncaert, libraire à Liège, qui en a retranché le texte du testament du roi d'Espagne. Van Bulderen écrit: «Je déclare que je désavoue ledit Mercure. On trouvera dorénavant le mien à Maestricht chez M. de Lessaert, et à Liège chez la veuve de Théodore Delmer. De plus, ledit Broncaert imprime actuellement toutes sortes de méchants livres, qui n'ont jamais été imprimés ici, et se sert de mon nom ou de celui de quelque autre libraire de Hollande».  Mai 1743: une «contrefaction» est dénoncée par Rousset, et le libraire signale encore, en novembre, qu'elle est imprimée sur du papier «plus grossier et plus brun avec un caractère très usé qu'on a de la peine à lire».  Février 1745: «F.-H. Scheurleer avertit le public qu'il ne reconnaît point d'autre Mercure historique et politique pour original et véritable que celui qui est marqué de sa signature tel que ci-bas».  Décembre 1745: «F.-H. Scheurleer avertit le public qu'il fait fondre de nouveaux caractères pour l'impression de ce Journal, avec lesquels il commencera d'imprimer son Mercure pour le mois de Janvier 1746, ainsi que les suivants, afin qu'on en puisse encore distinguer plus facilement sa véritable et originale édition, de celle qu'on en contrefait dans les pays étrangers, laquelle est tout à fait tronquée et remplie de faussetés».  Janvier et février 1746: Scheurleer se plaint toujours de contrefaçons.  Juillet 1757: une contrefaçon est publiée «dans une ville d'Allemagne».  Mai 1763: contrefaçon par «le Sieur Philipart, de Liège».  Février 1769: F. Staatman signale deux contrefaçons du Mercure, l'une sous son propre nom, mais avec une pagination différente, l'autre à Genève, chez Pellet et fils.

Mentions dans la presse du temps: Bayle, Nouvelles de la République des Lettres, déc. 1686. Thomasius, Monatsgesprächen, Halle, 1690, I, f. 66-83. Le Noble, La Pierre de touche politique, en particulier sept., oct., nov. 1690 et mai 1691. Sallengre, Mémoires de littérature, La Haye, 1715. Nicéron, Mémoires pour servir à l'histoire des hommes illustres dans la République des Lettres, Paris, 1727, t. II. Bréquigny, Journal des savants, oct. 1760.

Lettres, articles, monographies et livres: lettre de Minutoli à Bayle, 8 sept. 1690 (Choix de la correspondance inédite de Pierre Bayle, éd. Gigas, Copenhague, 1890, p. 542); lettre de Bayle à M. Constant, 5 janv. 1691 (Lettres choisies de Bayle, Rotterdam, 1714, t. I, p. 299); lettre de Bayle à Minutoli, 6 oct. 1692 (ibid., t. II, p. 384); lettre de Bayle à Minutoli, 14 sept. 1693 (ibid., t. II, p. 440); – Bayle, Réponse aux questions d'un provincial, Rotterdam, 1704, t. I, p. 447. – Fevret de Fontette, rééd. de la Bibliothèque historique de la France du père Lelong, Paris, 1771, t. II, p. 626. – Meusel, Bibliotheca historica, Leipzig, 1782, t. I, p. 163. – Runge H., Courtilz de Sandras und die Anfänge des «Mercure historique et politique», Halle, 1887. – Bourgeois et André, Les Sources de l'Histoire de France, Paris, 1913-1935, 3e partie, t. IV, p. 44. – Woodbridge, Gatien de Courtilz, sieur du Verger, Baltimore et Paris, 1925. – Lombard J., Courtilz de Sandras et la crise du roman à la fin du Grand Siècle, PUF, 1980, p. 11-12, 88-89, 273-285, 347-357. – Lombard J., «Les rédacteurs du Mercure historique et politique de La Haye (La Haye, nov. 1686 - avril 1782)», dans Langue, Littérature du XVIIe et du XVIIIe siècle, Paris, CDU-SEDES, 1989.

Historique C'est Courtilz de Sandras qui fonde ce journal en novembre 1686, à l'adresse fictive de Juan Batanar, à Parme; il s'agit en réalité de Henry Van Bulderen, libraire à La Haye, dans le Pooten dont le nom apparaît en février 1688. Courtilz déclare qu'il veut pallier l'insuffisance et la partialité du «Mercure de Paris», mais c'est surtout avec Le Noble qu'il entretiendra la polémique, tout en essayant de se montrer objectif et mesuré à l'égard de la France. Courtilz reste le rédacteur du Mercure, non pas jusqu'en mars 1689, comme on l'a longtemps répété à la suite de Runge, mais jusqu'en avril 1693, date à laquelle il est mis à la Bastille en raison de ses activités clandestines; ce Français, ancien capitaine de cavalerie, passé en Hollande en 1683, se livre en effet au commerce de livres interdits, dont beaucoup d'ailleurs sont de sa propre plume, entre la Hollande et la France. D'autre part, contrairement à une affirmation souvent reprise, la participation de Bayle au Mercure en 1689 et 1690 est fort peu vraisemblable.

