ISSN 2271-1813

 

Publication disponible:

Dictionnaire de la presse française pendant la Révolution 1789-1799

C O M M A N D E R

   

Dictionnaire des journaux 1600-1789, sous la direction de Jean Sgard, Paris, Universitas, 1991: notice 961

LE MONDE COMME IL EST (1760)

1Titres Le Monde comme il est. Par l'auteur du Nouveau Spectateur.

Continuation du Nouveau Spectateur (1758-1760).

Continué par Le Monde.

2Dates Jeudi 20 mars 1760 - mardi 5 août 1760. Deux tomes. Périodicité annoncée et réelle: trois fois par semaine, les mardi, jeudi et samedi. Soixante livraisons en tout. 1760 (t. I: 20 mars - 27 mai; t. II: 29 mai - 5 août).

3Description Chaque tome est composé de 30 feuilles: 360 p. Cahier de 12 p., 95 x 160, in-12.

4Publication A Amsterdam et se trouve à Paris, chez Bauche, quai et attenant les Grands Augustins, Duchesne, rue Saint-Jacques (au Temple du Goût, précise l'Avis initial), Cellot, imprimeur-libraire au Palais. Selon l'Avis, on trouve également l'ouvrage au Bureau du Mercure, rue Sainte-Anne, Butte Saint-Roch, et chez M. Rollin, quai des Augustins, près la rue Gît-le-Cœur.

Prix de la feuille: 2 s. On peut s'abonner pour un an ou six mois. La feuille est, à Paris, distribuée et portée à domicile «avant deux heures après midi». Les provinciaux recevront les feuilles de semaine en semaine, moyennant 2 s. de port; mais ceux qui paieront d'avance 10 # 8 s. tous les six mois les recevront franco de port. Le samedi 26 avril (17e feuille, t. I, p. 204), une souscription de six mois ou d'un an est offerte à ceux qui partent «pour l'armée ou pour la campagne». Le jeudi 5 juin (34e feuille, t. II, p. 48), il est annoncé qu'en raison de l'absence de «près de 200 personnes parties depuis un mois pour la campagne ou pour l'armée» la distribution à Paris de deux jours en deux jours, «pénible et fastidieuse», est interrompue et qu'elle se fera seulement une fois par semaine, le mardi, mais avec le nombre de feuilles convenu, c'est-à-dire 3 feuilles, soit 36 p. «Après la belle saison, on pourra reprendre l'ancienne manière de distribuer».

5Collaborateurs Jean-François de BASTIDE.

6Contenu Bastide reprend ici le propos qui le guidait dans le Nouveau Spectateur: propos de moraliste qui veut, par le biais de petits faits singuliers et «vrais», saisir et faire connaître tous les caractères de l'homme et les aventures qu'ils produisent, avec l'espoir de rendre l'«âme» de son lecteur «tendre», son «esprit droit» et son «goût sûr» (13e feuille, t. I, p. 151). Comme l'indique le titre lui-même, ce nouveau périodique prétend être un tableau du monde («universel», 27e feuille, t. I, p. 315) représenté dans ses traits les plus fidèles.

Sans viser à plus d'ordre que dans le Nouveau Spectateur, Bastide mêle dans un désir avoué de variété les différents genres: lettres supposées ou vraies (cf. la lettre de Fontenelle à la lune transmise à l'auteur par l'abbé Trublet, 9e feuille), souvent suivies de commentaires et réflexions et parfois assorties de réponses, billets, placets, discours, nouvelles, portraits, entretiens, récits d'aventures sérieuses, tragiques, attendrissantes, plaisantes, galantes ou extraordinaires, faits divers d'actualité (épisode de Ramponeau), scènes de rues. Et aussi pièces de vers, chansons, romances, vaudevilles... «Amas... considérable de parties» «qui toutes ont quelque chose de relatif avec l'intérêt de la société» (13e feuille, t. I, p. 154) et de l'humanité et qui constituent une sorte d'«école universelle» (16e feuille, t. I, p. 185) où sont peints les défauts, les ridicules, les vices, mais aussi les vertus des hommes.

