ISSN 2271-1813

 

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Dictionnaire de la presse française pendant la Révolution 1789-1799

C O M M A N D E R

   

Dictionnaire des journaux 1600-1789, sous la direction de Jean Sgard, Paris, Universitas, 1991: notice 957

LA MESSAGERIE DU PINDE (1747-1748)

1Titres La Messagerie du Pinde. Par M.O.L.E.E.B.H.[210].

2Dates 1747 - 1748. Un volume. Ni privilège ni prospectus connu.

Dans sa préface, l'auteur promet au lecteur de publier «tous les deux mois cinq ou six feuilles» d'imprimerie (p. 8). En réalité, la périodicité semble avoir été beaucoup plus espacée. Le premier numéro, daté seulement de 1747, contient une ode et un sonnet à Christoph von Steiger «sur son avenement au consulat de la République de Berne» (p. 9-16), qui eut lieu le 3 avril 1747. Les allusions à l'actualité militaire (retraite des Autrichiens de Provence, inondation de Berg-op-Zoom) confirment la probabilité d'une parution en mai ou juin 1747. Le deuxième numéro, daté également de 1747 sans plus, cite en note des gazettes échelonnées du 12 avril au 23 septembre 1747: on pourrait donc dater sa publication d'octobre ou de novembre 1747. Quant au troisième numéro, qui porte le seul millésime de 1748, il contient un sonnet à la mémoire de Johann I Bernoulli, décédé le 1er janvier 1748 (p. 83), ainsi que la critique de quelques poèmes parus dans le Mercure suisse de janvier 1748: sa publication devrait donc dater de février ou de mars 1748. Périodicité irrégulière, on le voit, avec des intervalles de quatre à six mois entre les numéros.

3Description Rien de plus compliqué que la composition de l'unique volume de La Messagerie du Pinde, au point même qu'à deux reprises (à la p. 42 et au verso de l'Errata) l'éditeur a dû faire paraître un Avertissement ou Avis sur la manière de relier les pages et que, sous ce rapport, on ne rencontre pas deux exemplaires qui soient identiques. Le périodique ne compte pourtant que trois numéros ou «pièces», de format in-8º, mais chacun d'eux est divisé en deux sections (la seconde étant toujours réservée au poème intitulé Homère travesti), qui ont chacune leur pagination propre se poursuivant d'un numéro à l'autre.

Le premier numéro, d'ailleurs non numéroté, comprend six feuilles d'imprimerie, à savoir deux feuilles de 8 ff., signées A et B, et une feuille de 4 ff. signée C pour ce que l'auteur appelle ses «petites Pièces» (p. [1]-32, 35-42); plus trois feuilles de 8 ff., également signées A, B, C, pour le premier chant d'Homère travesti, paginé 1-46. Par une bizarrerie sans exemple, le f. [C8] d'Homère travesti, au lieu d'être paginé 47-48 ou de rester blanc, a servi à l'impression des p. 33-34 des «petites Pièces»! Le deuxième numéro, ou «Seconde pièce», comprend plus sagement cinq feuilles d'imprimerie de 8 ff. chacune, à savoir deux feuilles signées D et E pour les «petites Pièces» (p. 43-72, avec un f. de titre non paginé en tête); et trois feuilles signées D, E, F, pour le deuxième chant d'Homère travesti, paginé 47-90, et pour le début du troisième (p. 91-94). Le troisième numéro, ou «Troisième piece», comprend six feuilles d'imprimerie de 8 ff. chacune et 3 ff. supplémentaires; les trois premières feuilles, signées F, G, H, contiennent tout à fait normalement la suite des «petites Pièces» (p. 73-118, avec un f. de titre non paginé en tête), mais les trois dernières feuilles, signées G, H, I, sont un nouveau défi aux règles de la typographie. On y trouve aux ff. G1-I3, paginés 95-132, la suite du troisième chant d'Homère travesti, mais pour que ce chant soit complet, on a replacé en tête, sur 2 ff. non signés les p. 91-94 qui en contenaient le début. Quant aux ff. I4-I8, ils sont remplis par une ultime série de «petites Pièces» et, pour comble de confusion, sont paginés 113-122, au lieu de 119-128. Un f. final d'Errata, ni paginé ni signé, indique quelque 25 fautes à corriger dans les trois numéros.

Chaque livraison a son épigraphe. La première est tirée de Juvénal (Satires, I, I, 85-86): Quicquid agunt homines Votum, Timor, Ira, Voluptas / Gaudia, Discursus, nostri est farrago Libelli.

