ISSN 2271-1813

 

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Dictionnaire de la presse française pendant la Révolution 1789-1799

C O M M A N D E R

   

Dictionnaire des journaux 1600-1789, sous la direction de Jean Sgard, Paris, Universitas, 1991: notice 998

*NOUVEAUX MÉMOIRES D'HISTOIRE (1749-1756)

1Titres Nouveaux Mémoires d'histoire, de critique et de littérature. Par M. l'abbé d'Artigny.

2Dates 1749 - 1756. 7 volumes; privilège du t. I le 1er février 1749, du t. VII le 26 avril 1756.

Datation approximative des volumes: t. I, mai 1749 (approbation, 8 janvier 1749); t. II, octobre 1749 (approb., 8 janvier 1749); t. III, octobre 1750 (approb., 1er mai 1750); t. IV, mai 1751 (approuvé le 1er avril 1751, alors que le Journal des savants de février, p. 379, avait annoncé la publication récente des t. III et IV.); t. V, mai 1752 (approb., 1er avril 1752); t. VI, mars 1753 (approb., 1er décembre 1752); t. VII, juillet 1756 (approb., 26 février 1756).

3Description «Tout l'ouvrage consiste en articles séparés et indépendants les uns des autres» (lettre de d'Artigny à Calvet, 24 sept. 1764, B.M. d'Avignon, ms. 2352).

T. I, art. I-XXXIV; t. II, art. XXXV-L; t. III, art. LI-LXIV; t. IV, art. LXV-LXXII; t. V, art. LXXIII-LXXXV; t.VI, art. LXXXVI-XCVII; t. VIII, art. I-XVII.

Volumes de XII + 501 p. (t. I); XII + 498 (t. II); XXVIII + 499 p. (t. III); X + 370 p. (t. IV); VIII + 456 (t. V); V + 454 (t. VI); VII + 511 p. (t. VII).

Cahiers de 24 p. in-12, 100 x 170.

4Publication «Paris, Debure l'aîné, Quay des Augustins, à l'Image S. Paul».

5Collaborateurs Antoine d'ARTIGNY.

Les Nouveaux Mémoires comportent trois articles rédigés par des collaborateurs occasionnels: «Caractères des poètes grecs, latins et français» par l'abbé Le Mascrier (t. III, p. 407-460); Lettre de M. l'abbé Saas, membre associé de l'Académie de Rouen à M. l'abbé Goujet sur «Isotta, femme savante d'Italie» (t. V, p. 28-48); «Eloge historique de Muratori», par l'abbé Goujet (t. VI, p. 1-36). D'autre part, les «Additions et corrections» témoignent de différentes interventions extérieures. En bas de page dans le t. I, dans les interpolations du t. II et dans les «Additions» des t. III et IV, Lenglet-Dufresnoy se livre à des remarques incisives, parfois faites sans l'aveu de l'abbé d'Artigny. Au t. I, mises à part quelques précisions sur Nodot (p. 346) ou Huet (p. 404), il s'agit de confidences recueillies en 1707 auprès du libraire Moetjens et surtout de Jacques Basnage, précieux témoignages sur la mentalité qui régnait alors parmi les controversistes protestants (p. 166, 427), sur Jurieu (p. 430), mais tout particulièrement sur Pierre Bayle (p. 319, 324, 461). En revanche, d'Artigny semble toujours signaler les notes de l'abbé Le Mascrier (t. III, p. IX-X) et de l'abbé Goujet (t. III, p. XII, XXI, XXIV, XXVI). Au t. III, il cite et commente une longue lettre de Rousset de Missy sur les journalistes français de Hollande (p. 439-450). Au t. VII, plusieurs interventions de lecteurs tendent à prendre la forme d'un article: «Examen» de l'article «sur la Pucelle d'Orléans par M. Polluche, de la Société littéraire d'Orléans» (p. 37-67), «Lettre de l'abbé de Valory, Prévôt de Saint-Pierre de Lille» (p. 67-72).

6Contenu Le projet de l'abbé d'Artigny se précise d'un tome à l'autre. Il s'agit de présenter «des extraits, des analyses, des remarques» (Préface, t. I) en rassemblant «des restes écartés de la littérature qui feraient languir un ouvrage suivi» (Avertissement, t. II), des «matériaux abandonnés depuis longtemps, dispersés dans des ouvrages presque inconnus» (Préface, t. IV). L'auteur n'ose destiner aux savants «pareille compilation» (t. I); il lui «suffit de satisfaire les curieux qui sont bien aises de s'instruire et de s'amuser en même temps» (t. II). «L'histoire, surtout la moderne, a droit de plaire généralement» (t. II); on offrira «des choses nouvelles qu'on ne trouve pas dans le courant des lectures ordinaires», des «matières intéressantes par leur singularité» (t. I). Encouragé par le succès, d'Artigny avouera qu'il souhaite «rappeler le public à la lecture des bons livres», «inspirer le goût du bon, du beau, ou plutôt du vrai que tant d'écrivains frivoles, intéressés ou trop crédules semblent avoir pris à tâche de défigurer dans leurs productions» (Préface, t. V).

