ISSN 2271-1813

 

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Dictionnaire de la presse française pendant la Révolution 1789-1799

C O M M A N D E R

   

Dictionnaire des journaux 1600-1789, sous la direction de Jean Sgard, Paris, Universitas, 1991: notice 960

LE MONDE (1760-1761)

1Titres Le Monde, Publié par M. de Bastide.

Continuation de: Le Monde comme il est.

Continué par: Le Journal de Bruxelles ou le Penseur.

2Dates 15 décembre 1760 - fin février 1761. Deux tomes. Avis du projet de publication inséré dans la Lettre 9 du 10 novembre 1760 de L'Année littéraire (t. VII).

Périodicité annoncée et réelle: bimensuelle, le 15 et le dernier de chaque mois. Six livraisons en tout. Les deux volumes (t. III et IV: numérotation en continuité avec Le Monde comme il est) sont datés de 1761.

3Description Chaque tome est composé de 3 cahiers: 360 p., chaque cahier étant divisé en chapitres (t. III: 18 chapitres, mais il y a 2 chapitres 6; t. IV: 11 chapitres, il y a 2 chapitres 11...).

95 x 160, in-12.

4Publication A Amsterdam et se trouve à Paris, chez Bauche, quai des Augustins; Duchesne, rue Saint-Jacques; Cellot, imprimeur-libraire au Palais. A la fin du premier cahier (t. III, p. 120), un Avis précise que la distribution sera assurée à Versailles par le sieur Fournier, libraire, rue Satory et au château.

Prix du cahier: 24 s. La souscription pour les 24 cahiers annuels est fixée à 24 #.

5Collaborateurs Jean-François de BASTIDE. Collaborateurs occasionnels: Mme Riccoboni, Voltaire, J.J. Rousseau.

6Contenu «Le but qu'on se propose dans cet ouvrage est de donner l'exemple du véritable esprit philosophique. On espère y parvenir par des maximes et des aventures dont les unes instruisent sans paraître trop sévères et les autres amusent sans être trop frivoles. On est très éloigné de vouloir censurer toujours. Le Monde est-il si laid qu'il n'offre absolument rien de beau?» (Avant-Propos de l'éditeur). Bastide, qui continue à revendiquer le titre de «spectateur» (t. III, nº 1, p. 13) au regard duquel rien n'est indifférent, entend, comme précédemment, «représenter le monde comme il est véritablement». Il compte d'ailleurs associer à ses lumières celles de plusieurs écrivains célèbres.

Même variété de genres que dans Le Monde comme il est: lettres généralement signées d'une initiale et suivies parfois de réponses, mémoires, dissertations, récits d'aventures avec assez souvent une conclusion, maximes, allégories, songes... Signalons de Mme Riccoboni des extraits de l'Abeille (cf. Recueil de pièces détachées, Paris, 1765, p. 112-142), des Lettres de la marquise [sic] de Sancerre (cf. Lettres de la comtesse de Sancerre, Œuvres complètes, nouv. éd., Paris, 1786, t.VI), la Continuation de la Vie de Marianne (cf. La Vie de Marianne, éd. F. Deloffre, 1963, p. 585-607); de Voltaire une lettre (cf. Best. D9023) et un Avis (cf. Best. D9453); de Rousseau une lettre (Leigh 1182); enfin de François Louis Claude Marin un passage démarqué de l'Histoire de Saladin sultan d'Egypte et de Syrie (Paris, 1758, t. I, Livre IV, p. 297 et suiv.).

Principaux centres d'intérêt: l'amour et les femmes; l'éducation (éducation de la femme, mérite et naissance, choix d'un métier); le problème du bonheur (bonheur et liberté, bonheur, modération et vertu, bonheur et bucolique); des réflexions sur les arts (poésie, théâtre, art du comédien, peinture, sculpture, architecture) et sur l'histoire.

Auteurs étudiés: Boileau; J.B. Rousseau; Houdar de La Motte, d'Alembert et Marmontel face à la poésie; Duclos; Montesquieu; Voltaire.

7Exemplaires B.N., R 20157-20158; Sorbonne, L Fr 8; Ars., 8º 2264 (3-4); – 8º 2265 (3-4).

8Bibliographie H.P.L.P., t. III, p. 133; DP2, art. «Bastide».

Mentions dans L'Année littéraire (1760, t. VII, p. 210 et suiv.), le Mercure de France (déc. 1760, art. 2, p. 113-116 et avril 1761, 2e vol., art. 2, p. 133-134), le Journal encyclopédique (15 févr. 1761, t. II, I, p. 142), L'Observateur littéraire (1761, t. I, Lettre 4, p. 85-100). – Granderoute R., «Une lettre de Voltaire à Jean-François de Bastide», R.H.L.F., 1984, p. 934-938.

Historique Dans l'Avis qui ouvre le 1er cahier et que le Mercure, après L'Année littéraire, reproduit en décembre 1760, Bastide donne une nouvelle version des raisons de l'interruption de la publication du Monde comme il est. Il écrit à propos de ce «second Spectateur»: «le jugeant encore plus imparfait peut-être que le premier, j'eus assez de vanité pour l'interrompre à la fin du second volume». «Mais, ajoute-t-il, j'espérais de pouvoir le reprendre avec des secours puissants et nécessairement agréables au public». Or voici que ce projet va s'exécuter: Bastide nous apprend qu'il a pu s'associer «plusieurs des meilleures plumes de la nation dans bien des genres» et qu'ainsi il espère «pouvoir offrir à cette même nation un livre digne tout à la fois de sa curiosité et de son attention». Par respect pour la «grande réputation» de ces écrivains «célèbres», il a songé à un nouveau titre, mais s'y est finalement refusé par «un respect encore plus indispensable pour beaucoup de lecteurs dont le libraire avait reçu l'abonnement».