Celle de la «Seconde piece» est un vers d'Horace (Ars poetica, 89): Versibus exponi tragicis res comica [non] vult.

Quant à la «Troisième piece», elle porte un vers de Virgile (Enéide, VI, 620): Discite justitiam moniti et non temnite Divos.

Aucune illustration.

4Publication Le périodique ne porte aucune mention de lieu ni d'imprimeur. Comme son unique auteur, Samuel Henzi, se trouvait alors à Neuchâtel, on peut présumer que La Messagerie du Pinde est une impressison neuchâteloise, au même titre que l'Amusement de Misodème.

Le prix du numéro reste à découvrir, tout comme le chiffre du tirage.

5Collaborateurs Le fondateur et rédacteur unique de La Messagerie du Pinde est le capitaine, poète et conspirateur bernois Samuel HENZI (1701-1749)[211].

6Contenu Dans sa préface «Au lecteur», Henzi est resté extrêmement vague sur le contenu de ses feuilles, qui devaient être «remplies de mots imprimez, de chose et d'autre et d'autre chose» (sic), promettant simplement que toutes les pièces seraient de son «crû, peu travaillées et par conséquent bonnes» (p. 8).

En fait, la section des «petites Pièces», à l'instar de l'Amusement de Misodème, est faite d'un mélange de morceaux satiriques en vers et en prose. De nombreux poèmes, des odes, des épigrammes surtout, sont inspirés par les événements de l'actualité, et notamment par la guerre de Succession d'Autriche: siège de Berg-op-Zoom, passage du Var par les Français, siège de Gênes par les Austro-Sardes, bataille de Laufeldt, etc. L'auteur y prend délibérément parti pour les Français contre les Anglais et les Autrichiens et ne manque pas une occasion d'égratigner le gazetier de S[chaffhouse] H[urter], sa bête noire. La polémique littéraire est moins virulente ici que dans l'Amusement de Misodème, mais fidèle à ses convictions, Henzi continue d'encenser les Zurichois Bodmer et Breitinger (p. 57) et de conspuer Gottsched, qu'il affuble d'ailleurs du surnom burlesque et quasi-voltairien de «Teutoboc». Un sonnet est également dirigé contre les auteur et éditeur de L'Homme machine, La Mettrie et Luzac (p. 80). Des fables, des contes en vers (notamment p. 113-114: «Le Suisse Cocu»), un «pot-pourri» et d'autres pièces de poésie légère complètent l'ensemble. Côté prose, le morceau sans doute le plus remarquable s'intitule «Réflexions critiques sur quelques Pièces de Poësie du Mercure Suisse de Janvier 1748» (p. 81-103).

Homère travesti, qui remplit à lui seul la seconde section du périodique, est un long poème burlesque en hexamètres, à la manière de Scarron ou de Fougeret de Montbron.

Aucune table.

7Exemplaires Exemplaires localisés: Schweizerische Landesbibliothek, Bern, A 17335 Res.; Stadt-und Universitätbibliothek, Bern, H VIII 67; B.C.U. Dorigny Lausanne, AA 489 (incomplet de la «Troisieme piece»); Bibliothèque nationale, Luxembourg, FA 98-4-11; B.P.U. Neuchâtel, 49B.17.43; Z.B. Zürich, XXV.32 (1).

8Bibliographie Mention dans la presse contemporaine: Freymüthige Nachrichten von Neuen Büchern, 16 août 1747, p. 258-259[212]. – Gaullieur E.-H., «Les Œuvres poétiques de Samuel Henzi», dans ses Etrennes nationales, [I], 1845, p. 209-230. – Kohler X., «Les Œuvres poétiques de Samuel Henzi», Actes de la Société jurassienne d'émulation, 1869, XXI, p. 56-88. – Virgile Rossel, «Un Scarron bernois», Le Semeur, revue littéraire et artistique, 1890, III, p. 178-182, 209-212 et 251-253.

Jean-Daniel CANDAUX

 

Δ 210. On aurait attendu plutôt M.H.O.L.L.E.E.B. (M. Henzi, officier de Leurs Excellences de Berne).

Δ 211. Sur l'homme et son œuvre, voir les références données à la notice Amusement de Misodème, note 2.

Δ 212. Je tiens à remercier mon collègue Emil Erne, de Berne, qui m'a communiqué cette référence.

 


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© Universitas 1991-2017, ISBN 978-2-84559-070-0 (édition électronique)