Les «extraits» sont rares, et une douzaine d'articles seulement prennent la forme de «mémoires»; on relève moins encore de «dissertations» exégétiques ou «littéraires». Le plus souvent, il s'agit d'«anecdotes», de «remarques détachées» sur l'histoire profane ou sacrée, de «mélanges curieux de faits historiques». Très souvent aussi d'Artigny livre des «pièces» à peu près brutes, minutes de procès religieux ou politiques, «lettres manuscrites de quelques savants» (t. V, p. 365 et suiv.) ou textes peu connus (t. II, III, «Apologie de Pibrac»; t. VII, «Satyre du temps à Théophile»). Il lui arrive de scruter les marges de la Bible; mais il s'intéresse surtout à l'histoire de France au XVIe et au début du XVIIe siècle. La «critique», naturellement présente partout, est plus particulièrement illustrée par des articles sur la sorcellerie (t. I, V), les songes (t. II), un étrange cas d'«abstinence» (t. III), différentes «apparitions» (t. III), le «détail» de «plusieurs faits douteux ou véritablement supposés» (t. IV). Quant aux articles touchant de près ou de loin aux Belles-Lettres, ils représentent moins du tiers au total: affaires de plagiat (t. V), figures de littérateurs (t. II, V, VI), etc. Plus ambitieux, un article sur Pierre Bayle (t. I), deux longues études sur les Ana (t. I) et les querelles littéraires (t. II, p. 154-277 et t. IV), une dissertation sur l'évolution du goût (t. III) et enfin deux grands morceaux d'une truculence naïve, véritables revues d'effectifs des lettres et des arts, la «Description du château de Delphes» (t. III) et la «Relation du Parnasse» dans une version revue et augmentée (t. VII).

Les Nouveaux Mémoires n'ont plus guère de vertu comme recueil érudit; mieux vaut y voir un témoignage sur un épigone des «savants» de la Régence, beaucoup moins puriste dans ses goûts littéraires qu'il ne voudrait le croire, chercheur indépendant qui manifeste un robuste bon sens et, sans jamais évoquer le mot ou la notion, un large esprit de tolérance (voir ses remarques sur Jeanne d'Arc, t. II; sur les Inquisiteurs, t. IV, p. 102; sur les excès des jansénistes ou les «beaux dehors de charité» de leurs adversaires, t. II, p. 186). Il aime les sujets brûlants (hérésie, sorcellerie), les figures pittoresques, les épisodes saisissants («Histoire du meurtre de Sébastien La Ruelle, bourgeois de Liège», t. II), les histoires à dormir debout (t. IV, art. I), les textes comiques tirés de sermons anciens. Ce qui assure le mérite de son journal, c'est son goût pour les «morceaux curieux» perdus dans la nuit des temps («Artus Désiré», le journal de Pierre de L'Estoille), qu'il tient à citer «sans rien changer au style des auteurs originaux» (t. IV, p. 157), les pièces d'archives, les faits, les paroles des gens.

Sommaires en début de chaque volume.

7Exemplaires B.M. Grenoble, E 13958; B.N., Z 28794-28800; – 8º Z 16168; B.M. Lyon, 303735, 303736, 390146, 810318; B.L., 1088 g 15-21; – 121 b 20-26; – G 12780-12786.

8Bibliographie DP2, art. «Artigny».

Mentions dans la presse du temps: T. I: Journal des savants, 1749, juil., p. 1517; déc., t. I, p. 2374-2392; Mémoires de Trévoux, 1749, oct., p.2137-2152; nov., p.2416-2430. T. II: Mémoires de Trévoux, 1749, nov., p. 2416-2430; déc., p. 2465-2477; Journal des savants, 1750, mai, p. 791-807. T. III: Journal des savants, 1750, déc., t. I, p. 2482 et suiv.; Mémoires de Trévoux, 1751, avril, p. 822-841; mai, p. 1178-1189. T. IV: Journal des savants, 1751, févr., p. 379; juin, t. I, p. 1148 et suiv.; Journal de Verdun, 1751, sept., p. 249 et suiv.; Mémoires de Trévoux, 1751, déc., p. 2532-2537. T. V: Journal des savants, 1752, juin, t. II, p. 1340; août, p. 1567 et suiv.; Mémoires de Trévoux, août, p. 1761 et suiv.; Journal de Verdun, 1753, avril, p. 258 et suiv. T. VI: Journal des savants, 1753, août, p. 1675 et suiv.; Mémoires de Trévoux, 1754, févr., t. II, p. 390-408. T. VII: L'Année littéraire, juin 1756, t. V, lettre II, p. 24-25; Journal de Verdun, 1756, août, p. 91 et suiv.; Journal des savants, 1756, déc., t. I, p. 2410-2426.