Déjà, au temps du Monde comme il est, Bastide a tenté (et ces tentatives expliquent sans doute en partie la suspension de la publication) de s'assurer la collaboration d'«hommes illustres». Tel J.J. Rousseau... Le 19 mai 1760, Bastide écrit, en effet, à Rey pour lui faire part de son projet de «faire entrer» dans son périodique La Nouvelle Héloïse et «d'employer à peu près trente six pages par semaine de ce manuscrit» (Leigh 994). Le projet échoue. Bastide envisage alors de publier l'Emile. Nouveau refus de Rousseau qui, le 5 décembre 1760, écrit à Bastide: «J'aurais voulu [...] pouvoir répondre à l'honnêteté de vos sollicitations en concourant plus utilement à votre entreprise; mais vous savez ma résolution et, faute de mieux, je suis réduit pour vous complaire à tirer de mes anciens barbouillages le morceau ci-joint», c'est-à-dire l'Extrait du projet de paix perpétuelle de l'abbé de Saint-Pierre (Leigh 1182). Bastide s'empresse d'insérer la lettre de Rousseau dans son 1er cahier, assurant qu'«on ne fera pas attendre» le morceau annoncé, cependant que, le 9 décembre, il remercie Rousseau: «Je veux me flatter que ce ne sera pas ici le dernier secours dont vous daignerez m'honorer» (Leigh 1187). Mais, le 18 décembre, Rousseau, qui vient de recevoir le premier cahier du Monde, ôte tout espoir à Bastide: «Je ne trouve plus rien parmi mes chiffons qui puisse vous convenir (Leigh 1196). Dans les Confessions (Lettre XI, éd. Ad. Van Bever, Garnier, 1952, t. III, p. 85), Rousseau évoque les «importunités» de Bastide qui «voulait, écrit-il, bon gré mal gré, fourrer» dans son journal «tous mes manuscrits». En fait, comme l'Extrait du projet de paix... sera finalement «banni» du Monde parce que non «relatif aux mœurs» (Leigh 1284) (il sera en mars 1761 l'objet d'une publication séparée), la contribution de Rousseau au Monde se réduit à... une lettre et, le 16 février 1761, Bastide est en droit d'écrire à Rousseau (à qui d'ailleurs il propose d'éditer des réflexions sur La Nouvelle Héloïse avec les réponses du romancier): «vous avez peu fait pour moi» (Leigh 1296).

Voltaire ne fera guère davantage. Le 8 décembre 1760, il écrit à Thiériot: «Je vous prie de dire à M. de la Bastide que, si je trouve quelques rogatons qu'il puisse insérer dans son Monde, je vous les adresserai» (Best. D9449). Mais Bastide ne reçoit aucun «rogaton» et doit se contenter de publier, outre un Avis daté du 12 janvier 1761 (t. IV, nº 4, p. 110-113), une lettre où Voltaire, dans le courant de 1760, l'engage sur le mode ironique à «aborder la critique sociale avec plus de résolution» (M. Gilot, dans DP2, art. «Bastide»). C'est en définitive Mme Riccoboni surtout qui illustre la collaboration hautement et assez imprudemment annoncée et rappelée (cf. fin du 2e cahier). Mais, si importante que soit cette contribution, Bastide n'en reste pas moins le principal rédacteur, désireux de plaire au public tout en prétendant refuser l'«art de séduire par une montre trompeuse»! (t. III, p. 7) Il tient d'ailleurs à préciser sa fonction de «spectateur», distincte de celle de «journaliste», car, si son «travail» est «journalier», son «objet» ne l'est pas: «on était fou, avare, ingrat, curieux, il y a mille ans comme aujourd'hui; c'est ce que je dois dire et ce que je dis tous les jours; j'embrasse tous les temps [...] en un mot, je suis spectateur et non pas journaliste, c'est-à-dire historien et non pas gazetier» (t. IV, nº 4, p. 113).

Cependant, moins de trois mois après la reprise de la publication, Bastide se voit contraint une nouvelle fois de l'interrompre. Selon un Avis paru dans le Mercure de France d'avril 1761, les raisons qui ont poussé Bastide à abandonner son ouvrage sont «de celles que le public ne peut jamais refuser de prendre pour excuse»: «il lui a été défendu de se servir plus longtemps des secours qu'il lui avait été d'abord permis de se procurer. M. de Bastide n'a pas voulu tromper le public en continuant seul un ouvrage auquel des hommes célèbres devaient travailler et dont il ne devait être que l'éditeur». A la lumière des documents recueillis par M. Gilot, il apparaît que Bastide a dû céder devant le tout puissant Mercure. N'oublions pas que l'auteur du Nouveau Spectateur n'a obtenu de Malesherbes la permission de publier qu'à la condition de ne pas empiéter sur le privilège du Mercure... De sa naissance à sa disparition, le périodique lancé en France par Bastide n'a cessé d'être dominé par l'ombre du journal auquel l'écrivain avait auparavant collaboré.

Robert GRANDEROUTE

 


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© Universitas 1991-2017, ISBN 978-2-84559-070-0 (édition électronique)