ISSN 2271-1813

 

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Dictionnaire de la presse française pendant la Révolution 1789-1799

C O M M A N D E R

   

Dictionnaire des journaux 1600-1789, sous la direction de Jean Sgard, Paris, Universitas, 1991: notice 953

MERCURE TURC (1781)

1Titres Mercure turc.

2Dates 1er mars 1781 - fin du printemps (?) de la même année (dernière lettre de nouvelles datée dans le nº 3: 24 mars). Prospectus de 6 p. en tête (s.d.). Périodicité annoncée: hebdomadaire (p. 30), mais sur la page de titre, on trouve seulement l'indication de l'année et du numéro de livraison.

3Description Sept numéros à pagination continue (224 p.). Cahiers de 16 p., in-8º. Sur la page de titre générale: armes du Grand Turc (cuivre; bois pour les livraisons).

4Publication «[Constantinople, Nazm-Sad-Ouheil-Effendi, Imprimeur du Sérail. Londres, Peter-Paul Hardy et Cie, in Pater-Noster-Row]».

Faux tarifs en livres sterling.

6Contenu Prospectus: «moi, le Dalembert, le Formey des Turcs», l'auteur attaque ses confrères. «Je suis turc, et j'écris pour les Turcs, et non pour les pédants, les pâtres, les rustres, les têtes à perruque et autres manants de la petite Europe». Il veut tirer sur les Anglais «à boulet rouge avec mon petit burin». «Nous avons l'honneur d'être un peu francisé». Le Mercure turc «est entièrement consacré à la politique».

Nouvelles politiques satiriques, en partie inventées, sous forme de lettres de nouvelles provenant de divers pays.

7Exemplaires B.A.A., 12º Z 27.

8Bibliographie Mettra L.F., Correspondance secrète, politique et littéraire, Londres, 1788, t. XII, p. 281-282 (30 janv. 1782). – Casanova Gleanings, vol. IX, 1966, p. 54; 1967, p. 32. – Hjortberg M., Correspondance littéraire secrète. 1775-1793. Une présentation, Göteborg, 1987, p. 25.

Historique Ce périodique d'une impression soignée livrera ses secrets quand on connaîtra mieux les circuits de diffusion des nouvelles à la main françaises vers la Hollande et l'Allemagne, où il fut selon toute vraisemblance réalisé. Mettra prétend que ses «rédacteurs» sont identiques à ceux du Postillon de Versailles sorti des mêmes presses. Ce détail et le contenu du périodique ont pu faire penser que Mettra lui-même était le maître d'œuvre des deux entreprises. De toute manière, les auteurs avaient tout avantage à rester mystérieux, ne fût-ce que pour allécher la clientèle (voir nº 3, p. 81, une fausse lettre de lecteur s'interrogeant sur l'identité du «Turc»). Une autre lettre publiée par M. Hjortberg prouve que Jean Manzon (DP2.), directeur à Clèves du Courier du Bas-Rhin, diffusait le journal et son frère le Postillon. Les allusions venimeuses à d'Alembert, «intrigant reconnu» (nº 3, p. 76), co-auteur du Compte rendu de Necker (p. 24), la bénignité à l'égard de Linguet (mort annoncée puis démentie, p. 21, 81-85), les prises de position en faveur du Stadhouder, de même que deux correspondances «De Clèves» (nº 2, 5) dirigent les soupçons vers la manufacture de Manzon qui répandait dans le Centre et l'Est de l'Europe les nouvelles à la main parisiennes. Une allusion à un nouvelliste à la main, correspondant d'un gazetier, mis pour deux mois à la Bastille à l'époque de Sartine (Aubry de Julie en 1769; voir notre article dans L'Année 1768 à travers la presse traitée par ordinateur, Varloot et Jansen éd., Paris, 1981, p. 58-79), suggère encore Manzon et ses collaborateurs parisiens. Dans l'état actuel de la recherche, on ne peut en dire plus.

Ecrit d'une manière vive et originale, le Mercure turc présente un intérêt documentaire certain. S'il est fondamentalement «politique» selon le Prospectus, il informe aussi de littérature et de faits divers: éloge de Raynal (nº 6, 7), de L.S. Mercier et de son Tableau de Paris (nº 5, 6), de Voltaire, combattant de la liberté religieuse (nº 4), arrivée de Cagliostro à Strasbourg (nº 5), sortie contre la destruction du très symbolique jardin du Palais-Royal pour une spéculation du futur Philippe-Egalité (nº 7). Politiquement, le journal est pro-français, favorable aux réformes de Joseph II, contre les «patriotes» hollandais, mais surtout d'un pacifisme tout à fait extraordinaire qui va jusqu'à un anti-monarchisme viscéral. On comprend que le Mercure turc ait été pourchassé: ce qu'il dit de la «boucherie» guerrière (nº 1, p. 1) donne lieu à plusieurs diatribes éloquentes où militaires et politiques sont fustigés sans nuance (nº 5, 6, 7). Des éloges ironiques de Necker contribuent encore à donner à ce périodique un ton original, assez à contre-courant de la mode au début des années 1780.

François MOUREAU

 


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© Universitas 1991-2017, ISBN 978-2-84559-070-0 (édition électronique)