Allusions et commentaires dans le Mercure de France, juin 1750, p. 21 et dans l'Année littéraire, 1754, I, lettre XIV, p. 313.

Historique «A cent lieues de la capitale», n'ayant pratiquement jamais quitté Vienne et se désolant de n'y trouver «aucune ressource», «ni bibliothèque publique, ni manuscrit, ni même un seul libraire» (Avertissement, t. III), l'abbé d'Artigny avait passé sa vie à lire, à rêver de collectionner les médailles et à faire de la compilation. Ce n'est pas «sans répugnance» (Préface, t. I), qu'il osa enfin «se risquer à l'impression», après avoir reçu «l'approbation de plusieurs personnes éclairées» (parmi lesquelles probablement le père Boule et le père Goujet), et communiqué son manuscrit «à un curieux», l'abbé Lenglet-Dufresnoy... Cependant le libraire Jean de Bure semble avoir été tout heureux de saisir cette occasion, puisqu'il acquit un privilège de longue durée (neuf ans), pensant sans doute que le recueil de l'abbé d'Artigny pourrait prendre la suite de la Continuation des Mémoires de littérature et d'histoire du père Desmolets, d'ailleurs réédités par Nyon en 1749 (Calvet fait le rapprochement dans une lettre à d'Artigny, B.M. Avignon, ms. 1509, 15 janv. 1765). L'entreprise était favorisée par la collaboration de l'abbé Le Mascrier et de Lenglet-Dufresnoy: «Ils avoient l'œil sur l'ouvrage et dirigeoient les compositeurs mieux que je ne l'aurois fait moi-même» (lettre de d'Artigny à Calvet, 4 oct. 1767, B.M. Avignon, ms. 2352, fº 29).

Au milieu du XVIIIe siècle, il restait encore une place pour un journalisme érudit à l'ancienne mode, ou plutôt pour un journalisme curieux d'«anecdotes littéraires» et non pas de «bibliographie ancienne», de «diplomatique barbare» ou de «découvertes grammaticales» (Mémoires de Trévoux, déc. 1749, p. 2466). Consacré par les comptes rendus élogieux du Journal des savants, plus flatteurs encore des Mémoires de Trévoux, son recueil était devenu un périodique reconnu, comme le montre une lettre de Rousset de Missy publiée dans le t. IV des Nouveaux Mémoires. Pour élaborer ses articles, il mettait à profit les archives de l'archevêché de Vienne et pouvait compter sur «plusieurs savants de Paris» (Avertissement, t. III), qui lui fournissaient ouvrages et manuscrits anciens (cf. t. II, p. 276; t. III, p.,170 et 213).

Au printemps de 1751, le libraire «avertit le public que les t. III et IV se vendront séparément jusqu'à Pâques prochaines 1752», l'auteur «s'étant borné à ces quatre volumes». Deux autres tomes devaient pourtant suivre d'assez près; un 7e tome, «Supplément» tardif publié vers la fin du printemps de 1756 et formé en partie de corrections et de compléments, acheva la collection que Fréron, d'abord favorable, s'efforça de discréditer: il avait cru se reconnaître dans le «satyre odieux» qui «insultait à la douleur de Melpomène et de Clio» (cf. Nouveaux Mémoires, t. VII, p. 431). L'abbé d'Artigny voulut lui répondre, Goujet l'en dissuada (lettre à Calvet, 24 sept. 1764, B.M. Avignon, ms. 2352, fº 21). Jusqu'à la fin de sa vie, «pour ne pas perdre un assez grand nombre de matériaux qui [pouvaient] faire un juste volume», d'Artigny songea à une seconde édition soigneusement révisée (lettres à Calvet, 24 sept. et 28 déc. 1764, et 4 oct. 1767, B.M. Avignon, ms. 2352, fº 21-31). Il dut y renoncer, dégoûté par la cupidité de son libraire: «De Bure [...] m'a fait cent avanies pour éloigner le paiement des honoraires très modiques dont nous étions convenus; néanmoins il avouait que l'ouvrage se vendait bien [...]. Si l'on décide qu'il a des droits sur ma nouvelle édition, je resterai tranquille, ayant bien promis de n'avoir jamais d'affaire avec lui» (lettre du 4 octobre 1767). A l'en croire, la réputation des Nouveaux Mémoires avait passé les frontières: «Et bien plus, des gens de lettres m'ont assuré qu'il s'est fait depuis peu une édition des 7 vol. en Angleterre avec tous les ornements typographiques et qu'elle est excessivement chère» (lettre du 24 septembre 1764). La bibliothèque municipale de Dijon conserve parmi ses manuscrits (1149197) un projet de l'abbé Joly: «Nouveaux Mémoires d'histoire, de critique et de littérature pour servir à la continuation de M. l'abbé d'Artigny»...

Michel GILOT

 


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