Le successeur de Courtilz de Sandras n'est pas, comme on le dit toujours, Rousset de Missy, alors âgé de 6 ans, mais un certain La Brune, dont l'identité exacte n'est pas facile à établir. C'est un calviniste né en France et passé en Hollande. Son orientation est nette: attitude favorable aux Anglais et aux Hollandais, hostilité à l'égard de la France et de la Papauté. Il reste au Mercure jusqu'en juillet 1710.

A partir du mois d'août 1710, le journal est rédigé par un auteur qui s'appelle peut-être Saint-Elier, mais dont on ne sait rien. Relativement modéré en politique comme en religion, il reste sans doute au Mercure jusqu'en décembre 1715.

En tout cas, en janvier 1716, changement de libraire: à Van Bulderen succèdent les frères Louis et Henri Van Dole. Et il est probable que les nouveaux propriétaires ont également engagé un autre rédacteur. Mais de celui-ci non plus on ne sait rien, si ce n'est qu'il se nomme peut-être Saint-Bonnet. Son ton est plus polémique (contre la France et Rome) que celui de son prédecesseur.

En octobre 1719, Henri Van Dole reste seul possesseur du Mercure. Il prend un nouveau rédacteur en octobre 1722, Guyot. Contrairement à ce qu'on dit généralement, il ne s'agit sans doute pas de Guyot de Merville, mais plutôt de son père, Edme Guyot. Quoi qu'il en soit, Henri Van Dole étant décédé, sa veuve, qui lui succède à partir de janvier 1724, congédie Guyot en juillet de la même année, «sur les plaintes qu'elle a reçues de divers endroits que son Mercure était rempli de choses peu convenables» (on ne voit d'ailleurs pas à quoi elle peut faire allusion). Elle le remplace par «un autre auteur très capable, qui remettra le Mercure sur l'ancien pied»: il s'agit de Rousset.

Rousset va rédiger le journal à partir d'août 1724 jusqu'en décembre 1750, et verra, pendant cette longue période, trois libraires se succéder à la tête du Mercure. En effet, en décembre 1725, «la veuve de H. Van Dole ayant résolu de quitter le commerce» vend le journal à Henri Scheurleer, également libraire à La Haye, qui le cède à son tour à son fils Frédéric-Henri en juillet 1741. Rousset jouit d'une notoriété internationale: il est «membre des Académies des Sciences de Pétersbourg et de Berlin». Protestant réfugié en Hollande, il est naturellement hostile à la France et au catholicisme, mais sans manifester, du moins dans le Mercure, la violence dont on le taxe habituellement.

En janvier 1751, sans qu'on en sache la raison, Rousset quitte le journal. Il est remplacé par un nouvel auteur qui, d'entrée, déclare qu'il veillera soigneusement à ce qu'on ne puisse l'identifier. Il y réussit fort bien, grâce en particulier à la neutralité de ses idées, et c'est dommage, car c'est lui qui restera le plus longtemps au Mercure: jusqu'en décembre 1779. En novembre 1755, on apprend que le libraire F.-H. Scheurleer est installé sur le Cingel; en mars 1761, il change d'adresse et se fixe «dans le second Wagestraat». Mais en août de la même année, il meurt subitement d'une apoplexie; c'est sa veuve qui lui succède, pour peu de temps d'ailleurs, car il est annoncé, en février 1762, qu'elle a vendu le Mercure et tout le reste de son fonds à Hoffman et Compagnie, toujours à La Haye, «au Voorbout près du Vossen-Tuintje». En avril 1763, apparaît le nom d'un associé: «Hoffman et Staatman» sont installés sur le Kalvermarkt, nouvelle et dernière adresse du Mercure. Le mois suivant, le nom de Hoffman disparaît. En novembre et décembre 1770, une annonce fait savoir que «Henry Backhuysen et Frederik Staatman sont devenus propriétaires de tout le fonds du Journal, universellement connu, intitulé Mercure historique et politique», et ce sont ces deux noms qui apparaissent sur la page de titre à partir de janvier 1771; mais en octobre 1775, F. Staatman reste seul.

Un nouvel auteur arrive au Mercure en janvier 1780, mais ses idées sont trop différentes de celles de ses prédécesseurs (hostilité à l'égard de l'Angleterre, éloge de la France et des Jésuites), de sorte que la veuve de F. Staatman, qui succède à son mari à la tête du journal en novembre, cherche un autre rédacteur plus conforme aux habitudes de ses lecteurs.

Elle croit le trouver en la personne de Le Fébure de Saint-Ildephont, un ami de son mari, qui prend en charge le Mercure à partir de janvier 1781. Mais Le Fébure, qui est médecin, n'a accepté que pour «obliger une veuve chargée d'enfants»; il n'a guère de temps à consacrer à son nouveau métier; en février et mars, il doit s'excuser pour les nombreuses fautes que le correcteur laisse passer. En outre, il a voulu donner un objet supplémentaire au journal, qui est devenu le Mercure historique, politique et littéraire. Mais les lecteurs protestent, et en juin on retrouve le titre et la formule antérieurs. Cependant le journal vit ses derniers mois. En février 1782, la veuve Staatman, qui veut manifestement mettre fin à son activité, fait savoir qu'elle a encore quelques exemplaires complets de la collection, et, avec le mois d'avril 1782 et le t. 192, sans explications, le Mercure historique et politique de La Haye cesse de paraître, après presque un siècle d'existence.

Jean LOMBARD

 


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