ISSN 2271-1813

 

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Dictionnaire de la presse française pendant la Révolution 1789-1799

C O M M A N D E R

   

Dictionnaire des journaux 1600-1789, sous la direction de Jean Sgard, Paris, Universitas, 1991: notice 995

NOUVEAUX AMUSEMENTS DU CŒUR ET DE L'ESPRIT (1737-1745)

1Titres Nouveaux amusemens du cœur et de l'esprit.

Les rééditions portent parfois des titres un peu différents: Nouveaux amusemens du cœur et de l'esprit. Ouvrage périodique (Chastelain, 1741); Les Amusemens du cœur et de l'esprit. Ouvrage périodique (id., t. II, 1741).

Continue les Amusemens du cœur et de l'esprit (1734-1735).

Continué en partie par les Amusemens du cœur et de l'esprit de 1748-1749, qui reprennent des éléments de la collection de 1737-1745.

2Dates Octobre 1737 - 1745. 15 volumes. D'abord par brochures mensuelles publiées très irrégulièrement, puis par volumes. L'éditeur s'est efforcé de rassembler, deux fois par an, six livraisons mensuelles, mais sans jamais y parvenir. En 1740, il tente vainement de donner des «nombres» hebdomadaires (paraissant «exactement chaque mardi», t. V, p. 24), puis se résigne à publier, sans périodicité réelle, toutes les pièces qu'il a en portefeuille: «Comme cet Ouvrage Périodique ne souffrira aucune interruption, on prie les personnes qui souhaitent faire insérer des pièces dans ce Recueil, de s'y prendre de bonne heure» (Avis en fin du t. VI). Un nouvel essai de publication régulière se manifeste dans l'Avis nécessaire en tête du t. VII: l'ouvrage, toujours périodique, sera désormais trimestriel: «Cette année 1740, on en a eu quatre qui avoient été un peu retardés; le septième et huitième tome qui paraissent nous remettent en règle. L'anée [sic] prochaine, 1741, on en aura quatre: le premier au mois d'Avril, et ainsi de suite à chaque saison». Ce programme a été à peu près respecté, et la collection complète se présente comme suit:

T. I, Chastelain, 431 p.: 5 «brochures» (oct., nov., déc. 1737, avril, mai? 1738); t. II, Chastelain, 432 p.: 6e, 7e et 8e brochure (sept. et oct. 1738); t. III, Chastelain, 442 p.: 9e, 10e et 11e brochure (janv. 1739); t. IV, Chastelain, 425 p.: 12e brochure (août 1739); t. V, veuve Pissot, 474 p., 1740; t. V, Chastelain, 430 p., 1740: 18 «nombres»; t. VI, Chastelain, 474 p., 1740; t. VII, Du Sauzet, 474 p., 1740; t. VIII, 476 p., 1740; t. IX, Du Sauzet, 476 p., 1741 (avril); t. X, Pissot et Coustelier, 476 p., 1741; t. XI, Chastelain, 594 p., 1741; t. XII, Coustelier, 525 p., 1741; t. XIII, veuve Pissot, 549 p., 1742; t. XIV, P. Gosse, 599 p.; t. XV, veuve Pissot, 567 p., 1745.

3Description Cahiers de 24 p. in-12, 95 x 163. Vendu 3 # le volume relié.

4Publication L'éditeur principal des Nouveaux Amusements est Zacharie Chastelain à Amsterdam, mais il est sans doute associé à Henri Du Sauzet, pour l'édition originale comme pour les rééditions. Coustelier, gendre de Du Sauzet, vend (ou réédite?) l'ouvrage à Paris, mais il est à son tour associé à la veuve Pissot. Il est possible que ce système compliqué ait été mis en place par les éditeurs français pour tourner la proscription des périodiques, qui sévit en France entre 1737 et 1745. On notera que dès le t. VII, les contributions sont à envoyer à «Madame la Veuve Pissot, Libraire, Quay de Conty, à la descente du Pont-Neuf, pour remettre à l'auteur des Nouvaux Amusemens du Cœur et de l'Esprit» («Avertissement nécessaire» en fin du t. VII). Dans le t. IX, Du Sauzet se flatte de vendre dorénavant, avec la veuve Pissot, Coustelier et Gosse, «l'Edition de Paris»: se serait-il séparé de Chastelain?

5Collaborateurs Etienne Philippe de PRÉTOT (voir DP2).

6Contenu L'ouvrage se présente d'emblée comme un recueil de «productions d'autrui sur toutes sortes de matières, pourvu qu'elles soient amusantes» (t. I, Avant-Propos, p. 6). On y trouvera essentiellement de la poésie et du théâtre. Ce projet un peu vague a fait en réalité le succès durable de la collection. On trouve dans chaque livraison un choix très libre de scènes de théâtre, de pièces critiques ou d'essais, de petits vers, de contes et nouvelles. Les textes critiques sont souvent d'un grand intérêt; on citera les «Observations sur les critiques modernes» (t. I), une grande collection de pièces relatives aux démêlés entre Voltaire et Desfontaines (t. II et III), les essais sur la couleur de Coypel, le dossier très complet de la querelle d'Ines de Castro en 1723 (t. VIII, IX, XI, XV). On trouve çà et là des comptes rendus de romans; Philippe de Prétot publie une bonne part de la correspondance qu'il reçoit (t. XII-XV). Cette variété, et sans doute aussi la valeur du réseau de relations personnelles de Philippe ont permis à la collection, après un début difficile, de connaître une grande renommée, attestée par cinq éditions différentes.