Principaux centres d'intérêt: l'amour et les femmes; problèmes d'éducation (éducation et nature, l'allaitement maternel); étude des conditions (l'homme de lettres, le militaire et le négociant); thèmes du sauvage, du luxe et de la civilisation.

Evocation de Prévost présenté comme «un exemple de modération» face à des accusations calomnieuses (reproduction de la défense de Prévost contre les accusations de Gordon de Percel: 57e-59e feuilles, t. II, p. 313-339; cf. Le Pour et Contre, t. IV, Nombre XLVII, p. 32-48).

7Exemplaires B.N., R 20155-20156; Sorbonne, L. Fr. 8; Ars., 8º S 2264 (1-2); – 8º 2265 (1-2).

8Bibliographie DP2, art. «Bastide» par M. Gilot; H.P.L.P., t. III, p. 133.

Mentions dans le Mercure de France (avril 1760, vol. II, p. 142), Grimm, C.L. (1er juin 1760, t. IV, p. 243), Le Littérateur impartial (1760, art. 17, p. 346-352), Le Censeur hebdomadaire (1760, t. II, art. XI, p. 124). – Couperus, p. 199.

Historique «Il est d'usage de promettre beaucoup lorsqu'on commence un ouvrage périodique et l'on tient rarement parole: les miens peut-être ne l'ont que trop prouvé. J'ose cependant espérer que celui-ci deviendra chaque jour plus intéressant» (t. I, nº 1, p. 12): propos prudent d'un auteur déjà expérimenté et sur qui va peser la lourde obligation de «six pages de composition par jour» (t. I, nº 22, p. 253). «Vous n'imaginez pas que je puisse vous donner tous les deux jours des choses bien extraordinaires» (t. I, nº 27, p. 315): Bastide fait patienter le lecteur qui attend qu'on lui donne «le caractère de tous les hommes ou du moins les aventures de tous les pays». «Il faut, ajoute Bastide, un temps plus heureux pour établir des correspondances solides avec l'étranger...». Cependant les feuilles paraissent dans leur diversité avec cette régularité qui a frappé les contemporains au temps du Nouveau Spectateur. L'auteur laisse même entendre qu'il reçoit «beaucoup de lettres» et qu'il les publie sans les remanier (t. I, nº 22, p. 253). Mais, le 5 août, un Avis inséré à la fin de la 60e feuille annonce l'interruption de la publication. Bastide, s'il reconnaît que son périodique «a attaché quelques personnes... sensibles», déclare ne pouvoir oublier qu'il écrit «peut-être inutilement pour le reste de [ses] lecteurs». C'est que, précise-t-il, «depuis que j'ai commencé cet ouvrage, on a vu naître des guerres littéraires pour lesquelles le public a pris généralement parti: ces guerres ont fait naître des libelles et ces libelles n'ont cessé un moment d'occuper et d'emporter les esprits [...] Vainement espérerait-on, en ce moment, de se faire lire par des écrits même infiniment supérieurs aux miens». Allusion aux démêlés qui, en ces mois de 1760, opposent les Encyclopédistes à leurs adversaires et à la succession d'attaques (Le Franc de Pompignan, Palissot...) et de ripostes (Morellet...) qui effectivement retiennent l'attention du public. Mais sans doute n'est-ce là qu'un prétexte avancé par Bastide qui se dit décidé à attendre «la paix des esprits» et... «une meilleure saison» (le mois de novembre) pour continuer son ouvrage dont il assure que le troisième tome est «déjà prêt». Le 15 décembre, paraîtra le premier cahier du Monde avec une explication différente de l'interruption du journal en août.

Robert GRANDEROUTE

 


Merci d'utiliser ce lien pour communiquer des corrections ou additions.

© Universitas 1991-2017, ISBN 978-2-84559-070-0 (édition électronique)