7Exemplaires Edition originale: Ars., 8º B 34865; – 8º B 34865 bis. Les rééditions se trouvent surtout à la B.N.: Z 24512-24522 (2e éd., 1740); – Z 24508-24509 (3e éd., 1741); – Z 24510, 24523-24524 (4e éd., 1742-1746); – Z 24511 (5e éd., 1742); (voir le Catalogue collectif). La 3e éd. est dite «corrigée, augmentée et abrégée»; mais il faudrait une collation rigoureuse pour établir les différences entre les éditions: la forme même de cette revue autorise en effet tous les regroupements de textes.

Historique L'histoire de cette revue est confuse. A l'origine, on trouve les Amusements du cœur et de l'esprit, «ouvrage périodique», publié chez Didot en juillet 1734 - mars 1735, sans doute par Philippe de Prétot, puis en décembre 1736 - janvier 1737, par Bruys et quelques autres auteurs (DP2, art. «Philippe»); Bruys écrit dans ses mémoires: «Il est Auteur des Feuilles VI. VII. VIII & IX des Amusemens du Cœur & de l'Esprit. Ces Feuilles Périodiques furent imprimées à Paris, chés Didot, au mois de Décembre 1736, & au mois de Janvier 1737» (Mémoires historiques, critiques et littéraires, Paris, Hérissant, 1751, t. I, p. 47). Prévost écrit dans Le Pour et Contre en janvier 1738 (t. XIV, nº 198, p. 143-144): «Le Public a vû disparoître, & revenir plusieurs fois une Feuille périodique, sous le titre d'Amusements du cœur & de l'esprit. Les contretems qui ont causé ces interruptions, feront quelque jour un article curieux dans l'Histoire Littéraire de 1737. Mais étant heureusement finis, Didot nous rend le même ouvrage sous de meilleurs auspices, & se flate que les soins du nouvel Auteur le feront goûter au Public. On débite actuellement la première Feuille». Les cinq «brochures» qui composent le t. I des Nouveaux Amusements ayant été rassemblées en un volume au début de 1738, il pourrait s'agir de notre revue; mais elle n'est pas publiée chez Didot. La proscription des périodiques en 1737 peut expliquer qu'une formule de publication en Hollande ait été élaborée grâce à la veuve Pissot, à Chastelain et Du Sauzet. Philippe de Prétot semble bien être en tout cas à l'origine de cette nouvelle publication. Son nom a été cité pour les premiers Amusements du cœur et de l'esprit, pour le t. VI des Nouveaux Amusements et pour l'ensemble de la collection par la table du Journal de Verdun (voir DP2). La France littéraire de 1769 dit simplement: «Il a eu part au Recueil des Amusemens du cœur & de l'esprit». Sans doute est-ce lui qui rassemble les pièces tirées des journaux ou envoyées par les lecteurs. On peut citer d'autres auteurs, souvent mis à contribution, que ce soit avec ou sans leur accord: Baculard d'Arnaud, Neufville-Montador, Richer, etc. Après l'interruption du second semestre 1739, un autre auteur entre en scène au t. V: «Je continue, sur un plan un peu différent, le Projet de mes Prédécesseurs, sans me flatter d'avoir un succès plus brillant. A quoi attribuer l'interruption que vient de souffrir cet Ouvrage périodique, sinon au petit nombre des acheteurs, ou plutôt aux désagrémens qu'a essuyé l'Inconnu qui le donnoit par Brochures? Essayons si le Public aimera mieux qu'on tâche de l'amuser avec des Feuilles volantes, qui sont aujourd'hui tant à la mode». Cette tentative n'eut pas de lendemain; dès le t. VI, la revue revient à sa forme habituelle; dans le t. X, Philippe annonce en personne sa traduction de Virgile (p. 352); dans les t. XII à XV, il revient en scène et publie la correspondance qui lui est adressée, ce qui constitue la meilleure preuve de sa présence à la tête de la publication. Ce qui est certain, c'est que la revue a connu des débuts difficiles; rares sont les exemplaires des t. I-IV qui ont survécu. En 1740, l'ouvrage connaît au contraire un grand succès: six volumes paraissent dans le cours de l'année; les t. I-IV sont réédités; de nouvelles éditions apparaissent en 1741 et 1742, sous le nom d'«édition de Paris». On peut supposer que la proscription a empêché les tomes de 1737-1739 de pénétrer en France, et que la tolérance a commencé à jouer en 1740, mais ce n'est qu'une hypothèse. Le succès des Nouveaux Amusements s'explique aisément: il se fonde sur la variété et l'intérêt littéraire des textes présentés, mais aussi sur la valeur des dossiers rassemblés autour des grandes querelles littéraires du temps, querelle du néologisme, de la métaphysique du sentiment, affrontements tout récents de Voltaire et de Desfontaines, mise en question de la presse d'opinion (t. I), interventions en faveur du nouveau roman (Lettres de Thérèse, t. XIII, ou Le Sopha, t. XIV). Nettement hostile aux Modernes, la revue se montre en même temps très ouverte aux aspects les plus neufs de la littérature; elle échappe en partie au désordre habituel des recueils de pièces pour accéder au rang de revue littéraire.

Jean SGARD

 


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